« Somphone amazing adventure tour by tractor » !
Dans le texte ! C’est ce qui est écrit à l’arrière de la carriole qui transporte les visiteurs pour le circuit de découverte.
Somphone fait dans l’hyperbole. Mais la petite aventure qu’il propose va nous permettre en réalité d’entrer, ne serait-ce qu’un peu, dans le quotidien matériel comme spirituel, de la vie des habitants de ce village.
Nathalie ne vient pas, soucieuse de préserver l’intégrité de ses côtes cassées, Kate reste également. Elles vont en profiter pour faire des portraits dans la partie du village qui jouxte le camp.
Nous partons donc à une dizaine, en petit convoi. Et c’est dans un nuage de fumée que les deux tracteurs pétaradants s’élancent dans l’allée poussiéreuse. Les premières minutes sont délicates, la carriole bringuebale de tous les côtés et je dois me tenir aux rambardes pour ne pas tomber. Mais je trouve assez rapidement la bonne position en calant solidement mon corps sur le siège. Comme à cheval, ou en dromadaire, « tout est une question d’assiette », dixit Nathalie.
Premier arrêt devant une petit établissement agro-industriel de culture et de transformation du manioc. Des hommes sont en train de passer les racines dans une machine à broyer pour obtenir une pâte qui permettra d’obtenir la farine. C’est du moins ce que j’ai à peu près compris, mais j’avoue que je n’ai pas tout écouté.
En repartant j’aperçois sur le bord de la route un bâtiment assez grand qui me semble être une église. La présence de ce lieu de culte chrétien au cœur des
Bolovens m’interpelle. Je voudrais interroger Somphone là-dessus, mais le bruit du moteur couvre ma voix et j’y renonce.
Nous quittons la route, et les tracteurs s’engagent dans un chemin, pour stopper aussitôt en bordure d’un petit bois. Il n’a rien de particulier, que va-t-on y faire ?
Les explications en anglais sont assez compliquées à suivre pour moi, mais je comprends qu’il s’agit d’un bois sacré. Somphone nous parle alors des croyances animistes très prégnantes dans le monde rural des
Bolovens. Le pouvoir des arbres et des plantes, le lien puissant avec la nature environnante, les rituels de guérison ou de protection par les chamans... Un mot revient souvent dans sa bouche, «
Phi » qui signifie esprit en Lao.
Au fil de la balade, je comprends mieux l’organisation du village :
Ban Koh Phoung Tai ne forme pas un ensemble homogène, mais un regroupement d’îlots dispersés, souvent fondés sur l’appartenance ethnique. Le hameau que nous parcourons est habité principalement par l’ethnie
Katu qui parle une langue différente du Lao. Sur la petite place centrale se dresse un autel dédié aux esprits protecteurs du village.
Somphone n’appartient pas à cette ethnie, et il n’est pas animiste. Il nous explique que le ciment social du village tient aux pratiques communautaires essentielles à la survie de tous, et au bouddhisme qui fait le lien entre les différents groupes. Merci au jeune touriste, anglophone, lui, qui m’a traduit tout cela au fur et à mesure.
La matinée s’achève. Et Somphone, sans doute pressé de rentrer, lance son tracteur à fond la caisse. Je m’accroche : « tout est une question d’assiette ». En me voyant arriver, les filles poussent un cri de stupeur. : « Qu’est-ce que t’as fait à tes cheveux, ils sont roux ! » La poussière rouge et le vent des Bolovens m’ont offert une teinture. Bruno, croyant me faire plaisir, trouve que cela me rajeunit...Merci Bruno...
Il est temps de se quitter, notre chauffeur nous attend. Somphone nous raccompagne jusqu’au parking en haut du village. Nous le remercions chaleureusement pour son accueil, sa présence bienveillante et la façon dont il a su nous faire partager un peu de sa vie. Il prend chacun d’entre nous dans les bras en guise d’adieu. C’est un geste qu’il doit faire régulièrement bien entendu. Mais à la vigueur de l’étreinte je perçois une vraie sincérité, une émotion même. Comme pour dire, je vous remercie moi aussi.
En Lao, Somphone signifie « digne de bénédiction ».
Cascade de Tad Lo : une dernière pour la route ?
Nathalie a rendez-vous à 18 heures à l’hôpital privé de Paksé pour qu’on lui ôte les points de suture. Nous avons donc largement le temps de profiter encore des paysages du plateau.
Pause-déjeuner au pied des cascades de
Tad Lo, majestueuses. Mais entre celle de Luang, celles de Don Khon, celles d’hier et celle d’aujourd’hui nous commençons à être un peu lassés. Caprice de riche ?
Nous déjeunons sur une terrasse ombragée en surplomb du site. Face à nous en arrière-plan, la cataracte puissante déverse ses eaux écumantes, tandis qu’en contre-bas le cours d’eau bleuté plus apaisé accueille un éléphant cornaqué venu faire trempette. Lassés, vraiment ?
Un temple en forêt
Le chauffeur a quitté la route principale et s’est engagé sur un axe secondaire. Encore une cascade ???
Nous passons une porte monumentale gardée par deux
yaksha grimaçants pour entrer dans un sous-bois très dense, planté d’arbres gigantesques. Je crois n’en avoir jamais vu de pareils. Ils ont l’air vieux, très vieux. Au bout de l’allée, un imposant bouddha en méditation, les yeux mi-clos, un léger sourire aux lèvres. Sous une galerie couverte de statuettes, deux femmes les jambes repliées discutent. Nous sommes dans un
wat-pa, un temple forestier. Et sous ces arbres vénérables qui filtrent la lumière, je perçois une parfaite harmonie entre les éléments naturels et humains. Le temple est dans la forêt, mais la forêt
est le temple...
Paksé, retour au « Jardin Hôtel »
Notre hôte est toujours aussi accueillant. Il nous a changé de chambre et nous logeons cette fois-ci dans la galerie supérieure.
Juste le temps pour Nathalie et Bruno de se changer, prendre une douche et les voilà partis en direction de l’hôpital.
Moins d’une heure trente après, les voici de retour. La cicatrice est longue, mais assez discrète et plutôt bien dessinée. Blessure de voyage. Mais bravo Nath, tu as passé ces moments difficiles avec courage, en prenant toujours soin de ne pas plomber notre séjour. Merci.
Demain dernière journée au
Laos. Nous irons à Champassak, visiter le
Vat Phou. Pour oublier
Angkor ?