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Iran: 1'100 km à vélo (site tour du monde à vélo)
Bonjour!

Je visite voyageforum hyper souvent, mais je n'avais jamais consulté cette rubrique. Du coup, pour fêter ça j'ai décidé de poster à mon tour un post. L'année passée j'ai fait un voyage d'un an autour du monde en vélo, et du coup je vous mets à disposition le chapitre consacré à la traversée du nord de l'Iran qui m'a particulièrement marqué. J'espère que ça donnera envie à certaines personnes de se rendre dans ce superbe pays. Vous pouvez trouver le reste du texte sur mon site.

Chapitre 27: L’Iran, l’Axe du Bien?

»Mais t’es fou! L’Iran c’est plein de terroristes! Mais pourquoi tu vas la-bas, les filles, y’en a pas! Mais n’y va pas maintenant, Israël va les faire tous sauter d’un moment à l’autre! ».

…ou….

Femmes sur-maquillées, talons hauts, foulards multicolores posés à l’arrière du crâne, couples de jeunes amoureux qui se tiennent la main dans la rue, boutiques de sacs à main, de jeans moulants et de parfums. Et aussi, tous ces nez cachés d’un sparadra indiquant, quand ce n’est pas du bluff, qu’un chirurgien esthétique est passé par là.

Que faut-il croire? Faut-il renoncer à se rendre dans un pays comme l’Iran à cause d’informations généralisant les actions d’un gouvernement ou de quelques individus à l’ensemble d’un pays? Ces premiers commentaires, prononcés par des personnes qui fondent leur jugement sur quelques images vues à la télé m’agacent profondément. Cela m’agace encore plus quand je sais via mes rencontres avec des cyclos du monde entier que les iraniens sont les pros de l’accueil et de la bienveillance. L’Occident, notamment via les médias, fait tout ce qu’il peut pour faire passer l’Iran pour le Grand Satan, accentuant le clivage entre les pays musulmans et occidentaux. D’accord, il y a le spectre de l’Ayatollah Khomeini et les déclarations ultra-provocatrices du président Ahmdinedjad. Mais, un gouvernement, surtout quand il est constitué de fanatiques, est-il vraiment le reflet des nations qui le constituent?

Trois invitations en trois heures

En arrivant à Téhéran, je tente tant bien que mal de libérer mon esprit de tous ces prejugés. Je me »créé une objectivité ». Barbus fanatiques et femmes en burqa ou patriarches souriant m’invitant à boire le thé: on verra bien qui m’attendra à l’aéroport. Quand je débarque, ce n’est pas comme au Népal, où je sautait de joie à l’idée de faire tamponner mon passeport. Là, je suis sur mes gardes. Encore une fois, les avertissements que j’ai entendu à droite et à gauche me reviennent à l’esprit: » surtout, prends le moins de photos possible, et essaye d’avoir l’air local, sinon on va te prendre pour un espion ». Pas de bol, tout le monde voit tout de suite que je suis un touriste, et malgré le pantalon enfilé à la hâte dans les toilettes pour faire »comme tout le monde », de nombreuses personnes me demandent »where are you from? ». Pour l’Iran, j’opte pour la réponse: »I am from Switzerland ». Ça changera un peu de ma rengaine habituelle.

Il est 11h du matin quand je commence à monter mon vélo à coté des tapis roulants crachant les derniers bagages. En deux minutes, le personnel de l’aéroport ainsi qu’un douanier viennent me saluer et me regarder monter mon vélo. Ces spectateurs ne sont pas comme en Inde, muets et inactifs. Ceux-ci me posent des questions, tentent de se faire comprendre malgré la barrière linguistique et leur présence n’est pas étouffante. Parfois aussi, ils mettent la main sur le vélo qui vacille sur sa bequille quand je visse mes écrous avec un peu trop de vigueur. Une femme d’une trentaine d’année parlant bien anglais fait la traduction pour ses compatriotes. Nous sympathisons et quand son mari arrive, il me propose de me déposer à Téhéran. J’accepte avec joie car l’aéroport se trouve à une bonne cinquantaine de kilomètre du centre-ville, et je suis attendu pour le déjeuner dans la capitale.

Musulmans pratiquants, Maryam et Jamal, ainsi que leur fils de cinq ans Mohamed, vivent à Téhéran, mais ont vécu quelques années au Canada précédemment. Jamal est professeur d’université et le couple parle parfaitement anglais. Le vélo accroché sur le toit de la voiture, nous roulons vers la capitale. Grâce à eux je peux prendre la température. Ils ont un franc parlé qui me surprend, surtout quand ils disent que le gouvernement est fou à lier. Ils ont été témoins aux premières loges des manifestations de 2009 contre le gouvernement animées principalement par des etudiants. Jamal me confie que trois ans après ces émeutes, plusieurs de ses élevés manquent encore à l’appel…

Quand nous arrivons dans le centre, ils me proposent de loger chez eux, mais je suis déjà attendu. Maryiam me gâte de tous les biscuits et sucreries présents dans la voiture, et Jamal me donne son numéro de téléphone pour le contacter en cas de soucis. À peine débarqué, les sacoches toujours giseantes sur le trottoir, un jeune homme s’avance, et me propose lui aussi son toit pour la durée de mon séjour à Téhéran.

Je suis attendu chez Madame Kazemi. Cette femme, je ne la connais pas, mais elle m’a gentillement proposé de m’heberger . Enfait, c’est grâce à mon petit cousin Oscar que j’ai quelqu’un qui m’attend à Téhéran. Pour faire simple, Madame Kazemi est la mère de la mère d’un camarade de classe d’Oscar qui, lui, vit au Havre. C’est donc cette première invitation que je vais honorer.

En cherchant la rue, puis l’immeuble, je constate une chose: les iraniens ne sont pas des as de l’orientation, ou tout du moins, il y a des lacunes quand il s’agit de donner une direction. Par la suite je constaterais que leur appréciation des distance est une des pire que j’ai rencontré dans ce voyage. Les sénégalais et les mauritaniens les battent à plates coutures dans ce domaine!

Il est déjà plus de 15h quand j’arrive chez Mme Kazemi, et je n’ai qu’une chose à faire: mettre mes pieds sous la table! Nous faisons connaissance autour des premiers mets iraniens que je déguste. Mme Kazemi a vécu de nombreuses années en France. Anesthésiste à la retraite, elle vit actuellement entre Paris et Téhéran. Avec son caractère et son goût pour l’art et la peinture, elle me rappelle ma grand-mère paternelle. Ainsi, grâce à Mme Kazemi, j’arrive en Iran en étant accueilli comme-ci j’arrivais chez moi!

Mes trois jours dans la capitale, je les passe à me mettre au diapason. Ce n’est pas très difficile. Comme je suis quasiment l’unique touriste du pays (je n’en rencontrerai que quatre en deux semaines), je suis sujet de toutes les attentions. On me renseigne, on m’aide à prendre le métro…etc.Je fais aussi la connaissance avec les Bazaars. Dans celui de Téhéran, ont peu s’y balader des heures sans passer au même endroit. Pas facile de chercher une boutique en particulier.

Une fois en phase avec le rythme de vie iranien (et avec les règles de circulation), je suis prêt à réceptionner le premier touriste rencontré en Perse:

Daniel

Daniel… mon beau-père, ce fou, ce fada, cet irresponsable qui me laisse aller en Iran alors que c’est si dangereux. Pis encore, il laisse sa famille et son boulot pour venir prendre le risque insensé de pédaler avec moi pendant une semaine. J’ai presque envie de lui remonter les bretelles à la sortie de l’avion, mais non, je suis content de retrouver mon beau-père et les paquets plein de chocolat, de gruyère et de roestis agissent en sa faveur.

Nous sommes fatigués tous les deux, mais super motivés. Lui, il a volé toute la nuit, ne dormant que deux heures. Pour ma part, j’ai quitté Téhéran la veille en fin d’apres-midi pour partir à la recherche de l’aéroport international distant de plus de 50km du centre-ville. Quasiment aucun panneau n’indiquait la direction à prendre, j’ai donc fait des allers et retours incessant sur les divers autoroutes sortant de la capitale. Quand finalement je trouve la bonne route, la nuit tombe, et sans phares opérationnels, je suis obligé de planter ma tente non loin du trafic. À 3h20, je remballe le tout pour être sur place quand Daniel arrive.

Pas de bol cette journée s’avèrera être l’une des plus dure de mon voyage. On s’échange les dernières nouvelles, moi celles de la route, lui celles de la maison qui sont toutes aussi excitantes! Quand tout est monté et qu’on se sent d’attaque, on met la machine en marche. Il est est 9h, et on met le cap à l’ouest, en plein vent de face… ce vent, si violent qu’à plein régime, nous dépassons difficilement les 11km/h. Baptême du feu donc pour Daniel qui se retrouve aussitôt face au pire ennemi du cycliste, véritable fléau qui en plus de nous crever physiquement porte un coup au moral. Pour en rajouter une couche, nous avons opté de contourner Téhéran en prenant plein de petites routes qui s’avèrent difficile à trouver. Ne pas savoir si on va dans la bonne direction avec ce vent de face rend cette journée extrêmement pénible moralement. Heureusement, on est heureux de rouler ensemble et en ce motivant mutuellement nous arrivons à avancer.

À mon départ, il y a presque 11 mois, une dizaine de copains m’avaient accompagnés jusqu’au premier campement. Nous avions bivouaqué près de Genève, puis mes amis sont rentrés en train. Daniel etait là, et il a continué a pedaler avec moi jusqu’au sud de Lyon. L’expérience avait été concluante et avait, au passage, réveillé l’âme d’aventurier de Daniel. 11 mois après, nous sommes bien heureux de renouveler l’expérience une nouvelle fois, dans un cadre bien plus exotique que le long du Rhône.

La carotte pour nous faire avancer durant cette journée difficile, ce sont nos pauses-kebabs. Ici, ce qu’on appelle un kebab, c’est une brochette de viande hachée, de boeuf, d’agneau ou de poulet, que l’on sert avec une grosse portion de riz (avec du beurre) et accompagné d’une tomate grillé. C’est bon, et j’en mangerai au moins une par jour jusqu’en turquie

Finalement, en fin de journée, nous parvenons à notre objectif, Karaj, et trouvons un hôtel bien mérité. Le lendemain, rebelotte, vent de face, mais avec cette fois-ci un trafic plus intense. Heureusement c’est plat et on sait où on va. En fin de journée, éloignés de plus de 50km de notre objectif, nous décidons de faire signe à un pick-up de s’arrêter et de nous prendre jusqu’à Quazvin. Daniel est là pour 5 jours seulement, et on ne va pas les passer sur des voies rapides dans des paysages plats et quelconques. De plus, ce coup de pousse de 50km nous permet de visiter cette ville, ancienne capitale, et de s’étonner encore et toujours devant toutes ces jeunes femmes qui donnent tord à toutes les idées que nous nous faisions de la femme musulmane. Bon, tout reste relatif, et ce sont les jeunes femmes qui se mettent extraordinairement en valeur malgré leurs contraintes vestimentaires. Souvent celles ci se baladent avec leurs mères, cachées sous un chador étouffant et glauque. Les plus de cinquante ans semblent bien plus ancrées dans les traditions que la nouvelle génération. Les jeunes avec qui nous discutons, et ils sont nombreux tant le pays est jeune, nous affirment tous que le gouvernement est fou, et qu’ils aiment les États-Unis. Notre ami Payam nous dira »Islam is a very beautiful religion, they just destroy it… »

Au troisième jour de vélo avec Daniel, et après une nouvelle matinée harassante, nous découvrons avec joie que la route qui semblait s’en aller buter contre une chaîne de montagne, se joue d’elle en longeant une rivière qui la traverse de part en part pour aller se jeter dans la Mer Caspienne. Ainsi, ce n’est pas un col qui nous attend, mais une descente magique de 40km dans des paysages splendides. Le soir, nous allons serrer la pince à cette rivière en allant planter notre tente à quelques mètres d’elle.

Le lendemain, dernière étape avant l’arrivée à la Caspienne, nous prenons notre petit déj dans un restaurant de Manjil. Le taulier de l’établissement, Bashir, vient discuter avec nous et nous nous lançons dans un dialogue farsi-français du tonnerre qui marche à merveille car nous nous comprenons. Bashir est un ancien haltérophile et me fait penser à notre bon vieil ami menuisier de l’uni: Daniel Rod. Finalement, il nous offre tout ce que nous avons consommer! Un exemple parmi d’autre de la générosité iranienne.

Quand nous arrivons enfin à Rasht, le but de notre chevauchée commune de 300km, nous profitons de la dernière journée pour aller visiter un joli village perché, Masuleh, et d’aller tremper nos pieds dans la Mer Caspienne. Quand le soir arrive, Daniel prend un taxi qui le ramène à l’aéroport de Téhéran en seulement 5h.

En voyageant avec Daniel, j’ai découvert plusieurs choses, par exemple c’est un pro pour faire un sac. Il ne prend que l’essentiel et ne s’encombre d’aucun superflu. Il se prête aussi parfaitement au jeu du bivouac et ne ronchonne pas à cause d’une nuit trop humide ou de pâtes pas suffisamment al dente. Paradoxalement, durant ces quelques jours d’effort et de vie au plein air, j’ai l’impression que là, il se repose réellement. Par rapport aux vacances far niente dont on a l’habitude en famille, il est ici plus relax, prends les imprévus avec humour et sympatise avec toute personne qui vient lui serrer la main. Daniel, il est temps que tu rentres parce que si tu restes sur la route plus longtemps tu ne retourneras jamais dans la routine audi-boulot-dodo! En tout cas merci pour ces quelques jours en ta compagnie et quand tu iras faire ton tour du monde et que je serai à mon tour dans cette routine, je viendrais volontiers te rejoindre pour quelques kilometres!

Communication breakdown

De nouveau seul, en tête à tête avec mon biclou, je fais face à plusieurs ennuis techniques en quelque jours. La plupart d’entres eux arrivent un peu trop tard, car s’ils étaient arrivés quand Daniel était encore avec moi, il aurai été possible d’y remédier immédiatement en récupérant les pièces de son vélo. Ma roue avant crêve deux fois de suite, puis ma bequille se casse en deux et mon compteur décide de ne plus fonctionner. Les piles spéciales de ma balise Spot qui envoie ma position vers mon site internet sont à plat, mon chargeur Nokia se brise en deux, mon phare arrière est out et celui de devant nécessite une intervention chirurgicale pour le sauver. Mon téléphone portable rend l’âme et je dois le remplacer par un nokia plus ancien perdant ainsi de nombreux numéros (mais gagnant le jeu Snake!).

Il me faut cinq jours pour rejoindre Tabriz. Pendant ces cinq jours, je traverse des paysages somptueux, notamment entre Khal Khal et Miyaneh. Une matinée, je monte de plus de 1’000m. Quand mes jambes fatiguent, je mets en pratique ce que j’ai appris à faire en Asie du Sud-Est avec Benoît à savoir: je me fait tirer par des camions. Sur les 25km de montée, j’arrive à »rider » des camions sur un total de presque 5km. Comment faire? Quand je vois en contre-bas un camion qui toussotte et qui peine à avancer, je décide que celui-ci sera ma cible. Je continue à pédaler, ou parfois je m’arrête même pour l’attendre. Quand il est suffisament proche, je commence à pedaler à fond pour avoir plus ou moins sa vitesse quand il arrive près de moi et tente de trouver une prise à l’arrière de la remorque. Ensuite, le tout est de rester le plus longtemps accroché, et ce malgré les gaz d’échappement et les crampes dans les bras, pour changer de la monotonie de la montée. Les échanges avec le chauffeur se font via le rétro, et souvent, ils se marrent! Quand je lâche un camion par épuisement, celui-ci s’arrête pour me laisser revenir à lui. Pour lui faire honneur, je rempile pour 1km de crampes dans le bras gauche. Au final, on ne peut pas dire que j’économise des forces car l’effort que cela demande est intense, mais au moins mon biceps gauche aura la classe à mon retour à lausanne, et fera craquer toutes les filles du bord du lac.

Gawdaraq

Au risque de le répéter, les Iraniens sont les gens les plus accueillant que j’ai rencontré durant ce voyage. Le soir d’une longue étape sur la route de Tabriz, dans une campagne presque verte et sans avoir vu aucun minaret (contrairement à ce qu’on croit, les paysages n’en sont pas hérissés). Cette longue journée de pédalage sur un faux-plat ascendant de 80km et un vent de face arassant touche à sa fin quand une voiture s’arrête et deux hommes aux environs de la trentaine et parlant bien anglais en sortent. On discute 1 minute et demie et il me proposent d’aller dans leur village. Il faut juste faire demi tour sur 5km. J’hésite, revenir sur mes pas étant une des choses que je déteste le plus au monde après les choux fleurs et les brocolis. Finalement j’accepte, et suis la voiture sur plus de …12km! Ça me fâche énormément, je suis fatigué, j’ai faim, je suis donc de mauvaise humeur. Quand finalement nous arrivons, le calme revient et j’offre un visage plus sympathique. Je me laisse guider dans les rues de Gowdaraq jusqu’à la maison des parents par les deux frères Hassan et Saeid. Quand nous arrivons à la maison, toute la famille est là, les femmes, les frères les parents, des enfants du voisinage. Tout de suite on étend une couverture sur le sol, et on prend tous l’apéro: miel, pastèque, fromage, galette hyper-fines…etc. je discute un peu plus avec Hassan et Saeid. L’un est hygiéniste dentaire, l’autre est designer graphique à Téhéran. Ils profitent des jours fériés commémorant le 23e anniversaire de la disparition de Khomeini pour passer quelques instants dans la maison familiale. Aussitôt l’apéritif terminé, ils me proposent d’aller jouer au volley. Il est 19h, je suis HS, mais je me joins au groupe qui a rendez-vous au filet du village pour le tournoi du soir. Comme partout, il y a les stars, les Ronaldo de la manchette, il y a les pères de famille un peu gênés par les kilos en trop et les mauvais, comme moi. Après un match ou je touche 2x la balle, pour la mettre dans le filet, je décide de couvrir l’évènement en prenant quelques photos. De retour à la maison, je constate que les femmes ont tué le poulet éclaboussant légèrement mes affaires de viscères où je ne sais quoi. Ici, on retombe dans les traditions, les femmes de Téhéran mettent la main à la pâte à côté de la Mère, et c’est elles qui s’occupent de tout tandis que les hommes »m’entretiennent ». Je leur demande s’ils font leurs prières et s’ils vont à la mosquée tous les jours. »What?!?! We go there once a year maybe! ». Les pièces de la maison sont non meublées. Tout le monde vit sur des tapis perses, épais, magnifiques. A onze heure, alors que j’ai atteins un rythme de 47 baillements par minute le repas est servi et nous nous réunissons tous dans une des pièces, sur des tapis autour d’une nappe en plastique. Poulet, riz, frites maison, salade de tomate-concombre-oignon: c’est délicieux. Une fois le repas fini, je m’écroule sur une couche posée dans une des pièces. Hassan et Saeid viennent me border.

Le lendemain, les deux frères se proposent pour m’aider à ratrapper les 12 km perdus la veille. Je m’accroche à la voiture grâce à la fenêtre arrière laissée ouverte et ensembles nous filons à 40km/h! Après de sincères remerciements, je reprends la route, sans voiture pour m’aider, en direction de Tabriz.

Tabriz

Sitôt seul, je tombe sur mes touristes n°2-3. Sophie et Barbara, bernoises à vélo, pedalant en pantalon et en voiles malgré la chaleur. Elles ne sont pas très bavardes, mais je sais d’elles qu’elles ont pour objectif la Mongolie. Cela fait trois mois qu’elles pédalent sur les même routes que je compte empreinter. Avant de nous séparer, je déchire les pages de mon guide don je n’ai plus besoin et qui pourront leur servir.

Encore une fois, je voulais m’arrêter avant la ville pour camper mais la force d’attraction a été la plus forte, j’arrive dans la »ville de Bouvier et Vernet » après une étape de 120km, une ultime montée vaincue à la force de mon bras gauche et une longue descente qui m’a literralement catapulté dans le centre ville.

Tabriz, tous ceux qui ont lu l’Usage du Monde, en sont familier. Dans les années cinquante, lors de son voyage en Fiat Topolino avec son ami peintre Vernet, Nicolas Bouvier a vécu plus de six mois dans cette ville. Pendant ma longue journée à parcourir la ville, je prends un plaisir immense à me perdre dans les dédales infinis du bazaar. Plus de dix kilomètres de galeries couvertes par des voûtes en briques rouge. Ce bazaar existe depuis un millénaire, et ces voûtes, conférant un côté intimiste en ce lieu où l’agitation règne en maître, datent du XVe siècle. En y allant tôt le matin, en ce jour férié qu’est le 3 juin, la plupart des boutiques sont fermées, et j’erre des heures dans ces allées calmes, peuplées uniquement de chats, véritables maîtres des lieux. Ensuite, je me rend à la Mosquée Bleue, construite en 1465 mais détruite lors d’un violent tremblement de terre en 1773. Bouvier, lui n’en a vu que des ruines, mais j’ai de la chance, la mosquée a été reconstruite et ses mosaïques bleues, couvrant toutes les paroies d’entant, partiellement reconstituées.

Le soir, alors que je cherche un endroit où manger, je tombe sur un autre cyclo au crâne rasé et à la barbichette pointue: Jean. En route pour l’Inde, il arrive droit de la Turquie qu’il a adoré. Heureux de pouvoir enfin parler un peu français, nous partageons le dîner puis le petit déjeuner du lendemain. Il me dit ce que je dois manger à tout prix quand je passerais la frontière turque.

Kandovan, Orumiyeh, finish en beauté

Je sors de Tabriz sur le tard, vers 11h. J’ai bien passé une heure à la poste pour acheter mes 30 timbres pour l’Europe. Difficile de se faire comprendre. Heureusement que Parisa, jeune employée, parlait anglais. On a bien discuté, et les employés m’ont traités de fou à nombreuses reprises quand Parisa leur à décrit mon périple! À 11h, je m’extirpe donc des tantacules de cette ville de plusieurs millions d’habitants et décide de faire un écart pour me rendre à Kandovan. Une trentaine de kilomètres à l’écart de ma route vers la Turquie, ce village est incroyable. Une érosion bizarre a taillé dans une sorte de conglomérat des formations rocheuses pointues qui ont été aménagées en maison troglodyte et qui sont toujours habitées. Après quelques kilomètres de montées sur la route qui y mène, je me rend compte que je suis de nouveau pris de diarrhée, et je sens que mes batteries se vident à vitesses grand V. Je mets fin au supplice en faisant les 25 derniers kilomètres (de montée) à bord d’un pick up. Après une balade de deux heures dans ses ruelles-escaliers, je remonte sur mon vélo, et grâce à la descente et au vent qui m’est favorable, bats mon record de vitesse: 72km/h!! Dans un paysage magnifique qui me rappelle les hauts plateaux boliviens, je tente de planter ma tente parmi les chardons, mais le vent qui est trop fort me force à me rabattre en contrebas.

Voyager en Iran sans faire du désert, c’est un comble! Heureusement, cette fin de parcours perse l’offre un désert auquel je ne me serais pas attendu: un désert de sel. Trente kilomètre à travers les reste d’un ancien lac, terres jaune ou blanche, buissons rares et éparses, terre inhospitalière mais magnifique. Avant de rejoindre les rives du Lac d’Orumiyeh, je passe mon 10’000km, point symbolique qui ne me laisse pas indifférent et qui porte un coup aussi à mon compteur car c’est peu après qu’il décidera d’arrêter de fonctionner. Au bord du lac, et tout au long de la traversée de la longue digue de 20km qui le coupe en deux, je m’émerveille devant ce paysage. Rives blanches, eau rouge, ciel bleu. La rive opposée semble n’être qu’à deux minutes de vélo tant l’air est clair. Il me faudra plus d’une heure pour l’atteindre. Le lac, véritable mélange entre la Mer Morte, tant il est salé, et la Mer d’Aral, car il est condamné a disparaître à cause de la déviation des cours d’eau qui l’alimente. C’est dans un paysage comme cela que je veux planter ma tente. De retour sur la terre ferme je rempli mes bouteilles d’eau et m’avance sur l’immense plage de sel, qui est si étendue à cause de la baisse du niveau de l’eau que je ne vois pas le lac. Après le repas, alors que le soleil disparaît progressivement derrière la mintagne, je me jette, euphorique, dans l’immensité de cette étendue en soufflant à perdre haleine dans mon harmonica. Plusieurs fois, j’ai l’impression d’avoir eté ramené en Bolivie. Uyuni Orumiyeh, même combat! Le lendemain, je ne fais pas le fier malgré le lever de soleil magique. En effet, une meute de gros chien entoure ma tente et aboie en ma direction pendant quelques minutes. Heureusement, ils semblent aussi euphoriques que moi la veille et son vite lassés de jouer les méchants et s’en retournent se courir après pour se croquer la queue. Profitant de cet instant de repris, je file.

Jeudi 7 juin, 308e jour et 10’033km, je m’apprête à quitter l’Iran qui m’a tant surpris et tant apporté. A fond la caisse et en pleine forme, je mets le cap sur la Turquie. Je roule bien, en une heure je couvre 22km, mais soudain, c’est le drame. Je n’avance plus. Je suis à plat. Pas mes pneus, mais mon corps. Je tente de m’arrêter pour grignoter des choses sucrées: j’avance de 5km, puis cale à nouveau. Pourtant, moralement je me sens en pleine forme, et hormis ces maux d’intestin qui accompagnent ma coulante, j’ai l’impression d’aller bien. Tant bien que mal, je me traîne jusqu’à la route qui se dirige vers la Turquie. Seulement 50km au compteurs quand je jette l’eponge. Je décide de faire du stop jusqu’à la frontière pour l’éviter les derniers 40 kilomètres de montées et de descentes sans endroits à l’ombre pour me reposer.

Il doit etre 13h quand je pousse mon vélo dans le meli mélo de la douane de Sero-Esendere. Rien n’est indiqué en anglais, et j’ai l’impression qu’il n’y a que des civils qui n’en savent pas long sur la procédure que je dois suivre. Finalement, j’ai mes deux tampons dans mon passeport, et crevé comme pas possible, je fais mes premiers pas en Kurdistan turc. PKK, me voilà!

Pour les photos, c'est ici
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Pour ceux qui hésitent à porter un casque à vélo
bonjour à tous,

Il y a un mois, sur une petite route de campagne, avec mon épouse nous avons démarrer une descente(nous étions en vélo de route)au bout d'une centaine de métres en roulant sur un petit dos d'âne servant a dériver l'eau de pluie elle a été éjecté du vélo en faisant un "vol plané" de 7m.Elle est d'abord tombé sur la tête a ensuite raclé le bitume avec le visage et ensuite tapé le sol avec le coude. Résultat:le casque s'est cassé en quatre morceaux (pas de trauma crânien), le visage en chirurgie réparatrice, fracture ouverte du coude avec deux broches de 10cm. Je ne souhaite absolument pas effrayé les cylos avec ce message (et encore moins les nouveaux venu)mais vraiment rapeler l'importance du port du casque.
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Chien de défense des troupeaux, les fameux patous
bonjour à tous,

rentrant de la GTA de Thonon les Bains à Nice, je me suis retrouvé confronté au problème des chiens de bergers hargneux, et les non moins célèbres patous, je dis problème, parce que pour moi, tous ces chiens à moitié sauvages, voir cinglés ont fini par devenir ma hantise.

on a cassé du pitt bulls pour moins que ça

certains patous sont un peu éduqués et moins agressifs, mais c'est pas écrit dessus, et ils sont plutôt rares.

le seul bruit des clochettes des moutons m'ont gâché une partie de cette superbe randonnée. La hantise de voir déboulés des chiens agressifs, dès qu'on arrive dans les alpages

en partant de Thonon, je n'y avais pas pensé, suite à ma peur grandissante au fil des jours, renseignements pris de droite et de gauche dans les gîtes, causeries avec des bergers qui n'avaient pas de patous, il en ressort que ces chiens sont la cause d'une saturation de plaintes, et que certains éleveurs préfèrent s'en passer plutôt que d'être en permanence sous le dépôt de plaintes de randonneurs.

dans le lien qui suit, et si vous recherchez sur internet, il en ressort que certaines municipalités, et aussi certains gérants de gîtes qui commencent à s'inquiéter d'une baisse de tourisme liée à la defréquentation de leur GR par les randonneurs, suite aux rencontres avec ces chiens.

http://www.pyrenees-pireneus.com/...ensProtection.htm#14

pour ma part, j'avais envisagé de faire la partie du GR5 dans les vosges et le jura, mais du coup, je n'irai pas, idem pour le GR10 que j'avais prévu en 2013, on peut peut-être me reprocher ma peur, mais je marche pour me faire plaisir, pas pour stresser sans arrêt.

j'ai passé quelques nuits en bivouac, pas entendu un seul loup, le brame des cerfs, oui, le hurlement du loup, non, en plus, je ne comprend pas trop, personne n'a jamais entendu dire qu'un patou ait tué un loup ?

quand on est passé à Roya, 2 jours avant, soi-disant 150 brebis égorgées, et ce malgré la présence dans le troupeau de 3 patous, 150 brebis, combien a t'il fallu de loups pour faire ça, et surtout que faisaient les patous ??????

pour avoir aussi assisté avec une vingtaine de personnes, assis un soir sur une terrasse d'un gîte en savourant une bière salvatrice, on a donc assisté a une petite folie des chiens de berger et de leur collègue patou qui poursuivaient un renard, pauvre renard qui avait eu l'audace de vouloir traversé le troupeau, ignorant, il n'avait pas su lire le panneau de prévention, je peux vous dire que ça a été un feu d'artifice de moutons, ça giclait dans tous les sens, ils auraient été au bord d'une falaise, ça finissait par une purée de moutons en bas, et on aurait encore prétexté une attaque de loups,

heureusement, le renard étant plus fin s'en est sorti sans une rayure alors que les autres imbéciles couraient en tous sens ! cherchez l'erreur !!!!!

je suis persuadé que le patou est aussi dangereux que le loup, certains pètent les plombs et se retournent même contre leur maître, dixit un berger

je veux bien qu'on protège les troupeaux et c'est normal, mais je reproche aux éleveurs de s'approprier la montagne, en vertu de quel droits, certains panneaux de prévention d'ailleurs en témoignent, certains s'adressent aux AMIS randonneurs et expliquent poliment aux randonneurs quel comportement avoir face à ces fauves, alors que sur d'autres panneaux, il est juste écrit: N'APPROCHER PAS DES TROUPEAUX !!!!

et vous, vos réactions m'intéressent, soyez francs et sincères, peur pas peur, allez vous toujours en montagne si vous avez eu des expériences négatives ?

merci d'avance
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On part en vadrouille dans l'ouest américain! Oui, encore et encore...
21 juin Encore en vadrouille ??? Le monde n’est pas logique… L’addiction aux jeux est une maladie. Pas la peine de revenir là-dessus, ça a été prouvé scientifiquement. Du coup, l’homme a inventé les médecins de l’addiction… Dans le même registre, le travail est une maladie. Ben oui, il y a bien des médecins du travail, non ?... Du coup, je te pose cette question : Pourquoi n’y aurait-il pas des médecins du voyage ?... Pitié, aide-moi, je n’arrive pas à m’en passer ! La preuve, nous sommes rentrés mi-mars de notre vadrouille birmane et me revoilà, un peu couillon, en train de t’expliquer que nous allons remettre les voiles vers de nouveaux horizons ! Mais pas d’bol, parmi les cent quatre-vingt-dix-sept pays que compte notre bonne vieille Terre, le tirage au sort a désigné une nouvelle fois les Etats-Unis. Ben oui, mais lesquels ?... Car ça, tu ne le sais peut-être pas encore, mais il y a deux pays dont le nom officiel commence par « Etats-Unis ». Les Etats-Unis d’Amérique… Ok, tu es nul en géographie mais j’imagine que ça, tu l’savais… Et l’autre, c’est le Mexique dont le véritable nom est « Etats-Unis du Mexique » !... Tu vois, cette prose en est encore à ses balbutiements mais tu peux d’ores et déjà cocher la case « Je ne sais pas pourquoi je lis toutes ces conneries mais ça me sert quand même un peu pour ma culture générale »…

Bref, je ne vais pas faire durer ce suspense insoutenable plus longtemps. Je t’annonce en effet officiellement que le sort nous envoie une nouvelle fois chez l’oncle Sam... Une fois, ok, deux fois, passe encore… Mais là, ce sera la cinquième fois !!! Non mais franchement, quand le sort a décidé de s’acharner, ben… il s’acharne !

Déjà, dans un premier temps, il me faut annoncer la mauvaise nouvelle à madame… Bon, un poil plus urbaine que bibi, elle n’est pas hostile à l’idée, mais à une seule condition : Passer pour cette fois-ci obligatoirement par Los Angeles, Las Vegas et San Francisco que nous n’avons toujours pas marquées de nos semelles. Moi, bon gars, j’accède volontiers à cette requête. Faut dire que pour repartir en vadrouille, je serais prêt à accepter n’importe quoi… Partir en vélo, avec un euro par jour, … et même avec sa grand-mère en bikini sur le porte-bagages s’il le fallait ! Non, non, si tu la connaissais, tu ne rigolerais pas...

Du coup, une fois le feu vert de madame obtenu, à la façon d’un compositeur de musique classique, et bien je me mets à composer… Les yeux fermés, confortablement installé sur mon petit tabouret feutré, je caresse sensuellement les touches de mon instrument en attendant patiemment que mon imagination abyssale se mette à pianoter… Ça y est, elle entre en action…: Los Angeles, la route 66, le Grand Canyon, Las Vegas, Bryce Canyon, Zion National Park, la Vallée de la Mort, San Francisco… Une œuvre on ne peut plus classique diront les puristes, là où mon objectif est d’écrire un bon vieux tube de rock’n’roll ! Car annoncé comme ça, ça fait très circuit organisé de la dernière brochure Grégoire Laclaire qui permet à cinquante gugusses de découvrir tous ensemble les Etats-Unis en dix jours dont cinq dans le bus ! Je n’en ai pas rêvé, Laclaire l’a fait, et je suis en train de le copier !… Allez mon bonhomme, on s’essore un peu le cervelet et on nous pond un truc qui va faire un peu plus Dora l’exploratrice… : Victorville, Bottletree Ranch d’Elmer, Antelope Canyon, Horseshoe Bend, Stud Horse Point, Buckskin Gulch, Toadstool Hoodoos, Edmaiers secret, Coyote Buttes North, Yellowrock, Strike Valley, Capitol Reef, Cathedral Valley, Valley of Fire, Sequoia National Park, … Voilà qui envoie du bois ! En combinant tout ça avec mon œuvre classique initiale, le bébé devrait quand même plus ressembler à du Iron Maiden qu’à du Frédéric Chopin, non ?

Ne me reste alors plus qu’à te donner les quelques éléments logistiques qu’il te manque pour en savoir autant que moi sur cette vadrouille, soit cinquante fois plus que Sandrine, qui découvre presque, le jour de notre départ, qu’on va faire du camping en me voyant charger la tente dans la voiture qui va nous mener à l’aéroport… Ça te donne un bon indice sur l’identité de celui qui a une nouvelle fois tout organisé… All by myself, tu vois ce que j’veux dire ? Et sans même Céline Dion pour me filer un coup de main ! Bref, revenons-en à nos détails logistiques. Dans le désordre, ça donne ça : Quatre mois de préparation intense pour que les quatre mêmes acteurs que d’habitude se retrouvent ensemble pendant quatre semaines dans le 4x4 que j’ai réservé de Los Angeles à San Francisco, soit pour une boucle d’environ quatre mille kilomètres pour vadrouiller aux quatre coins des quatre états que sont la Californie, l’Arizona, l’Utah et le Nevada… « N’aie pas peur, Sandrine, nous ne nous rendons pas là-bas à quatre pattes… Si tu veux que j’te dise tes quatre vérités, ce sera à bord d’un Airbus A380 affrété par Air France ! » Voilà, je crois que je t’ai tout dit ! En avant la musique ! En avant le rock’n’roll !
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Concours Photo VF du mois de janvier 2012: Insolite
Bonsoir,

Je déclare ouvert ce jour le 19e concours de photo VF. Un coup d'oeil sur les dignes prédécesseurs donne le vertige :

Transport collectif et public du monde (mai 2010) Métiers du monde (juin / juillet 2010) La couleur bleue (août / septembre 2010) Une prière (septembre / octobre 2010) Scènes de rue du monde entier (novembre 2010) On vous mène en bateau (décembre 2010) Le monde en musique (janvier 2011) Expressions et regards aux 4 coins du monde (février 2011) Femmes du monde (mars 2011) Ombres et lumières à travers le monde (avril 2011) Intempéries (mai 2011) La bouffe à travers le monde (juin 2011) Des chiffres et des lettres (juillet 2011) Jeux et jouets du monde (août 2011) Une fenêtre sur le monde (septembre 2011) L'homme et son animal (octobre 2011) Nature et paysages aux quatre coins du monde (novembre 2011) Fêtes à travers le monde (décembre 2011)

Des trésors d'imagination, non ? D'ailleurs, resterait-il un thème qui n'ait pas ��té abordé ici ? Je crains que non. Pourtant, j'ai égréné, infatigable, les innombrables photos de mes albums, soupirant devant des souvenirs que je pensais oubliés. Je souriais aussi devant quelques photo incongrues quand mon sourire se mue en un rire sardonique (normal, nous sommes sur VF) que je vous épargnerai ici : je venais de trouver le thème.

Le premier thème de l'année sera donc : Insolite, drôle de monde (janvier 2012).

Je vous explique comment je le vois (Maurice). Insolites, ce seront toutes les photos qui présentent des situations anormales ou exceptionnelles, suscitant chez le spectateur incompréhension, fou-rire ou étonnement. Prises bien souvent par hasard, elles ne devront pas être choquantes. Cela peut être un panneau étrange, une habitation bizarre... Tout ce qui peut être anachronique, ridicule, drôle ou rarissime est le bienvenu.

Pour participer, merci de poster jusqu'à trois photos, de préférence chacune dans un message différent, en indiquant leur numéro (1, 2 ou 3). Toute anecdote ou explication sur ces photos sera la bienvenue, sauf si elles se passent de commentaire (mettez au moins la localisation). Ces photos devront respecter le thème mais surtout être une invitation au voyage, ce qui manque parfois dans les images proposées. Essayez d'apporter du plaisir à ceux qui regarderont vos photos.

Vous avez jusqu'au samedi 21 janvier, minuit (heure de Paris) pour présenter vos oeuvres. Le vote aura lieu du lendemain, dimanche 22 janvier, zéro heure au samedi 28 janvier, minuit. Vous voterez pour trois photos maximum, en indiquant le plus clairement possible le nom de l'auteur(e) et le numéro de la photo. La première photo de votre vote se verra attribuer trois points, la seconde deux et la troisième un seul.

Le gagnant est celui qui obtiendra le plus de points. En cas d'ex aequo, le vainqueur sera celui qui aura obtenu le plus grand nombre de premières places, à défaut, de secondes. Enfin, si cela ne suffit pas, j'appliquerai la méthode décrite dans le Concours des concours 2010/2011 qui est suffisamment absconse pour ne pas être décrite ici. Ce vainqueur aura alors la lourde tâche de choisir un thème à son tour pour le concours de février qu'il organisera.

Que dire de plus ? Il n'est nul besoin de participer au concours pour voter. Ah oui, un autre point important. Merci de ne poster sur ce fil que des photos pour le concours, et ensuite, que les votes. Un fil Discussions autour de ce concours a été ouvert. Vous pourrez l'utiliser pour toute remarque, critique, coup de coeur, coup de gueule, exaspération, question. Pour les points 4 et 5, la Nétiquette propose de laisser passer une nuit. Et elle a bien raison.

Bon concours ! Ganbatte kudasai !

Fil parallèle consacré aux discussions : ici Au passage, Concours des concours 2010/2011 : là
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Livres à ne pas lire quand on est déjà mordu
Bonjour je propose ce nouveau sujet de discussion. Parlez des livres que vous avez lu, qui traitent du voyage, et qui donnent encore plus envie de partir. Je sais, c'est pas bien de faire ça, c'est malsain, parce qu'on a tous suffisamment envie de se barrer, mais c'est plus fort que nous, n'est-ce pas? J'ouvre, avec l'Usage du Monde de Nicolas Bouvier. Entre 1951 et 1953, Nicolas Bouvier est parti avec un ami peintre (Thierry Vernet) en fiat facile à réparer qui tombe tout le temps en panne à travers l'Europe Balkanique, puis la Turquie, le Kurdistan, l'Iran, l'Afganistan. Il raconte ses souvenirs et ses analyses d'une manière simple et très émouvante. Les rencontres et les moments insolites donnent particulièrement envie de vivre des instants similaires, même s'ils ont quand même pas mal galéré. Mais la galère est un véhicule comme un autre... Donc voilà, pour ceux qui n'aiment pas voyager, lisez ce bouquin, les autres, surtout, abstenez vous, sinon, vous serez irrémédiablement perdus, korzéam.
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Récit de 28 jours en Namibie
Nous sommes de retour de 28 jours en Namibie. Nous sommes partis à deux 4X4 avec des amis marseillais en majorité en camping. Il faut reconnaître que lorsqu'on prévoit 80 à 90% de pistes, il est toujours très sécurisant de savoir qu'on a un deuxième véhicule en cas de pépin. D'autant plus que, sur certaines pistes, nous n'avons pas croisé énormément de monde. Sur base d'un itinéraire concocté par nos soins, nous sommes passés via la société Namvic pour confirmer que tout tenait la route et pour la location des véhicules ainsi que pour les réservations de camping. Namvic a un contact à Paris, Pascal, ce qui est bien entendu plus simple pour les échanges. Le véhicule était un 4X4 de deuxième catégorie, c'est-à-dire un véhicule qui avait déjà pas mal baroudé. Cela fait sans doute moins "standing" mais le portefeuille s'en porte mieux et finalement il sera aussi poussiéreux et sâle qu'un neuf. La vraie différence est dans l'agencement du coffre. Pour nous, il fallait vider le coffre chaque jour pour accéder au matériel, ou au frigo alors que les nouveaux véhicules sont mieux pensés et donc plus pratiques. Pour le camping, nous disposions de deux tentes sur le toit qui se montaient en 5 minutes et se repliaient en 10 jusqu'à la troisième semaine où, avec la poussière et l'âge les tirettes devenaient difficiles à refermer et les jurons commencaient à fuser. En humidifant les tirettes avec de l'eau ou avec du liquide vaisselle, on vient à bout de se repliage. J'ai été assez étonnée du confort de ces tentes. Pas mal de place, un matelas finalement confortable, oreillers et sacs de couchage fournis. Nous avions un téléphone satellite et un petit GSM avec un peu de forfait afin de pouvoir appeler si nécessaire. Deux roues de secours mais que nous n'utiliserons heureusement pas. Les assurances sont compliquées en Namibie, il n' y a pas grand chose de couvert. Nous étions assurés pour un accident avec un tiers, un animal mais il fallait pouvoir prouver par des photos notre bonne foi, le bris du pare-brise et un pneu, tout le reste était à notre charge. Cela paraît assez complet mais quand on tente de compter le nombre de cailoux qui tapent la voiture, les animaux qui traversent inopinément et l'état de certaines pistes, la prudence est de mise. Aussi si un couvercle de casserole est perdu, et bien il faut payer la casserole soit une vingtaine d'euros, tout doit revenir en l'état sous peine de frais supplémentaires lorsqu'on rend le véhicule. Le véhicule doit être également nettoyé afin que la société puisse aisément vérifier l'état du véhicule, sinon de nouveau c'est facturé. Nous avons de notre côté profité d'un des derniers campings pour donner un coup de chiffon car il y avait un tuyau, ce qui n'est pas forcément possible en lodge. Pour le trajet, nous avons resigné avec Qatar en passant par Doha, Johannesburg puis Windhoek via South Africa Airlines. Namvic nous avait déconseillé de passer par Johannesburg, apparemment connu pour ses problèmes de bagages. Les compagnies aériennes l'ont bien compris car les vols évitant l'Afrique du Sud étaient hors de prix. Pour nous tout s'est bien passé mais nos amis qui voyageaient de Marseile avec Turkish ont eu des soucis avec le dernier vol assuré par Namibian Airlines. Ils ont perdu une journée, bloqués à Johannesburg, et ils ont du courir après leurs bagages. J'ai rencontré pas mal de gens qui avaient un à deux jours de retard sur leur itinéraire à cause de bagages perdus.
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Salta à San Antonio de los Cobres à vélo par N 9, 52 et 40
L’Amérique du Sud m’a toujours fait rêver, et me fera toujours rêver, tout particulièrement sa zone de grands déserts qui s’étend sur 4 pays, Pérou, Bolivie, Chili et Argentine, vaste zone que l’on dénomme Atacama.

Pour la troisième fois je pars dans cette région, armé de mon vélo, accompagné de deux compagnons. Je vais vous relater la première partie de ce voyage de Salta à San Antonio de los Cobres, qui s’est déroulé sur une dizaine de jours.

Nous n’avons pas emprunté la route directe, mais nous sommes d’abord partis vers le nord par la route N°9 jusqu’à l’embranchement vers Purmamarca, puis la 52 jusqu’à Susques, et enfin la mythique Ruta 40 jusqu’à San Antonio de los Cobres. Nous avons parcouru 450 kilomètres et escaladé un volcan le Tuzgle à 5530 m d’altitude.

Notre itinéraire

27 septembre arrivée à Salta

Arrivée très matinale à l’aéroport de Salta, le douanier nous demande d’ouvrir l’un de nos cartons contenant les vélos, car il ne passait pas dans le scanner. En bons Français ça râle, en effet un carton ouvert cela risque d’être difficile à transporter. Mais ce n’est que pour la forme qu’on râle, car nous avons un rouleau de scotch de déménageur, et le refermer est facile. Le douanier ne se laisse pas impressionner et répond : si je vais en France et qu’on me demande d’ouvrir mes bagages je les ouvre !

Eh oui sa remarque est imparable, les Français ça se remarque souvent rapidement.

Une fois sortis de l’aéroport à 4 heures du matin, la difficulté, outre le fait que tous les taxis classiques sont partis, c’est de trouver le véhicule adéquat pour nos trois gros emballages. Juste en face de la porte de sortie, un pick-up blanc qui ferait bien l’affaire. Je demande au propriétaire s’il peut nous rendre ce service. Il s’agit d’un guide de montagne argentin, qui va charger, outre nos trois vélos, tout notre matériel et cela gratuitement, il refuse tout argent.

Une fois arrivés devant notre hostal, il nous prodigue de nombreux conseils pour notre balade à vélo de deux mois à travers les Andes argentines et chiliennes. Mais nos projets de vélos-montagne il les trouve par trop osés, et nous traite de fous. En effet, il nous explique que les conditions parfois extrêmes de ces régions sont à prendre en compte et tout particulièrement lors d’un voyage à vélo. Ce qu’il nous dit je m’en doute, car c’est la troisième fois que je viens dans ces parages à vélo. La dernière fois, j’avais effectué une traversée de d’Atacama de Arica à Santiago du Chili via Bolivie et Argentine. Mais les mises en garde d’un professionnel sont toujours à écouter avec attention. En tout cas grand merci pour tout à ce guide de montagne. Enfin les vélos à l'hôtel

Nous restons deux nuits à Salta afin de bien assimiler le changement d’horaire. Ne jamais se précipiter pour partir lors d’un long voyage à vélo, le corps et son rythme commandent, c’est le meilleur moyen de gagner du temps et de rentrer dans l’effort au long cours. Outre ce guide, nous avons discuté avec un couple de Français qui étaient dans le même avion. Ils comptent aussi grimper sur le Tuzgle, volcan que nous avons décidé d’escalader. Et par un hasard incroyable nous allons les croiser dans 10 jours au pied de cette montagne.

Nous passons deux jours à Salta à préparer notre matériel et à acheter ce qu’il nous manque, en particulier les cartouches de gaz que nous n’avons pu amener avec nous dans l’avion, le transport de matériel inflammable étant interdit.

Salta, de façon étonnante durant ces deux jours je n’y ai pas trouvé un cachet particulier, alors qu’à la fin de notre voyage dans deux mois nous allons y séjourner 5 jours et mon impression sera toute autre. Je vais beaucoup apprécier m’y promener dans ses rues très fréquentées le soir. Mon Saint préféré San Pedro de Atacama

En particulier, outre quelques restaurants très agréables aux vins rouges magnifiques, particulièrement le cépage Malbec, celui du Cahors, je vais beaucoup aimer ses librairies. Je vais m’alourdir au retour de 7 livres dont plusieurs de dimensions respectables. Il est toujours très intéressant lorsqu’on se trouve dans un pays d’acheter des livres écrits par des gens du cru sur des grands problèmes internationaux dans lesquels leur pays a été au premier plan. Pour l’Argentine deux grandes questions historiques me passionnent, la protection des nazis après la deuxième guerre mondiale et la guerre des Malouines.

Concernant cette dernière question j’avais déjà lu ce que les Britanniques avaient écrit sur les opérations militaires. De même lors de mon passage à Mendoza il y a cinq ans, j’avais acheté un livre relatant la version argentine des opérations militaires de cette guerre. Les deux visions sont très différentes et passionnantes à lire, bien qu’il s’agisse d’un terrible drame humain, où comme souvent la jeunesse paie le tribut le plus lourd dans ces confrontations armées.

Là encore je vais trouver deux livres traitant de cette guerre. Mais, non seulement les opérations de guerre y sont abordées, mais tous les aspects politiques. Les différentes tractations avec les USA, le Royaume-Uni et aussi tous les soubresauts internes à la junte militaire argentine.

Puis je vais me laisser tenter par un gros livre sur la vie d’Eichmann en Argentine. Comme l’écrit l’auteur dans la préface, il a voulu écrire ce livre, car il avait honte que son pays ait pu protéger les grands assassins nazis organisateurs du plus grand génocide de tous les temps.

D’où l’importance de parler et si possible bien, les langues étrangères afin de pouvoir par la lecture plonger dans l’âme des habitants dans leur langue, car une traduction si bonne soit-elle, ne permet pas de pénétrer aussi profondément la pensée de l’auteur.

D’ailleurs, pour moi le voyage commence entre autres au cours des longues séances au cours desquelles j’essaie d’apprendre au mieux les langues étrangères, afin de lire les livres en version originale. J’y suis arrivé assez bien avec l’anglais, l’allemand, l’espagnol et l’albanais, pays dans lequel j’ai vécu. Par contre avec des langues plus exotiques, le mongol, le thaï ou le laotien, mes premières tentatives ont vite été douchées. Peut-être aurait-il fallu que je prenne un professeur ? Mais les journées ne font que 24 heures et il n’est pas facile de dégager des plages de temps importantes, nécessaires pour maîtriser des langues très éloignées de la nôtre. Pour les langues européennes, j'ai eu la chance de travailler fréquemment avec des Anglais et des Allemands, ça aide. D'ailleurs l'anglais je n'appelle plus cela une langue étrangère, mais un outil de travail dans de nombreux domaines indispensable.

Salta, alors que je ne suis pas un adepte des musées, j’y ai été subjugué par le musée des momies du Llulaillaco, trois enfants sacrifiés et enterrés au sommet de cette montagne à 6700 m d’altitude, il y a maintenant 5 siècles, absolument époustouflant. Les explications sont en anglais et en espagnol, impératif de tout lire. Et si l’on veut approfondir, il est possible de se procurer un magnifique livre écrit par l’archéologue qui a conduit les travaux en 1999.

« « En mars 1999, on découvrit près de son sommet un cimetière dont on dégagea trois momies, les « momies du Llullaillaco ». Il s'agit des corps d'enfants que les Quechuas ont sacrifiés à ce qu'ils considéraient comme leurs déités, près de 500 ans avant leur découverte et peu de temps avant l'arrivée des premiers conquistadors1. Ils ont été momifiés par congélation. Les momies sont aujourd'hui exposées dans le Museo de Arqueología de Alta Montaña (musée archéologique de haute montagne), à Salta. » » www.argentina-excepcion.com/...thnologie/maam-s...

Niña del Rayo 29 septembre Salta El Carmen 76 km Dénivelé 637 m Temps Parcours 4h36

Aujourd'hui, enfin nous partons, mais pas très tôt, à 8 h, avec des derniers petits réglages de dernière minute.

mon vélo prêt La sortie de Salta ce samedi matin ne pose pas de problème, de plus après deux kilomètres une piste cyclable nous conduit dans la campagne, nous la suivons sur une quinzaine de kilomètres, puis elle cède la place à une étroite chaussée toute en virage au goudron excellent et à la circulation faible.

Cette route est appelée la "Corniche". Elle est en encorbellement à flanc de montagne. On pourrait se croire sur des bosses de Haute-Provence. Cependant, certains végétaux sont très différents de ce que l'on trouve chez nous, comme ces grandes herbes qui pendent, ou ces touffes qui décorent certains arbres.

Nous rencontrons notre premier voyageur à vélo. Bien évidemment, nous ne coupons pas au rite de l'arrêt et de la discussion enflammée. Il est argentin, originaire d'une ville éloignée sur la côte atlantique. Il termine un périple de 225 jours à travers la Puna argentine. Mais cela nous fait un peu mal de le regarder, car il roule torse nu, alors que le soleil dans ces régions pas très éloignées de l’équateur est particulièrement agressif. Pour ma part je roule pratiquement toujours entièrement couvert, bras et jambes, et pourtant ma peau est adaptée au soleil avec mes origines maltaises. Peu de circulation sur cette route, mais nombreux parmi les véhicules rencontrés, sont les conducteurs qui nous adressent des signes d'encouragement. Souvent des vaches et des chevaux occupent avec nonchalance l'asphalte. Une étrange statuette nous intrigue au détour d'un virage.



La chaleur est conséquente, vers midi, 33 degrés. Après un repas dans un restaurant sympathique au milieu de nulle part, la petite ville de El Carmen se dévoile, et un sympathique hostal nous ouvre ses portes, dont le nom nous avait été donné par la restauratrice. Toujours laisser le hasard faire son œuvre et ne pas trop planifier son voyage, meilleur moyen d’aller de surprise en surprise, certes bonnes ou mauvaises. Mais le voyage c’est justement être dépaysé voire décoiffé ! J’aime bien la formule de Nicolas Bouvier : on ne fait pas un voyage, c’est le voyage qui vous fait ou vous défait.

Nous montons doucement en puissance, les promesses de grosses difficultés se dessinent en arrière-plan, sous forme de gigantesques volcans qui se dressent toujours plus proches, accaparant de plus en plus le ciel, presque menaçants au-dessus des plaines. Ces immenses montagnes aux dimensions difficiles à évaluer, chargées de promesses de difficultés et de menaces de souffrances à venir, sont le moteur de notre motivation à venir nous confronter à ces coins des Andes.

30 septembre el Carmen à Tumbaya 77km 1120 m de dénivelé temps de parcours 6h10

Après une nuit récupératrice, et un repas du soir dans un restaurant un peu glauque, mais au patron agréable, nous reprenons la route. Ce ne sera pas comme la veille, mais la grosse route dure, les camions et surtout les bus qui frôlent. La route dans toute son hostilité, comme le voyageur à vélo a pris l’habitude de temps en temps de composer avec. Un œil rivé sur le rétroviseur à regarder le danger arriver pour être prêt à « gicler ».

Sur notre gauche les sommets des Andes sont éclairés par le soleil, alors que la route reste à l'ombre. Ces crêtes sont la promesse de ces beaux combats à venir, car derrière se cache la fameuse "ruta 40".

Grand axe de fond de vallon sans caractéristique particulière, mais toujours quelque chose d'intéressant, comme par exemple ces fresques sur un mur d'école ou ces gros galets retraçant le combat des Indiens pour leur liberté.



Un peu avant la ville de San Salvador de Jujuy, un jeune cycliste roule avec nous, et il va nous amener à l'entrée de la ville par une piste cyclable qui évite l'autoroute assez passante.

Nous traversons la petite ville de Jujuy le long de sa rivière presque à sec à cette époque. Nous roulons quelques kilomètres sur une piste cyclable au goudron rouge. Le long de cette piste un homme s'entraîne au flamenco. Jean-Paul s'arrête et à son tour se met à taper du talon sur la mini-piste en rythme, pas mal du tout.

Puis surprise, il faut se rendre à l'évidence notre seule et unique route, la 9 est une autoroute. Avec quelques appréhensions nous nous y engageons en montant sur un immense pont. Mais du fait de la large bande d'arrêt d'urgence, nous réalisons que nous y sommes plus en sécurité que sur les routes ordinaires, doublés par des bolides qui nous frôlent de trop près. paradoxe on est en sécurité sur une autoroute

En Argentine, à l’instar d’autres immense pays comme la Mongolie, la population y est très dispersée. Une fois hors d’une agglomération, la suivante peut être à 100 kilomètres et sur plusieurs dizaines de kilomètres on ne verra pas la moindre maison.

L'eau commence à manquer. Nous nous arrêtons devant une maison, et l'Indien qui y habite nous offre deux litres, qui sont les bienvenus.

Pendant que nous cassons la croûte un couple d'Allemands à vélo vient en sens inverse. Bien évidemment ils s'arrêtent, et nous discutons comme toujours avec passion quand on se croise au bout du monde entre cyclos épris d’efforts et d’inconfort. Ils ont démarré à Quito il y a plusieurs mois. Dommage que la fille n'ait pas un vélo plus adapté pour les pistes. Je pense qu'ils ont été obligés d'éviter les grands déserts comme le Sud Lipez. Il faudra qu'ils y reviennent. Je ne peux pas imaginer une traversée de l’Amérique du Sud sans emprunter ces pistes horribles de sable, de scories volcaniques et de cailloux parfois de belle taille, où le vent souffle en maître tyrannique, et où l’amplitude thermique journalière dépasse les quarante degrés. Mais, ces combats face à cette nature hostile, même s’ils nous font peur avant et pendant, nous laissent de tels souvenirs qu’il ne faut surtout pas les éviter.

Revenons en Argentine. Après le repas une côte très raide nous fait passer à plus de 2000 m, mais ce n’est qu’une bosse et une descente effrénée va nous faire perdre 300 m. Deux jours de route, j'ai encore mon petit bedon, mais bientôt je vais être aussi svelte qu’un jeune sportif au régime draconien. Nous nous arrêtons au village de Tumbaya. Nous demandons l'autorisation de dormir devant l'église. Elle nous ait accordée. L’épicerie est au coin d’une rue à proximité, la bière locale est fort bonne et peu alcoolisée, 3 degrés. Mais ce sera souvent une longue négociation pour acheter une bouteille de verre d’un litre, car il y a la consigne, donc la bouteille est à rapporter. Généralement, on nous fera confiance, mais pas toujours.

Nous passons une nuit fort agréable.

1er octobre Tumbaya à Purmamarca 17 km 222 m de dénivelé arrivée 2288 m d'altitude

Aujourd'hui l'étape va être très courte, à 9 heures du matin nous sommes arrivés. Nous allons nous arrêter dans ce petit village universellement connu pour ses couleurs de roches extraordinaires. Nous pouvons constater que nous prenons de l'altitude, car les premiers cactus, plutôt candélabres, apparaissent.

Seule anecdote de cette courte étape, un chien nous a suivis tout au long de la route. Il nous a fait peur, non qu'il soit agressif plutôt très affectueux, mais il effectuait des traversées de route parfois pas très loin des voitures. Demain on rentre dans le dur, on part à l'assaut du premier col à plus de 4000 m. Nous allons rester au-dessus de 3700 m une semaine de jours, et essayer de monter sur le Tuzgle à 5530 mètres.

La suite plus tard
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Votre avis sur la France
La France (j'allais dire notre pays , c'était oublier que le site VF est canadien, enfin c'est pas loin concernant les francophones, il s'agit de nos cousins😎), donc voilà ma réflexion: que vous ayez beaucoup voyagé ou pas, loin ou pas, à vélo, avec sac à dos (certains diraient bagpacker), en solo, en bivouac sauvage, en fréquentant les hôtels deux ou quatre étoiles, avec agence ou autrement, vous situez la France à quel niveau en matière d’intérêt touristique ou de voyage, car selon son point de vue j'ai constaté que l'on peut faire la différence entre touriste et voyageur? Je vous livre en matière de préambule mon sentiment, la France c'est le top du top et de plus en France il y a un paradis sur Terre (certains diront que c'est un pays indépendant) la Corse. Je précise je ne suis pas corse, mais lyonnais qui ne jure que par les Vosges. Au plaisir de vous lire Luc
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Passages de frontières
Comment et pourquoi devient-on accro des voyages ?

Pour ma part, j'ai toujours soupçonné que le fait d'être né (il y a 50++ années) à proximité de la frontière belge a eu, dès mon plus jeune âge, une influence démesurée sur mon attraction pour tout ce qui est étranger et par extension tout ce qui est voyage.

En effet, quoi de plus étonnant qu'une frontière ? Une ligne souvent arbitraire et parfois invisible, mais qui dès qu'elle est franchie nous emmène dans un monde nouveau où plus rien (ou presque) ne ressemble à celui que l'on vient de quitter… à commencer, dans mes yeux de gamin, par les pièces de monnaie différentes et les panneaux routiers écrits dans une autre langue !

Une fois la frontière passée c'était à chaque fois une nouvelle aventure qui commencait. C'était en tout cas comment je ressentais nos fréquentes incursions en Belgique. Belgique Terre d'Aventures ! « Ca est bien une drôle d'histoire sais-tu !!! ».

Huit longues années plus tard, après un long voyage de plus de deux jours en voiture, je franchissais enfin ma deuxième frontière. Celle-ci était encore plus extraordinaire car pour l'atteindre il avait fallu survivre les nombreux virages de montagne. Mais quel extraordinaire moment de magie quand une fois arrivé au sommet, en plus du soleil d'été et des odeurs de pins, je découvrais la Mer Méditerranée et… l'Espagne. J'en suis sûr, je suis devenu accro à ce moment précis.

Depuis je suis en permanence à la poursuite de cet instant toujours aussi excitant qu'est le passage d'une frontière. Certes, au fil des années j'en ai connu certains plus délicats, plus stressants ou plus pénibles que d'autres mais l'excitation reste la même. Bien sur les frontières terrestres restent mes préférées, (surtout quand il faut franchir une rivière) mais je ne boude pas le plaisir d'arriver dans un aéroport et d'attendre avec une impatience grandissante le moment où les portes du hall des arrivées s'ouvriront enfin vers l'extérieur.

Quelle chance d'habiter en Europe quand on est addictif de frontières (border-freak). Lentement mais surement, je me suis assuré d'avoir mes 'doses' à intervalles réguliers. Certaines plus intenses, comme par exemple quand il s'agissait de passer de l'autre côté du 'rideau de fer' et d'autres plus exotiques quand la frontière du pays et aussi celle d'un nouveau continent.

Et puis un jour, j'ai réalisé que les 'effets' pouvaient se prolonger en habitant de l'autre côté d'une frontière. Habiter à l'étranger, et en particulier à Londres, me donnait l'impression d'être en vacances de manière permanente. Quelque temps plus tard, j'ai également réalisé que je pouvais 'contaminer' une autre personne et qu'ensemble nous pouvions facilement supporter de très fortes 'doses', c'est-à-dire partir plus loin et plus longtemps. A tel point qu'après plusieurs années de ce régime, nous ne sommes jamais plus 'redescendus' ou plutôt si, nous sommes redescendus mais bien plus loin que prévu puisque nous étions arrivés en Australie… Trente ans plus tard, nous y sommes toujours d'ailleurs !

Mais les choses étaient mal faites car le border-freak que j'étais devenu s'est retrouvé dans la plus grande ile au monde au milieu d'un univers sans frontière ?!

Après de longues années de sevrage, il était grand temps de contaminé notre progéniture. Cela n'a pas été compliqué seulement un peu couteux parfois mais qui compte les $ quand l'addiction s'appelle Voyages ?

Nos trois filles ont donc fait leur apprentissage en Asie du Sud-Est, proche et relativement bon marché, et parfois en Europe lorsque nous retrouvions nos familles respectives. Quand elles ont trouvé que bourlinguer avec les 'vieux' n'était plus si cool, elles se sont lancées chacune leur tour dans leur tour… du monde. Les élèves ont vite dépassé le maitre (enfin presque car j'avais une bonne longueur d'avance !).

Et puis ce fut aussi l'occasion pour nous de redécouvrir le bonheur de voyager juste à deux. Ainsi nous sommes allés plus loin, plus longtemps… et mieux encore plus souvent !!!

Maintenant je peux confirmer que ma mission est accomplie à 100%... puisqu'il y a toujours un membre de la famille en vadrouille à n'importe quel moment de l'année. Par contre, je crains que les passages de frontières les laissent totalement indifférentes… N'est pas border-freak qui veut !

To be continued...

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Fragments de voyage I/II: d'Istanbul à Jakarta par la route
J'entreprends un périple de 3 mois et plus jusqu'aux portes de l'Asie. Je vous livrerai en vrac mes impressions sous forme de carnet de bord, d'anecdotes, d'émotions brutes et aussi des informations pratiques. J'essaierai autant que possible d'écrire sur le vif et de vous envoyer quelques photos.

Pour passer directement au chapitre II des fragments de voyage le 21 février 2012 c'est ici : Fragments de voyage II : Istanbul-Téhéran-Lahore-Chengdu-Bangkok-Jakarta par la route

fraternellement Eric mosquée de Soleyman le Magnifique



PARFUMS D'ORIENT ISTANBOULIOTES

19-20-21-22-23-24 octobre Lyon-Strasbourg-Bâle-Istanbul

Des rues bruyantes et bigarrées. Des gens partout qui s'affairent, un ballet continu ponctué de coups de klaxons et des sirenes des bateaux, rythmé par l'appel du Muezzin, répercuté tel un écho dans toutes les mosquées majestueuses de la cité. Quel meilleur endroit pour commencer ce voyage si ce n'est Istanbul, carrefour et porte de l'Orient. C'est ma 4eme fois ici et je m'y sens bien, une ville attachante. Le soleil est de la partie. Je me balade dans le vieil Istanbul. A Eminonu, des gens qui pêchent, le pont de Galata est hérissé de cannes à pêche. Sur des bateaux amarrés le long des quais, des hommes font frire le poisson que l'on peut déguster dans des pains avec des oignons au bord de la Corne d'Or. Je me perds dans les ruelles qui remontent vers le grand bazar. Bain de foule. Des tas de drapeaux turcs pendent aux fenêtres, d'autres recouvrent des pans entiers de murs. Tout cela se passe dans tout le pays. Des manifs se déroulent un peu partout. Hommage aux soldats martyrs tombés au combat dans l'est. A la TV, des images passent en boucle, des généraux revanchards sont propulsés sur le devant de la scene. A qui profite cette inflation de violence ? une chose est sûre, pas à la population kurde de Turquie. Pêcheurs sur les quais d'Eminonu au fond la mosquée de Suleiman le Magnifique Infos pratiques Arrivée à l'aéroport Ataturk prendre le métro (jeton 1, 30 YTL) jusqu'à Aksaray, puis le Tramway (jeton 1, 30 YTL) direction Sultanahmet ou Taksim Arrivée à l'aéroport de Sabiha Gocken prendre la navette ( à droite en sortant 3 YTL) E10 jusqu'à l'embarcadère de Kadikoy, puis le ferry (jeton 1, 10 YTL) jusqu'à Eminonu. Ensuite prendre le Tramway, soit direction Taksim (de l'autre coté du pont de Galata) soit direction Aksaray/Sultanahmet Pour se loger, pléthore d'hôtels bon marché du coté de Sultanahmet derriere la Mosquée Bleue. Pour manger : Eviter le quartier de Sultanahmet Pour le change : changer le strict minimum a l'aéroport, taux plus avantageux autour du Grand Bazar Pour aller au bord de la Mer Noire Prendre un bus (du coté d'Eminonu) direction Sariyer sur le Bosphore, ensuite prendre un Dolmus direction Kilyos

SUR LA ROUTE DE LA SOIE...QUELQUE PART ENTRE SIVAS ET TERCAN

Istanbul-Erzurum 24-25 octobre

Aujourd'hui, je trace sur Erzurum. Il pleut légerement. Je me rend à l'immense otogar au nord d'Istanbul et je prend le bus de 16h. Cela m'arrange car j'ai ma demande de visa iranien à déposer au plus vite et ensuite, sachant qu'il faut 10 jours pour l'obtenir, je compte visiter l'est. Bus de nuit. 1375 kms à parcourir. Mon voisin ne parle pas Anglais, nous communiquons par gestes et par bribes de mots turcs pris dans mon lexique🙂. La TV diffuse le match de foot Besiktas-Liverpool, les Turcs sont fondus de football, ca tombe bien moi aussi.😏 A l'aube, en consultant ma carte, je réalise que nous empruntons la route de la Soie, route mythique pour bien des voyageurs, Nicolas Bouvier et Thierry Vernet étaient passés par ici en 1953. Nous roulons au milieu d'une vallée entourée de puissantes montagnes, la végétation est rare, quelques troupeaux de moutons paissent. Le climat doit être rude en hiver. Et premiere émotion : nous croisons l'Euphrate (en Turc : Firat). Depuis mon enfance, je suis fasciné par les grands fleuves, mon voyage qui s'annonce en sera parsemé. Et hop🙂 une photo pour immortaliser l'instant. Arrivée à Erzurum fin de matinée. Il fait beau, une chance car la température peut descendre très bas en cette période de l'année. Il y a une station de ski pas loin d'ici. Je me rend au consulat en marchant😎. Accueil austere mais correct, j'avais préparé les formulaires mais il n'en veut pas et je dois m'y coller une nouvelle fois. Puis il faut aller courir jusque dans le centre à la banque Oyak pour payer les frais de visa, heureusement un chauffeur de taxi qui m'avait vu poirauter devant le bureau, m'attend et m'amène sans hésiter à la banque puis fait le retour. Apparemment, il a l'habitude de la procédure😉 Passage éclair dans cette ville, je prendrai plus de temps dans 10 jours pour la visiter. Maintenant, je file sur Malatya. Bus de nuit. Jamais bu autant de thé et autant les mains parfumées d'eau de cologne🙂🙂. Otogar de Malatya à 2h du matin, je décide de finir la nuit ici, il y a des sièges confortables😉. J'irai chercher un hôtel le matin. Mes 4 premieres nuits 1 à l'aéroport/1 à l'hôtel /1 dans le bus/1 dans l'otogar de Malatya, vive les voyages😎

Infos pratiques Trajet Istanbul-Erzurum 55 YTL par la compagnie Esadas Trajet Erzurum-Malatya 40YTL par la compagnie Bingol 1 Bouteille d'eau 1l : 0, 50YTL 1 pide ou galette : 0, 30 YTL Demande de visa iranien : 2 photos/2 formulaires remplis a la main/copies des pages importantes du passeport/60 euros ou 103 YTL payables a la banque Oyak
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Ami ou ennemi des voyageurs?
Nous le rencontrons dans les lieux les plus recules, a savoir au coeur des jungles, dans les villages perdus et escarpes de l himalaya, sur les iles peu habitees, au milieu des deserts.............

Il nous amuse parfois, on le craint aussi ou il nous est indifferent, mais sa presence est une constante en voyage.............

Vous aviez devine; il s agit de l argent..........! Eh bien non........., on l appelle..........................chien!!!

Vous avez a n en pas douter des anecdotes croustillantes (qui je l espere n ont laisse de traces que dans votre esprit!) ou des reflexions quant a celui qui accompagne l homme dans son long voyage ou evolution depuis la nuit des temps...................!

P.S.: A quand une rubrique intitulee " Comment voyager avec ses animaux de compagnie (canaris, tortues, hamsters, poissons rouges, etc.......)
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Que faire face à un chien agressif qui en veut à vos mollets?
L'aboiement soudain d'un gros chien qui vous attend caché au coin d'une propriété met quelquefois mon muscle cardiaque à rude épreuve et me paralyse quelques secondes. Une belle bordée d'injures suffit souvent à me soulager et je reprends la route en bougonnant. Mais que faire quand le portail de la propriété est ouvert et que le molosse qui vous a bien vite rattrapé s'en prend à vos jolis mollets ? Merci de me faire connaître vos "trucs" efficaces (mais admissibles par la SPA !)
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Voyage en Iran: organismes de voyage
Bonjour à tous,

Je viens à vous pour avoir des renseignements plutôt généraux, notamment sur des organismes de voyage pour l'Iran: Un a surtout retenu mon attention mais je voulais savoir si il est fiable et si des personnes ont déjà fait le circuit qu'il propose ? Il s'agit de "UPPERSIA" et le circuit proposé est celui-ci : https://www.uppersia.com/Iran-budget-tours/iran-budget-tour-15-days.html J'attend qu'il me recontacte mais je voulais savoir si les billets d'avion était compris et si les guides étaient francophones ou anglophones du coup ? Sinon connaissez-vous d'autres organismes qui organisent ce genre de voyage et non à 2500 euros les deux semaines... J'en suis au début de mes recherches et donc je voulais savoir si je devais porter un voile ? Quelles parties du corps doivent être recouvertes ? Si l'alcool est en vente ou vraiment non autorisé ? et si ma sécurité est vraiment en danger là-bas ? si il y a des arnaques.

Merci d'avance à vous, toutes informations est la bienvenue.
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Chiens errants et voyage Amérique Latine
Bonjour,

Je reviens d'un mois en Thaïlande où on a eu à deux reprises des problèmes avec des chiens. Une fois, je me suis fait mordre (heureusement, légèrement). Je pars en septembre pour un an en Amérique Latine (Equateur, Pérou, Bolivie, Chili et Argentine). J'aimerais avoir des conseils de voyageurs ayant peur des chiens qui ont voyagé sur ce continent ou ailleurs. Comment avez-vous géré les chiens? J'ai lu quelque part qu'un sifflet à ultra-son pouvait aider. Est-ce vrai? Je suis vaccinée contre la rage et j'ai eu une dose de vaccin curatif suite à ma morsure. Je n'ai vraiment pas envie que cela me pourrisse mon voyage et m'angoisse quand je sors marcher (j'aime bien me déplacer à pied chaque fois que c'est possible). Je sais que certaines personnes n'ont pas peur des chiens et trouvent ces questions exagérées mais quand on n'a pas l'habitude, ce n'est pas évident d'adopter l'attitude adéquate.

Merci d'avance de vos conseils et/ou témoignages,

Laurence
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Vivre en dictature...
Lors de voyages j'ai eu l'occasion de rencontrer des personnes vivantes sous des régimes très durs. En Birmanie, en Syrie, en Egypte, en Iran, j'ai rencontré des personnes qui semblaient vivre malgré tout, n'ayant sans doute pas le choix ou n'ayant peut-être jamais rien connu d'autre. Il souffraient souvent plus de problèmes matériels que de problèmes politiques.

Les libertés réduites, un état policier, la presse contrôllée, internet filtré... Dans quelle mesure cela induit-il sur la qualité de vie des gens ?

En Egypte, un homme me disait que la démocratie, il s'en foutait. Pourvu qu'il ait à manger. En Syrie, un jeune me confiait qu'il comprenait les condamnations arbitraires de prisonniers politiques (même s'il s'agissait de son frère a-t-il dit), car c'était pour son bien, pour protéger son pays et donc, le protéger lui. Il n'y a qu'en Birmanie que j'ai senti tout le poids d'une junte à bout de souffle, prête à tout pour se maintenir.

En France un lorsque je racontais la situation que m'avais rapportée une bibliothéquaire de la ville d'Orange, une dame m'a dit : " Retirer certains livres d'une bibliothèque? Mais ce n'est pas si grave, je ne lis pas...". Si cela pouvait apporter une illusion d'ordre ou de sécurité...pas de problème!

Je suis malheureux de ne pouvoir me coucher sur les pelouses des parcs parisiens sans entendre immédiatement le sifflet d'un gardien, je suis choqué de ne pouvoir, si je le veux, rouler sans boucler ma ceinture et en assumer les conséquences, je me sens frustrer de ne pouvoir dire que l'Iran est un beau pays, plein de gens raffinés et éduqués sans qu'on m'accuse de complicité de terrorisme!!

En Iran, je peux me coucher dans l'herbe, en Syrie, si j'étais fumeur, je pourrai fumer partout... Des libertés bien petites par apport à la liberté d'expression, j'en ai conscience!

Je me pose donc ces questions, sans provocation aucune, en éspérant que vous m'aiderez dans ma réflexion :

Etre dans une dictature ne peut il pas apporter pour certains un mieux être? Se sentir protéger? Avoir un chef paternaliste qui s'occupe de tout? Etre doucement bercé, endormi par des discours populistes. Et tant pis si ça coûte quelques libertés ou si les autres trinquent (les opposants, les artistes non officiels, les étrangers...) .

L'homme peut il vivre sans étouffer, sans trop de frustration voir même être épanoui et heureux dans un régime non-démocratique?

Qui sait... Peut-être aurons nous une réponse empirique bientôt : la presse française cède à des pressions, les libertés se restreignent et mis à part mon agacement, je suis encore vivant, juste un peu énervé...

à suivre...
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Joies et frustrations au Paso San Francisco en Argentine
Joies et frustrations au Paso San Francisco à vélo Le voyage à vélo, quelques soient les destinations et les distances, apporte toujours de grandes satisfactions, car les belles constantes que sont l’effort physique et le contact à la nature dans tout ce qu’elle a d’agréable ou de cruel sont indéfectiblement présentes. Il est donc très difficile de classer les voyages, d’ailleurs cela a-t-il un sens ?

Enfourcher son vélo en partance s’impose comme une drogue dont on devient de plus en plus dépendant, au fur et à mesure des expériences. Certaines cependant laissent des traces particulières, à la manière d’effets secondaires qui altèrent ou modifient quelque chose en vous de façon irrémédiable. L’ascension de ce col frontière à plus de 4800 m d'altitude fut de ces substances, distillant des joies et des frustrations profondes. D’ailleurs la réalisation de grands projets, lorsqu’ils sont un peu fous, induit une forme de tristesse, car un beau rêve s’est évaporé en devenant réalité. Par contre échouer entraîne une frustration devant l’échec, et l’on se reproche de ne pas avoir osé.

Notre projet initial était de monter au col, qui se situe à plus de 4800 m d’altitude à vélo, et de gravir le volcan qui le domine du haut de ses 6016 mètres. Nous avions à choisir l’intervalle le plus propice. Le choix se faisait entre la période des grands vents ou celle des intempéries neigeuses. En effet, dans ces régions pas de pluie, il y fait trop froid dès que le soleil est masqué. Sans trop hésiter je préfère me battre contre un vent, même en furie, que contre une tempête de neige à plus de 4000 mètres à vélo. Voilà pourquoi notre voyage nous l’avons décidé sur les mois d’octobre et novembre.

Les étapes précédentes, dont les points forts avaient été le volcan Tuzgle à 5530 m, l’Abra del Acay à 4972 m et la Cuesta Zapata à seulement 1875 m, s’étaient passées dans des conditions confortables pour ces régions andines hostiles. Même s’il faut toujours être positif et rester optimiste, je sais par expérience que la montagne, et particulièrement dans les Andes, peut se déchaîner au-delà de ce que l’on peut imaginer. Et le cycliste, qui se transforme en alpiniste se met en « zone de vulnérabilité » dans ces coins. La réussite, lorsque cela se complique, réside dans la capacité à résister moralement à l’appréhension voire la peur et de continuer, en évitant de se poser trop de questions. Mais ce n’est pas si facile à faire. La décision de poursuivre ou de renoncer repose sur une multitude d’éléments que j’ai eu le temps de faire défiler dans ma tête durant l’arrêt que nous fîmes au paso San Francisco dans un vent d’une force que je n’avais pas connue jusqu’à présent.

Pourtant de mes expériences précédentes dans le désert de l’Atacama je conserve des sensations fortes. De plus, j’avais lu des récits d’alpinistes, plus au sud en Patagonie, qui rapportaient des choses stupéfiantes. Un grimpeur racontait que sur le Fitz Roy ou sur le Cerro Torre, ce n’était pas les cailloux qui tombaient qui étaient dangereux, mais les glaçons entraînés par des vents fous, qui remontaient les dièdres et vous frappaient par en dessous. Donc je savais que dans ces coins des Andes le pire était toujours possible. La confrontation à une nature dure est l’un des principaux moteurs de cette envie de se lancer dans des grands voyages à vélo en autonomie en zone d’altitude.

Nous voilà donc à Tinogasta pour ce qui va être une boucle de 500 km, ce que nous ne savons pas encore. Comme toujours au moment où l’on est en passe de réaliser de grands projets, mûris depuis longtemps, on ressent une excitation toute jubilatoire. Dans cette petite ville nous passons une soirée agréable, entre joli quartier de viande que nous cuisinons dans notre chambre et excellent vin rouge provenant du cépage malbec, celui du cahors. Il faut en profiter la frugalité risque d’être de mise les jours suivants.

Au matin nous partons pour le premier petit bond de 50 kilomètres jusqu’à Fiambala, bourgade sise au pied même du col, connue pour ses thermes et ses grandes dunes. Le Dakar, depuis qu’il se déroule en Amérique du Sud pour raison de sécurité, a participé à mettre à l’honneur ce coin perdu des Andes.

Étrange et inhabituel, ce matin dans ce désert le ciel est très chargé et il pleut doucement. Depuis un mois que nous roulons nous n’avons eu qu’un ciel éclatant et c’est tout surpris que nous accueillions la pluie. Heureusement la route est asphaltée. Cependant lorsque nous regardons à notre droite nous ne distinguons rien dans les nuages, mais nous savons que là-bas dans des nébulosités menaçantes se cache la Cuesta Zapata, que nous avons franchie les jours précédents. Nous ne pouvons nous empêcher d’imaginer cette magnifique aventure sous la pluie !

A droite dans les nuage la Cuesta Zapata

Route encore humide

Sachant que la période des pluies et neige ne commence vraiment que dans deux mois, nous ne sommes cependant pas trop inquiets. Toutefois, dans cette période de réchauffement tout est possible. La route va sécher, les nuages se disperser et les immensités des espaces andins imposer leur présence. Les fameuses dunes aux couleurs claires apparaissent, mais les distances sont difficiles à évaluer, et leur donner des hauteurs reste du domaine de la conjecture.

La pluie a été de courte durée

Immense ligne droite qui s’enfonce dans un espace aux dimensions improbables. Que le plaisir est intense de se trouver là, à pédaler vers un but encore hypothétique, le paso San Francisco, distant de plus de deux cents kilomètres. Depuis des mois nous avons ce parcours en tête, regardé de multiples fois sur google earth.

Le vent nous est favorable, la forme excellente et il nous semble que nous descendons en permanence. Nous parcourons les cinquante kilomètres en un peu plus de deux heures. Nous serons tout étonnés au retour dans une semaine d’avoir à nouveau l’impression que la route descend tout le temps !

Tinogasta à Fiambala 50 km en ligne droite

A Fiambala nous nous installons dans un hôtel sans âme à l’allure stalinienne, mais quelle importance, nos pensées sont déjà là-haut dans les deux cents kilomètres de montée. Il nous faut prévoir des provisions pour une semaine, car notre but est la ville de Copiapo au Chili, distante de plus de cinq cents kilomètres, et les points de ravitaillement sont inexistants, à part un hypothétique hôtel à cent kilomètres de Fiambala, les Cortaderas.

Carrefour d'arrivée à Fiambala

Chacun garde pour lui ses appréhensions et affiche de la sérénité. D’où l’importance dans les projets un peu « engagés » de partir avec un compagnon posé qui sait lors des moments d’incertitude insuffler la confiance, lui aussi pensant que votre calme est preuve de votre maîtrise, alors que vous doutez. André est vraiment le compagnon idéal, à la hauteur de Flora avec qui j’avais traversé l’Atacama il y a maintenant cinq ans.

Cependant, depuis un mois, nous bénéficions de conditions météorologiques que je qualifierais d’exceptionnelles. Où sont les vents de furie permanents ? Vont-ils se déclencher dans cette immense montée, dernier barrage avant l’océan Pacifique ?

De retour en ville, nous passons à la phase constitution de nos réserves pour la semaine à venir. La base de notre alimentation sera constituée de 4kg de riz, d’un bon morceau de fromage, de quelques soupes, saucissons, boîtes de conserve, ainsi que de pain de mie pour nos petits-déjeuners.

Nos affaires prêtes pour le lendemain, nous nous faisons emmener en taxi aux thermes distant d’une vingtaine de kilomètres. Espaces stupéfiants, nous avons l’impression de dominer cet immense champ de dunes aux couleurs pastel. Que d’émotion ! Le chauffeur nous donne des renseignements cruciaux sur les cinq cents kilomètres à venir. Cela nous rassure, mais malheureusement ils s’avéreront totalement faux, en particulier sur l’état de la chaussée et le ravitaillement possible en eau ! Des détails quoi !







Qu’il est agréable de se détendre dans ces vasques d’eau. Elles sont au nombre de quatre et communiquent entre elles par de petites cascades. La température varie de 40 à 28 degrés. Nous testons les deux du milieu aux environs des 30 degrés. Le taxi nous a attendus et la redescente est aussi stupéfiante que la montée par l’immensité de ce monde minéral qui s’impose à nous et nous submerge.



Dans cette petite localité au nom si attirant, nous ne trouvons pas de restaurant et comme le midi, nous confectionnons notre repas du soir dans notre chambre. Platée de pâtes avec petits pois, accompagnée d’un bon Malbec local.

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Boucle Vietnam - Laos de trente-quatre jours début 2013
Bonjour à tous

Nous sommes un couple parisien de 36 et 38 ans, et nous partons pour un périple Vietnam-Laos en Janvier Février 2013. Nous avons réservé nos billets d'avion, arrivée le 21 Janvier au matin à Ho Chi Minh Ville, départ pour Paris le 23 Février en fin de matinée, soit 34 jours. (Pour info : compagnie aéroflot, vol Paris - Moscou, escale 1h30, et vol Moscou - HCM. Prix total pour 2, taxes comprises :1350 Euros).

Après lecture des discussions sur le forum, et échange avec quelques-uns d'entre vous, en particulier Abalone, voici notre projet d'itinéraire.

Nous tenons compte de la saison, et privilégions le Delta du Mékong et les plateaux du centre. Nous passons la période du Têt au Laos. Parmi les impératifs, nous irons à Muong Lai, dans le Nord, la ville d'origine de la famille maternelle de ma compagne.

voici donc le programme prévisionnel : Jour 01 - 21 janvier : arrivée à 9h30 à Ho Chi Minh-Ville, découverte de la ville Jour 02 - 22 janvier : Ho Chi Minh-Ville, puis trajet vers My Tho en taxi, arrivée à My Tho en fin d'après midi, nuit à My Tho Jour 03 - 23 janvier : My Tho, puis trajet vers Chau Doc, nuit à Chau Doc Jour 04 - 24 janvier : Chau Doc et environs, nuit à Chau Doc Jour 05 - 25 janvier : Trajet vers Can Tho, visite Can Tho, nuit à Can THo Jour 06 - 26 janvier : Can Tho et environs, nuit à Can Tho Jour 07 - 27 janvier : Can Tho, trajet vers Ho Chi Minh-Ville en bus, nuit à Ho Chi Minh-Ville Jour 08 - 28 janvier : Trajet vers DaNang (avion), Hoi An, nuit à Hoi An Jour 09 - 29 janvier : Découverte Hoi An, puis trajet vers Hué, nuit à Hué Jour 10 - 30 janvier : Hué, nuit à Hué Jour 11 - 31 janvier : Hué, nuit dans le train entre Hué et Hanoï Jour 12 - 1e février : Hanoï, nuit à Hanoï Jour 13 - 02 février : Hanoï, nuit à Hanoï Jour 14 - 03 février : Trajet vers Ha long en Bus, début de croisière sur la baie d'Halong Jour 15 - 04 février : Croisière Baie d'Halong, nuit sur une jonque Jour 16 - 05 février : Fin de croisière, retour à Ha long, Trajet vers Muong Lai en bus, nuit à Muong Lai Jour 17 - 06 février : Muong Lai, puis trajet vers Hanoï, nuit à Hanoï Jour 18 - 07 février : Trajet vers Luang Prabang (avion), arrivée à Luang Prabang, Laos, nuit à Luang Prabang Jour 19 - 08 février : Luang Prabang, nuit à Luang Prabang Jour 20 - 09 février : Trajet vers Vientiane en bus, nuit à Vientiane Jour 21 - 10 février : Vientiane, nuit à Vientiane Jour 22 - 11 février : Trajet vers Savannakhet en bus, nuit à Savannakhet Jour 23 - 12 février : Savannakhet en environs, nuit à Savannakhet Jour 24 - 13 février : Trajet vers Paksé en bus, nuit à Paksé Jour 25 - 14 février : Paksé, nuit à Paksé Jour 26 - 15 février : Trajet vers KonTum en bus, retour au Vietnam, nuit à Kontum Jour 27 - 16 février : KonTum, nuit à Kontum Jour 28 - 17 février : Trajet vers Buon Ma Thuot en bus, nuit à Buon Ma Thuot Jour 29 - 18 février : Buon Ma Thuot et environs, nuit à Buon Ma Thuot Jour 30 - 19 février : Trajet vers DaLat en bus, nuit à DaLat Jour 31 - 20 février : DatLat et environs, nuit à DaLat Jour 32 - 21 février : Trajet vers Ho Chi Minh-Ville, nuit à Ho Chi Minh-Ville Jour 33 - 22 février : Ho Chi Minh-Ville, nuit à Ho Chi Minh-Ville Jour 34 - 23 février : Départ pour la France à 11H.

Voilà... Je suis en attente de vos commentaires, conseils, bon plans, questions éventuelles, pour affiner tout cela. Notamment : Quelles compagnies de bus choisir? Quelles bonnes adresses pour hébergement, repas? Vos avis si vous estimez que j'oublie des endroits ou que je passe trop de temps à d'autres, ou pas assez? Visite d'endroits sur mon parcours qui ne sont pas dans les guides lonely ou routard? ...

Bonne(s) Route(s) à tous,

Matthieu
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Les pistes cyclables sont-elles des cabines téléphoniques?
Coup de gueule! Hier ma petite voisine de 12 ans a chuté en roulant dans l'herbe, pour contourner une voiture garée sur la piste cyclable, pour téléphoner ! et une clavicule !!!

Aujourd'hui, ma petite boucle de 2 h 36 km dont 12 de piste cyclable : bilan 3 voitures garées pour le même motif!! et en plus, cerise sur le gatau, la camionette de gendarmerie qui faisait un controle de ceintures !!

Question : doit on balancer des coups de latte dans les portières ??
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Voyage romancé à Hué (Vietnam)
Bonjour, En 2004, je suis allée au Vietnam. A mon retour, j’ai écrit ce texte qui reprend la partie du voyage qui s’est déroulée à Hué pendant le Festival franco-vietnamien. J’y reprends mon vécu mais de façon romancée, c’est-à-dire que l’histoire est complètement fictive mais basée sur l’existant : les lieux, les personnes (dont j’ai changé les noms …), du ressenti. Le texte s’intitule « My », un prénom qui signifie beauté. Il raconte l’histoire d’une femme, Clélia Rivière qui se trouve à Hué pour écrire un guide touristique sur la ville. Comme c’est l’époque du festival franco-vietnamien de Hué, elle rencontre deux artistes, l’un Français, l’autre vietnamien qui rivalisent à tous les niveaux (art, civilisation, amour). Le récit est entrelardé d’extraits du guide touristique que la femme est en train d’écrire, ce qui permet au lecteur d’apprendre en même temps l’Histoire du lieu dans lequel se situe l’action.

Voici dans son intégralité ce texte que j'ai voulu être une approche originale du Vietnam d'aujourd'hui.

Elle s'appelle Clélia Rivière. Rivière, c'est son nom de jeune fille qu'elle a repris après son divorce. Divorcée sans enfants, voilà ce qu'elle est selon l'Etat Civil français. Sans enfant vivant. Leur fils aurait eu vingt-deux ans. Elle en a quarante-huit et elle est encore belle. La chambre qui est autour d'elle est une chambre d'hôtel du premier étage de l'Hué Majestic Hotel. Clélia Rivière est à Hué, au Vietnam, dans le centre de ce pays qui s'étire le long de la Mer de Chine méridionale comme une échine de dragon. Au Nord, Hanoi et la baie d'Halong. Au Sud, Saigon et les mangroves du Mékong. Elle est à Hué pour écrire un livre sur la ville. Un coopérant de l'Alliance française de Hanoi lui a conseillé de s'adresser à Buu Y, le traducteur attitré de Sartre et de Camus, historien et grand érudit de la ville.

Elle est à Hué depuis six semaines et elle s'y plaît. Elle aime la ville, la rencontre avec Buu Y et l'écriture qui en découle. Buu Y est un homme charmant, cultivé, raffiné. Ils se voient trois fois par semaine. Clélia enregistre l'interview, la réécoute et agence les informations en un texte cohérent.

A sa table de travail, le nez contre le mur, la femme travaille sur l'une des premières interviews de l’historien, celui où il décrit la ville. Elle s'en est imprégnée et a rendu un texte qu'elle relit à voix haute dans le ronronnement domestique de la climatisation et du ventilateur fixé au plafond. Dehors, la température atteint 40°C. Le taux d'humidité s'approche de 90%. Il pleut. Il y a trois jours, un terrible typhon s'est abattu sur la mer de Chine, s'y rattachant en un nombril dont le cordon ombilical serait une colonne d'eau reliant la terre et le ciel.

Extrait de "Hué la belle", de Clélia Rivière, chapitre : La Citadelle. La ville de Hué fut bâtie sur le modèle du Pékin de l'empire Ming, c'est-à-dire dans une période comprise entre 1368 et 1644. Elle comportait trois villes gigognes : la ville capitale (Khin Thàn), la ville impériale (Hoàng Than) et la Cité pourpre interdite (Tu-Câm-Thânh). Conformément à la géomancie et à la cosmogonie chinoise, l'entité architecturale a été inscrite dans un espace protégé par de multiples sites et divinités propitiatoires, par exemple la Dame céleste, dont la pagode se dresse sur un tertre à deux kilomètres de la ville. Ce tertre est la Montagne magique qui abrite les dieux protecteurs du sol. A deux kilomètres au Sud, le tertre du district méridional (Nam Giao) est le tertre du sacrifice du Ciel. Il est calqué sur le modèle de l'esplanade du temple du Ciel à Pékin, avec ses quatre terrasses symbolisant le monde souterrain, la Terre et le Ciel. A trois kilomètres au Sud-Ouest, la colline Ngu-Binh (Ecran du roi) et ses cinq terrasses concentriques seraient plutôt un paravent naturel et cosmologique protégeant le palais contre les forces et les courants néfastes. La ville capitale était la citadelle, le siège du Pouvoir, un Pouvoir héréditaire mais mâtiné de méritocratie. C'était le siège de la pensée et de la culture. La cité impériale était le siège de la famille régnante, des commis de l'Etat et des médecins. La Cité pourpre interdite abritait le souverain et sa maison, au sens féodal du terme, ainsi que les eunuques. Toujours selon la tradition chinoise, la citadelle était traversée par un axe Nord-Sud symbolique. La partie Est, aînée, supérieure, masculine et civile, regroupait les activités culturelles avec les bibliothèques, les jardins, le théâtre et le mandarinat civil. La partie Ouest, cadette, inférieure, féminine et militaire, abritait les princesses et les concubines ainsi que le mandarinat militaire. C'était un lieu dont la conception fut dès le départ magique et mystique, flottant entre la terre et le ciel, comme le lotus qui s'enracine dans la vase et se dresse vers le ciel.

Clélia Rivière maudit cette pluie assommante qui tabasse de l'autre côté de la vitre et l'empêche à la fois de travailler et de sortir. Toutes les eaux du ciel dévalent en cascades des toits sur le balcon, sur la fontaine en bas dans la cour de l'hôtel. Eaux chaudes et touffues, chevelure liquide tombant sur les épaules nues de la ville. Pour se consoler, elle appelle le bar, commande un jus de fruit. Un vrai jus de fruit, fait avec des fruits frais et qui glisse dans la gorge avec le coulé glacé d'un reptile. Le plaisir lui chavire les yeux. Elle allume le téléviseur. Des images défilent en boucle. Des images de Hué et de son festival dont c'est aujourd'hui l'ouverture. Des cérémonies doivent se dérouler à la Citadelle et Buu Y doit monter à la tribune pour faire un exposé. Les images télévisées montrent que le festival est au point mort. En ville, c'est la désolation. Les fragiles décors de papier et de bambou qui habillaient l'esplanade pendouillent tristement. Les calligraphes et les peintres ont plié boutique. Le kiosque est désert et aussi la terrasse du Paradise Garden. Repliés au dessus des tables, les parasols ressemblent à des flamants roses dormant sur une patte. La fresque murale des étudiants des Beaux-Arts de Hué parade devant les bancs vides. C'est un désastre. Et à la Citadelle, c'est l'attente. Certains pontes ne sont pas encore arrivés car l'activité de Phu Bai, l'aéroport de Hué, a été suspendue en raison des conditions météorologiques. Les voitures policières attendent en bout de piste tous gyrophares éteints.

Attendre, c'est tout ce qu'il y a à faire. Attendre que l'inspiration vienne ou que la pluie cesse permettant une sortie. Les dieux asiatiques choisissent de faire une éclaircie. Ils relèvent leurs bras gonflés de pluie et s'ébrouent. Quelques gouttes attardées restent pendues à l'arrondi des tuiles puis se détachent une à une pour tomber avec un bruit mat sur le béton et le bois. Clélia s'habille en hâte. Un pantalon, un tee shirt, des sandalettes. Pas très protocolaire mais tant pis. En dernière couche, elle se chape d'un imperméable bleu à capuche qui couvre tout son corps comme une toile de tente. Pour les Vietnamiens, c'est même un abri familial sous lequel les cyclistes ou les motobykers abritent leur femme et leurs enfants embarqués avec eux. Dehors, Clélia aspire goulûment les senteurs concentrées par la pluie. Odeurs des végétaux : arbres, mousses, pelouses, bambous, plantes de toutes sortes, amalgamées dans un magma olfactif indistinct. Les sucs en pleine effervescence ont une épaisseur de miel. Ils débordent et ruissellent. Le ruissellement est la quintessence du Vietnam, sa substance. Ruissellement des pluies, des fleuves, de la mer, de l'eau des rizières. Ruissellement des hommes qui évoluent comme des bancs de poissons. Dans les rues, les gens se pressent, confluent vers le centre de la ville où il doit se passer quelque chose, enfin. Il fait sombre. Le Vietnam étant situé presque sur l'Equateur, le soir tombe tôt en cette saison. Le pylône de la radio qui fait face à l'Hué Majestic Hôtel a déjà allumé ses lampes. On dirait un sapin de Noël. La femme a troqué les taxis et xe om (moto-taxis) contre une bicyclette de location. Pour écrire la ville, elle a besoin de la lire. Elle la lit à vélo, traçant des sillons qui sont comme les pliures d'une lettre d'amour cent et cent fois relues. Son vélo se trouve à l'abri sous l'auvent de l'hôtel. Elle l'enfourche. Roule. L'embiellage fiévreux de ses jambes l'enfonce comme une racine dans le ventre bouillant de la ville. Elle rejoint la foule en route vers la cité impériale où les cérémonies d'ouverture doivent se dérouler. Elle suit la rue Lé Loî qui longe la Rivière des Parfums, passe devant le QG français du Festival, franchit le pont vers la Citadelle. Les bannières de la Tour du Drapeau claquent au vent. Dans les douves qui cernent la forteresse, les lotus ont refermé sur leur coeur jaune leur ventre rose pastel acidulé.

La cérémonie d'ouverture a bien lieu mais elle est écourtée. Sans quitter sa chaise longue sous son parasol devenu parapluie, le gardien du parking fait signe à la femme de continuer sa route car il n'y a plus de place sur l'emplacement qui est de son ressort. Une Petite Bleue lui désigne les arbres qui jalonnent la route vers le parc Thin Tam. Elle adosse son vélo au tronc d'un arbre et l'attache avec une chaîne cadenassée. Les Petits Bleus sont des jeunes, filles ou garçons, employés par la ville pendant toute la durée du Festival. Nombre d'entre eux sont étudiants. Certains fréquentent le Cercle francophone ou le Centre français. Clélia trouve qu'ils font jolis dans le paysage. Elle les appelle tendrement «mes Libellules bleues». A la tribune, les discours se succèdent. C'est long et ennuyeux comme toutes les interventions officielles du monde. Bruyant aussi. Les haut-parleurs, la musique, la circulation, les gens ... Et à nouveau la pluie.

C'est la débandade. Les gens courent de partout en poussant des cris d'enfants. Avec leurs imperméables, ils ressemblent à des fantômes de couleurs vives. Ce bain d'eau et de foule est terriblement excitant. De nouveau, c'est la course folle. A nouveau, Clélia Rivière intègre et s'agglomère à la foule qui coule comme une lave en fusion vers le centre de la ville. Elle dépasse les jeunes filles du défilé en Ao Dai blanc qui courent à la marge de la rue. Il fait nuit noire. Leur silhouette se découpe dans le faisceau lumineux des phares. La robe relevée jusqu'aux genoux, le non-la (chapeau conique en feuilles de latanier) baissé jusqu'au nez, elles ont perdu de leur superbe. On dirait des Cendrillon transformées en citrouilles. La circulation enfle au fur et à mesure que s'agglutine le flot humain, à pied, en vélo, en motocyclette, en pousse-pousse, en automobile. Elle file, file, emportant chacun dans son flux.

Aveuglée par les éclats de lumière que jettent les phares, Clélia ne voit plus rien, elle ne sait plus où elle est. C'est comme si elle avait changé de dimension, comme si elle avait été lancée sur orbite, façon E.T. dans le film de Spielberg. Une sensation de plénitude l'envahit. La masse en mouvement arrive à pleine vitesse au pont Tran Tien, ce superbe mécano de l'école Eiffel, avec ses arches tendues comme des arcs. La pluie redouble. La femme file. L'eau ruisselle sur son dos de tortue bleue, ses chaussures sont gorgées d'eau. Si ce mauvais temps persiste, bientôt viendra la moisissure et son lent processus de digestion, de dissolution, qui travaille comme un levain les tissus et les chairs. Le pont est là. D'abord passer dans l'entonnoir du rétrécissement de la route, négocier le passage, en douceur, suivant le rythme de la vague. C'est comme une plongée en apnée. Dans un vrombissement de sang battant dans les tempes, la foule franchit le pont. Des projecteurs et des lasers inondent de couleurs fluo le squelette métallique. L'acier des poutrelles étincelle de mille étoiles acérées. Le temps est comme suspendu au-dessus de la rivière. Il y a quelques années, il y a eu de terribles inondations et, au niveau du pont, on a repêché une dizaine de noyés. Au moment où Clélia pense à ces gens, le pont l'éjecte. Elle prend une grande goulée d'air. Dans l'élargissement de la route retrouvée, elle récupère sa respiration. L'allure de la vague ralentit car elle se rapproche du centre de la ville et la grande route se divise en de multiples rues. Clélia ne veut pas rentrer à l'Hué Majestic Hôtel par la grande artère et son rond-point centrifugeur alors elle prend la rue qui offre dans sa perspective le pylône lumineux dressé près de l'hôtel. En avant toute vers ce phare qui brille dans la nuit.

Les véhicules se sont raréfiés. La femme est pratiquement seule à défiler entre les vitrines aveugles des échoppes qui flanquent les deux côtés de la rue. La vie s'arrête tôt au Vietnam, sauf dans quelques lieux nocturnes où se retrouvent les classes privilégiées et les adolescentes qui vendent la Tiger Beer. Il ne pleut plus. Le ciel est d'une profondeur océane. La femme rentre en musardant le nez en l'air. Elle a quitté la ville et roule entre des rangées d'arbres. Dans l'obscurité, elle voit trop tard la branche qui empiète sur la voie. L'écart qu'elle fait pour l'éviter la désarçonne et la flanque par terre complètement sonnée. - «Tu t'es fait mal ? »

Elle lève les yeux, les dirige vers l'endroit d'où est venue la voix. Ses yeux voient l'homme. Les pieds de l'homme chaussés de bottines orthopédiques. Ses yeux remontent les jambes torses jusqu'au visage. L'homme a des cheveux noir corbeau, reliés en queue de cheval dans la nuque. Il a les dents jaunes des fumeurs. Il est assis sur l'un de ces tabourets de couleurs criardes qui s'épanouissent sur les trottoirs des pays du Sud. Derrière lui, appuyées contre le mur, des béquilles. Il dit son nom : Long.

* ** Le magnétophone mange le disque comme s'il en avait faim. La voix de Buu Y se déroule dans la chambre, enroule ses spirales dans les tentures que la femme a fermées pour que reste dehors les rumeurs de la ville. Buu Y raconte Hué, Hué la Française, belle comme une buée sur du verre, dont le nom dérivé de Hoa signifie harmonie. Il raconte la Rivière des Parfums, cette rivière qui porte la ville sur sa hanche comme une femme son enfant :

«La légende dit que la rivière s'appelle la Rivière des Parfums parce que les princesses de Hué se baignaient dans ses eaux avec des huiles parfumées mais je crois qu'on lui a donné ce nom à cause de la plante odorante que l'on trouve à sa source. C'est une plante médicinale mais j'ai oublié son nom. »

Le magnétophone crachouille. Feuillettement de papiers, murmures, pas qui s'éloignent emmenant la voix dans leur sillage. La femme entend à peine : «Excusez-moi, je reviens». Au-dessus de sa tête, Buu Y foule le plancher. Il cherche dans ses livres le nom de la plante qui a baptisé la Rivière des Parfums. Elle l'entend chantonner. Pendant tout ce temps que Buu Y cherche le nom de la plante dans ses livres, Clélia passe en revue la pièce dans laquelle elle se trouve. C'est une grande pièce, confortable et bien éclairée. La bibliothèque est copieusement garnie. On y trouve des livres de Marguerite Yourcenar, Michel Tournier, Marguerite Duras, Jacques Lacarrière, Pierre Loti. Tous les auteurs qu'elle aime. Buu Y apprécie que la femme apprécie. Il n'a pas trouvé le nom de la plante mais elle doit pouvoir trouver dans les documents qu'il lui prête. C'est à ce moment-là que Clélia Rivière décide de connaître la ville en creux, en visitant les lieux qui la cernent et donc la dessinent. La ligne claire se trace en remontant par bateau le cours de la rivière vers les Tombeaux des Rois et la Pagode de la Dame céleste.

L'embarcadère se trouve au-delà du Pont Tran Tien. Les bateaux touristiques sont à quai, tout près du guichet où l'on achète les billets. Les visites de groupe se font sur des bateaux genre Bateaux Mouche. Ils sont familiers dans le paysage, avec leur proue cannelée en forme de dragon et l'oeil peint sur chaque côté de l'étrave qui leur donne l'air de loucher. Ils portent les couleurs du Vietnam qui sont le jaune et le bleu.

Clélia Rivière veut être seule alors elle négocie une excursion individuelle sur une petite embarcation, visiblement un sampan reconverti. Une femme la fait monter à bord en la tirant par la main. Il faut se déchausser puis s'asseoir à même le fond du sampan. Un homme s'active aux machines. Le bruit du moteur et le glissement de l'eau contre la coque emplissent le corps de Clélia. Le sampan longe la berge. Des petits sentiers de terre remontent du fleuve vers l'arrière des maisons. Dans la pénombre des patios, la femme devine une table, quelques poteries, du linge. Plantées dans l'eau, des femmes épluchent des légumes. Les détritus vont directement dans la rivière. Quelques poules, quelques canards, des enfants qui jouent, qui font signe au bateau qui passe, qui s'en va. C'est une vie grouillante, humide et chaude qui s'épanouit au derrière de la ville, au bout de ses boyaux. La femme laisse sa main glisser dans l'eau, les doigts écartés en éventail. Le vent qui tourbillonne dans l'habitacle ouvert est agréable même si par moment il rabat les odeurs grasses du moteur. La batelière entre dans sa deuxième phase de travail : vendre à la touriste les articles qu'elle transporte dans son panier. Des cartes postales, des calligraphies, des porte-clés. Ostensiblement, Clélia détourne les yeux, les laisse flotter sur le paysage qui défile. Elle refuse de se laisser divertir, de se gaspiller en relations mercantiles. L'embarcation dépasse des sampans à l'ancre au milieu du fleuve pour remonter du sable et des graviers. La femme constate qu'il y a seulement quelques semaines, les villages sampaniers étaient plus proches de la ville. Elle se dit qu'ils ont du être refoulés à cause du festival et que les gens du Peuple de l'eau, plus encore que les ethnies des montagnes, sont les Manouches du Vietnam.

La Rivière des Parfums va vers le Sud de la ville où se trouvent les Tombeaux des Rois. Il y en a sept, éparpillés dans les campagnes, tous bâtis selon les même plans et comprenant cinq éléments : une cours peuplée de statues, un pavillon abritant une stèle sur laquelle un panégyrique du défunt a été gravé par son fils héritier, un temple, un pavillon des plaisirs et enfin la tombe proprement dite. Le site a été choisi dans la stricte observance de la géomancie chinoise : parce qu'il est baigné par un cours d'eau et barré à l'horizon par un massif montagneux. Plusieurs tombeaux sont des copies d'édifices chinois mais certains témoignent d'une influence européenne. Tous ont été construits du vivant de leur futurs occupants, mandarins, rois ou empereurs. Le document de Buu Y égrenne la litanie des noms : Gia Long, Minh Mang, Tu Duc, Duc Duc, Dong Khanh, Thieu Tri et Khai Dinh.

L'accostage à l'embarcadère de la Pagode de la Dame céleste est assez sportif. Le sampan accosté dérive et s'écarte de la rive avant que la femme ait sauté à quai. Les bateliers rient. Ils se vengent gentiment de la touriste qui a refusé d'entrer dans leur dialectique. La pagode a été construite en 1601 par le Seigneur Nguyen Hoang, en hommage au héro d'une légende dans lequel il s'identifiait. Cette légende dit qu'une fée en habits rouges et verts a prédit qu'un roi érigerait une pagode en cet endroit.

Un sentier grimpe du débarcadère aux marches qui mènent à la tour. La configuration des lieux fait penser à une tortue. Au Vietnam, la tortue est un animal sacré au même titre que la licorne, le dragon et le phénix. Le dragon représente le masculin et le phénix, le féminin. La tortue est symbole de longévité et la licorne, symbole de bonté et gage de paix. Des animaux secondaires les rejoignent dans la mythologie comme la grue, le lion, la chauve-souris et le poisson. Erigée sur la colline, la tour compte sept étages. Comme dans tous les édifices religieux, on trouve des autels, une cloche et des statues. Les matériaux utilisés sont la pierre, la brique et le bois. Le site est un chantier de l'Unesco. Des ouvriers s'activent à restaurer les tomettes et les balustrades. Parmi eux, plusieurs femmes. Il y en a beaucoup sur les chantiers. Elles sont en charge du mortier, qu'elles gâchent dans des brouettes et montent dans des seaux à l'aide de poulies. L'activité prosaïque et profane ne fait pas oublier qu'il s'agit d'un monastère. Par la porte discrète qu'a emprunté un jardinier, la femme sort de l'enceinte de la pagode et, marchant entre le mur et le champ qui le longe, elle se dirige vers la tête du domaine. Des voix lui parviennent. Celles de bonzes en prière qu'elle ne verra pas. Dans un Vietnam reconverti au stalinisme, les persécutions religieuses s'amplifient. Des prêtres et des bonzes disparaissent. Dans un passage de la pagode, deux statues se font face. L'une est le général rouge qui personnifie la colère.

* **

Clélia Rivière revoit régulièrement Long. Comme un vieux cheval retourne à son étable, elle retrouve pratiquement chaque soir la galerie d'art que tient l'infirme dans le quartier artistique de Hué. Il expose quelques jeunes élèves de l'école des Beaux-Arts qu'il a pris sous son aile. Le métier d'artiste est difficile partout mais dans ce pays qui louvoie entre le dollar et l'art officiel, l'artiste devient carrément schizophrène. A moins de s'abîmer dans la peau de l'artiste maudit, beaucoup d'entre eux font naufrage et disparaissent corps et âme dans des professions de subsistance. Pratiquant la maïeutique comme M Jourdain faisait de la prose, Long aide les jeunes artistes à maintenir le cap en mettant à leur disposition un atelier et un espace d'exposition. Il y a bien quelques rivalités - les artistes ont un ego sur-gonflé et les décisions cristallisent les jalousies - mais dans l'ensemble ça se passe bien. On voit même se dessiner de véritables mouvements artistiques autour de techniques ancestrales comme l'estampe, la laque ou la calligraphie. Les puristes et les nostalgiques crient au scandale mais les artistes persistent et signent. Long tient sa galerie de main de maître et, du haut de ses jambes torses, règne sur la vie artistique de Hué.

La femme le voit le soir, quand la galerie baigne dans la clarté électrique et que les toiles reflètent une lumière magique, mystérieuse, comme venue d'ailleurs, de l'envers de la vie, là où les choses changent de visage et de sens. Clélia et Long s'asseyent sur les tabourets colorés placés sur le trottoir et ils parlent. Long est francophone. Ca devient rare au Vietnam où l'Anglais taille des croupières au Français depuis des décennies. Les personnes d'un certain âge comme Long le parle encore mais les jeunes, de moins en moins. Ils ont adopté l'Anglais, la langue des affaires. Surtout les garçons. Les jeunes filles sont restées fidèles au Français, la langue du coeur, du romantisme, du Prince Charmant. En fait, les Vietnamiens apprécient à son juste prix leur indépendance mais ils constatent qu'ils préfèrent les Français aux Américains. Comme disent nombre d'entre eux : « Les Américains, ils viennent, ils prennent et ils partent. Les Français, ils construisent des hôpitaux et des écoles.» Long est francophone et aussi francophile. Il aime la littérature française. Il fait l'éducation - culturelle et sentimentale - de ses jeunes avec des romans. Des romans d'amour, surtout mais dont le sexe est absent. On ne parle pas de sexe au Vietnam. Il aime surtout la chanson française, Ferré, Brel et Brassens. Ecouter "gare au gorille" dans la nuit vietnamienne en sirotant un verre d'alcool de riz et en dégustant une poignée de riz gluant acheté à une échoppe ambulante …

Quand ses amis sont là, il y a toujours quelqu’un qui propose de jouer au petit train. Le jeu consiste à boire de l'alcool de riz dans un verre commun à toute la tablée. Lorsqu'un participant met trop de temps à vider le verre qui lui a été rempli, les autres le pressent de faire passer le train. A ce petit jeu, il n'y a rien à gagner, seulement à perdre. Son temps, ses moyens, son quant-à-soi, sa réputation. Les Vietnamiens aiment saouler le Blanc. Comme le rire, l'ivresse destitue le dominant. Lorsque la femme commence à chavirer sur son tabouret, ils rient, avec tendresse, sans méchanceté. Ca lui fait plaisir à la femme de leur donner ce qu'ils attendent : la proximité avec une femme, qui plus est européenne et qui leur est totalement exotique.

Un soir, un de ces soirs de grandes agitations où l'on refait le monde à ras de terre dans les effluves de l'alcool et du fleuve, un jeune homme débarque à la galerie. Long fait les présentations. Clélia, Olivier. C'est une sorte de scène biblique où le Christ fait les présentations entre Jean et sa mère, les offrant l'un à l'autre. Olivier est grand, brun, séduisant. Il porte la barbe soigneusement négligée des baroudeurs. Les premiers mots qu’elle entend de lui : - «Il n'est pas là Tao ?»

Long lui répond qu'il ne l'a pas vu de la journée. En repartant, Olivier jette :

- «Tu diras à Tao que je suis passé et que je suis au Phuong Nam.»

Long répond mais le jeune homme est déjà trop loin pour entendre : - « Je ne pense pas qu'il repasse à la galerie aujourd'hui mais demain il sera à la citadelle.»

A la femme, il dit : «Il prépare le Festival. Tao et Olivier, c’est comme deux frères. Ils se connaissent depuis longtemps. Nicolas était étudiant à Lyon. Il est venu à Hué pour étudier la peinture monumentale communiste mais il a découvert la BD vietnamienne. Tao est peintre, graphiste, laqueur et, calligraphe. Ils se sont rencontrés et ils travaillent ensemble à une BD franco-vietnamienne ou vietnamo-française, je ne sais pas. L’écrivain français dit : ils ne feront plus qu’un, oui, mais lequel ?»

C'est ainsi que Clélia rencontre Olivier. Ce n'est pas encore vraiment une rencontre, plutôt la chevelure d'une comète qui passe dans la lumière cendrée de la lune. Une improbable rencontre entre, d’une part, un jeune artiste qui crèche dans une modeste pension de famille, bouffe le pho (soupe), dans les restaurants de poussière ainsi appelé parce qu'on y mange quasiment par terre et côtoie les Vietnamiens les moins installés. Et d’autre part, une femme d’âge mûre qui loge dans un hôtel de luxe, mange dans les restaurants français et qui dans la solitude de l'écrivain, ne rencontrant qu'un membre de l'élite vietnamienne. D'habitude, Clélia mange à la Carambole, un restaurant où l’on sert de la cuisine française. La carambole, c’est cette plante contre poison de la laque, une substance extraite du laquier et qui a la particularité d'être allergisante. Ce soir-là, la femme choisit de manger dans l'un de ces restaurants vietnamiens où l'on sert des mets typiques comme les fruits de mer, les rouleaux de printemps et le potage au nid d'hirondelle. La cuisine vietnamienne amalgame différentes influences culinaires : française, chinoise, cambodgienne, laotienne, thaïlandaise ... Elle utilise le Nuoc Nam, qui est la sauce traditionnelle faite à partir d'anchois frais mais aussi les piments et les fines herbes, l'aneth, le coriandre, la menthe et le basilic. La femme connaît cette spécialité chinoise qu'est le potage de nid d'hirondelle. Elle sait que c'est une soupe concoctée à partir des nids minuscules de la salangane, un martinet encore appelé hirondelle de mer. Ces nids sont constitués par les filaments de salive des oiseaux et, lorsqu'ils sont dans un bouillon, ils se dissolvent en fines nouilles. Elle connaît mais elle n'a jamais goûté.

A partir de ce moment où elle a rencontré Olivier et goûté au potage de nid d'hirondelles, son esprit s'ouvre comme une mangue mûre pour accueillir les ingrédients de la vie vietnamienne et les amalgamer à son esprit occidental. Finis les rendez-vous alignés sur les aiguilles d'une montre. Elle y va à l'instinct quand elle sent que c'est le moment, que la personne qu'elle veut voir sera là à son arrivée, que les évènements n'auront pas lieu sans elle, que les choses se feront naturellement, inéluctablement, comme un enfant se fait dans le sein de sa mère et vient à la lumière.

Lorsque elle entre dans la Cité pourpre interdite, Olivier est là, arpentant à grands pas la cour qui s'étend entre les bâtiments. Ici aussi, c'est le règne du bois, de la tomette et de la brique, des couleurs rouges et or, matériaux chauds de l'intimité. La Cité pourpre est la partie de la citadelle qui était réservée aux mandarins et à leur famille. Pendant toute la durée du Festival, elle abrite deux expositions, une de photographies et une de Bande Dessinée.

L'expo de photographies s'appelle "Avoir vingt ans au Vietnam." C'est une exposition collective qui présente les oeuvres réalisées par les étudiants de l'Ecole Supérieure des Arts et de la Culture d'Ho Chi Minh Ville dans le cadre d'une collaboration avec l'Ecole Supérieure de la Photographie d'Arles. Les photos sont suspendues sous l'auvent du palais comme des oriflammes. La femme les regarde, une à une, aspirée par elles. L'expression est riche, il y a de l'idée, du talent. L'une d'elle retient particulièrement son attention. Un portrait de vieille femme vietnamienne. Derrière elle, il y a un trou dans le mur de briques. Au-delà d'elle, on voit la campagne, un pré planté d'un arbre. Clélia Rivière se dit que chaque être humain est une brique d'un mur qui enclôt un ravissant jardin. La vieille femme sourit de toute sa bouche édentée. Un delta de rides se dessine autour de ses yeux. Les yeux rivés vers l'horizon, elle semble incarner tous les espoirs d'un Peuple tendu vers l'avenir. L'exposition de BD s'intitule "Kémoï". Elle est le fruit d'une master class avec des auteurs français autour d'une démarche artistique qui consiste à utiliser les techniques traditionnelles asiatiques pour raconter des histoires. Le Vietnam connaît peu la BD, à part les mangas japonais et quelques Comics américains que les jeunes lisent, assis devant les librairies ambulantes. Les bulles vietnamiennes n'en sont donc encore qu'à leurs premiers balbutiements. L'expo présente les oeuvres d'une trentaine d'étudiants, dont celles de Tao, l'ami de Olivier, le protégé de Long. Il expose un superbe dessin représentant des petits personnages qui marchent sur la ligne d'horizon. Il y a coulé le Vietnam quotidien : un porteur de paniers à balancier, un cyclopousse, un chien qui suit un gamin qui court le nez levé vers un nuage d'où tombe la pluie. Le sol est noir, comme courbé sous le ciel qui occupe presque tout le tableau, un ciel jaune, gorgé de toutes ces eaux de l'Asie, de ces ruissellements qui font les Peuples si fertiles, si drus. Et si dangereux lorsque viennent les crues.

Clélia rejoint Olivier sur les escaliers de pierre de la cour intérieure. Il a déballé ses cartons à dessins et étalés les dessins sur le sol. Des sanguines, des fusains, des pastels, aussi des caricatures et des croquis de toutes sortes. Sur une planche, il a croqué les jardiniers du parc : une femme arrosant les parterres, son foulard remonté jusqu'aux yeux. Deux hommes accroupis, repiquant des touffes d'herbe dans les lacunes des pelouses, avec des gestes qui sont les mêmes que ceux du repiquage du riz dans les rizières. En quelques coups de crayon nerveux, Olivier a cueilli les corps en mouvement dans un ballet virevoltant d'une rapidité folle. Il voudrait en faire un dessin animé.

- «Il te plaît celui-là? Garde-le, je te le donne», dit-il à Clélia en lui tendant un dessin de buffle.

* **

Le magasin n'est pas une échoppe classique mais une supérette qui fait penser à ces drugstores-garages qui jalonnent la Route Sixty Six aux Etats-Unis. Comme les bateaux qui sillonnent la Rivière des Parfums, elle est peinte en bleu et en jaune. Son étrave arrondie s'avance à l'intersection de deux artères importantes. Il y a une ouverture de chaque côté mais c'est encore fermé. Il n'est pas sept heures. Assis sur le trottoir, les marchands de journaux sont encore en train de se répartir les journaux à distribuer par secteur. Clélia Rivière aurait voulu de l'eau en bouteille. Question de sécurité alimentaire. Dans la rue Lé Loï, le QG du festival ne propose qu'une cuve en inox avec un seul gobelet pour tous. Attaché à la cuve par une ficelle, le gobelet ressemble à un appât. La supérette est peut-être le Tati ou la Samaritaine de demain. On y trouve de tout et les produits achetés par les Occidentaux ont des prix fixes et étiquetés, ce qui est appréciable pour ceux comme Clélia qui ne savent pas marchander.

Le marché où elle se rend si tôt matin se trouve de l'autre côté du pont, sur les rives du fleuve. Il est déjà bondé et la femme doit fendre la foule comme un coin fend une bûche pour y pénétrer. Chargés de caisses et d'objets hétéroclites, les cyclopousses se fraient un chemin dans les allées. Les hommes prennent garde de ne pas bousculer les étals aménagés à même le sol. Sinon les imprécations des femmes jaillissent et les suivent comme des malédictions.

Dans des hamacs suspendus au-dessus des étals dorment des enfants nus. L'arrière du marché, sa partie cachée est un lieu de vie. Des familles entières y vivent, installées sur des lits de fer comme sur des radeaux. Tout au fond, relié à la rivière par une plage sale, c'est le marché aux poissons. Une barque vient d'y accoster. Le poisson est débarqué en vrac et conditionné dans des caisses en polystyrène sur un lit de glace. La glace est vendue à un étal proche. Elle provient d'une petite unité de fabrication sous la forme d’un bloc oblong que le vendeur débite et concasse à la demande. Le poisson est d'une appétissante fraîcheur. Une eau rosâtre suinte des corps vif-argent et se distille goutte-à-goutte dans la rigole qui longe le trottoir, baignant d'innombrables pieds nus. Les odeurs sautent à la gorge, vives et coupantes comme la lame des couteaux qui écaille, éviscère. L'oeil de Clélia cueille au vol les éclats luisants des écailles, des couteaux et de la glace aux multiples facettes de diamant.

On trouve aussi des crevettes, des crustacés, des poulpes. Encore vivants, les poulpes. L'un d'eux tente de s'évader en escaladant la paroi de la caisse, arc-bouté sur ses tentacules. Quand il est sur le sol, il s'échappe en se traînant. C'est peine perdue. La petite fille qui tient l'étal le récupère et le remet dans sa caisse, sous les rires des spectateurs. Devant cette scène de cruauté tranquille, Clélia a le coeur qui se serre. Elle est pourtant venue au devant de cette cruauté, enfin prête à mettre en danger ses sentiments et son bel agencement du monde. Elle savait en pénétrant sur le marché qu'elle risquait la rencontre avec des images qui la brusqueraient. C'est pour cela qu'elle s'est amenée là, cherchant en détournant les yeux le marché à la viande. Et sur ce marché, les chiens de race à viande. Le marché à la viande se trouve un peu plus loin. Têtes de porcs, charpies de chairs sanguinolentes, ossements de nacre bleue s'épanouissent sur les étals ou à même le sol. C'est toute la beauté de la mort au travail avec ses outils de prédilection : le temps, la chaleur et les mouches. Le système de réfrigération par glace utilisé pour le poisson n'est pas utilisé pour la viande. Clélia Rivière voit les échoppes du marché se mettre à tourner devant elle. Son estomac retourné la rappelle à l'ordre. Elle ne doit pas aller plus loin dans l'insupportable. A coups de talon nerveux, elle remonte à la surface du marché, reprend pied devant les étals qui flottent sur ses rives. En vrac, des chapeaux coniques, du tissu, des ustensiles ménagers, des plantes médicinales, des légumes et des fruits.

Tous les fruits du jardin d'Eden vietnamien. Ceux que la femme connaît : les mangues, les bananes, les noix de coco, les oranges, les ananas, les papayes ... Ceux qu'elle a découvert et qui viennent grossir ses connaissances sensorielles et botaniques. La pomme cannelle, encore appelée anone ou carossol, gros fruit de la famille des ananas, recouvert d'une peau verte à écailles et dont la chair est onctueuse et sucrée. Le ramboutan, fruit à l'écorce rouge et à la chair un peu caoutchouteuse qui rappelle celle du litchi. On l’appelle d'ailleurs le litchi chevelu à cause des longs filaments que présente son écorce. Le salak, petit fruit en forme de poire dont l'écorce est épaisse et écailleuse et la chair, pâle et croquante. Le tamarin, aussi nommé datte indienne, fruit à forte teneur en acide tartrique, ce qui en fait un produit domestique à double usage : pour cuisiner et pour astiquer les cuivres. Les Anglais en raffolent sous forme de confiture, de gelée et de chutney tandis qu'ils sont très appréciés sous forme de boulettes par … les éléphants. Et toute cette macédoine : le salk, le logan, le mangoustan, petit fruit violet recouvert d'une écorce dure et dont la chair blanche et douce est légèrement acidulée et délicieusement parfumée. Et le durian, fruit à chair jaune très apprécié sous forme de chewing-gum, de glace, de crème ou de confiture mais dont l'odeur est si nauséabonde qu'à Singapour il est interdit de séjour dans les transports en commun. Un peu semblable mais avec moins d'épines : le jaque. Et semblable au pamplemousse mais en moins acide : le pomelo.

Le riz aussi est d'une diversité infinie. En quelques années, le Vietnam est devenu l'un des plus importants producteurs et exportateurs de riz au monde. Les problématiques liées à l'utilisation des pesticides ont d'ailleurs fait leur apparition. Ironie de l'Histoire : on parle à nouveau de dioxine, ce composant de l'agent orange, utilisé comme défoliant par les Américains pendant la guerre.

Tous sens en éveil, Clélia se laisse griser par la luxuriance du marché de Hué. Elle s'assied à une échoppe ambulante de boissons. Elle sait qu'elle n'aime pas le jus de canne pressé à la grande roue manuelle mais comment choisir parmi toutes les boissons possibles à base de fruits et de lait de coco, parfois coulé sur des haricots ou un triangle de fromage "La vache qui rit" ? Des boissons colorées qui font de l’œil mais dont le goût n’est pas toujours bon. La femme choisit au hasard et le hasard lui fait une fleur. Elle sirote à petits coups satisfaits le jus laiteux filandreux de téguments vert menthe. Elle n'a pas vu arriver la petite fille. Elle ne l’a pas vu venir mais elle est là, devant elle, les cuisses appuyées contre la table basse. Elle comprend que l'enfant veut lui vendre quelque chose. Une babiole, un colifichet, une verroterie quelconque. Elle se dit qu'elle ne prend aucun risque à traiter avec la petite. Pas comme avec cette marchande du Col des Nuages, passage obligé sur la route vers la cité balnéaire de Hoi Han et Da-Nang, qui a littéralement dépecé son pécule. Elle sort quelques dongs de sa poche. Le visage de la fillette se fend d'un grand sourire puis disparaît sous la table. Comme un diable sortant d'une boîte, l'enfant ressurgit, déployant devant elle un éventail mauve et rose. Clélia a vu l'éventail mais surtout les mains qui le tenaient. Ou plutôt l'absence de mains pour le tenir. Les bras de la petite fille ne sont que des moignons. Ils s'arrêtent un peu après le coude. D'où vient cette mutilation ? D'une malformation de naissance, d'un accident, de la guerre, de l'agriculture intensive ? Clélia Rivière achète l'éventail à la petite. Pas par pitié mais parce que l'objet est beau et qu'il lui parle.

Extrait de "Hué la belle", de Clélia Rivière, chapitre : La colonisation. La Cité s'appela Phu Xuan . Il fallut la défendre, d'abord dans des guerres contre les Chams, les Khmers et le clan Thrin. Puis vinrent des jacqueries menées par les paysans pauvres, les Chams, les minorités ethniques et les marchands chinois. Ce qu'on appela la révolte des Tây-Son. Le tout jeune prince Nguyen Anh en appela au Siam et à la France. Il obtint l'appui de Monseigneur Pigneau de Behaine qui engagea des mercenaires français. Hué entrait dans la stratégie prosélyte de l'Eglise et dans la stratégie coloniale de la France. En gages, il envoya Canh, son fils de quatre ans à la cours de France. La dynastie des Nguyen récupéra son fief qui devint la capitale du Vietnam sous le nom de Hué. En France, c'était la Révolution. On oublia de renvoyer le petit Prince Canh dans sa famille. Il mourut en exil à la cours, de langueur ou de maladie Occidentale.

Les festivaliers ont établi leurs quartiers au Phuong Nam, un restaurant populaire qui fait aussi location de cycles. Les vélos s'alignent devant l'établissement comme des chevaux à l'attache devant un saloon. Clélia, Olivier et Tao dînent ensemble en refaisant le monde. Olivier s'abstient de pancakes à la banane car il a fait une jolie allergie. Il avait des boutons partout. Cette allergie lui vaut d'être interdit de séjour dans l'atelier que Long met à la disposition des artistes dans le sous-sol de la galerie. Car, s'il est allergique à la banane, sans doute l'est-il aussi à la laque. Autour d'eux, les autres attablés font partie du décor, simples silhouettes d'un théâtre d'ombre qui se joue dans les coulisses du festival. Les conversations barattent les sujets actuels : la mode, la musique, l'art, les éternelles guerres américaines. Chacun fait son beurre des dialectiques qui s'établissent entre vainqueurs et perdants des guerres, colonisés et colonisateurs, autochtones et étrangers. My sert à table. My est la jeune serveuse du Phuong Nam. Elle parle Anglais et Français. Tous les étrangers qui ont convergé vers Hué pour le Festival viennent à elle, phalènes aux ailes blanches éperdus de lumière. My signifie belle. Et elle est belle, My, comme une eau vive, une vouivre.

Désignant Olivier, My demande à Clélia : - «C'est ton fils ? »

La table est secouée de rires. Tao lance la boutade : - «Oui, c'est sa mère, sa maman du Vietnam.»

Le surnom lui reste : la maman du Vietnam. Elle ramène son "fils" à l'Hué Majestic Hôtel. Pour qu'il mette ses vêtements au pressing, prenne un bain dans la baignoire étincelante et pique une tête dans la piscine. La piscine est sur le toit, ouverte, offerte sur le ciel. La femme y va la nuit pour habiter ses insomnies. Elle s'allonge sur le dos, se laisse flotter sous le ciel étoilé qui courbe vers elle ses larges épaules de nègre en amour. Par l'esprit, elle plane sur la ville endormie. Elle sait les gens dormant dans les maisons, dans les monastères et sur les sampans amarrés aux rives de la Rivière des Parfums, cerfs volants aquatiques. En bas, dans le hall d'accueil, le gardien dort en pointillé sur sa natte, la tête posée sur son oreiller en osier, une moustiquaire tombant en pluie sur son dos nu. Les bruits des trains montent jusqu'à elle, venus de la gare toute proche. La ville est longée par la grande ligne Hanoi-Ho-Chi-Minh-Ville. Depuis quelques années, le train de la Réunification recoud inlassablement les deux Vietnam déchirés par la paix qui a suivi la guerre. Les bruits lui parviennent assourdis par l'éloignement et par l'eau qui emplit ses oreilles.

Au fils du temps, Clélia et Olivier nourrissent une relation étrange, en marge de tous liens naturels. Ils échangent leurs histoires, leurs goûts, leurs lieux. La Carambole s'acoquine avec le Phuong Nam, les nids d'hirondelle, avec le pho. Clélia devient une habituée de l'hôtel Loan où loge Olivier. Dès qu'elle quitte Buu Y, elle s'y rend. La maison est au fond d'une impasse. Pour l'atteindre, il faut d'abord passer devant la femme qui habite dans un renfoncement du mur, sorte de guetteur embusqué dans sa guérite et qui réclame un droit de passage. Clélia l'appelle "ma pirate de la mer de Chine". Elle met longtemps à comprendre pourquoi la clocharde est tolérée dans l'impasse. En fait, elle fait office de signal d'alarme. Elle prévient les familles qui habitent l'impasse que l'ogresse arrive et qu'il faut récupérer les enfants. L'hôtel Loan est une pension de famille à la Française. Sa clientèle est constituée de couples français venus pour adopter un enfant de l'orphelinat tout proche. Les mères de l'impasse fantasment sur l'enlèvement de leurs enfants.

Une fois dans l'hôtel, Clélia rejoint la salle commune. Elle s'assied dans le fauteuil qui tourne le dos à la télévision et fait face à l'aquarium. Elle pose ses rêves sur le dos des poissons et se laisse porter. A pas glissés, l'hôtesse dépose sur un coin de la table basse la théière de l'accueil, remplie d'un thé parfumé et fumant. La femme se sert, boit à petites gorgées comme l'on marche à petits pas dans une allée fleurie. D'une main distraite, elle feuillette le Courrier du Vietnam. Le journal francophone de Hanoi parle du festival, des spectacles, du dîner impérial balayé par la pluie. Olivier vient ou ne vient pas. C'est sans importance. Ils n'ont pas vraiment besoin de se voir. Les liens qui les unissent se tissent sans eux, à leur insu.

Qui a décidé d'aller faire un tour à la mer ? Clélia a beau retourner la question en tous sens dans sa mémoire, elle ne se souvient plus. Est-ce Olivier ? Est-ce Tao ? Et si c'était My ? Ce n'est pas elle en tous, cas, de cela elle est sûre. Elle n'aime pas la mer. Ils y vont en motocyclettes. Olivier prend My en croupe. Clélia monte derrière Tao. Il faut sortir de la ville pour atteindre la plage. Les deux motos filent sur la route. Des camions les dépassent en klaxonnant. Les deux passagères font de grands signes aux chauffeurs qui éclatent de rire. My porte l'équipement que portent les Vietnamiennes pour se protéger du soleil : un masque en tissus et des gants qui montent jusqu'aux coudes. Le temps est superbe. Avec la vitesse qui sèche les aisselles, une agréable sensation de froid s'insinue sous les chemises. Le vent effiloche les cheveux. C'est pur plaisir que cette course en équilibre sur la force libérée d'une moto. My se cramponne des deux mains au porte-bagages, le corps rejeté loin en arrière pour ne pas toucher le dos de l'homme qui conduit. Clélia a noué ses bras autour de la taille de Tao. Elle la serre comme si elle voulait se souder à l'homme, ne plus faire qu'un avec lui. L'intérieur transpirant de ses cuisses collent à l'étoffe de son jean et la brûle. Sous un pont, un vieil homme les salue, leur indique le chemin avec son bâton. Il sait que tous les gens à peau blanche cherchent la mer, le soleil à l'aplomb de la mer comme un ballon de lave.

La plage est presque à l'embouchure de la Rivière des Parfums, rivière qui en fait est un fleuve puisqu'elle se jette dans la mer. La mer est la mer de Chine méridionale. Une paillote accueille les baigneurs. Les deux couples s'avancent, longent la mer, passent devant des barques retournées coques au ciel devant lesquelles des pêcheurs recousent leurs filets. Un enfant joue avec un cerf volant. Clélia sort sa caméra, s'attarde près des hommes. Gros plan sur les crabes et les coquillages qui affleurent à la surface grisée du sable. Olivier, Tao et My sont déjà loin, glissant tous les trois vers la mer. D'autres jeunes hommes nagent déjà au large, atteignant presque une barque de pêcheurs. Olivier et Tao se mettent à courir en larguant derrière eux leurs vêtements. My s'est assise sur le sable, à quelques mètres d'une maison coloniale désaffectée. Elle ne se baigne pas. Elle ne sait pas si elle aime ou si elle n'aime pas. Elle ne l'a jamais fait. Au Vietnam, les femmes ne se baignent pas. Clélia rejoint My sur le sable. Elles sont ensemble, seules. Deux femmes devant une maison rose, attendant le retour des hommes et des enfants. Elles parlent.

My commence : - «Je viens d'un tout petit village. Mon père est pêcheur. On n'a pas beaucoup d'argent à la maison alors je travaille au Phuong Nam. Mais ce n’est pas pour toujours. Je voudrais être guide. Je voudrais aller à l'Université du Tourisme de Hué.»

Elle n'exige rien, My, elle demande gentiment, comme en s'excusant. Elle ne veut pas, elle voudrait. S'il vous plaît. Elle fait des politesses à la vie qui en fait rarement.

Clélia continue : - «J'écris des livres touristiques. Ca me fait voyager, voir des gens. Mais parfois, je me demande où je suis. Les aéroports, les villes, tout se ressemble. J'ai parfois l'impression d'être un somnambule en équilibre sur un toit. J'ai peur de me réveiller et de tomber.»

My : - «Tu vis seule ?»

Clélia raconte les années qui sédimentent dans sa mémoire, avec son compagnon et l'enfant qui est venu, qui est reparti. La vie qui sépare ce que la mort n'a pas séparé. Les deux femmes versent l'une contre l'autre, leur tête se touchant. On dirait qu'un voile les recouvre, les isole du monde extérieur, de la plage, de Tao et d’Olivier qui leur font des grands signes, loin, loin dans la mer, voyant la maison si petite.

My : - «Moi aussi, je veux me marier, avoir des enfants, une maison.» Clélia, riant : - «Tu attends le Prince Charmant, ma belle.»

Tout bas, elle ajoute : - «Et si c'est un étranger, tu partiras avec lui ? »

My ne répond pas.

Les deux femmes se taisent. Elles regardent les deux hommes qui s'ébattent dans la mer comme des enfants. Derrière eux, marchant en équilibre sur la ligne de l'horizon, un paquebot découpe sur le ciel sa silhouette sombre. Clélia s'est avancée dans l'eau et filme. Olivier et Tao viennent vers elle en s'éclaboussant. Leurs piaillements cristallins ensemencent la mer.

- «Elle est bonne, tu aurais du venir», lui lance Olivier.

Ils sortent de l'eau. La baignade est finie. Clélia filme Olivier, Tao et My qui prennent le chemin du retour. Ils dansent, virevoltent. Clélia a l'impression de tenir entre ces doigts une fragile bougie. Instants magiques. Ecrivaine, elle tente de distiller, d'extraire le suc de ce temps d'éternité fugace mais elle se dit qu'il faudrait le talent d'un Rimbaud pour en rendre toute l'incandescence.

Extrait de "Hué la belle", de Clélia Rivière, chapitre : Le Champa. Au IIIème siècle de l'ère chrétienne, le Vietnam était le fief du Royaume de Champa et du Peuple Cham qui s'était formé à partir de populations austroasiatiques et d'Austronésiens indianisés. Les villes principales du Royaume étaient Shinapura, Indrapura, Vijaya et Kandarpupura. Le Royaume était en effet sous influence indienne pour la vie spirituelle et sous influence chinoise pour la vie matérielle. Son principal rival était l'empire Khmer. Le Champa connut son apogée au Xème siècle. A ce moment-là, l'ethnie Viet qui se libérait du joug chinois millénaire se tourna vers la péninsule indochinoise qu'elle entreprit de conquérir au détriment des Chams. Vivant sur une économie d'invasions et de pillages, les Chams n'avaient développé ni agriculture ni d'Etat intérieur, c'est en partie à cause de cela qu'ils n'ont pas pu à résister aux menées vietnamiennes. En 1306, le roi Jaya Shimhavraman III tenta d'instaurer une alliance avec les Viets en épousant une princesse vietnamienne. Dans la corbeille de mariage, il mit deux districts, dont celui de Kandarpupura. La paix obtenue par cette alliance ne tint pas mais la cité resta aux mains des Vietnamiens. Elle devint Hué. Le dernier roi fut tué en 1692 et le Champa fut vassalisé. En 1822, le pouvoir honorifique des derniers rois fut aboli et ce fut la fin du Royaume de Champa. Aujourd'hui, il ne reste plus que quelques milliers de Chams. Ils sont complètement métissés et aculturés.

Appuyé sur ses béquilles, Long donne des charges de buffle dans les meubles de la galerie. D'un coup de béquille, il balaye à travers la pièce la théière de l'accueil posée sur la table. L'infirme est furieux. Il invective un homme qui s'éloigne à grands pas, la tête rentrée dans les épaules, les poings serrés au fond de ses poches. Aux premiers mots de la dispute, les jeunes peintres se sont réfugiés au fond de l'atelier, en bas de l'escalier. Habitués aux éclats du maître, ils n'ont pas eu peur. Ils se sont simplement retirés comme on se met à l'abri de la pluie en attendant qu'elle cesse. Clélia les a suivis, maudissant le hasard qui l'a fait passer chez Long à ce moment-là. Elle passait juste pour récupérer son éventail qu'elle avait oublié et maintenant, elle est bloquée dans l'atelier, sans oser traverser la galerie pour se retrouver dehors.

Les peintres sont des étudiants de l'Ecole des Beaux-Arts de Hué. Tao est leur professeur à l'école et leur donne des cours particuliers dans son atelier privé. Ca lui permet de vivre et de continuer son travail de Bande dessinée et de laque artistique. La laque, c'est allergisant mais c'est aussi salissant, façon huile de vidange, se dit la femme en voyant les taches sur les chiffons qui traînent autour des bacs posés par terre le long des murs.

Elle a débarqué en pleine séance de dessin avec un modèle qui pose devant les chevalets. Le modèle est un adolescent. Il pose assis sur un tabouret de bar, seulement vêtu d'un short, c'est-à-dire aussi nu que le permet la morale vietnamienne. Seul Tao a franchi le tabou, avec sa « masseuse aux seins nus », un tableau en laque qui n'est encore jamais sorti de l'atelier et qui semble puni, le nez contre le mur. Les tableaux des étudiants sont encore à l'état d'esquisse. On voit les grands traits au crayon qui déterminent la masse des corps, la rattachent à la ligne du squelette. Tao et les élèves discutent âprement. Clélia ne comprend pas mais elle devine que c'est en rapport avec la dispute qui s'est déroulée en haut entre Long et l'homme qui est parti.

Dans la galerie, Long grommelle encore des gouttelettes d’injures mais le gros de la tempête est passé. Clélia remonte à la surface de la galerie.

- «Tu es encore là, toi ?», dit-il en la voyant émerger. - « Ben oui, j'attendais que tu te calmes avant de sortir.»

Elle ramasse les éclats de la théière explosée sur le carrelage. - «Qu'est-ce qui s'est passé ?»

Long explique : - «Cet homme, un Anglais ou un Allemand, je ne sais pas, c'est tous pareils, voulait acheter des tableaux. Il donnait de l'argent mais pour encore d'autres tableaux, faits très vite parce qu'il part bientôt. J'ai dit : les peintres de ma galerie, c'est pas des machines. C'est des artistes. Le business c'est pas ici.»

Clélia approuve l'esprit de Long mais elle comprend que cet esprit ne soit pas partagé par tous. Ce devait être le sujet de la dispute dont elle a été témoin dans l'atelier. Peut-être les cyniques ont-ils raison : il faut vendre son âme au diable tant qu'il est preneur sinon après, on ne la vend plus, on la donne.

Dans cette bataille qui oppose les purs et les opportunistes, elle ne sait pas qui a raison. Ce qu'elle sait, c'est qu'il lui a fait peur, ce Long pur, coulé dans l'or incorruptible de l'idéal le plus haut et qui a pris le pas sur le Long ivrogne, pétri de faiblesse et d'indulgence. Elle se dit qu'il y a des enjeux qu'elle ignore. Ce qu'elle sait aussi, c'est qu'elle n'est pas allergique à la laque. La substance l'imprègne avec une telle force qu'elle en tomberait évanouie.

Attablé au Paradise Garden, Tao raconte à Olivier la colère de Long. Le jeune Français rit mais pas Tao : - «Il trouve qu'on travaille trop ensemble. Pour le concours, il voudrait qu'on fasse chacun notre dessin, pas un dessin ensemble.»

Le concours de peinture sur le sol se déroule le long de la Rivière des Parfums, dans la rue qui longe la rivière jusqu'au Paradise Garden. Ouvert à tous, il fait partie des animations gratuites proposées à la population huéenne dont une grande partie est trop pauvre pour s'offrir le dîner impérial ou les spectacles qui se déroulent dans la Citadelle. Il y a des animations intéressantes comme le concours de cerf-volant, les concerts en plein air, le défilé de mode de Minh Hanh, les joutes nautiques, le Tour Vert en cyclopousse et la fête de Nam Giao. C'est presque un festival off. Olivier et Tao participent au concours de peinture sur le sol.

Olivier ne rit plus. Il interroge : - «Qu'est-ce que ça veut dire, ça, qu'on travaille trop ensemble. Qu'est-ce qui lui prend à Long ? C'est lui-même qui nous a inscrits tous les deux. Ca fait des semaines qu'on travaille sur ce projet. Parle. Tu veux quoi, toi ? Dessiner seul ou faire notre projet ?»

Olivier et Tao dessinent ensemble. Ils n'ont pas vraiment de modèle mais ils disposent de quelques ébauches étalées devant eux, au pied des gens qui les regardent. Plusieurs peintres sont à l'ouvrage, chacun occupant l'espace qui lui a été dévolu lors de son inscription. Ils se passent les pots de peinture et s'échangent les pinceaux. L'ambiance est bonne. Il fait beau. Les parasols du Paradise Garden sont déployés au dessus des tables, toutes occupées. Sous le regard des badeaux, la route se couvre de couleurs et de formes. Clélia est venue se poster devant les deux jeunes gens mais ils l'ont chassée, la menaçant de leurs pinceaux comme d'une tapette à mouche. Va-t-en, la mouche du coche. Elle est partie, poussée dans le dos par les rires comme une barque qui a pris le vent dans sa voile.

- «Je reviendrai tout à l'heure», lance-t-elle par dessus son épaule. - «C'est ça, maman du Vietnam, reviens tout à l'heure».

La femme se sent légère, libre comme une sauvagine sur les bords d'un chemin ou dans une jachère. Elle en a terminé avec Buu Y. Toutes les interviews sont en boîte et la rédaction de son livre est bien avancée. Pour se récompenser, ils se sont offerts le repas impérial. Pendant toute la nuit, ils ont goûté en cascade aux mets qui étaient servis autrefois à la cours de l’empereur. Des jeunes filles en Ao daï faisaient le service et le repas était ponctué de spectacles pyrotechniques. C'était il y a trois jours. A l'heure où elle s'éloigne de Olivier et de Tao peignant sur le sol, Clélia se sent comme une mère de famille dont les enfants sont à l'école et qui peut disposer de sa journée à sa guise, avec un temps que ne canalise aucun horaire et qui s'étend en nappe jusque aux plages de la nuit.

Comme un oiseau de passage, elle se pose à une table de la terrasse du Paradise Garden. Musardant dans la carte, elle commande une bière de Hué. Le breuvage ambré dévale dans sa gorge. La bière de Hué est sa bière préférée mais c'est surtout l'instant qu'elle sirote, cet instant qui est encore une disponibilité mais qui bientôt sera une attente. Le cyclo qui pose sur l'affiche du Tour Vert vient de lui faire de l'oeil. Elle a décidé de le suivre. Le Tour Vert est une animation gratuite mise sur pied par une association d'étudiants et la Région Nord Pas-de-Calais, très impliquée au Vietnam. Il propose aux festivaliers de visiter la Citadelle en cyclo-pousse. Le départ se fait juste là, devant le café, en prenant d'abord un bateau touristique.

Clélia embarque avec une dizaine de passagers, Français pour la plupart. Les chaussures s'accouplent sur le pont. Ici aussi l'ambiance est bonne. La journée du Tour Vert et la journée de la peinture sur le sol devraient se dérouler en parallèle avant de converger vers le point des retrouvailles : le dessin terminé. Le bateau s'est mis dans le fil du fleuve et glisse lentement. Les passagers font connaissance. Le voyage sur cette arche de Noé vietnamienne n'est pas très long. Bientôt, le bateau rejoint les cyclopousses qui attendent. Il y a plusieurs corporations de cyclo-pousses, chacune affectée à la désserte d'un lieu donné : la gare, le marché ... et portant ses propres couleurs. Les chauffeurs ne sont pas propriétaires de leur véhicule mais ils le louent à la corporation à laquelle ils sont affiliés. En cas d'arrêt de travail, leur corporation leur verse une indemnité mais une indemnité toujours moins élevée que ce qu'ils toucheraient en travaillant. Rude sagesse qui donne des leçons à l'Etat Providence. Les cyclos ont chargé leur touriste dans la nacelle qu'ils vont pousser devant eux en pédalant pendant plusieurs kilomètres. Ils se sont mis en route en file indienne, menés par les coups de klaxons du cyclo de tête. Clélia a un peu honte de se laisser porter ainsi comme un paquet, un cadavre par un homme qu'elle trouve frêle. Dans les côtes, les hommes pédalent en danseuse. La femme voit leur dos s'incurver, la sueur assombrir leur tee-shirt entre les omoplates. Le long du trajet, les enfants saluent les équipages par des hello tonitruants. Saluts sincères ou relevant d'une consigne nationale, comment savoir ?

La procession des cyclos du Tour Vert longe les remparts de la Citadelle, faisant haltes à des points touristiques où les cyclistes peuvent se reposer pendant que leur passager se dégourdit les jambes en se mirant dans le visage souriant du Vietnam : l'étang où l'on peut regarder les pêcheurs et pêcher soi-même, le lac Thin Tam où les empereurs venaient se reposer et où se donne le spectacle des marionnettes sur l'eau, les remparts épineux de tours, le potager qui s'épanouit au pied de l'une d'elles. Dans ce potager, tous les légumes des repas quotidiens : oignons, coriandre, bettes ... Des hommes et des femmes y évoluent, tout à leur tâches : récolter des légumes frais, en remplir un panier, semer, sarcler, désherber ... Un vieil homme est debout, appuyé sur le manche de sa pioche, mâchonnant un brin d'herbe. C'est un paysan comme il en pousse partout sur la Terre. Au centre du potager se trouve une citerne. On peut y puiser au seau mais elle est équipée d'un système à pédales pour remonter l'eau dans une gouttière aqueduc qui l'achemine dans les rigoles d'irrigation. Dans la pénombre de la citerne, on voit un serpent qui ondule à la surface de l'eau. Instants de paix, de sérénité, d'harmonie. L'harmonie de Hué la belle. C'est là, en cet instant, que Clélia Rivière trouve le titre de son livre : Hué la belle.

* **

Le soir tombe sur la Rivière des Parfums. Sur la route, les artistes ont fini leurs oeuvres, sauf Tao et Olivier qui sont toujours penchés sur leur fresque. Les mouvements qu'ils font enroulent leurs membres autour de leur tronc en une chorégraphie élégante et tonique. On dirait des danseurs de tango, dont les corps tour à tour s'épousent et se repoussent. Gestes larges, amoureux. My les regarde en souriant, les yeux brillant dans la lumière mourante. Derrière eux, dans le flou de l'éloignement, des vieux et des vieilles font leur Taï chi, semblables à des arbres qui se balancent dans la brise du soir. Clélia s'est mêlée à eux qui ont élargi leur cercle pour la recevoir. C'est dans cette clairière humaine qu'elle se prépare à voir le tableau que les deux jeunes hommes ont peint pendant qu'elle faisait le Tour Vert.

My et Clélia ont convergé vers le tableau. Courbées vers le sol, les deux femmes ont poussé un cri d'étonnement et d'admiration. Le tableau représente une tour de verre et d'acier dressée vers un ciel flambant de soleil. La lumière argentée qui tombe sur les vitrages donne une impression de noblesse et de force. L'effet est obtenu par le jeu de la lumière qui tombe d'un lampadaire sur la peinture qui contient des paillettes argentées. La tour émerge d'une colline de terre brute complètement noire et mate qui semble vouloir l'absorber, la résorber dans sa masse. L'artiste vietnamien et l'artiste français ont marié des matériaux et des effets contraires : le brillant et le mat, le plein et le vide, l'horizontal et le vertical, l'apparu à la lumière et le disparu dans l'ombre. Ils ont incarné la dialectique entre le primitif et le moderne, le féminin et le masculin. Ces deux parties sont contraires mais aussi complémentaires. Elles agissent à la manière des ogives dans les cathédrales gothiques : c'est leur antagonisme même qui, créant l'équilibre des forces, permet à l'édifice d'exister. Planté dans la terre noire, un lotus pousse sa tige à l'intérieur de la tour transparente jusqu'en son sommet d'où elle émerge par une fenêtre ouverte. La fleur éclose laisse voir son coeur blanc et jaune, fragile comme un oeuf, symbole de naissance et de renouveau. Le tableau est d'une grande beauté et les avis sont unanimes : il a ses chances pour le concours.

La bande prolonge la magie à la galerie de Long. Long a installé sa natte derrière son bureau et somnole. Tao et Olivier font une bataille d'experts autour des concepts de modernité et de tradition. La conversation se fait en français et en anglais, pour arriver à dire en substance :

- Olivier : «Je ne dis pas qu'on copie, je dis qu'on a des influences, qu'on s'enracine dans les arts passés et dans l'époque à laquelle on vit. On est des passants, des passeurs.»

- Tao : «Ce n'est pas vrai, la création est jaillissement, spontanéité. Elle vient d'ailleurs. Il ne faut pas rester prisonnier des anciennes techniques, des anciennes façon de penser.»

- Olivier : «C’est ça : du passé faisons table rase. Mais, vous n’en avez pas marre de la révolution, vous n’avez pas assez donné ? Tu n’as pas compris que les révolutionnaires sont des fous qui poussent les gens dans le mur.» - Clélia : «Foi, feu, folie, ils ont tout compris, ces petits.» My ne dit rien.

- Tao : «Le communisme, ce n'est pas fou. C'est le progrès. Les choses bougent au Vietnam. L'art et la culture sont très vivants.»

- Olivier : «Mais de quoi tu parles, il n'y a plus que l'argent qui compte. Tu as vu, il y a des magasins, on n' y vend que des coffres-forts. Et dans les rues, il y a de plus en plus de 4X4.»

- Tao : «Oh, shit, Olivier. On veut pas rester pauvres. On veut vivre, être heureux, écouter de la musique. On est jeune.»

S'adressant à My : «Toi aussi, My, tu veux une autre vie. Etre riche. Etre libre.»

My nage entre deux eaux : - «Je veux tout ça mais pour ma famille, mon village. Le plus important, c'est l'amour. Je voudrais un homme que j'aime et qui m'aime. Beau et gentil. Comme vous deux.»

Tao fait le geste de jouer de violon. Clélia l'arrête. Elle ne veut pas que l'on abîme les rêves de My. Ce ne sont pas des rêves superficiels, ce sont les sentiments les plus profonds et les plus universels, le noyau dur de l'Humanité. Et elle est l'éternel féminin : entre les deux son coeur balance.

- Tao s'enflammant : «On ne parle pas de politique et de sentiments, on parle d'art, d'architecture, de construction, de techniques, de matières. Moi, j'aime le béton, le verre, le métal. Le pont Tran Tien, la gare de Dalat, c'est magnifique. J'aime les buildings comme on a dessiné sur la route. La transparence, la lumière. On vient d'inventer le béton translucide, on va pouvoir faire beaucoup de choses.»

- Olivier : «Je n'aime pas ces matériaux de la transparence, la transparence, c’est totalitaire. Je préfère les matériaux de l'intimité. La pierre et le bois. C'est des matières naturelles, primitives. Quand tu les travailles, que tu les tailles, que tu les sculptes, tu as du vivant devant toi. Tu dois en tenir compte. Si tu donnes un mauvais coup de ciseau dans la pierre ou le bois, la matière éclate. Le fer, le béton, le verre sont des matériaux qui se coulent. Tu imposes la forme et si elle ne te plaît pas, tu refonds la matière et tu la recoules à nouveau. C'est de l'abus de pouvoir, de la dictature. Tu fais ça avec la matière et tu fais ça avec les gens.» - My : « Je pense comme toi Olivier. Le bois et la pierre, c'est plus joli. On est plus heureux dedans.»

Olivier se penche vers la jeune fille, prend sa tête entre ses mains et dépose sur son front un baiser très tendre. Dans la salle d'exposition, Long tousse et se retourne sur sa natte. D'une voix ensommeillée, il fredonne une chansonnette. Une chansonnette française que Clélia connaît mais ne reconnaît pas tout de suite. Prenant l'air au vol, elle rappelle les mots de sa mémoire à sa bouche. Ca lui revient. Elle chantonne à son tour : «On s'était connu, on s'est reconnu ...» La chanson de Jules et Jim.

* **

Extrait de "Hué la belle", de Clélia Rivière, chapitre : La DMZ (Demilitarized Zone). La zone démilitarisée s'étend le long de la rivière Ben Hai et du 17ème parallèle. Elle a été créée en 1954 par les accords de Genève et divise le pays en deux zones d'influence : au Nord, la zone communiste et au Sud, la zone capitaliste américaine, occidentale. C'est un peu ce qui a été fait en Allemagne après la guerre 40-45 avec le camp Occidental et le camp soviétique séparé par le mur de Berlin. Mais contrairement à ce qui s’est passé en Allemagne, cette stratégie n'a pas favorisé la paix. Le camp communiste s'est trouvé conforté et il y a eu la guerre. Deux armées étaient en présence : l'ARVN (Armée de la République du Vietnam) pour le Sud allié aux Américains et l'APVN (Armée Populaire du Vietnam) pour le Nord communiste gouverné par le Viet-Minh encore appelé Viet Cong. A partir de 1967, les Nord-Vietnamiens ont mis en place toute une logistique pour approvisionner les maquis du Sud Vietnam en matériel de guerre. Pour ne pas être repérés par les armées du Sud et leurs alliés américains, ils évoluaient sur un itinéraire parfaitement invisible : la piste Ho-Chi Minh. Dans la plus grande discrétion, ils ont acheminé munitions, explosifs, armes ... Pendant plusieurs mois, les bombardements américains furent impuissants à couper le cordon ombilical constitué entre le Nord et le Sud par la colonne de fourmis humaines. Situé au centre du Vietnam, Hué fut une pièce importante du dispositif. Au nord de la ville, Khé San en était même le centre. C'est là que les Américains et leurs alliés Sud-Vietnamien, voulant éviter leur Diên Biên Phu, précipitèrent leur fin. C'était en février 1968, lors de l'offensive du Têt.

Clélia veut prendre quelques photos du Festival pour illustrer le chapitre de son livre sur l'Hué actuel. Il lui faudrait des vues des joutes nautiques et du jeu d'échecs humain. Pour savoir lequel de ces spectacles elle va voir en premier, elle sacrifie à la passion des Vietnamiens pour les jeux de hasard : elle joue à pile ou face. Le jeu d'échecs rafle la mise. Le spectacle a lieu dans la Citadelle. Il fait très chaud. Une fois de plus, la femme regrette de ne pas avoir son éventail qui est toujours chez Long.

L'échiquier est disposé sur la place, un homme-pièce dressé sur chaque case. Le jeu d'échecs vietnamien est différent du jeu occidental. Il y a par exemple moins de cases. Les deux joueurs se font face, perchés au sommet de chaises en bambou hautes comme des sièges de maître-nageur. Les hommes-pièces portent les couleurs de leur joueur respectif. A leur ordre, ils se déplacent sur l'échiquier, chacun interprétant un pas selon la pièce qu'il représente : la tour, le pion, le cavalier ... Traçant son cercle autour du carré, Clélia photographie le jeu des hommes dans la lumière compacte. C'est très spectaculaire mais, les deux joueurs étant de force égale, la partie est très longue, si longue que l'un des hommes-pièces finit par s'évanouir au milieu de sa danse des sabres. Clélia suit le groupe qui emmène l'homme inerte à l'ombre d'un bosquet d'arbres, là où un poste de secours a été installé. L'endroit est frais, sombre, vif. Des rochers gris se dressent, retombant en rocaille hérissée d'épineux. La tente du poste de secours partage les lieux avec l'échoppe d'un marchand d'oiseaux. Dans les cages alignées, des dizaines d'oiseaux qui pépient, confiants. Ont-ils conscience qu'ils sont des oiseaux à souhaits et qu'en tant que tels ils ne sont pas vraiment prisonniers? Celui qui les achète les relâche en effet après les avoir investis d'un voeu, d'une prière. En fait, ces oiseaux sont des messagers qui font la navette entre la terre et le ciel, simple retour aux origines des anges. Le marchand est entrain de prendre un oiseau dans une cage et de le placer dans une cage plus petite, tenue par une main de femme. C'est en zoomant pour saisir la scène que Clélia reconnaît My.

D'instinct, elle se jette en arrière, se dissimule sous l'auvent de la tente. Elle ne sait pas pourquoi, mais elle pense que la rencontre qui s'amorce entre elle et My ne doit pas avoir lieu, que la scène n'est pas écrite. Elle laisse My s'éloigner, portant dans une main la cage avec l'oiseau et dans l'autre, un éventail déployé qu'elle reconnaît être le sien. Pourquoi Long a-t-il donné son éventail à My. Il savait bien que c'était à elle. Elle se dit qu'elle tirera cette affaire au clair plus tard. Pour remplir ses mains vides, elle achète au marchand un Non bai ton, un de ces chapeaux coniques en bambou et en feuilles de palmier, ornés de poèmes d'amour, de chansons, de proverbes ou de dessins seulement visibles de l'intérieur quand on regarde le chapeau à contre-jour.

Direction les berges de la Rivière des Parfums où se déroulent les joutes nautiques. Douze équipes sont en lice, toutes sponsorisées par le plus bel hôtel de la ville. Chaque pirogue compte un barreur et sept rameurs. A l'ombre des grands arbres, l'eau est moins jaune, plus orangée, safranée, plutôt, comme la robe des bonzes. Une course va commencer. Les embarcations piaffent sur la ligne ondulante du départ. Le départ va être donné par un agent de police, commissaire de course avec quelques-uns de ses collègues. Le départ est donné. Les pirogues s'élancent. Sous les encouragements de la foule, les rameurs se désarticulent autour de leurs rames. Les frêles embarcations filent, étirant le peloton. Les hurlements de la foule les soulèvent comme une houle. Tous les coups semblent permis : se percuter, s'agripper aux bouées pour gagner du temps dans les virages, même changer de rameur en cours de route. Un jeune homme s'est jeté à l'eau. Il nage comme un forcené vers une embarcation, la rejoint, monte à bord et prend la place d'un rameur épuisé. Peine perdue. L'embarcation se laisse distancer. L'issue de la course commence à se dessiner. Trois pirogues sont en tête et se battent pour la victoire. Le spectacle est époustouflant. Lorsque la première pirogue atteint la bouée d'arrivée, la foule explose. C'était une première manche. Pour conserver les faveurs divines, les gagnants retournent au milieu de la rivière où ils larguent des offrandes aux dieux.

A l'intérieur des terres, la liesse populaire est à son comble. Debout sur un banc, des vieux tapent de leurs pieds nus en cadence, arrimés l'un à l'autre par leurs bras. Un peu plus loin, des adolescents perchés sur un arbre hèlent les rameurs en riant. Clélia pense immédiatement au Bandar Log, le Peuple Singe du Livre de la Jungle, si gais, si jeunes. Et qui font des proies si faciles pour le prédateur hypnotique. La vase des berges de la rivière a laissé place à une prairie d'herbe courte sous laquelle la terre, broyée par d'innombrables pieds nus, affleure par plaques. Deux fillettes conversent sur un rocher. L'autre moitié du monde, l'autre moitié du ciel. Elles ne regardent pas les joutes. Qu'en verraient-elles d'ailleurs avec le mur d'adultes qui leur bouche la vue ? Leurs regards sont tournés de l'autre côté, vers la colline qui s'éloigne par vague vers la ville. Elles regardent les deux garçons qui viennent vers elles. Deux petits Mowgli qui évoluent loin de la fête, au rythme de leur temps propre. D'un pas glissé, ils avancent vers les fillettes, ralentissent quand ils arrivent à leur hauteur et accélèrent le pas quand ils les ont dépassées. Il n'y a eu aucunes paroles échangées, aucuns regards. C'est si comme les filles et les garçons s'étaient reconnus à des substances chimiques invisibles, sortes de phéromones qui régiraient les relations enfantines. Les deux garçons portent une casquette et un short rouge gansé d'un galon blanc qui galbe l'arrondi des hanches. Ils marchent côte à côte en se tenant par la main. L'un des deux est très jeune, six ans, peut-être. L'autre est déjà un pré adolescent. Clélia leur emboîte le pas et les suit sur un chemin bordé de flamboyants. Le chemin mène à une fontaine. La fontaine est une de ces pompes à bras qu'il faut actionner pour faire s'écouler l'eau. Les deux enfants s'y arrêtent. Le plus grand des garçons empoigne le bras de la pompe et fait couler un flot d'eau bulleuse. Le petit y glisse les jambes et se met à les frotter. Maladroit, trop petit, il ne parvient pas à nettoyer la crasse qui séchait en cuirasse sur ses cuisses et que l'eau draine en de magnifiques lettres calligraphiées. Le plus grand tente de l'aider mais il est handicapé par la nécessité de pomper. Clélia a posé les mains à côté des mains de l'enfant. Pendant un instant, ils sont un couple de rameurs unis dans un même effort. Le garçon lâche le bras de la pompe et va rejoindre l'autre garçon dans le fil de l'eau qui coule sans discontinuer. Avec des gestes qui sont de vraies caresses, le grand frotte les jambes du petit, doucement, tendrement. Sont-ils frères ou simples camarades de jeux, futurs amis, amants, peut-être ? La grâce évanescente qui émane des corps mouillés nimbe Clélia d'un bonheur tremblant. Elle se dit que ces deux elfes feux follets qui s'ébattent à quelques pas de la Rivière des Parfums ramènent au paganisme le plus échevelé.

Extrait de "Hué la belle", de Clélia Rivière, chapitre : Le Caodaïsme. La religion caodaïe ou Caodaisme est née en 1919 sur l'île de Phu Quoc lorsque l'être suprême nommé Cao Daï est apparu à Ngô Van Chieû, un fonctionnaire de l'Administration française. Elle s'est propagée dans le Sud du Vietnam à partir de 1920 autour d'une pensée syncrétique du Bouddhisme, du Christianisme, du Taoïsme, du Confucianisme et de l'Islam. Symbolisé par un oeil géant, le dieu est secondé par des Saints étonnants parmi lesquels Jeanne d'Arc, Victor Hugo, Winston Churchill, Sun Yat Se, Moïse et Brahma. Elle est assise sur cinq commandements : tu ne tueras aucune créature vivante, tu ne convoiteras pas, tu ne vivras pas dans le luxe, tu ne succomberas pas à la tentation et tu ne prononceras pas de calomnie. Dès ses origines, la religion caodaïe s'adressa aux pauvres, surtout les paysans dépossédés et devint un mouvement nationaliste, anticolonialiste et subversif. Elle évolua dans les conflits en faisant des alliances opportunistes : avec les Japonais contre les Français, avec les Américains contre le Viet Minh, avec le Viet-Minh, contre le Vietnam du Sud. Après la réunification en 1975, la Religion fut déconsidérée. Les dirigeants, les fidèles et les prêtres furent persécutés. Les terres des paysans caodaïstes furent confisquées. Aujourd'hui, la religion caodaïe compte deux millions d'adeptes et un million de temples. Elle est surtout implantée dans le delta du Mékong, dans le Sud du Vietnam. La cathédrale ou grand temple se trouve à Tay Ninh.

L'aube est à peine levée sur la colline de Nam Giao. Une légère brume s'évapore du sol comme l'haleine d'un dragon endormi. L'aube est à peine levée et pourtant, la foule est déjà dense, tassée sur les trottoirs par les policiers en chemises vertes. Personne ne voudrait rater l'évènement qui se prépare : la procession de Nam Giao. C'est un évènement pour les touristes mais surtout pour le peuple vietnamien. C'est en effet la première fois que la procession a lieu depuis sa suppression en 1945, date à laquelle Ho Chi Minh a jeté à bas de l’Histoire la monarchie des Nguyen que les Français d'Indochine avait conservé pour préserver la cohésion nationale. Clélia Rivière connaît l'histoire. Buu Y lui a expliqué. Lui-même est descendant des Nguyen. La procession se déroulait une fois par an entre la Cité pourpre interdite et la colline de Nam Giao. C'était une procession comme toutes les processions : rituelle et sensée attirer les bénédictions du ciel sur la ville. L'empereur se rendait en grande pompe sur la colline de Nam Giao. A cette occasion, les concubines du souverain, vêtues de robes bleues, dansaient sur des chants traditionnels et toute l'armée défilait : les fantassins, les archers, la cavalerie. Des combats de tigres et d'éléphants étaient organisés. Symbole de puissance, le pachyderme représentait le roi. Il ne perdait donc jamais. Au besoin, on attachait le tigre à un poteau enfoncé dans le sol. Massée sur le passage de la procession, la foule rendait un culte à l'empereur.

Aujourd'hui, après des années sans procession, la foule de Hué est toujours là, fidèle au rendez-vous. Avec raison car la procession est magnifique même si ce n’est plus un rite mais une simple parade. Plus de cent cinquante figurants défilent en costume, accompagnés d'une dizaine de chevaux et de cinq éléphants. Le régime communiste veut reprendre toute cette symbolique de la puissance à son compte et pour le pays en pleine expansion mais il ne veut pas que soient attisés les tisons mal éteints de la royauté sur lequel souffle déjà le vent de la démocratie. La procession doit se garder d’ouvrir la voie à une sorte de restauration de l'ancien régime. Elle est et doit rester une simple fête folklorique. Pour bien marquer la procession au sceau du communisme, en tête du cortège défilent des jeunes porteurs de drapeaux portant le drapeau rouge à étoile jaune de la République Socialiste. Pour éviter l'apologie de la royauté, la procession ne suit que le trajet du retour de la colline de Nam Gio vers la Cité interdite. Il est de notoriété en effet que parfois le souverain ne retournait pas à la Cité interdite avec la procession mais qu'il restait quelques jours sur ses terres. Ce tour de passe-passe permet de faire l'impasse sur l'empereur qui n'est même pas incarné par un comédien et dont la chaise à porteur rouge et or défile vide.

Clélia Rivière a suivi la parade depuis la colline jusque la cité interdite en prenant beaucoup de photos. La parade s'est terminée sur la place de la Tour du Drapeau, sous le regard de l'oncle Ho dont l'affiche trône au-dessus de la porte monumentale. Sitôt le cortège disloqué, la foule s'est décomprimée, distendue, élargie comme un fleuve quand un barrage cède. Dans les tourbillons de la fête, Clélia se retrouve seule devant la chaise à porteurs. Elle la regarde, fixement, longuement. Il lui semble que la chaise vide a les bras ballants d'une mère quand l'enfant est parti. Elle ressent un curieux malaise. Des images se bousculent devant ses yeux. Le dernier roi Nguyen, la chaise vide, le petit prince Canh, son enfant à elle, mort depuis si longtemps. Peu à peu, ces visages s'effacent derrière un autre visage, flou, comme flottant sur un miroir d'eau. Le visage d’Olivier.

Hué Majestic Hotel, la nuit. Clélia est étendue sur son lit, les yeux grands ouverts fixés sur le ventilateur de plafond dont la rotation des pales l'hypnotisent. D'un mouvement lent, régulier, lancinant comme l'écoulement du sable dans un sablier, les pales du ventilateur brassent la pâte molle d'un air alourdi de produit insecticide. Des sensations bizarres se diffusent dans le corps de la femme comme un poison mortel. Bien qu’elle ne soit pas malade, ses chairs sont chevillées au lit par la fièvre. Si elle était superstitieuse, elle dirait qu'on lui a jeté un sort. Un gecko de delirium tremens asiatique s'incruste près de l'interrupteur, juste derrière sa tête, immobile comme une idée fixe. La femme le regarde, le salue familièrement. La vie reflue en elle et tout son corps s'ébranle pour accueillir la superbe vision. C'est ainsi que son oeil accroche les images qui défilent dans le téléviseur dont elle a comme d'habitude coupé le son.

Le téléviseur montre en rediffusion des images du Festival de Hué. Des images de la peinture sur la route près du Paradise Garden. Gros plan sur le tableau d’Olivier et de Tao. Le spectateur reçoit comme un coup de poing la tour vitrée, éblouissante, avec son lotus qui vrille à l'intérieur, cherchant la lumière. Le tableau a remporté le premier prix du concours. Dans la citadelle, c'est la remise des prix. Le prix est remis par Buu Y. Les images montrent Tao s'avançant vers Buu Y, recevant un objet que la femme ne prend pas la peine d'identifier tant elle est sidérée. Tao est seul. Olivier n'est pas là. Elle se dit que peut-être il n'était pas libre à ce moment-là, qu'il était appelé ailleurs. En même temps qu'elle énonce ces mots, sa conscience la plus profonde lui crie que ce n'est pas possible. Le téléviseur vient régler son conflit intérieur : en bas de l'écran s'est inscrit le nom du vainqueur : Tao Ngô Quâc.

Voir My. Elle doit voir My. La jeune fille doit savoir ce qui s'est passé pendant qu'elle était sur la colline de Nam Giao. My est au Phuong Nam, attablée avec des festivaliers qui l'ont invitée à dîner. L'ambiance n'est pas à la fête. Les convives sont abattus, les mines sont défaites. - «Je peux te parler, My ?», dit Clélia.

La femme prend la jeune fille par les épaules et l'entraîne dehors marcher sous les grands arbres. My raconte : - «Le jury a donné le prix à Tao. Pas à Olivier. Le président du jury a dit que c'est seulement Tao qui était inscrit pour participer. Olivier n'est pas inscrit. Le prix c'est seulement pour Tao. Ce n'est pas juste. J'ai dit à Tao. Il a dit qu'il est pas sa faute. C'est Long qui a inscrit. Olivier n'était pas content. Je disais la consolation mais il était grande colère. Tao et Olivier ont disputé dans la citadelle près les expositions. Ils criaient. Olivier a cassé la belle Bande Dessinée de Tao.»

- «Celle avec le petit bonhomme et le chien qui courent sous la pluie ?»

- «Oui, celle-là. J'avais peur qu'ils cassent d'autres aussi mais des gens les ont chassés. On a couru, c'était la folie. On est venu sur l'esplanade du symposium, tu sais les sculptures des artistes internationaux. Tao et Oliviers se sont battus.»

- «Ils se sont battus !»

- «Des coups de poings, des coups de pied. Ils ont roulé par terre. Les visages étaient pleins de sang. Je ne savais pas faire quoi. J'étais toute seule. Je me suis sauvée.»

My pleure. Clélia la console : - «Tu as bien fait, My, on ne peut rien faire quand les hommes se battent. Il faut attendre qu'ils soient fatigués et qu'ils s'arrêtent tout seuls. C'est comme ça.»

Tout en marchant, My et Clélia sont arrivées devant l'arbre qui, à l'intersection de ses branches maîtresse, abrite un autel bouddhique. Une bougie se consume lentement devant la divinité, allumée par quelque pieuse âme. Les deux femmes se font face et se tiennent enlacées.

My : - «Maman du Vietnam, je suis tellement désolée. J'avais lâché un oiseau pour un voeu. Mon voeu c'était...»

Clélia a mis la main sur la bouche de My : - «Chuut, on ne dit pas un voeu ...»

Elle essuie le visage mouillé de la jeune fille qui glisse dans un sourire : - «Long m'a donné ton éventail, je l'ai donné à Olivier pour qu'il te le rende.»

- «C'est gentil, ma belle. Je lui demanderai quand je le verrai. Maintenant, tu vas retourner chez toi, te reposer. Moi, je vais m'occuper de nos deux lascars. Si déjà je les retrouve parce que va savoir où ils sont.»

- «Tao est parti chez Long mais Olivier, je ne sais pas.»

Tao est chez Long, en effet. Ils sont assis face à face à la table basse du petit train des jours heureux. Long a les mains posées à plat sur la table. Appuyé contre le mur, le dos bien redressé, il a ramené sous lui ses jambes torses. Dans cette stature, son handicap s'efface. On ne s'étonnerait pas de le voir se lever et s'en aller. Tao, au contraire, est tassé, recroquevillé sur son siège. On dirait que son corps s'est vidé de ses os. Clélia s'approche des deux hommes qui se poussent pour lui faire de la place. Pendant un long moment, ils se regardent sans mots dire. C'est la femme qui rompt le silence :

- «Te voilà bien arrangé, Tao !»

Tao a le nez tuméfié, une croûte de sang séché s'accroche à son sourcil gauche. Il tente un sourire prudent mais Long le foudroie du regard. Clélia comprend que Tao n'est pas le maître du jeu, qu'il n'a pas voix au chapitre. Elle se tourne alors franchement vers Long : - «Olivier et Tao ont travaillé ensemble. Tu le sais bien. Pourquoi il n'y a que Tao qui a eu le prix ?»

Long répond : - «Je ne sais pas. C'est une erreur. C'est la vie. Il ne faut pas se disputer pour cela. Il y a toujours des moyens de s'arranger. Tu diras à Olivier que Tao n'a rien fait, qu'il peut s'en aller tranquille.»

Extrait de "Hué la belle", de Clélia Rivière, chapitre : L'offensive du Têt. En février 1968, pendant la fête du Têt, le nouvel an vietnamien, des milliers de communistes menés par un éminent stratège, le général Giap, attaquent simultanément des cibles dans cent cinq centres urbains. Ils infiltrent Saigon où ils prennent l'ambassade et le QG américains. Les troupes sud-vietnamiennes sont surprises car elles pensaient que la bataille allait avoir lieu à Khé Sanh, près de Hué. Une bataille s'y déroule en effet et aussi à Hué. Les Nord-vietnamiens ont pris la ville et se sont retranchés dans la citadelle. Pendant vingt cinq jours, sous les bombardements assidus des B 52, ils maintiennent leurs positions. Ils en profitent aussi pour régler quelques comptes. Ils abattent, décapitent et brûlent vives trois mille personnes dont des fonctionnaires, des policiers et toute personne soupçonnée d'avoir des sympathies pour le gouvernement de Saigon ou leur allié américain. Ces atrocités n'émeuvent pas l'opinion publique car à ce moment-là les regards sont braqués sur les massacres de My Shon (My Lai), au Sud de Da-Nang. Le 16 mars, des unités de l’armée américaine ont débarqué à My Lai pour une expédition punitive suite à la morts de GI’s. Ils ont massacré tout le village, jusqu'aux animaux dont ils ont jeté les corps dans les puits pour empoisonner l'eau. Des soldats se sont interposés comme Thomson, Colburn et Andreotta qui ont posé leur hélicoptère entre les soldats et les villageois. Aujourd'hui, les Etats-Unis ont reconnu qu'il n'y avait pas d'ennemis ce jour-là à My Lai et qu'en fait de bataille c'était bel et bien un massacre. Thomson et Colburn ont reçu la plus haute médaille militaire du courage pour un acte commis hors affrontement avec l'ennemi. Andreotta est mort au combat. L'offensive du Têt fut le début de la fin pour le camp du Sud. Si les Sud-Vietnamiens gagnèrent de toute évidence la guerre sur le terrain en écrasant le Nord communiste, ils la perdirent sur le terrain politique. L'offensive du Têt avait en effet révélé que sans les Américains le Sud ne pouvait sortir vainqueur de la guerre civile. Cette révélation démobilisatrice renforcée par le retournement de l'opinion publique mondiale amena le retrait des troupes américaines. Ces faits viennent comme en écho des massacres qui eurent lieu en 1883 lors de la prise de Hué par les troupes de la colonisation française. Dénoncés dans la presse par Pierre Loti, écrivain et journaliste, ces massacres ont induit la décolonisation de l’Indochine et de l’Algérie.

" Tu diras à Olivier qu'il peut s'en aller tranquille. " " Tu diras à Olivier qu'il peut s'en aller tranquille. "

Les mots de Long résonnent dans la tête de Clélia, ses pensées se bousculent tandis qu'elle traverse à grands coups de pédales la ville assoupie. Olivier peut s'en aller tranquille ... Ainsi donc Olivier veut partir. Peu à peu la question se formule : Olivier veut-il partir ? Puis se décline en plusieurs autres questions : pourquoi Olivier voudrait-il partir ? Pourquoi Olivier devrait-il partir ? Sans s'en rendre compte, Clélia a pris le chemin qui mène à la pension Loan. La route lui parait si longue et elle a si mal au genou qu'elle finit par larguer son vélo pour héler un taxi. L'homme qui baragouine un anglais approximatif ne comprend pas sa demande. Elle la reformule dans tous les sens mais rien n'y fait. En désespoir de cause, elle fait ce par quoi elle aurait dû commencer : noter l'adresse sur un bout de papier et le mettre sous les yeux de l'homme. L'anglais écrit met généralement tout le monde d'accord. En effet, l'homme comprend, aquièse et démarre. Il roule mais pas longtemps. Au rond-point extérieur de la ville, une ambulance bloque la circulation. Des véhicules immobiles, un attroupement, des policiers ... Les décors et les acteurs de l'urgence sont en scène. Pour quel drame, quelle tragédie ??? En tous cas, Clélia ne sera pas au rang des spectateurs. Apercevant un motobyker, elle demande au chauffeur du taxi de la déposer. Le chauffeur tente de la retenir mais elle jette sur son siège un billet de cinq euros et sort de la voiture. Le motobyker l'emmène. Se faufilant dans les encombrements, il va à une allure raisonnable mais il lui prend de faire un détour à travers la ville. La femme a beau lui tirer la manche pour le diriger ainsi qu'elle le ferait avec la bride d'un cheval, il continue, arguant :

- " Hué, by night, it's beautiful".

C'est vrai que c'est beau Hué la nuit mais Clélia a un but et elle est pressée de l'atteindre. Elle pense que le motobyker veut seulement rallonger la course pour se faire plus de money. C'est de bonne guerre, OK, bénies soient les leçons de marchandage prises avec Olivier sur le petit marché des bords de la rivière. C'est ce qu'elle se dit tandis que la moto mène son interminable digression. A l'arrivée devant l'hôtel Loan, le motobyker passe à l'offensive, réclamant pour sa divagation une somme extravagante que Claire refuse de payer. Elle sort de sa poche une liasse de billets de dongs qu’elle tend à l’homme. L'homme repousse sa main et mouline sa colère avec ses bras de cuir. Se surprenant elle-même, la femme ne se laisse pas impressionner. Elle invective l'homme en anglais et menace d'appeler la police. Instantanément, l'homme se calme, prend la liasse de billets qui flotte à sa portée. L'affaire conclue, chacun va son chemin. Clélia se dirige vers la pension de famille qu'elle voit au bout de l'impasse. Son pas se fait ample, apaisé, comme la respiration dans le sommeil. L'entrée se rapproche. Marchant sur un nuage, Clélia est presque joyeuse.

Soudain, la femme est là, devant elle, allongeant son ombre sur elle. La pirate de la mer de Chine. Comme une pieuvre, elle prend Clélia dans les tentacules de ses bras et l'entraîne au fond de son antre. C'est une sorte d’appentis, avec une paillasse nue au-dessus de laquelle pend une de ces lanternes de papier que fabriquent les handicapés de Ho Ian, le village balnéaire très fréquenté des environs de Da-Nang. Des bruits montent d'une caisse rangée tout au fond du réduit. La femme fait signe à l'autre femme d'aller voir. Clélia s'avance, courbée en deux pour ne pas se cogner la tête au plafond. Elle se méfie autant de la caisse qui est devant elle que de la pirate qui la suit. Si c'est traquenard, elle est perdue car qui va savoir qu'elle est là. Parvenue à la caisse, la surplombant, elle voit. Il y a un chien. Pas un de ces petits chiens asiatiques qui vivent au Vietnam, totalement libres, sans laisse, sans autre niche que la maison de leurs maîtres. Non, un chien de grande race, de ceux qui sont élevés comme animaux à viande. Il dort. A son cou, un collier en ficelle et une médaille marquée au nom de "babi". La pirate est radieuse. Elle dit des mots que Clélia ne comprend pas mais qui contiennent toute la joie, toute la fierté de d’une mère. Car babi est bien son enfant, adopté dans la solitude et la marginalité de l'impasse. C'est pour Clélia un moment de terrible acuité que ce moment où elle prend conscience qu'il faut traverser le miroir des apparences pour se retrouver soi. Elle s'incline devant la femme et lui tend la photo de son fils qui, depuis des années l'accompagne partout. Elle lui tend la photo « à la vietnamienne », c'est-à-dire en la tenant à deux mains, signe de révérence envers une personne respectable.

Les deux femmes sont assises l’une à côté de l’autre sur le bord du trottoir lorsque arrive l'ambulance. C'est l'ambulance rattachée au QG du festival. Ensemble, elles suivent des yeux le véhicule jusqu'à l'endroit où il s'arrête. Juste devant elles. D'un bond, elles sont debout. Les infirmiers passent devant elles en trombe, poussant une civière. Ils vont jusqu'au bout de l'impasse, s'engouffrent dans l'hôtel, reviennent avec la civière chargée d'un corps. Dès qu'elle a identifié Olivier, Clélia Rivière se met à la remorque de l'équipage. Une angoisse sourde lui ligote les membres. A l'ambulancier qui lui demande si elle est de la famille, elle dit : - «Oui, je suis sa mère.»

Elle embarque dans l'ambulance. Olivier gît sur la civière. Il a le visage rouge, gonflé. La femme se précipite : - «Mon pauvre petit, il t'a massacré, Tao, le petit fumier. Le salaud». L'infirmier : - «Mais, qu'est-ce que vous dites, vous êtes folle ? Ce ne sont pas des traces de coups, il fait une allergie. Sûrement une allergie à la laque : regardez les cloques et les vésicules qui sont en train de se former. Et ses mains, elles sont couvertes d’eczéma ».

Se penchant sur lui : - «Tiens … qu’est-ce qu’il a dans la main ?»

L’infirmier desserre les doigts du garçon et voit : un objet racorni, comme rongé … un bout de carambole.

Comme Clélia lui prend les mains, Olivier ouvre les yeux, la reconnaît, lui dit en hachant ses mots comme une radio qui perd son signal par intermittence : - «Maman ... çà brûle ... ton éventail, My me l'a donné.»

L'infirmier, lui mettant le masque à oxygène : - « Je trouve qu'il respire mal. Je ne sais pas comment il a fait son compte mais il s'en est pris jusque dans les poumons.»

Dans la salle d'attente de l'hôpital, Clélia feuillette le document que lui a laissé l'infirmier pour la faire patienter utile - pour lui comme pour elle car il la sent investie, investigatrice. Le document est une brochure technique.

Dans la collection « Les techniques traditionnelles asiatiques » : « La laque ». Le terme laque provient du sanscrit "Lakh" qui signifie brillant, lumineux. Il a donné le mot arabe Lakk qui est devenu laque en Occident quand les premiers objets laqués y sont arrivés au retour des croisades. Le terme sanscrit définit une certaine qualité de lumière, donc de clarté. Les initiés disent qu’un laque - le mot laque est féminin quand il désigne la matière mais il est masculin quant il désigne l’objet laqué - Les initiés disent qu’un laque est comme le ciel durant la nuit, qu’il peut être de couleur très sombre mais cependant très clair dans son éclat, comme s’il avait une lumière intérieure. Ils emploient des expressions telles que « confus comme l’eau boueuse », « mêlé comme un étang boueux », « sans plus de transparence que l’opacité même », « obscurs comme l’eau trouble ». La technique traditionnelle de la laque est donc presque une mystique, une initiation qui demande minutie et patience, vertus existentielles de la culture asiatique. Elle se fait à partir de la laque. La laque est un suc laiteux qui provient du laquier, un arbre de la famille des toxidendrons qui ressemble au figuier. Ce lait est l'équivalent du latex pour le caoutchouc. Avec l'ajout de quelques autres produits, il devient une résine que l'on utilise crue ou cuite dans la technique de la laque. Cette technique se fait au départ d’un support de bois, soit une plaque, soit un objet et comprend une opération plusieurs fois répétée. Cette opération consiste à apposer une couche de laque sur le support, à la polir pour obtenir un lissé parfait et à le mettre sécher dans une sorte de chaudière à vapeur. Une laque de bonne qualité peut compter une trentaine de couches. La dernière est constituée d’une laque très fine soigneusement poncée pour recevoir le décor final. Les décorations principales sont les feuilles d’or et d’argent, les pierres taillées semi-précieuses, la nacre, la coquille d’oeuf ou les écailles de tortues (aujourd’hui interdites car la tortue est une espèce protégée). Mise en garde : la laque contient de l'urushiol, une substance allergisante qui provoque démangeaisons, dermatites, eczéma, érythème, cloques et vésicules, avec risques d'infections secondaires par grattage. Il arrive aussi parfois que les poumons soient touchés lorsqu'il y a inhalation mais c'est rare, le plus souvent la contamination se fait par contact. La substance étant très prégnante, sa toxicité est persistante, c'est pourquoi il est impératif de laver les objets contaminés.

Olivier a des lésions aux poumons. Il doit être rapatrié. Clélia lui a ramené ses affaires qu'elle a ramassées dans tous les lieux qui jalonnaient sa vie vietnamienne: la pension Loan, le Phuong Nam, la galerie de Long, le QG du festival ... Ils se reverront en France, ils se le sont promis. En attendant, la femme se sent seule, vide. Elle a perdu le fil de sa présence à Hué. Qu'est-ce qu'elle fait là, en pleine nuit, sur les gradins du parc Thin Tam, à regarder un spectacle de marionnettes sur l'eau. Un homme vient s'asseoir à côté d'elle. Un vieil homme, petit, osseux, sec comme un bout de bois. Il ramasse ses jambes sous lui, s'entoure de ses bras, s'y amenuise, se réduit tellement qu'il finit par n'être pas plus grand qu'un enfant. Le spectacle se déroule, racontant des histoires de paysans vivant dans les marécages et les rizières, des histoires peuplées de dragons et de buffles, de pêcheurs et de musiciens. Des histoires universelles. Clélia ne voit rien, n'entend rien. Elle se dit qu'elle va partir aussi. Rassembler ses affaires, son ordinateur, ses livres ... Déjà, elle a récupéré son éventail. Il est dans sa main, déployé. Il n'est plus très propre. A passer ainsi de main en main, il s'est sali. Une traînée noirâtre, un peu grasse, court le long d'une pliure. Ce sera difficile à ravoir, se dit-elle, et si je le lave, il perdra les souvenirs qui s’y rattachent ... My qui le tient devant le marchand d’oiseau, qui le donne à Olivier, comme un gage qui les lient tous les trois … Des images tombent dans ses yeux ... des objets qui flottent sur l'eau, des hommes troncs dont les jambes disparaissent dans l'eau, des hommes qui manipulent des marionnettes. FIN Cette histoire a été écrite à partir de mon voyage au Vietnam avec l’association « La rencontre de l’autre », de Donzy-le-National, en Bourgogne. Elle est librement inspirée de personnes et de lieux existants qui ont été utilisés comme support de mon imaginaire. Les prénoms ont été choisis en fonction de leur signification :

Tao signifie Création Long Dragon My Belle Clélia la femme du silence Olivier l’homme inquiet
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Mongolie: sur les traces de Gengiskhan / les Tsatans / le vol de l'aigle
SUR LES TRACES DE GENGIS KHAN

“Mer de steppes desolees et deserts de vents, Forêts seculaires et hautes montagnes enneigees, La Mongolie s'offre aux yeux des voyageurs incontaminee

Sur cette terre aux horizons sans barriere, Le vent des plaines se melange au bleu du ciel Pour creer des peintures impressionistes

Fuggitif comme la lumière sera le passage du cavalier sur la piste, Ephemère sera l'etablissement de la yourte au coeur de la colline La Mongolie se merite... et se laisse apprivoiser... Tout doucement... Selon les rencontres et les caprices de son climat”

LA PREMIERE NUIT DANS LES STEPPES DE GENGIS KHAN

Contrairement a nos habitudes nous avions decides de reserver une jeep depuis la Suisse car, notre arrivee a Olaan Bataar prevue pour le premier jour du Nadaan comprometait les recherches sur place. Après avoir assiste pendant trois jours au Nadaan (fête nationale ou tous les Mongols eparpilles dans la steppe se retrouvent pour apprecier leurs trois sports favoris: la lutte, le tir a l'arc et les courses de chevaux) sonna l'heure du depart pour suivre les traces de Gengis Khan. La proprietaire de la guest house, qui nous avait louer son propre appartement par manque de place, nous avait dit d'être pret à 7.00 heure. Dès 6.00 heure, nous guettions derrière les rideaux l'arrivee de la jeep, mais dans ce quartier de pur style sovietique tout etait tranquille. Vers 7.30 heure nous fummes avertis d'une panne immobilisant la jeep pour quelques petites heures. Mais le temps vola et 16.00 heure arriva et Gengia Khan n'allait peut-être pas nous attendre indefiniment... Durant l'attente, nous decidâmes de reconfirmer les vols, visiter encore Olaan Bataar et de parler avec des voyageurs de la guest house dont certains arrivaient de France a bicyclette. Soudain le chauffeur apparu et sans avoir le temps de realiser Olaan Bataar disparaissait à l'horizon. Dès que finie la ville, la steppe s'etend dejà à l'infini, paysages splendides a vous couper le souffle, vastes plaines ou le vent et les chevaux peuvent courir sans rencontrer d'obstacles, et la tombee de la nuitdonnait une note encore plus mysterieuse à la steppe. Mejet, le chauffeur, parlait peu la langue de Shakespeare, et nous sachant en retard nous n'osions pas lui demander d'arreter souvent son vehicule pour prendre des photos. Nos yeux ecarquilles tentaient d'enregistrer chaque paysage, chaque visage rencontre, chaque animal qui paissait tranquillement... La beaute de la steppe nous avait dejà conquis, faisant battre nos coeurs à l'unisson et mettant nos sens en ebulition. Durant un arrêt pour observer et photographier un ovoo ( monticule votive ou pour demander protection les voyageurs nouent des rubans bleus, ou de l'argent, ou deposent une pierre ou n'importe quel objet; durant le communisme les ovoos furent interdits mais actuellement cette pratique rernait) j'ai demande ou nous aurions dormi, et à la reponse: sous une yourte, je compris avoir trouve le chauffeur adapte a nos exigences et desir de partager la vie locale; en effet, plus tard, des voyageurs rencontres nous ont dit n'avoir jamais eu l'occasion de dormir chez l'habitant, seulement dans des tourists camps.Vers 21. heure, tout à coup, Mejet changea de direction et dans cet ocean ou l'herbe regne sans partage, nous nous demandions ou nous allions... Dix minutes plus tard une yourte apparue, unique forme vivante perdue dans ce desert incommensurable. Les Mongols ont un sens extraordinaire de l'orientation, il se guident en observant les differentes formes des montagnes, plaines, dunes, ruisseaux rencontres. Une gentille famille avec deux enfants en bas âge nous accueillie en nous offrant en signe de bienvenue un grand bol de lait de jument fermente: le celèbre airak...dont sont friands les Mongols, il peuvent en boire jusqu'a 5 litres par jour... Après nous avoir regale d'un diner mongol a base defromage et d'une excellente soupe, la maitresse de maison designa l'endroit ou nous pouvions nous installer pour la nuit, c'est à dire face a l'entree, place d'honneur reservee aux invites. Un peu perdus, sans se deshabiller, nous nous enfilames dans nos sacs de couchage avec au dessus de ma tête un plateau ou des fromages sechaient pour être manges durant l'hiver. Petit à petit la vie sous la yourte se tranquillisa, les enfants s'etaient endormis, seul nous parvenait le bruit du pilon - rateau brassant le lait de la derniere traite des juments pour le transformer en airak.Le mari, plus tard, rentrant fatigue de sa longue journee dans la steppe, jetta sa selle dans un coin de la ger, comme nous les clefs de la voiture, embrassa sa femme et s'aperçu de notre presence, nous salua d'un signe de tête, absoluement pas surpris de nous trouver là, installes chez lui; exemple d'hospitalite mongole... La pluie commenca à tomber et a travers l'ouverture au sommet de la yourte qui sert de fenetre, nous pouvions voir dans le ciel les zebrures des eclairs, le scintillement des etoiles et la pluie tomber et magie mongole: aucune goutte penetrant à l'interieur de la ger... Et doucement, main dans la main, de fantastiques souvenirs plein les yeux, tout en rêvant à notre rencontre avec Gengis Khan, Morphee nous emporta avec lui...

MONGOLIE: CHEZ LES HOMMES RENNES

Il y a d'abord l'immensité, puis le silence et enfin ces yeux bridés réduits à de simples fentes pour mieux apprécier les distances dans cet océan changeant selon les caprices du temps. Nous sommes de retour au pays de Gengis Khan à la recherche des hommes rennes. Mais avant de les rencontrer nous avons un important rendez vous...

Le tambour résonne dans la petite cabane en bois plongée dans l'obscurité, la céremonie va commencer, le grand chamane de Tsaagan Nur Sun a accepté de pratiquer son art pour nous. Nous sommes venus lui demander d'implorer la protection des dieux pour notre randonnée chez les Tsaatans. Nos offrandes vodka, cigarettes, diverses douceurs et quelques billets sont bien acceptés par le maitre des lieux. Incantations, litanies, chants, implorations, gesticulations, le chamane chasse les mauvais esprits et implore les dieux de venir le rejoindre dans sa danse de transes. Sa femme et sa soeur l'aident dans toutes les phases du rite. Soudain, le chamane commence à tournoyer, au fur et à mesure il accelère le rythme: il est possédé! Quelques secondes plus tard il est à nouveau paisible mais sa posture et ses gestes ne sont plus les même qau'auparavant: il est désormais habité par un puissant esprit. Les dés sont jetés, trois personnes sont choisies dans l'assemblée dont notre ami chauffeur qui ne sait pas si il doit se sentir honoré de pouvoir rejoindre le chamane dans son délire. Nous nous réjouissons de ne pas avoir été élues, mais c'était sans se douter que plus tard notre tour viendrait d'être flagéllées par les longs rubans de son grand manteau bleu, de recevoir en pleine tête la grosse et courte baguette de bois dont il se sert pour taper sur son tambour. Nous nous demandions ce qui allait nous arriver, l'une d'entre nous semble avoir la préférence du chamane car il passe plusieurs fois sa baguette sur son corps en donnant de grands coups dans son estomac en s'enquiérant des troubles ressentis et fera ensuite des incatations spéciales pour la libérer des démons qui l'habitent. J'ai aussi droit a ce même traitement mais en moins violent, une vieille dame sera jetée a terre de son tabouret, le chamane distribuera des pénitences aux personnes présentes, notre chauffeur devra s'abstenir de boire de l'alcool pendant sept jours, un enfant se fera cracher dans les oreilles car durant la cérémonie il faisait ses devoirs au lieu d'être attentif aux évolutions du grand maitre ... Finalement le tambour recommence a se faire entendre avec insistance, l'esprit satisfait est prêt a regagner son univers et a rendre le corps emprunté a son propriétaire. Après mille virevoltes sa femme entreprend de lui enlever un à un ses habits de cérémonie quand tout à coup le chamane tombe à terre et seule la fumée d'une braisse saupoudrée d'herbes bénéfiques posée près de lui le fera retourner parmis nous. Nous partageons avec l'assemblée la vodka et autres douceurs, le reste sera distribué aux familles voisines, le chamane nous assure que nous sommes tous en bonne santé mais que notre amie doit bien se couvrir et consulter un sorcier moderne. Nous repartons avec l'assurance d'avoir été béni malgrè la colère des dieux car la cérémonie en notre honneur a eu lieu pendant la journée et les divinités, ont le sait, préférent la nuit noire pour s'exprimer...

Par un matin qui peine a se lever notre caravane composée d'une dizaine de chevaux s'ébranle. J'avais mis des fleurs dans la crinière de mon cheval nommé pour l'occasion Gengis Khan pour rejoindre la tribu des Tsaatans. Nos corps dansaient au rythme des pas de nos montures, la steppe défilant devant nous comme un film sans fin, sans horizon que l'on puisse toucher du doigt. Seul le bruit des sabots et les hénissements de nos montures troublaient quelques instants la quiétude de ces lieux magiques, ensuite le silence se refermait derrière notre spassage pour mieux éffacer nos traces: la steppe doit toujours rester intacte. Ivres de liberté, grisés d'air pur, porté par le zéphyr des steppes, un chant monte des tréfonds de la terre: c'est notre guide qui chante l'amour pour ses chevaux et sa patrie. Des sons graves se libèrent de sa gorge et s'envolent triomphants jusqu'au bleu du ciel, jamais nous n'avions connu une telle plénitude ni ressenti une telle harmonie avec la nature. Lorsque la musique abandonna à l'air léger ses derniers accords nous restâmes immobiles, comme si de ne pas bouger, pouvait arrêter l'instant, prolonger ce présent à l'infini... Ici même la musique reflète l'âme profonde de la Mongolie, les notes communiant totalement avec les éléments. Montagnes pelées, boisées, fleuries, cassées, amas de pierres, névés, torrents, passages étroits ou nos bagages s'accrochent et nos genoux s'écorchent, sentiers quasi invisibles ou même une chèvre tibétaine hésiterait a y conduire ses petits, il nous faut pourtant poursuivre dans cet univers minéral et végétal à la montée si rude, aux sols si glissants, détrempés, spongieux et boueux ou nous peinons avec nos chevaux qui parfois s'enfoncent jusqu'a mi cuisse... Impression de vertige... et si le temps n'existait pas? Et si cette vie loin de tout mais si près de la nature était la vérité? Et si ces nomades (et ces hommes rennes) avaient trouvé la clef pour vivre hors da temps dans le temps présent? Des nuages blancs comme la neige se jouent du soleil en déssinant des arabesques sur cette mer d'herbe ou caillouteuse, nous approchons sans bruit des hommes rennes de peur de les éffaroucher et enfin derrière une énième montagne les premiers urts en forme de tipis avec leurs volutes bleues sont en vue, nos sens se mettent en alerte: quel accueil les Tsaatans vont- ils nous réserver? Notre apprehension sera vite oubliée car ils feront bouillir la marmite pour rechauffer nos muscles endoloris, nous apporterons du bois et nous aiderons a monter nos tipis modernes ou nous gelerons la nuit... Notre ascension s'achève après dix heures d'éfforts au royaume des cerfs des neiges: ici les rennes ont supplanté la plus noble conquête de l'homme (le cheval) dans le coeur de cette tribu: la vie s'organise et dépend totalement des rennes. Enfants d'une nature grandiose mais hostile, le petit peuple des Tsaatans est en train de disparaitre et silencieusement appele au secours. A l'ouest du lac Kovsgol, là où la steppe cède la place à la taïga, sur une terre creusée par de nombreux cours d'eau, là ou l'hiver est si rude, vit une petite et antique peuplade nomade. Tribu d'environ 200 âmes en totale symbiose avec leurs animaux au point que les Mongols les appelent les hommes rennes, du mot tsang, peuple, et tsaa buga, cerf des neiges. Sans les rennes les Tsaatans ne peuvent pas survivre: sa viande et son lait quatre fois plus riche que le lait de vache sont quasiment les seuls aliments dont ils se nourrissent. Les peaux sont utilisées pour la fabrication des chaussures et couvre-chefs, les andouillers coupés sur l'animal vivant, très appréciés dans la pharmacopée chinoise pour leurs vertus dites aphrodiasiques, sont échangés contre quelques indispensables denrées comme le riz, le thé, la farine et le sel. Les Tsaatans ont conservés leurs traditions ancestrales et pratiquent le chamanisme. Ils vénerent et craignent les esprits du ciel et de la terre et respectent les rites antiques funébres. Les enfants apprenent tout en observant le travail des adultes, même les plus petits savent s'occuper du troupeau, se preparant ainsi au dur labeur et aux migrations annuelles. Comme pour toutes les peuplades de l'Asie centrale le nomadisme n'est pas du à la nécéssité de trouver de nouveaux paturages, car l'herbe ne manque pas, mais le nomadisme a une profonde signification spirituelle liée au cycle de la vie mettant en relation le ciel et la terre, le visible avec l'invisible. Les Tsaatans ont renoncés à une vie plus facile au village de Tsaagan Nur, au confort ils ont préféré vivre pleinement leur culture et spiritualité, ils ont choisi la liberté. Pourtant la lutte est inégale maintenant qu'ils n'ont plus le droit d'aller en Siberie faire paitre leurs troupeaux, la brucellose fait des ravages en décimant les hommes et les rennes, et si rien n'est entrepris dans quelques années ce peuple aux racines si lointaines ne sera plus qu'un souvenir. Et sur le chemin du retour en repartant vers d'autres sublimes paysages et formidables rencontres nous pensons longtemps aux hommes rennes là bas cachés dans les forêts jouxtant la Sibérie... qui ont su nous donner une formidable leçon d'humilité eux qui luttent tous les jours pour une précaire survie en conservant avec ténacité la valeur de la liberté.

LES TSAATANS

La tribu des Tsaatans vit à 1 ou 2 journées de cheval de Tsaagan Nur Sun de la mi juin à la mi août. Avant et après les campements sont plus éloignés et cachés dans la forêt. Pas plus de 40 familles composent cette tribu qui habite dans des tipis semblables aux habitations traditionelles des Indiens d'Amérique et vit presque exclusivement de l'élevage des rennes d'où son nom: tsaa (renne) et tang (peuple). La tribu des Tsaatans se divise en 2 groupes: les Tsaatans de l'ouest, compter 10 heures de cheval pour rejoindre le campement ou vit environ 15 familles éparpillées sur un plateau à plus de 3000 mètres; les Tsaatans de l'Est, compter presque 2 journées de cheval pour rejoindre dans la montagne les familles restantes. Ces familles très pauvres luttent quotidienement pour leur survie, ne pouvant plus se rendre en Sibérie voisine pour faire paitre les rennes et faire des échanges avec leurs frères de la république Tuuva la brucellose sévit dans les troupeaux ainsi que chez les hommes et malgré les efforts d'une association italienne qui il y a quelques années a vacciné les animaux si rien n'est entrepris les Tsaatans ne seront plus bientôt qu'un souvenir dans la mémoire collective du monde, aussi si vous décidez d'aller leur rendre visite il est vivement conseillé d'apporter quelques denrées qui améliorera l'ordinaire. Vous pouvez tout acheter a U.B. avant votre départ ou bien compléter vos achats à Mörön et à Tsaagan Nur Sun. Un conseil acheter des quantités égales pour le nombre de familles que vous désirez visiter (de 5 à 10 familles environ, selon votre permanence). Liste des achats (n'hésitez pas a demander conseil à votre chauffeur): oRiz, farine, thé, sel oTabac et papier à cigarette oArticles de toilette: savon, dentifrice, brosse à dents, peigne, barrettes à cheveux ... oTissu pour faire des dells, des habits pour enfants... oBougies, briquets, allumettes, stylos, cahiers, cartes à jouer, jeux pour les enfants, tee shirts oJourneaux utilisés pour essuyer la vaisselle ET comme papier à cigarettes...

PREPARATION RANDONNEE POUR LES TSSATANS

oToile de tente bien imperméable AVEC DOUBLE TOIT (risque de pluie, de neige ou de gelée) oDuvet haute montagne (-30 conseillé) car nuits très très froides oHabits chauds car le temps change rapidement (s'habiller en couche superposées). Prévoir des habits de rechange en cas de pluie. oGants chauds, bonnet de laine, écharpe, casquette et coupe vent (cape déconseillée car si vent le cheval peut avoir peur des mouvements de la cape) oChaussettes chaudes, chaussures montantes et résistantes (bottes) oCulotte de cheval special endurance ou bien porter sous la culotte de cheval un caleçon de cycliste qui adoussira le contact avec la selle. Pas de slip sous le caleçon cycliste ou la culotte de cheval pour éviter le cisaillement des élastics. oLunettes de soleil avec cordon (en cas de chute du cheval), crème solaire oRépulsifs pour mouches et taons oPour les haltes: fruits secs, barres énergétiques oBagages pas fragiles, plutôt petits et imperméables pour pouvoir être chargé facilement sur les chevaux. Prévoir quelques sacs de jute ou en toile résistante pour emballer vos bagages ainsi que de la corde. oPrevoir un minimun de nourriture pour votre séjour chez les Tsaatans, vous pourrez demander de l'eau et cuisiner chez eux mais sachez partager... oPomade anti frottements, prévoir antalgiques et anti inflammatoires (conseil: le matin avant de partir prendre un antalgique pour diminuer les courbatures) oLeçons de cheval pas indispensables mais conseillées. oPour vos guides: cigarettes et briquets

MONGOLIE: LE DEPART!!!!

Avec une heure de retard de la maison !!! Circulation plus qu'intense sur l'autoroute qui conduit à l'aéroport de Milan. Bref rien ne nous sera épargné en ce jour de départ. Avec quelques effractions au code de la route (pardon Monsieur Sarkosy !) nous arrivons enfin chez ma cousine qui habite tout près de ce maudit aéroport pour lui laisser la voiture et courir plus vite que des éclairs là où nous attend ce fichu avion. Ca y est on y est et miracle nos 45 kilos ne font plus que 43.800 sur leur balance ! certes seul Angelo, mon mari, s'était présenté à l'enregistrement tandis que je gardais à l'abri des regards indiscrets nos bagages à main hors la loi pour le poids. Mais ils semblaient ne pas trop attirer l'attention, c'est vrai que cachés sous les grosses vestes d'hiver et portés comme si ils étaient remplis de plume alors que nos bras touchaient presque terre, c'était assez facile ( ?) de tromper l'ennemi. Premier contrôle des bagages à main et nom d'une pipe un article à l'intérieur du sac a attiré l'attention. Qu'est que cela sera ??? pensais-je, sûrement un des autoradios destinés aux chauffeurs de notre ami Mejet. Mais non cela ne les intéresse pas le moins du monde, pas plus que les deux bouteilles de champagne emportées pour fêter dignement nos retrouvailles, pas plus que les kilos de chocolat suisse sans compter les deux livres de fables merveilleusement illustrés par un grand amoureux de la Mongolie. Alors je déballe tout, je ne sais plus ce que j'ai mis dans ce diable de sac et finalement ce qui pour eux passait pour un parapluie renversé ou un essuie-glace se révéla être les deux vieux sièges de pêcheur allant finir leurs vieux jours là-bas dans les steppes mongoles !!! Gentiment on m'aide à remballer et surprise tout rentre du premier coup ! direction porte B25. Embarquement. Queue et voilà que le steward secoue la tête : ce n'est pas la bonne porte !!! Mais comment si à la porte B25 il y a un avion qui décolle pour Moscou à la même heure que le notre ? Est ce une histoire de fous ou une mauvais canular? Où se cache l'ennemi pour lui porter l'estocade ? On nous dit de courir le plus vite possible à la porte 5, nous avions confondu les numéros de sièges 25 avec celui de la porte 5, mais avec tous ces 5 il y avait de quoi perdre son latin non ? Evidemment les escalators n'existent jamais dans ces cas-là pour la montée, trop facile non ??? Alors la peur au ventre, l'angoisse dans les genoux on part, on court que dis-je on vole chacun avec ses 15 kilos de bagages à bout de bras et les vestes d'hiver traînant par terre bourrés de lunettes pour mes œuvres sociales là-bas, eux aussi faisant office de bagages ! Une seule phrase résonne dans nos têtes : on n'y arrivera jamais, on a perdu l'avion et personne ne nous a appelé ! Mais c'était compter sans Gengis Khan qui ce jour là encore veillait sur nous car la porte B5 est là tout à coté et l'embarquement n'a pas encore commencé !!! Les hôtesses de l'air sont en retard restées bloquées ailleurs… Nous jetons à terre plus que nous les déposons ces maudits bagages soufflant comme des bœufs, crachant presque nos poumons et nous serons les premiers à présenter les documents de voyage et à monter à bord. Avec un gros soupir de soulagement nous prenons place trempés de sueur comme des chevaux mongols sauvages en reprenant doucement nos esprits et nous remettant de nos émotions en attendant les prochaines… Et alors que moins de trente minutes plus tard s'envole notre avion dans les cieux de la plaine lombarde sachant que certains italiens de nos amis scrutaient avec envie les nuages pour nous entrevoir nous savions que désormais la Mongolie n'était plus qu'à un souffle de nous…

…Et serrés comme des sardines, les genoux dans les narines, tout doucement le grand oiseau blanc pris son envol dans le crépuscule russe sans nous doutez que quelques heures plus tard nous aurions la plus belle surprise de notre vie : les steppes mongoles enneigées. Tout simplement grandiose comme ce sentiment de rentrer à la maison qui nous inondait. A perte de vue des étendues blanches, figées sous les cristaux de neige parfois donnant l'impression d'une carte postale en blanc et noir. Gengis Khan, pour notre retour, avait orchestré le plus beau spectacle qu'il puisse nous offrir : une Mongolie immaculée.

Deux jours après notre arrivée nous voilà sur les routes, enfin les pistes quand 200km après le départ brusquement sans crier gare le moteur nous lâcha ! Arrêtés pour admirer des centaines de grues se réunissant pour la migration vers le désert de Gobi, leur vol nous fût fatal ! Gengis Khan nous aurait-il à peine retrouvés abandonnés ? nous ne pouvions le croire ni même l'imaginer ! Ce ne fut qu'après 48 heures de démontage total du moteur, de laborieux coups de téléphone vers la capitale d'où partirent les secours avec les pièces de rechange tombant eux aussi en panne que nous partiront enfin vers nos prochaines aventures accompagnés de vielles chansons du folklore mongol et de l'ombre désormais bienveillante de Gengis Khan…

La Mongolie se mérite toujours…

SUITE: LE VOL DE L'AIGLE

MONGOLIE : LE VOL DE L'AIGLE…

Il existe la nostalgie africaine et la non moins connue des steppes mongoles. Quel est ce sentiment venu de si loin qui voile nos regards de cette mélancolie à sa seule invocation? D'où vient-il? Aurions- nous dans nos veines des gènes de ces cavaliers dévalant l'Europe au bruit d'enfer de leurs sabots?

C'est physique, elle si forte cette sensation ressentie du plus profond de notre être devant l'immensité, devant cette mer verte infinie, si semblable et pourtant si différente à chaque vague qui vient mourir sur la lande. Ici point de remous violents juste quand Salik* joue avec les brins d'herbe, source de vie pour les chevaux et les troupeaux des nomades, un mouvement lent et gracieux fait onduler ce tapis de verdure ou se mêle les harmonies du morin khuur, le violon à tête de cheval des mongols. Pour la troisième fois nos pas foulent cette terre magique…cette steppe qui nous remplie d'émotions. Une yourte posée comme un champignon au milieu de nulle part. Une autre, très loin, à peine visible. Pas un arbre. Des touffes d'herbe grise, rachitiques, dans un paysage lunaire. Au loin, des collines ocre ondulent vers les montagnes enneigées de l'Altai qui dominent trois pays : Mongolie, Russie et Chine. Nous sommes à l'extrême ouest du territoire de Gengis Khan, dans la province de Bayan-Olgi. Ce matin, sous le vent que le soleil ne parvient pas à réchauffer, les hommes quittent leurs tentes rondes, à cheval, à moto ou à pied. Ils sont bottés, emmitouflés dans des manteaux épais et coiffés du chapeau traditionnel kazakh en soie doublée de renard. Ils ont rendez vous avec les aigles, leurs aigles. Aujourd'hui l'honneur et le savoir faire ancestral de leurs maîtres peut d'un coup d'aile s'envoler ou éclater au grand jour. Yeux prêts à affronter la brûlure du soleil et aptes à repérer le moindre mouvement dans l'immensité les Kazakhs chevauchent depuis des générations à travers les steppes. C'est dans la région de l'Altaï, que l'on peut rencontrer ceux qui ont su le mieux préserver l'art de la fauconnerie. Les Kazakhs capturent leurs aigles lorsqu'ils sont jeunes, un seul par nid et toujours une femelle. L'aigle reste avec eux sept ans environ avant de retrouver sa liberté pour qu'il se reproduise. Années pendant lesquelles l'homme et l'oiseau dépendent l'un de l'autre : l'aigle reçoit sa nourriture des mains du Kazakh, en retour le Kazakh récupère les proies de l'aigle, essentiellement renards et marmottes dont il tire les pelisses qu'il porte ou qu'il vend. Au pas de charge tous les fauconniers chamarrés portant leurs aigles au poing tournent plusieurs fois autour du stade improvisé dans ce coin de steppe, le rythme de la cavalcade se fait endiablé en voulant suivre la musique, le tournoi est ouvert ! Malgré leur fatigue, les chevaux tout en faisant scintiller leurs harnais d'argent, s'avancent un à un, ils savent bien que d'eux aussi dépendent la victoire. Pour le concours les habits traditionnels sont de mise et l'aigle impassible sur le bras droit de son maître se laisse admirer tout en tremblant de faire mauvaise impression au jury, il s'est tant entraîner pour cela. Il n'y aura pas de répit pour lui si fier et royal durant les prochaines quarante huit heures. L'heure de sa gloire peut sonner à tout instant, il est donc sans cesse sur le qui vive. Les épreuves continuent et la concentration parmi les oiseaux est à son comble, avec une trépidation croissante les aigles attendent du haut de la colline de laquelle ils doivent se lancer l'appel de leur maître pour déployer leurs ailes et présenter le vol le plus rapide et élégant de leur vie avant d'atterrir sur son bras.Certains n'en feront qu'à leur tête allant vagabonder au grand dam de leurs propriétaires dans les montagnes des alentours. Nous encourageons notre préféré, celui du plus jeune aiglier, 12 ans, qui est là avec son père qui lui a tout appris, comme son père avait fait avec lui il y a si longtemps déjà. Répondant instinctivement à son cri, d'un rapide coup d'aile, il ira se poser sur le manchon de son jeune maître lui assura ainsi un bon résultat. Après une nuit à supputer sur les différentes chances de chacun, les aigles attendent tout en admirant les divers jeux équestres et d'adresse kazakhs en haut de la montagne de pouvoir fondre sur le faux renard que tirera son maître derrière sa monture démontrant ainsi ses capacités à prendre des proies. Des cris rauques et sauvages retentissent dans la steppe et se fracassent sur les montagnes environnantes. Les kazakhs incitent leurs aigles à faire valoir leur bravoure, pour les mauvais élèves c'est la dernière chance. Certains appelleront en vain leurs oiseaux, d'autres taquins dédaigneront le leurre en un premier temps avant de bien vouloir l'attraper, d'autres, comme notre préféré, auront plus de chance ils se poseront dessus en battant fièrement des ailes tout en réclamant à grands renforts de cris aigus un peu de viande de lapin, récompense dont ils sont si friands, avant de lâcher leur prise. La remise des prix se fera en un joyeux désordre tandis que là haut un retardataire plane se jouant des courants montants et descendants dans un ciel pur. Il prend son temps tout en élargissant ses ailes. Il sait qu'il est admiré et craint tout à la fois, cela décuple sa fierté et au moment où on s'y attend le moins il fond rapide comme l'éclair sur sa proie a qui il ne reste déjà plus qu'un seul souffle de vie lorsqu'elle se sent soulevé de terre. Mais il est hors concours… car il est totalement libre dans cette steppe qui sait si bien faire voyager nos émotions, un pur bonheur pour nos sens.

* Salik : vent en mongol

BON VOYAGE... oceane56@excite.it
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Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop
Deuxième séjour à Pékin en 2018, je discute à l'auberge avec une voyageuse : "Pékin ! Ici on vit vraiment dans un autre monde." "Peut-être, mais alors que dire du Pékin des années 80. Une autre planète !" Ceux qui découvrent cette Chine du 21° siècle ne retrouveront guère que des fragments de celle que je vais raconter ici, comme j'ai pu le constater par moi-même. (Voir mes carnets sur la route de la soie.)

Ce sera donc un carnet "impressions de Chine", ce qui m'est resté de plus marquant. Les quelques photos jaunies que j'ai pu sauver sont scannées et de mauvaise qualité. Merci à Jacqueline et Jean-Pierre pour leur contribution photographique, entièrement d'époque elle aussi.

AU MENU

Préambule - le contexte politique et économique du pays Chapitre 1 - Un voyage qui s'annonce pas très romantique, c'était prévu... Chapitre 2 - Pékin : le trafic de monnaie. Illégal mais indispensable. Chapitre 3 - Pékin 1985-2018 : du Moyen-Age à la révolution technologique. Immersion comparative. Chapitre 4 - Pékin : un billet de train pour Xi'an ? Pas si simple que ça. Chapitre 5 - Le "qi feng shui". Le soigneur se fait soigner. Chapitre 6 - Xi'an : «mei yo», la réponse favorite des fonctionnaires. Chapitre 7 - Vol au-dessus de la jungle. Le coucou arrivera-t-il à bon port ? Chapitre 8 - Chongqing : le bal, ou la vie sexuelle des jeunes chinois. Chapitre 9 - Croisière pop sur le Yangtse. Chapitre 10 - L'hôtel à rats. C'est à Wuhan, comme par hasard. Chapitre 11 - Canton : à la recherche de xiao Wu. Chapitre 12 - Canton : un train sous haute surveillance. Chapitre 13 - Hong Kong : dur retour à la civilisation. Albums : les photos d'époque signées Jacqueline et Jean-Pierre. A partir de la page 5 Témoignages et photos d'époque. Merci aux différents contributeurs. A partir de la page 6. Ne manquez pas le Tibet et le Xinjiang !

PREAMBULE : le contexte politique et économique Comment voyager dans ce pays encore très fermé, obscur, énigmatique, dont en Europe on ne connaît guère la mentalité, les règles de fonctionnement, dont on ne perçoit à l'étranger que quelques images soigneusement filtrées par la censure. Comment se déplacer, se loger, se nourrir, sans moyen de communication, sans réservation d'hôtel ou de train, sans connaître la langue , sans aide, sans guide, sans assistance, sans carte bleue...

1984, date clé pour le voyageur Après trente années de communisme à marche forcée, de campagnes idéologiques calamiteuses pour les populations, de luttes intestines pour le pouvoir, le pays n'arrive pas à décoller économiquement. L'écart grandit avec les nations développées. Mais avec le rétablissement des relations diplomatiques avec les Etats Unis en 1979, le nouveau président, Deng Xiaoping, tient enfin sa revanche et entame sa longue marche vers le progrès. Les fossiles maoïstes de la "longue marche", des "cent fleurs", du "grand bond en avant", les criminels de la "grande révolution culturelle prolétarienne", représentés par la "bande des quatre", tous ceux qui l'avaient évincé du pouvoir et condamné à l'oubli au fin fond d'une province, le sont à leur tour.

Le "révisionniste", comme l'a appelé la veuve Mao, lance ses réformes de libéralisation et d'ouverture de l'économie : « Peu importe qu'un chat soit blanc ou noir, l'essentiel est qu'il attrape les souris ! » Parole du maître.

Parmi ces réformes : l'ouverture au tourisme. Jusqu'à présent, pour visiter le pays, il fallait obligatoirement, soit passer par un tour opérateur avec guide et circuit programmé, soit demander des autorisations de voyage pour un nombre limité de destinations. Très peu pour moi. Mais en 1984, monsieur Deng supprime le permis de circuler et ouvre quasiment tout le pays aux visiteurs. L'info provoque un déclic : - C'est l'occasion ou jamais. L'année prochaine, ce sera la Chine. Et en sac à dos! Et ce sera aussi notre voyage de noces...

Nous aurons le privilège d'être parmi les premiers voyageurs occidentaux à tenter l'aventure. Je pourrai enfin mettre en pratique ce que j'ai appris de chinois à la fac et réaliser un vieux rêve. A nous la Chine, à nous la découverte de ce pays mystérieux et fascinant. Quelle réalité se cache derrière ces images édulcorées de bonheur populaire que nous distillent les images officielles ? Comment vit-on réellement dans ce pays ? Quel accueil réserve-t-on aux impérialistes occidentaux ?



Wuhan, 1985 : slogans révolutionnaires pour mini gardes rouges

CHAPITRE 1 : un voyage qui s'annonce pas très romantique, c'était prévu... Eh oui, juste mariés, il y a peut-être plus glamour comme destination. Bon, Venise, on connaît déjà. Quoi de mieux qu'une telle aventure pour forger un couple ? Pendant toute l'année, je peaufine le projet : itinéraire, transports, hébergements... Les guides de voyage sur la Chine ne sont pas nombreux, il n'en existe d'ailleurs qu'un en français. Pour ce qui est de l'itinéraire, c'est à peu près établi, pour le reste, ce sera au coup par coup, improvisation et opportunités. L'aventure quoi. Juste qu'on dispose d'un mois entre l'atterrissage et le retour à Hong-Kong. Pour l'itinéraire, ce sera donc Pékin - Hong Kong, mais par où et comment ? C'est le grand mystère, même si certains incontournables sont au programme : la Grande Muraille, Xi'an et son armée en terre cuite, la croisière sur le Yang Tse Kiang...

Août 1985 : Hong Kong, premiers pas en extrême-orient Munis d'un joli visa sur notre passeport et d'un billet d'avion Hong Kong - Pékin acheté en agence en France, nous débarquons à Hong Kong pour y passer une nuit avant de repartir pour Pékin le lendemain, L'atterrissage au-dessus de la ville est spectaculaire, l'avion louvoie entre les immeubles pour plonger vers la piste au raz de l'océan, un véritable tour de manège à sensations. Pas trop le temps d'explorer la ville, mais le dépaysement est déjà total. Et pourtant, ce n'est rien à côté de ce qui nous attend...

Ca commence plutôt mal Aéroport de Hong Kong, le lendemain. Nos billets sont valables, pas de problème, seulement : - Désolé, mais vous n'avez pas confirmé votre vol, l'avion est complet. Il va falloir attendre deux ou trois jours... Eh oui, en 1985, il faut confirmer son vol la veille par téléphone. Dans l'excitation et l'émotion, nous avions complètement oublié la consigne. Zut alors, deux ou trois jours de perdus sur le projet, c'est beaucoup trop. - Attendez ici, peut-être il y aura des places si des voyageurs ne se présentent pas. Longue attente plutôt anxieuse, et quelques minutes avant le décollage, petit signe de l'employé : - C'est bon, il reste deux places, vous pouvez partir.



Pékin : avenue Xidan. Photo : Jacqueline et Jean-Pierre

Dès l'aéroport, j'ai senti le choc... Une simple piste en béton, pas d'avion en attente, un trafic aérien quasi nul, un bâtiment à la chinoise, usé et vieillot à souhait, des gardes en uniforme. L'aéroport est encore une base militaire, accessoirement civile pour quelques rares liaisons vers l'URSS et les pays d'Asie. Il n'y a rien dans ce qui fait office de hall d'accueil, une pièce de quelques dizaines de mètres carré tout au plus.

Contrôles minutieux, file d'attente, les militaires ne sont pas très souriants, et le comité d'accueil pas très... accueillant. On n'est pas là pour rigoler, surtout avec ces étrangers qui débarquent de Hong Kong, la zone capitaliste. Eh oui, Hong Kong chinois, ce sera dans une dizaine d'années. D'ici là...

Des billets de Monopoly ?! Un simple bureau dans un recoin fait office de banque. Vite, changer nos travelers chèques en dollars. Ben oui, la carte bleue, ça n'existe pas encore. Derrière son boulier, l'employé fait ses calculs à une vitesse incroyable et me rend le change. Surprise : j'ai une liasse de jolis billets tout neufs dans la main, mais ils n'ont rien à voir avec la monnaie locale. La preuve, il n'y a pas le portrait du grand timonier, mais des jolis dessins de monuments et paysages ! Ca ressemble davantage à des billets de Monopoly.

C'est quoi ce truc ?

Une bonne affaire, mais un gros risque En fait, c'est une monnaie spéciale réservée aux étrangers. Nous allons vite apprendre deux choses. - Un, cette monnaie n'est pas utilisée (et même interdite) par les chinois dans leur vie quotidienne. Elle est réservée aux étrangers et ils doivent payer avec. - Deux, elle est très recherchée par quelques autochtones, car c'est la seule monnaie ayant un équivalent dollar. A l'époque, le yuan chinois ne vaut absolument rien, il n'est pas convertible dans une autre monnaie. Pire que le kopeck. Du coup, notre monnaie "spécial étrangers" fait l'objet d'un trafic formellement interdit et sévèrement réprimé par les autorités.

Mais comment faire si tu veux voyager en dehors des circuits touristiques et des grands hôtels, juste prendre le bus par exemple ou manger dans une gargote. Ca, les autorités n'en ont cure. Un étranger, ça dort dans les hôtels de luxe, ça prend l'avion ou le train en première classe, ça mange dans les grands restaurants. Mieux encore, ça voyage en groupe avec un guide.

Pas d'autre solution, il faudra changer au black Dans la rue, avec les petits trafiquants locaux. Il y a même un cours « officiel » du change : un yuan de Monopoly contre trois yuans de monnaie populaire. A l'époque, un yuan, c'est à peu près un franc. Une sacrée bonne affaire ! Le tout, c'est de ne pas se faire pincer. Les rumeurs les plus folles courent sur les peines encourues pour les trafiquants, mais aussi pour les étrangers qui se font pincer. C'est d'ailleurs marqué sur certains documents. Si les peines de prison ferme ont de quoi dissuader le voyageur, il faudra quand même prendre le risque, pas le choix. Une des nombreuses absurdités du système.



Pékin : place Tian An Men. Photo : Jacqueline et Jean-Pierre

Mise à l'épreuve 1 : trouver un hébergement... Sortie de l'aéroport, c'est l'après-midi. Quelques taxis attendent, réservés aux privilégiés du régime et aux étrangers. Mais nous ne savons même pas où nous allons, juste en ville, et on verra après. Donc ce sera le bus, celui-ci prend la monnaie de Monopoly. C'est notre premier transport en commun, direction le centre ville, à une vingtaine de kilomètres. Très bien, mais où aller, à qui demander un tuyau, un renseignement, une bonne adresse ?

L'aéroport étant en rase campagne, la route bordée d'arbres qui conduit à Pékin centre ressemble à une de nos départementales. De part et d'autres, c'est le défilé des paysans, le plus souvent à pied, tirant des charrettes à bras, quelques fois à bicyclette ou en tracteur. Pour nous occidentaux déjà rodés aux autoroutes, c'est un choc. Ici, pas de voiture individuelle : les véhicules à moteur, c'est juste des camions, quelques bus et de rares taxi, c'est tout .

La carte de Pékin n'indique rien d'autre que le nom des rues, impossible de savoir où se trouve tel service, hôtel, restaurant... Il faut se débrouiller. Les quelques éléments écrits et oraux de chinois que je possède, je vais vite devoir les mettre à l'épreuve. L'anglais ici, on connaît pas.

Juste à côté de nous est assise une jeune femme, bien de sa personne, sans doute un cadre du parti ou d'une grande entreprise. Elle semble plus amène que les autres voyageurs, plus disposée à rendre service. J'entame la conversation comme je peux. Après les échanges d'usage : - Nous sommes français, c'est notre premier voyage en Chine. Connaissez-vous un hôtel sur le trajet du bus qui nous accepterait ? Coup de chance, la femme nous en indique un non loin d'un arrêt, elle nous dira quand il faudra descendre.

Mise à l'épreuve 2 : et qui accepte les étrangers... L'hôtel n'est pas facile à trouver, tout se ressemble ici et rien ne permet de discerner au premier coup d'oeil la fonction d'un bâtiment. Ce n'est même pas écrit « hôtel » à l'entrée. Finalement nous poussons la porte de ce qui semble être ce que nous cherchons. Un étroit couloir sombre, un guichet, une sorte de réception, on dirait un peu un hôtel. Le type de l'accueil est très surpris de nous voir ici, mais oui, c'est bien un hôtel, sauf que : - C'est interdit aux étrangers, vous ne devez pas rester ici ! - Mais comment faire alors ? Le type décroche son téléphone, puis, au bout d'un moment : - Prenez le bus et descendez à cet arrêt, vous y trouverez un hôtel pour vous.

C'est ainsi que nous découvrons que nous ne pourrons pas loger comme on veut dans le pays. La plupart des hôtels sont interdits aux étrangers, il faut toujours aller à l'hôtel spécial « wai guo ren». Oui, mais ce n'est pas forcément indiqué. Quant à dormir chez l'habitant, ce n'est même pas la peine d'y songer, c'est interdit. De plus, quand on voit dans quoi vivent les gens en ville, le peu d'espace dont ils disposent, ça ne donne pas vraiment envie de se faire inviter.

Je ne me souviens plus comment nous avons fait pour trouver le bon bus et le bon arrêt, juste que ça n'a pas été facile du tout. La contrôleuse du bus a tiré une drôle de tronche quand je lui ai tendu le billet de Monoploy, mais elle n'avait pas le choix. Un mao le ticket, dix centimes de franc. Premier aperçu du coup de la vie : trois fois rien. Dans le bus, tous les regards sont fixés sur nous...

Pas de doute, il faut absolument trouver de la monnaie locale, et le plus vite possible. On ne va rien pouvoir faire avec cette monnaie de m... Et quand par hasard ils sont acceptés, on y perd sacrément au change, car ils nous rendent l'argent en monnaie locale. C'est une arnaque gouvernementale bien calculée !

Prochain épisode : le trafic de monnaie
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Le premier jour
Nous sommes le xx xx xxxx, jour de votre déconfinement, vous êtes guéri ou n'avez jamais été en contact avec le virus couronné. Qu'imaginez-vous faire en premier ? 😛

(Par simplicité, nous allons partir du principe que votre région est redevenue comme avant à défaut du monde.)
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Coup de gueule au sujet de la Turquie
En 1997, lors de mon dernier "road trip" en Turquie, j'ai quitté un peuple attachant, souriant, honnête, libre, toujours prêt à vous aider. J'y suis retourné ce mois d'août après deux semaines à avoir sillonné la Grèce du Nord en famille. J'ai été profondément choqué par le changement que j'ai pu observer et vivre. Lors de mes 5 précédents voyages en 1985, 1989, 1991, 1996 et 1997, à avoir sillonné la Turquie d'est en ouest, et du Nord au Sud, je n'avais jamais vu de femmes vêtues intégralement de noir et intégralement voilées. Après avoir traversé la frontière Gréco-Turque, à la première grande ville traversée, j'ai pu voir de nombreuses femmes intégralement voilées de noir. N'ayant pas prévu de me rendre à Istanbul, je n'avais pas téléchargé la carte de Turquie dans mon GPS. Avec l'absence de panneaux clairs, à environ 2 ou 3 Km de Sultanahmet, j'ai demandé à un groupe de jeunes la direction à suivre pour rejoindre Sultanahmet. " Luetfen, could you please tell me the way to Sultanahmet ?". Il regarde ma plaque d'immatriculation et me répond "Yok" = "non". Cette première expérience d'antipathie a l'égard de nous, perçus comme occidentaux ou mécréants, ou les deux, je pourrais malheureusement la revivre régulièrement durant nos 3 jours passés à Istanbul. Quasiment toutes les femmes Turques d'Istanbul sont désormais voilées, inversement proportionnel à il y a 22ans. Plus moyen de boire une Efes Pilsen ou un vin Turc dans les restaurants où j'ai mangé, il n'y a plus de boissons alcoolisées proposées à la carte ! Je suis profondément triste pour ce peuple qui sombre dans l'obscurantisme de l'Akape et du fondamentalisme islamiste. Ce peuple si attachant, si aimable que j'ai quitté il y a 22 ans est devenu arrogant, fondamentaliste, antipathique. Dommage pour eux ... Il y a 20 fois moins d'occidentaux qu'auparavant à Istanbul ... Je comprends désormais pourquoi ...
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L'Afrique à vélo
Bonjour,

Préparant un voyage à vélo depuis la France vers l'est et n'envisageant pas revenir, je me pause de plus en plus la question de l'Afrique, qui se présente finalement comme une évidence.

Depuis la France, en passant par l'Espagne je pourrais rejoindre le Maroc. Je m'imagine un trajet qui me plaît bien, Maroc - Mauritanie - Sénégal - Guinée (je ne trouve pas de documentation récente) - Liberia - Côté d'Ivoire - Ghana - Togo - Bénin - bateau jusqu'au Cameroun puisqu'il est fortement déconseillé d'aller au Nigéria - continuer depuis le Cameroun jusqu'au Gabon, puis République du Congo - là je dois passer par la République Démocratique du Congo, qui semble être une zone à risque... puis Angola - Namibie - Afrique du sud - Botswana - Zimbabwe - Zambie - Malawi - Mozambique - Madagascar - Tanzanie - Kenya et là...soit je fais demi-tour, soit je prends un avion puisque tout ce qui suit semble être en guerre.

Qu'en pensez vous ? les zones qui me semblent être risquées le sont elles vraiment ? les zones qui me semblent correctes le sont elles également ?

Des conseils particuliers pour l'Afrique ?

Merci !!
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De Cape Town à Johannesburg
Note aux nouveaux lecteurs:

Bonjour, Au départ il ne s agissait que d'un voyage. Au fil du temps c'est devenu un tournicota en afs et dans les pays voisins... Donc on fera ensemble, si vous le voulez ce tournicoti tournicota en passant par les différentes régions d'afs avec en supplément le Lesotho, le pays Swazi, un bout de Bots et un bout de Namibie.

Un petit compte-rendu sur notre dernier voyage en AFS (le N°14). Le parcours : Cape Town, Paternoster, Cederberg, Clanwilliam, Upington, Augrabies, Kuruman, Madikwe, Cradle of Humankind, Joburg. Tout a été fait par nos soins via le net et en direct.

L’avion : Turkish CDG Istanbul Cape Town et retour Joburg Istanbul CDG. Le transfert à Istanbul se fait facilement dans les 2 heures allouées. A Joburg, il s’agit d’une escale technique…Le plein, les niveaux et le pare-brise ? Et on prend des passagers. Vol de nuit. Arrivée à CapeTown vers 13 heures. 750 €. Les compagnies aériennes ont décidé que les passagers devaient se contenter de peu de place…Idem chez Turkish mais pareil qu’avec Lufthansa, AF ou autres…A380 ou pas.

La voiture : Un Fortuner 4x4 de Toyota, extra, voiture en ordre, aucun souci. La version 4x4 avait son intérêt pour le Cederberg, un côté rassurant aux Augrabies et ailleurs…Un SUV était tout à fait suffisant même si moins rassurant sauf dans le Cederberg vu ce que nous voulions faire.

Après coup, seule l’étape d’Upington était inutile. Les Augrabies valent le long détour.

Septembre…Un poil trop tard pour les fleurs de la West Coast et du Cederberg mais un poil trop tôt pour les Augrabies et la route avant et après Clanwilliam. Tout cela dépend des pluies…Et je ne suis pas prévisionniste météo !

Dissertons plus précisément :

Cape Town :

Comme d’habitude, les chiens renifleurs sont des beagles…Et pas des Bergers Belges ou des Bergers Allemands. Plus sympas peut-être mais le contrôle discret est loin d’être anodin. On peut changer son liquide dès l’aéroport, le prix de la commission n’est pas catastrophique ! Notre point de chute est une guest house à Camps Bay.

Camps Bay a beaucoup d’avantages.

L’ambiance est plus cool. La situation permet d’aller facilement dans toutes les directions…Le centre-ville, la région des vins, la péninsule, la route de l’Est, les sites de Table Mountain, Signal Hills, Lion’s Head, le quartier malais…Bref, on est à peu de distance de tout ! L’endroit est superbe, la plage aussi même si l’eau est « frisquette++ ». Nombreux restos sur Camps Bay drive et passage des bustouristiques (qui peuvent être très utiles).

Se lever tôt ! C’est le premier conseil en AFS ! La nuit tombe vers 18 heures. Les restos sont au taquet à 19 heures. Donc on se lève tôt et si Table Mountain est dégagée…On y va !C’est le meilleur moment (pas encore de queues, une vue très claire). Autre conseil : La montée de Lion’s Head…Montée pas difficile ne nécessitant qu’un peu de gambettes (une bonne matinée en tout, prenez de l’eau, c’est safe)…Le pied intégral et à mon sens la meilleure vue sur…tout ! L’apéro du soir sur Signal Hill ? La passion des sud af pour les sundowners est exotique…C’est aussi un plan valable. Après Table Mountain ou Lion’s Head…Un petit tour surWaterfront. Attention, on retombe sur le touristique plein pot mais on y mange et on y achète des cartes postales…Surtout on prend le bateau pour Robben Island.

Robben Island : Vous pouvez réserver via le net. Certaines traversées sont complètes. Evitez si possible celle de 12/13 heures car le plus de monde et le bateau le plus lent du monde ! Evidemment avec le soleil la vue sur la baie vaut à elle seule la traversée…Mais c’est pour la prison que vous y allez ! Nous y étions au début des années 2000 donc 3 ou 4 ans seulement après qu’elle soit visitable. Il y soufflait un vent d’enthousiasme, de volonté d’expliquer, de dire et de pardonner… 10 ans plus tard, ce sont toujours les anciens prisonniersqui font la visite principale mais le vent est retombé… Le public aussi a changé…Quelquefois plus intéressé par son Facebook, acheter une glace ou glousser avec son voisin… J’en reviens cette année avec un goût un peu amer… Robben Island attraction touristique appartenant au passé ou mémoire vivante d’un passé proche et lourd ? Acteurs et spectateurs ont changé ? En bien ?

La péninsule du Cap : Evidemment à faire et mérite sa journée ! Quelques conseils : Allez-y via la route Ouest après la route touristique payante qui suit Hout Bay. C’est plus joli, bien plus… Attention babouins qui savent parfaitement et très rapidement ouvrir la portière de votre voiture (passagers ou pas !). Donc avoir l’obsession de la fermeture centralisée des portières. Les randonneurs ne sont ridicules armés d’un bâton. Prenezgarde à votre sac. Ne résistez pas en cas d’intervention babouine ! Après le petit « funiculaire » prenez le petitcircuit pour aller au bout du bout de la pointe. Ne confondez pas Cape Point et Cape of Good Hope. Ouvrez vos yeux pour chercher les baleines…Et plutôt côté Est et au pied des falaises.

Faites coucou aux Dassies (Damans, Roch Hyrax) pas timides mais ce n’est pas une raison pour les nourrir ou essayer de les toucher. N’oubliez pas qu’ils font partie du même embranchement que les éléphants ! Le resto de la pointe du Cap est touristique, certes mais pratique. Revenez par Simon’s Town pour voir les pingouins de BouldersBeach.

Hermanus : Une excursion (1h30 de route) incontournable par beau tempset à la bonne saison. Des baleines quelques fois comme s’il en pleuvait. Une route le long de la côte (à l’aller) qui est un enchantement… et passez par Betty’s Bay pour voir ou revoir des pingouins(plus, pour 15 rands, dans un coin moins aménagé…mais plus pour longtemps). Voilà nos 3 journées bien occupées…

Ce qui a changé en 15 ans (j’y reviendrai souvent) : Moins de bidons villes et avec de l’éclairage, de l’eau…Plusde quartiers pas riches mais moins pauvres. Une plus grande mixité. Les noirs… Remarque : Je dis les noirs sans racisme ou autre connotation. Quand vous êtes sud af on vous demande, même si vous êtes blonde comme les blés de vous définir comme « white » (blancs), « coloured » (métis)ou « black » (noir). Pour moi, c’est un fait pas un jugement…De toute façon nous avons tous et toutes le même grand-père ou la même grand-mère (j’yreviendrai).

Donc, les noirs sont aussi des clients dans les restos…On voit des couples mixtes…Sur la route, il y a 15 ans (moins à Cape Town qu’ailleurs), sur la route voiture = blancs. Si voiture avec non blancs = voiture pourrie.Aujourd’hui, ce n’est plus vrai. On voit beaucoup d’homosexuels… qui ne se cachent pas. (Noussommes à Cape Town mais cela a aussi changé). On voit beaucoup de noirs venant de RDC. Il y a un stade de foot pour moi totalement anachronique enplein milieu de Cape Town.

Pour une première intervention c’est suffisant pour aujourd’hui…

Michel

PS : tout ceci n’est que mon opinion ou mon ressenti.
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Ouest USA: Erosion Fusion Passion
SEGO LILY Calochortus nuttallii

L’Ouest USA… voyage forum.. .carnets de voyage sont des mots à forte résonance dont la tonalité éveille tous mes sens.

Vos carnets ont été une grande source d’inspiration pour la construction de notre voyage… qui sera tout en randonnées et pour la réalisation de ce carnet-souvenir... qui sera tout en simplicité.

De ces lectures sont nés des désirs, des souhaits et même des certitudes suscitées par les vagues d’enthousiasme échappées de vos écrits ou de vos clichés révélateurs de sublimes paysages.

Ce carnet sera celui de nos souvenirs communs , un voyage à deux issu d’une relation amoureuse et d’un intérêt partagé et passionné pour ces contrées sauvages et lointaines.

Nous vous souhaitons bonne lecture, beaucoup de plaisir au moins autant que nous en avons eu pour l’écrire et l’imager.

Nous remercions de tout cœur Fred XIII, Isap29, Kashtin, Krikri, Mlefevre, Mokahlki, Oliv2019, PSI, Sedonax, Veileen, Vnoa, Wavemaster.

Merci aussi à tous les autres forumeurs qui ont eu la patience de répondre à nos questionnements ciblés dans le Post « Itinéraire de 29 jours : Colorado Utah Arizona Nouveau-Mexique Colorado »

Sincèrement et personnellement notre révérence va droit à Philippe ( Sedonax ) sous le signe « Sa passion et une patience d’Ange ».

Puis vers Pascale ( Kashtin ) pour son travail minutieux - correction de mon identification du bouquet garni de petites fleufleurs - et sa grande sympathie.

C’est parti mes amis et bon voyage…

Voici notre programme définitif avec sa carte itinéraire:





Le 1er Juin – Région Moab & Arches NP

ASTER Erigeron utahensis

De Denver à Moab… Arrivée par la 128 et là nous baignons dans l’ambiance Colorado, ses flots calmes nous bercent dans nos souvenirs respectifs et notre premier contact est un instant magique.



Nous filons ensuite à Corona Arch, empressés que nous sommes. Patrick, attiré par les arches en tout genre en retrouve de suite la trace; nous admirons ensemble cette structure naturelle, sa ligne épurée et sa couleur rouge/rosée si tendre à nos cœurs.





Puis les Arches du NP nous rappelle à elles.. nous traversons tout le parc, là aussi notre mémoire s’active; direction Marching Men... la piste de tôle ondulée donne une impression désagréable et me fait avancer avec prudence, le 4X4 chasse nous sommes déçus du peu de perf du Grand Cherokee mais ne vous y fiez pas, notre désarroi sera de courte durée !

Patrick, au retour comprendra… le problème se résorbe à minima en accélérant.

Nous sommes résolument seuls lors de cette journée et cela le sera pour la majorité de nos trails et pour notre plus grand plaisir.

La douceur du crépuscule nous envahit et nous rafraîchit après la chaleur excessive de ce jour. La marche devient agréable et sympa.

Mais les Marching Men se font attendre et je partage mon sentiment: les beaux sites de l’Ouest s’offrent à nous après un jeu de cache-cache , on les cherche, on les devine puis à un détour sans qu’on s’y attende, ils se donnent enfin d’une façon majestueuse et toujours avec splendeur.

Impressionnants ces drôles de bonhommes... tous devant et tous derrière...



La nuit est là et Tower Arch nous nargue... la prudence l’emporte sur l’envie de continuer... nous reprenons le chemin en sens inverse, il nous reste tellement à découvrir !

Le 2 Juin

BUCKWHEAT Eriogonum ovalifolium

Levés à l’aube 4h30 pour un RDV avec le sunrise de Mesa Arch. Tout simplement, raté.

Mesa Arch est certes toujours aussi belle et irrésistible mais aujourd’hui elle s’amuse de nous et de 2 autres photographes… pas de soleil... il se camoufle sous un coton épais de nuages.



La False Kiva mérite bien qu’on s’y attarde; nous nous imprégnons de l’ambiance dans cette ruine indienne et méditons dans l’alcôve et là inespérée la lumière du soleil jaillit sur les méandres de la Green River et les vues en sont immédiatement métamorphosées.



Comme la journée a commencé très tôt nous prenons le temps de trailer à Aztec Butte où la vue sur Taylor Canyon est un peu décevante après False Kiva.

Quelques granaries Anasazi le long du parcours… greniers de stockage de provisions

... alors nous poussons, l‘adrénaline et le Cherokee jusqu’à la Shafer Trail; je suis impatiente et légèrement crispée, c’est une première pour moi et si attendue; Patrick lui l’a dévalée l’an passé en VTT avec brio et péripétie.

Elle est extra cette piste – très cassante par endroits alors prudence- et notre 4X4 se révèle être enfin un compagnon de route fidèle et à la hauteur... High Clearance... de nos attentes !



Puis nous avançons vers Musselman Arch, elle m’impressionne énormissime ! Elle se présente comme une traverse de pierre d’environ 3 mètres de large avec le vide des 2 côtés. J’avais l’intention de la traverser mais le vertige m’a cloué sur place ! elle a su me résister ! Je l’aurai un jour !!! je l’aurai !!

L’environnement désertique mélange de falaises / mésas / piliers rocheux est fascinant et à perte de vue.





Retour à Moab.

Une petite sieste méritée et bienfaitrice au Kokopelli Lodge de Moab nous conduit tout droit et en forme au Moabrewery en soirée. Eh ! oui nous sommes des nostalgiques des ambiances et rencontres VF 09 Madseb, Floyd et notre Tigre .

Et attention, ce soir un RDV de toute importance nous attend, il s’agit de Sedonax avec qui nous passons une fin de soirée fort agréable – il nous en raconte des choses, toujours pertinent et intéressant ce Philippe !

Le 3 juin

LUPINE Lupinus pusillus

Horseshoe Canyon se situe à l’ouest de Canyonlands dont il fait partie intégrante malgré l’éloignement géographique – 2h30 de Moab au parking du trail

La piste s’avère longue et sans problème particulier.

La rando quant à elle est pénible: 5 heures de marche uniquement dans un wash et dans du sable sous une chaleur excessive.

La 1ère et 3ème galerie (dénommée Great Galery) de Petroglyphs sont magnifiques, exceptionnelles; la 2ème l’étant moins à mes yeux.







Au retour, le dernier ¼ de mile se présente en montée raide dans un sable profond; là je perds pied: mes jambes flageolent, le sol se dérobe , mes yeux se voilent sous le regard inquiet et médusé de Patrick… Où sont les sels ? Sapristi !

Finies les ambitions… prouesse à la baisse. Nous redéfinissons les règles surtout celui de notre Tempo, le rythme de marche sera en fonction de Bibi Lolo !! 1ère et dernière manifestation de faiblesse, l’honneur est sauf !

Direction la piste menant au trail de Five Hole Arch , nous prenons le nord de la Lower San Rafael et la 1ère piste sur sa droite et sommes pris de suite dans les tourments d’un chemin dont le sable très profond ne donne aucun signe de passage récent et pas de possibilité de marche arrière. Foncer est ma seule devise pour éviter l’enlisement.

Sans conteste notre Cherokee se défend bien (la conductrice aussi !) et dorénavant nous le couvrons d’éloges et ce jusqu’au dernier mile du trip.

Sauf que notre erreur est démasquée enfin la mienne... retour sur la bonne voie 2ème piste à droite (cette fois c’est la bonne et trop fastoche) après la jonction avec la Lower San Rafael mais la luminosité faiblit, le crépuscule guette, adieu le sunset sur Five Hole Arch.

Nous gardons ce trail pour demain car dans l’immédiat une nouvelle expérience nous attend : première nuit dans le 4X4 et dans le wilderness, j’ai adoré cette solitude à deux, le décor s’y prêtait bien.



Douce soirée et nuit chaude !!!

Hum ! hum ! Petits et petites coquines, pas toujours bien placées vos idées !

Le 4 juin

Sticks & Rocks

La journée commence très tôt - la lumière du jour nous réveille aux aurores - par la rando de Five Hole Arch une rando comme je les affectionne particulièrement, tous les ingrédients sont réunis: marche sur du slickrock, de l’orientation au GPS et un fabuleux spot de 5 belles arches donnant sur un panorama splendide de la Green River rive ouest.

Cette rando reste un très bon souvenir pour nous.

Trail de 2h15 en A/R



Crocodile Rock



Five Hole





Green River



Nous partons dans la région de San Rafael Swell avec son canyon de Little Wild Horse très prisé pour 3 raisons essentielles: il est facile d’accès, amusant et beau.

Of course, nous y croiserons beaucoup de touristes mais il vaut le détour.

Sans faire la boucle complète nous y resterons 2h en A/R.



Arrivés à Goblin Valley State Park la chaleur nous suffoque, l’air est irrespirable et notre balade à travers ces étranges créatures y sera écourtée.



Allez, allez on se ressaisit… et on se rattrape vite avec Crack Canyon pour lequel nous avons littéralement craqué tous les deux. Histoire de feeling !

Quelques difficultés à trouver la bonne piste me pousse à vous donner une indication:

Sur la Temple Mt Road laisser sur votre gauche la route pour Goblin Valley & Little Wild Horse Canyon continuer tout droit et compter environ 2 miles de cette jonction à celle de Crack Canyon prendre alors à gauche la piste menant au waypoint du parking indiqué sur ouestusa.

Le trail jusqu’à l’accès au site est sans intérêt juste un peu d’escalade et de repère avant de se jeter dans le Crack Canyon. 2 h en A/R (on marche le temps qu’on veut dans le canyon)

Un extraordinaire travail d’Erosion nous projette des années en arrière, certainement des millions d’années de labeur avant cet incroyable résultat. La roche est creusée de toute part, de nombreuses cavités - des p’tits trous, des p’tits trous encore des… et des passages tunnel façonnés et modelés par les pluies torrentielles et l’écoulement saisonnier de l’eau.

Sensationnel !





Le 5 Juin

CLARET CUP CACTUS Echinocereus Triglochidiatus & ASTER Erigeron Concinnus

Factory Butte nous était totalement inconnu avant sa découverte dans le carnet de Mokalkhi – merci pour le petit détour vers ce colosse nuancé de gris et d’ocre, posé sur son tapis fleuri jaune.



Si, si .. le tapis est bien jaune !



Puis à l’approche de Capitol Reef en venant de Hanksville mon émerveillement est à son comble, j’ai encore droit aux petites moqueries de Patrick m’imitant « Oh ! c’est beau »

Ces dômes rocheux aux teintes douces se déclinant du rose au violine surplombant le blanc cassé/beige me surprennent et me scotchent sur place le temps de m’imprégner et d’imprimer dans la case mémoire.



Pourtant le sentier de Cassidy Arch nous attend et son dénivelé annonce déjà le ton , nous approchons de l’arche en bufflant.

Grimpette de 2h30 en A/R, nous l’avons prolongée en poussant de 2 miles vers le Cohab Trail.

Le Waterpocket étant le lieu privilégié de refuge du hors- la- loi redouté et de sa bande de malfrats. Pas vu, pas pris…



Vers 16h un petit passage au Visitor Center de Capitol Reef où les rangers nous confirment ce que nous pensions déjà : tout est OK ! L‘état de la piste et la météo étant les 2 atouts majeurs pour l’accès à Cathedral Valley.

Nous sommes prêts pour notre petite expédition; la traversée de la Fremont River ne pose aucun souci vu son faible débit et sa profondeur.

Juste après le gué nous apercevons un 4X4 stoppé et un homme filmant notre traversée.

Ni une, ni deux nous faisons connaissance avec Serge et Elina, 2 américains ; nous bavardons slowly very slowly vu notre épouvantable anglais et échangeons nos E-mail pour l’envoi de la vidéo .

Serge, jusqu’à ce jour n’a pas tenu sa parole… Soit, nous sommes très patients, Serge !

Je vous laisse admirer ces fabuleux déserts où ne poussent seulement que quelques éparses mais somptueuses cathédrales dans un décor de rêve.

Lower South Desert Overlook



Vues du primitive campground : Cathedral Valley Overlook

Un vrai délice ! A la tombée de la nuit...

Une nuit au primitive campground largement inspirée par vos suggestions. Thanks à Fred, Kashtin et Krikri

Sunset, Sunrise…Satisfaction, Stupefaction...

Waouh! Du campground et à ma grande stupeur naïve nous devinons les contours de Factory Butte ! Encore, Elle !

Le 6 Juin

PRICKLY PEAR CACTUS Opuntia Phaeacantha

Réveil très tôt… sunrise oblige… puis nous entamons notre retour par la Caineville Wash Road, nous trailons 1 petite heure aux Monoliths puis un arrêt quasi obligatoire s’impose aux Temple of the Moon & of the Sun et son Glass Mountain pour lequel je suis interrogative.

Comment cet amas de mille morceaux de verre imbriqués les uns dans les autres (gypsum) a-t-il pu se former et qui plus est, parader à cet endroit stratégique ? Encore un Grand mystère de l’Ouest… Encore une vue de toute beauté sur Capitol Reef



Un petit bonjour au Visitor Center du parc et nous nous préparons maintenant pour la rando de Sulphur Creek qui est une one way.

Nous laisserons donc le véhicule sur le parking du Visitor Center mais il nous faut trouver un conducteur allant vers Torrey et voulant bien nous déposer en face de Chimney Rock, départ de notre trail.

Après 2 ou 3 tentatives avortées (beaucoup partent dans l’autre sens) je m’adresse à une jolie américaine qui accepte d’emblée la proposition. Ca tombe bien ils y sont allés la veille et nous livrent quelques conseils pour bien appréhender les waterfalls.

Nous descendons dans le lit de la rivière, la Sulphur Creek, elle vient grossir la Fremont River à Fruita.

Le trail consiste à suivre le cours d’eau et à contourner les obstacles, 3 cascades de 2 à 3 mètres de hauteur environ . Difficilement négociables même avec les recommandations de notre américaine, elles nous font hésiter et réfléchir…



Fort sympa, je vous confie la solution aux énigmes : les 2 premières cascades se descendent par la droite et la dernière à son départ par la droite et après un saut de biche au-dessus de la cascade vous serez alors à sa gauche longer la falaise et les efforts sont presque terminés pour rejoindre le Visitor Center.

Une des randonnées préférées de Patrick…

Le trail est fun presque toujours les pieds dans l’eau mais assez acrobatique, des senteurs florales s’échappent du Russian Olive et aiguisent mon odorat très fin et me rappelle l’odeur de notre mimosa.

RUSSIAN OLIVE Elaeagnus angustifolia

Le 7 Juin

GLOBE MALLOW Sphaeralcea Parvifolia & NARROW LEAF YUCCA Yucca angustissima & BRIDGES PENSTEMON Penstemon Rostriflorus

Nous quittons Capitol Reef avec le regret et la sensation de ne pas avoir approfondi notre connaissance du parc.

En sortant de la piste de Cathedral Valley...

Soit, nous piquons vers Escalante et le GSENM en suivant le WaterpocketFold et sa gigantesque déchirure sur plus de 100 miles. Les lacets des Switchbacks me transportent déjà, je suis subjuguée et le serai encore plus devant Stricke Valley Overlook même après une 3ème fois…

Ici, The Notom Road



Puis les Switchbacks



Toujours saisissante et énigmatique cette pliure tectonique aux mille couleurs , superposition de couches rocheuses colorisées et les Henry Mountains se dressent fièrement en arrière plan de peur d’être oubliés de notre champ de vision.







La Wolverine Loop nous offre ses forêts boisées où cohabitent pins pignons et genévriers ; nos regards sont captivés par les étendues de champs aux teintes orangées.

Les Globemallow se pavanent sans retenue et à notre plus grand plaisir. Pas mon Spartiate, vous dis-je ! Les Globemallow… Il vient de perdre son image de marque, son bouclier et sa sarisse! S'en remettra t-il un jour? Suite au prochain épisode...



Nouvelle explosion de teintes ..Inespérées.. Inattendues…au détour de la Wolverine Road

Le 8 Juin

LUPINE Lupinus Caudatus & NARROW LEAF YUCCA Yucca angustissima & BRICKELLBUSH Brickellia longifolia

Nous roulons le long de la Hole in the Rock et nous descendons dans le wash Dry Fork & Coyotte Gulch; nous enchaînons les 3 slots canyon en enfilade en commençant par Dry Fork le plus à gauche histoire de ne pas le désavantager, juste une petite incursion de ½ mile.

S’ensuit le Peek-a-boo en A/R et son entrée acrobatique et l’on distingue de suite ses 2 belles arches ocres et rougies par la lumière du jour perçant dans le slot canyon. Trop Top !

Se hisser, se pousser, s’entraider, s’agripper, se glisser… Très sportif et très beau le Peek-a-boo et bien sûr assez fréquenté.

Nous terminerons par Spooky dont les parois sont criblés de picots noirs, il est extrêmement étroit et sinistre, il y fait sombre et là anybody.

Se faufiler, se désarticuler, rentrer le ventre ou le poitrail et s’adapter aux formes de la paroi pendant quelques mètres juste pour satisfaire la curiosité du lieu... des entrailles du Spooky





Et la journée se poursuit, nous continuons sur la piste Hole in the Rock vers le sud, elle est interminable, cassante et accidentée à sa fin.

Pour atteindre le trailhead de Broken Bow Arch prendre à gauche la CO 276 (seule indication) par le Willow Gulch trailhead. Compter 3 h en A/R.



Une fois dans le canyon la randonnée est très sympa, nous zigzaguons parmi les saules et autre végétation au gré du ruisseau; puis nous atteignons la fulgurante et jolie courbe de l’arche Brocken Bow. J’étais loin de m’imaginer une telle beauté et massivité dans ce coin si reculé. Quelle magnifique surprise !

Sur le retour, un ru m’attire, je m’agenouille pour y tremper casquette et visage et là surprise, je suis interloquée : 1.. 2.. 3… écrevisses …barbotent à cet instant sur le cours d’une fontaine naturelle d’eau. J’hallucine ou quoi !

Etonnement, puis splatch à l’eau, la Lolo.. c’est bas l’eau… Fous rires à gogo..

Petits conseils pour une journée comme celle-ci : - le 4X4 sans être 4WD doit être obligatoirement high clearance sans aucun doute - Ne pas négliger et plaisanter avec les réserves d’eau (3 L /personne minimum), la chaleur est extrême

Et voilà, le projet de passer la nuit dans le 4X4 s’amenuise petit à petit : nous manquons misérablement et bêtement d’eau, si nous prenons en compte que le lendemain nous envisageons Neon Canyon & Golden Cathedral.

Bon, d’accord je vous donne des conseils en eau …. mais c’est de bonne augure !

Décision finale: Nous faisons une halte à Dance Hall Rock (là, où nous devions dormir), très bel amphithéatre de grès rouge, lieu de repos et de danse des pionniers, que nous arpentons nu-pieds en soirée en contournant les potholes (énormes trous clairsemés d’arbre isolé) puis nous passons la nuit à Escalante.

Très sage …comme solution finale !



L’accès à l’arrière du Hall



l'arrière du décor



Le 9 juin



La rivière Escalante et son Neon Canyon nous réserve ici une petite perle, la Cathédrale d’Or, elle brille de mille feux sous le soleil …tout en mouvance …mais avant nous devons y laisser quelques gouttes de sueur.

« Suivre le cap du Round Dome » OK, Philippe! Aucun souci !

sauf que nous suivons les traces du trail Fence Canyon sans bien sûr descendre dans le canyon.

L’expérience malheureuse de Krikri et Hervé nous revient en mémoire et nous en dissuade. Non, aux Deer Flies (les taons sont voraces et n’épargneront personne !)

Nous restons sur le Rim de Fence Canyon. Très joli ! Aucun regret même avec la rallonge en miles ! Nous devons absolument trouver le passage dans les dunes de sable. A droite, toute !

Ca y est nous y sommes ; nous nous créons un point de repère et jetons notre dévolu sur 1 pin rabougri mais bien repérable pour le retour.

Maintenant, nous nous frayons notre chemin dans la végétation d’arbustes à l’approche de la rivière presque en face du défilé Neon Canyon mais l‘Escalante est bien trop profonde, trop de débit et les berges ensablées sont infranchissables.

Nous cherchons encore puis bifurquons sur la gauche pendant environ 100 mètres et là nous pouvons la traverser sans aucun risque et se faufiler à travers une végétation identique jusqu’à l’entrée du Canyon.

Invités par le chant harmonieux des oiseaux nous avançons comme happés et nous sentons une arrivée en apothéose . Les falaises de grès rouge sont zébrées comme entachées de vernis noir contrastant avec le vert tendre des arbres à coton.

Merveilleuse et enchanteresse Golden Cathedral … Une grotte géante percée de 2 grands trous permettant aux rais du soleil et de la lumière de se refléter dans une étendue d’eau verte.

La magie du lieu se bonifie avec les effets divers et variés tels un stroboscope sur la voûte lors d’un jet de pierre dans l’eau.

Incroyablement pittoresque , un spectacle naturel en Or à savourer seuls presque religieusement.

Séquence Emotion avec:

Effets prodigieux de stroboscope et de kaléidoscope sur la voûte de Golden Cathedral









Petits conseils: - la piste est très cassante, 4x4 high clearance obligatoire - le trail est exigeant, exténuant à cause des T° élevées et de la marche dans le sable - 7 h en A/R . Le Camelback d’une contenance de 3 litres était juste pour moi ce qui a conforté notre sage décision de la veille. - notre trail le plus difficile du séjour.

Le 10 Juin

SPIDERWORT Tradescantia occidentalis & PRICKLY PEAR CACTUS Opuntia Phaeacantha

Un gigantesque cratère de volcan débordant de sable dont la couleur Sahara (de mon invention !) s’harmonise parfaitement aux teintes rose/blanc cassé des roches incurvées lui servant de mur-forteresse et le protégeant des agressions extérieures.

Les paysages sur la 2ème partie du trail sont magnifiques, les vues s’étendent à perte de vue sur la région des canyons formés par l’Escalante River.

Le soleil, aujourd’hui encore (13 ème jour sous ses rayons) nous inonde de sa lumière et de ses rais brûlants.

The Volcano est un site très atypique et nous confère une impression d’irréalisme ou de s’être trompé de planète.

La marche se fait en 5 h en A/R et demande une orientation au GPS pour une 1ère approche.

Conseil: 2 solutions s’offrent à nous en longeant et en se repérant à la falaise sur la droite - On l’effleure et on marche alors sur du slickrock la plupart du temps - On randonne plus sur la gauche et on grimpe et on dévale une multitude de sablons/dunes comme des montagnes russes.

Souvenez-vous, je préfère le pied ferme sous la chaussure aussi nous choisissons la 1ère option, elle me plait bien.

Prendre toujours le cap de cette vue ressemblant étrangement au Volcano mais méfiance…



Ce n’est pas toujours celui qu’on pense... gaffe, ce n’est pas lui …

Alors remonter la barrière de barbelés jusqu’en haut, l’escalader (aucune complication) et là virer de cap... à droite toute…

Environ 1 H plus tard nous distinguons la lèvre supérieure du volcano et arrivons devant le beau précipice. Des rafales de vent nous dissuadent de descendre dans les abysses du volcan par les petites marches creusées dans la roche. C’est tout de même assez vertigineux et impressionnant !



Nous sommes déjà comblés par le lieu et le spot. Merci, Marie.



Don't disturb... my Spartiate prend les mesures du Giant et voici ses conclusions: 25 m de profondeur et 30 de diamètre

Pas encore finie cette journée !

Arrivés au parking du trailhead de Upper Calf Creek Falls, nous entamons la descente sur un terrain pierreux dont le dénivelé négatif est important.

Pas le pied !!!! et c’est peu de le dire ! Mes orteils sont douloureux comme une sensation d’étau en bout de chaussure. Je dérape.. mon corps parle... et n’en peut plus pour ce jour-là.

D’un commun accord, nous stoppons l’aventure et vivement le surplus de repos à Escalante !… Bien joué la Lolo !!

Le 11 Juin

YELLOW EVENING PRIMROSE Oenothera flava & COLUMBINE Aquilegia micrantha & EVENING PRIMROSE Oenothera pallida

Revigorés, nous débutons la matinée avec la balade très reposante

de Willis Creek, prenant sa source dans le parc de Bryce Canyon

et affluent de la Paria River.

Le slot Canyon se caractérise par son cours d’eau aux eaux transparentes sinuant dans les gorges étroites de grés et de calcaire, agrémenté de beaux spots.

La T° a baissé, il se dégage une note de fraîcheur et une atmosphère calme et apaisante.







La rencontre fortuite avec des cavaliers nous surprend mais accentue la bonne note dédiée à ce trail.

2 h de marche… enfin, comme dans de nombreux canyons, libre à vous de marcher le temps désiré..

Tiens ! et si on allait saluer la Grovenor Arch située au nord de la Cottonwood Road, elle n'est vraiment pas loin d’ici.

L’arche ne parvient pas à se détacher du ciel bien tristounet, ses couleurs manquent de panache alors que le ciel devient très menaçant au sud de la piste vers Page.



Nous quittons la Cottonwood Road tout en sachant que nous la retrouverons mais côté sud lorsque nous serons à Page.

C’était mal vu…. car nous ne pourrons le jour prévu la faire par manque de temps !!! Adieu le Yellow Rock (m’en fiche, déjà arpenté en 08)

Patrick, lui non...

Aussi, il sera sûrement relisté car du coup nous ne connaissons ni l’un ni l’autre la partie colorée de la Cottonwood Road et sans aucun doute je referai le Yellow Rock avec beaucoup de plaisir… partagé !

Patrick s’émerveille , normal nous nous approchons en douceur de Bryce Canyon et nous y voilà ..

Moi, je suis dépitée après 3 années consécutives… plus de magie plus de sensation de la découverte...

Est-ce possible de devenir insensible à la beauté de ce Canyon ? Ce sentiment me gêne.

Un regain d’espoir devant Bryce Point & Sunrise Point, mes 2 points de vue préférés.



Un manque d’enthousiasme et la pluie qui maintenant tombe en averses intermittentes nous incitent à faire l’impasse sur le Peekaboo Loop.

Désolé, Bryce !!!!!!!



Pourtant tu te décarcasses, à en voir ta végétation s’enraciner pour préserver le site !!

Le 12 juin

PENSTEMON Penstemon eatonii & ASPEN Populus tremuloides & ENGELMANN SPRUCE Picea engelmannii

Des millions d'années d'érosion et de soulèvement ont sculpté cet immense amphithéatre de couleur pourpre mordorée

Le Cedar Breaks NM est très fascinant sous sa parure semi hivernale, ses parois de terre rouge sont drainées de coulées neigeuses blanches, quelques épicéas se dégagent de l’épaisseur nuageuse et cotonneuse; les flocons tombent maintenant puis se transforment en pluie fine.

Contraste saisissant des teintes… sur Sunset View







Nous sommes transis de froid, en 2 jours la température est descendue de 26° (de 29° à 2,8°). La contemplation du Sunset View sera intense et de courte durée et nous préférons traîner nos galoches au sec. Adieu, Spectra Point et son Ramparts Trail !

Nous traversons tour à tour la forêt nationale de Dixie plantée de sapins, d’épicéas et de trembles puis des régions de lacs - Panguitch Lake et Navajo Lake – nous apprécions beaucoup la diversité des paysages; la pluie a cessé, les nuages plus tenaces s’accrochent en fond de ciel.

L’entrée East de Zion National Park par l’UT 9 (Mt Carmel) est jalonnée de formations rocheuses arrondies, striées dont les vues sont spectaculaires. La route étroite et sinueuse alterne entre de nombreux lacets et tunnels. Décidément , Zion NP m’a séduit en 08 et là il me le rend encore; nous sommes sidérés par tant de splendeur jusqu’à en oublier de photographier !

Heu… autre excuse, il est difficile de se garer… c’est balot !

Le temps variable oscille entre pluie et rais timides du soleil explosant alors les rouges du grès Navajo et les verts arbustifs.

La Virgin River, petite rivière tranquille en vallée, prend sa source à 2600m d’altitude et se jette dans le Colorado 1500m plus bas avec difficulté et force de caractère au regard du Zion Canyon très profond et creusé depuis des siècles et des siècles.

La mauvaise météo nous barrera la route, aucun shuttle ne circule ce jour jusqu’au Temple de Sinawava d’où nous devions rejoindre le trail The Virgin Narrows.

Nous nous consolons au Visitor Center en obtenant nos permis pour The Subway, gagnés 3 mois plus tôt à la loterie sur le Net.

Les prévisions météorologiques sont favorables pour le lendemain: nous jubilons

Le 13 Juin

HORSETAILS Equisetum hyemale & COLUMBINE Aquilegia micrantha & SHOOTING STAR Dodecatheon pulchellum

En route par la Kolob Terrace Road et plus précisément pour le trail par la partie basse des abords de la rivière Left Fork North Creek que nous remonterons...

La partie haute est réservée au canyoning , elle est nettement plus technique et hors de nos compétences physiques.

Les 2 options au final débouchent au fond d’un canyon dans « The Subway »

J’ai adoré cette rando et ne peux m’empêcher d’en vanter les mérites rarement signalés ou décrits et laissée pour compte au détriment du point d’orgue final

et pourtant... Ma préférence à moi !

De-ci, de-là nous ondulons au rythme de la rivière, nous esquivons les rochers puis traversons le cours d’eau pour atteindre l’autre rive

Nous alternons escalades, glissades, évitements d’obstacles...

les berges quant à elles s‘enorgueillissent d’une végétation très riche et florissante – des sous-bois de fougères, diverses variétés d’érables – puis de part et d’autre nous serpentons entre un tapis de verdure ou de fleurs ou de roseaux érectiles.

HORSETAILS Equisetum arvense & Equisetum Hyemale

RED MAPLE Acer glabrum &Wood Fern & Grassfern

SHOOTING STAR Dodecatheon pulchellum

CARDINAL MONKEY FLOWERS Mimulus cardinalis Thanks à Pascale, alors!

La température de l’air est clémente 20°, un temps idéal pour la marche.

Des senteurs parfumées nous chatouillent le bout du nez, mélange tout en douceur d’odeurs agréables de pin, pain d’épice et anis.

Nous suivons presque à la lettre les traces laissées par les piétinements des randonneurs évitant ainsi l’accumulation de fatigue; la rando s’avère longue et difficile…

Elle a beau me plaire, faudrait pas en rajouter tout de même !

Surviennent alors, à petits pas de velours, les 1ères cascades..

Plus haut, elles s’élargissent, prennent de l’aisance et enfin toute la largeur du Left Fork North Creek.

C’est beau, très joli



Les eaux transparentes se déversent sur les terrasses de grès rouge, les arbres et épicéas arborent leur nuance de vert allant de l’acidulé au malachite et au vert sombre et profond du sapin.

la rigole naturelle annonciatrice de l’arrivée au fabulous SUBWAY

La végétation est luxuriante et rafraîchissante, ici .

En amont, elle y est absente, l’environnement devient froid… un souffle glacial nous surprend juste à l’entrée du tube… du tunnel… de la bouche de métro…

… du SUBWAY, quoi !..



Des teintes métalliques et plombées colorent la roche en contraste avec les eaux bleutées et cristallines des piscines naturelles …

En rêve !!! Oh ! la menteuse..

Les orages et les pluies de la veille en ont modifiés à coup sûr l’aspect et la tendance artistique.

L’eau est brouillée, beigeasse, hésitante.



Nos pieds sont glacés et se crispent, tant pis pour eux…. nous profitons de cet endroit sublime enveloppé d’un halo de mystère.



Trail de 6 heures en A/R.

Surtout ne vous engouffrer pas « sauvagement » dans The Subway sans profiter pleinement des avantages de la Nature de ce trail…. !

Nous prolongeons la journée et suivons plein nord la Kolob Terrace Road (conseil de Philippe) sur environ 10 miles d’où nous contemplons les belles vues jusqu’au Lava Point Overlook et au-delà…

Le 14 juin

Lizzard & Cactus

Après une halte ravitaillement à Spingdale en prévision de notre nuit au Atlatl Rock campground, nous filons vers les Kolob Canyons Viewpoint puis vers Red Cliffs d’où nous sommes refoulés pour cause de travaux et impossible même en forçant le passage pourtant nous étions pratiquement arrivés au but…Grrr..

On brûle …on brûle… à l’approche du Valley of Fire , State Park attenant à la rive ouest du Lake Mead où se jette justement la Virgin River et tant d’autres cours d’eau et rivières

et la rencontre avec le Colorado a lieu ici, quand même !

Nous patientons à Overton: trop, trop chaud à l’extérieur…. et trop, trop froid à l’intérieur (genre Mac Do). Encore un des paradoxes de nos amis américains !

Vers 17h, nous osons nous jeter dans la braise de Valley of Fire à la découverte de Elephant Rock juste en bordure de route, superbe mimétisme à l’animal.



Fusion de la Roche ….

EVENING PRIMROSE Oenothera caespitosa

Une fois de plus nous nous stimulons pour nous extraire du 4x4 climatisé et trailer à la recherche de Fire Canyon que nous pensions être

ceci

alors que nous voyons

celà

.... après 1 h en A/R de marche à en suffoquer. Petite déception…

Rainbow Vista nous gratifie de ses splendides vallons et rochers aux multiples formes et teintes surtout au sunset mais auparavant nous nous baladons dans Whites Domes ... trail de 1h en Loop avec une diversité de paysages incroyables: falaise blanche, canyon, petites arches, rochers aux formes étranges taraudées par les temps, et vues très colorées. Flamboyant en soirée.





Retour vers Around Rainbow Vista et là nous capitulons – seating d’1h – admiratifs et en contemplation devant le spectacle du sunset. Les roches s’embrasent, s’enflamment tout près de nous tandis qu’au loin des images quasi-hallucinatoires, fictives miroitent dans notre fonds d’œil ou bien est-ce juste notre imagination /imaginaire en recrudescence … Trop beau !

Tout près….



Et au loin …



Valley of Fire est à son paroxysme à la tombée de la nuit ; elle dévoile son secret de façon ostentatoire à ce moment-là.

Oui , nous dégustons avec délice ce gâteau géant aux mille couleurs dégoulinant de nuances somptueuses - des jaune, rose, mauve, violine, vert/gris, chocolat, terre de sienne – Variations



Cette dégustation fine et savoureuse annonce une douce nuit étoilée au campground Atlatl Rock où la douche coulera à flot pour notre bien-être corporel.

Ah ! j’oubliais de vous préciser en guise de dégustation non imagée celle-ci, il s’agira seulement de sandwichs bien américains et de quelques fruits à se mettre sous la dent ! ! Notre paradoxe, à nous, celui-ci !

Le 15 juin

CATCLAW ACACIA Acacia greggii entouré de CACTUS Opuntia polyacantha

La matinée commence par le déchiffrage du panel d’art indien sur l’Atlatl Rock et nous suivons le Scenic Loop à la recherche de Arch Rock, Piano Rock et plus loin Panorama Rock.



Une triste nouvelle est tombée susurrée par Philippe lors de notre rencontre à Moab: l’ Ephemeral Arch n’existe plus.

Si fragile, si éphémère qu’elle n’est plus et ne sera plus jamais... elle a chuté une certaine nuit de fin mai 2010.

Soit, ma curiosité insatiable me titille, je formule:

- Et si nous allions en voir les vestiges ?

Regard interrogatif de Patrick ..

Serait-elle devenue folle ?

WHY ?

Avant le 31 mai

WHY NOT ?

Après le 31 mai

Let’s go…

Rando d’ 1 h 15 avec la hantise de revenir bredouille et c’était sans compter le côté organisationnel américain... Un panneau indiquant l’info était bien évidemment planté au sol, il nous restait juste à lever le bout de nez pour faire l’état du lieu et la constatation suivante: ce trail risque fort d’être déserté sans Ephemeral Arch.

Nous quittons le désert de Valley of Fire pour Colorado City et le trail de Watercanyon.

Très appréciable cette randonnée d’1 h en A/R , un peu de fraîcheur et de végétation avant d’apercevoir



ce joli petit canyon que j’aime surnommer « le petit Subway » et ses cascades.



Puis sur le chemin du retour, nous assistons à la baignade façon mormon.



Très surprenant ! Comme une apparition au pays des Elfes..

Nous reprenons la route vers la région du Vermilion Cliffs où l'on s'attardera à Old Paria par la piste signalée par l'indication "Paria Townsite".

Tout le plaisir est pour nous... c’est un régal de plus, les couleurs -violine et crayeux- sur la roche nous ravissent, des rubans aux tons dégradés sont posés les uns sur les autres sur une enfilade de montagnes... avec copie conforme en face et sur des dizaines de miles.



Allons vite chez Susan et Steeve chez qui nous passerons 3 nuits au B&B Outpost of Paria

Point de Susan mais un gentil mot collé à la porte avec les recommandations d’usage

... Rencontre fortuite avec deshawn de VF . Discutaillons... il est seul et a besoin de compagnie...

Tiens, me voici arrivée à la moitié du voyage (J 15)... je passe donc la main à Patrick pour la bonne parité/équité dans le couple !!!!! D’ac les filles ! Bali-Balot !

Et bien sûr à très bientôt....
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