A la lecture de tous vos posts, des tas de souvenirs me reviennent en mémoire. Surtout des bons !
J'ai accompagné et guidé des voyages organisés depuis la
Suisse vers l'URSS de 1981 à 1990, à raison de trois-quatre fois par année, entre une et trois semaines. A l'époque, c'était le moyen le plus simple de s'y rendre, le visa était facile à obtenir via l'agence de voyage.. Nous étions chaque fois "encadrés" par un/une guide d'Intouriste, et de durables amitiés s'en sont suivies, qui durent toujours d'ailleurs.
Le plus important, c'était de bien comprendre les systèmes en place pour pouvoir bien vivre son séjour, sans râler ou être frustré, puisque tout était planifié, organisé, compté, pesé à l'avance (jusqu'au grammes du fameux caviar auquel les touristes avaient droit au moins une fois). Modifier quelque chose dans le programme équivalait à un exploit... qu'il n'était pas trop difficile de réussir lorsque le/la guide avait une attitude coopérative. Nous n'avons heureusement jamais rencontré de problèmes sérieux qui n'auraient pas pu se résoudre avec un peu de bonne volonté. Le plus difficile, c'était d'expliquer le système soviétique, l'économie planifiée, aux gens du groupe... qui avaient l'habitude du client "qui est roi" puisqu'il a payé ! A la fin du séjour, la plupart avaient compris et trouvaient l'expérience intéressante.
J'ai ainsi pu visiter toute la
Russie, l'
Ukraine, les Républiques d'
Asie centrale, y compris plusieurs fois la Sibérie en hiver, avec fêtes du 31 décembre au bord du lac Baykal. Des moments inoubliables !
Bien sûr, il y a une foule d'anecdotes à raconter sur toutes ces années. En mémoire: les trajets de Léningrad à
Moscou en train, avec le gardien du wagon qui maintenait le samovar en marche toute la nuit. Les grandes balades dans Léningrad, Petrodvorets, les résidences d'été des anciens nobles, les musées (surtout celui des "curiosités de Pierre le Grand), les spectacles du Cirque de
Moscou, du Kirov, du Bolchoï, les rencontres avec les musiciens de l'Opéra de
Novosibirsk, avec des étudiants de français et d'allemand, heureux d'actualiser un peu leur vocabulaire.
Mais un moment me reste particulièrement présent: la Place Rouge à minuit! En arrivant à
Moscou en fin d'après-midi, après l'installation à l'hôtel Rossia et le repas du soir, je proposais à ceux qui n'étaient pas trop fatigués de m'accompagner sur la Place Rouge pour assister au changement de la garde d'honneur devant le Mausolée de Lénin, grande cérémonie qui a lieu à midi et à minuit, même en hiver. Donc, vers 23h45, nous arrivons sur la Place Rouge, totalement vide, il fait très froid, parfois il neige un peu, le drapeau rouge sur le Kremlin flotte au vent (il y a une soufflerie dessous !) et quelques lumière illuminent le Goum. A moins cinq, une femme sort de la grande porte avec une brouette pleine de sable, une pelle, et commence à jeter du sable sur le "trottoir" gelé au pied du Kremlin. Au premier son de cloche de minuit, porte gauche, quatre militaires sortent, en formation, fusil à l'épaule, et avancent au pas prussien jusqu'au Mausolée. Là, les deux officiers donnent les ordres qui conviennent, les deux soldats (spécialement sélectonnés à cet effet, un honneur à l'époque) se placent de chaque côté de l'entrée du Mausolée, un officier leur redresse le col jusqu'au oreilles pour qu'ils n'aient pas trop froid... puis les officiers et les deux gardes relevés repartent au pas prussient direction la caserne du Kremlin, sans un regard pour les spectateurs. Le tout ne dure pas plus de 10 minutes... parfois, nous avions l'impression d'avoir rêvé, tant l'ambiance paraissait irréelle. (La relève se fait ensuite toutes les heures, mais sans tout le cérémonial). Ceux qui avaient assisté à ce moment spécial étaient tout de suite dans le bain...et les discussions autour d'un thé chaud pour reprendre nos esprits avant de nous coucher allaient bon train. Une première occasion de démanteler quelques préjugés.
Malheureusement (pour moi !), depuis 1991, les voyages organisés ont été remplacés par du tourisme individuel. Mais ce sont maintenant mes amies russes de l'ancien Intourist qui accompagnent des voyages de compatriotes vers les pays de l'Ouest... nous pouvons donc nous retrouver de temps en temps. J'ai gardé le souvenir de Lara, la première fois qu'elle est venue en
France après le changement de régime... la première fois qu'elle a visité le Louvre, les larmes aux yeux, tellement elle en avait révé sans s'imaginer que son rève se concrétiserait un jour. Un moment de bonheur très spécial que j'ai pu partager avec elle...
Voilà pour aujourd'hui !
Marianne