| Faits divers... ou d'hiver Intrankil · 22 décembre 2015 à 21:56 7 messages · 2 participants · 946 affichages | | | | 22 décembre 2015 à 21:56 Faits divers... ou d'hiver Message 1 de 7 · 946 affichages · Partager Equateur – Cotopaxisme
L'écran diffuse en boucle des images froides, défilé de turbulences électriques et de flashs phosphorescents. Il se tient devant la vitrine du magasin d'électroménager et fixe le téléviseur, hypnotisé, aspiré par le spectacle des microparticules laser qui s'agitent pour donner naissance à des aurores boréales aussi fugaces qu'artificielles. Les images dissipent un instant le sentiment d'oppression dû à l'orage. Une heure plus tôt, avant que la pluie torrentielle ne s'abatte sur la ville, tout n'était que moiteur et torpeur.
Son regard descend alors vers le coin droit de l'écran. Il lit les données affichées. Il se demande si le fuseau horaire est le bon. Non seulement l'heure, mais surtout la date, est celle à laquelle il aurait dû se trouver dans l'avion. Il ne porte jamais de montre. C'est pourquoi il pousse la porte de la boutique et se renseigne : est-ce lui ou le téléviseur qui est mal réglé ? Le vendeur lui confirme que les horloges des appareils sont ajustées à la milliseconde près.
Il se prend les pieds dans le tapis en sortant, un peu sonné par la nouvelle. Sans perdre une minute, il appelle sa femme pour la prévenir. Il a raté son vol, ce n'est pas la peine qu'elle l'attende le lendemain matin à l'aéroport. Elle s'esclaffe, de sa voix qui monte si divinement dans les aigus, mais précise qu'elle ne le croit pas, lui demande d'arrêter de faire le pitre, ses canulars sont éculés, il les a déjà tous faits. Il insiste, il a effectivement passé l'âge des blagues plus grosses que le Cotopaxi, mais cette fois, il a vraiment "merdé", en outre, il n'a pas de temps à perdre, il lui reste à prévenir son patron qu'il ne prendra pas part au board-meeting du lendemain et à trouver une place dans le prochain vol vers Francfort.
En composant le numéro du directeur, il envisage plusieurs discours et opte pour celui de la sincérité. Aucun autre scénario plausible ne lui vient à l'esprit. | | | À: Intrankil · 22 décembre 2015 à 21:59 Re: Faits divers... ou d'hiver Message 2 de 7 · 942 affichages · Partager Sicile - Paroxysme
Les jets de lave se sont élevés à près de trois mille mètres au dessus du cratère. Il court cette planète depuis bientôt trente ans, à l'assaut de ses colères, mais par Vulcain, cette éruption est une des plus puissantes qu'il ait pu observer sur l'île ! Le panache de cendres a pris la forme d'une enclume gigantesque. Alors que la veille, le monstre a menacé le ciel, crachant ses fureurs, seuls quelques jets de flammes et de fumerolles persistent. L'aéroport de Catane, qui a dû être fermé vingt-quatre heures, est désormais réouvert. Il est recouvert d'une file pellicule noirâtre comme tout le périmètre alentour.
Pour fêter ce spectacle d'une rare incandescence, et parce qu'il a l'estomac vide depuis presque vingt-quatre heures, il propose à son compagnon, vulcanologue amateur tout comme lui, de faire un petit détour par Taormina avant de prendre le chemin de l'aéroport, histoire de trinquer autour d'un de ces rouges qui ont mûri sous le soleil cuisant de l'île, tellement corsés qu'ils explosent en bouche, et de s'envoyer une la fameuse pizza au mesclun et à la truffe. Kurt-Dietrich, un charme dingue de Viking que rien ne peut entamer, pas même la vieille paire de sandales Birkenstocks qu'il traine dans tous ses voyages, s'y oppose fermement, leur avion décolle dans deux heures. Il insiste.
Une pleine lune de pâte croustillante et une mer de tanins plus tard, il malmène l'embrayage de la Fiat sur le quatre-voies qui mène à l'aéroport. Kurt-Dietrich, dont la religion est la ponctualité, consulte compulsivement les plans de vol sur son smartphone. A un ou deux battements cardiaques près, il est bon pour la syncope et le service des urgences... D'ordinaire lorsqu'ils repartent de Sicile, leur vol a systématiquement du retard. Or là, il est annoncé à l'heure.
Une fois garés, ils s'engouffrent supersoniquement dans le bureau de location de voitures où ils sont connus comme les loups blancs, jettent la clé sur le comptoir Sixt et crient au jeune de permanence qu'ils n'ont pas eu le temps de laver le véhicule, ni de faire le plein, avant de se précipiter vers le guichet d'enregistrement. | | | À: Intrankil · 22 décembre 2015 à 22:05 Re: Faits divers... ou d'hiver Message 3 de 7 · 937 affichages · Partager Allemagne – Stoïcisme
C'est un stakhanoviste de l'optimisme, ce pouvoir mystérieux qui peut transcender une vie pour qu'elle devienne un grand feu d'artifice. Peu importe le degré de noirceur d'une situation, lui la voit en technicolor.
Sa femme lui a fait la veille une scène, que certains n'hésiteraient pas à qualifier de d' Hiroshima de l'hystérie, alors qu'il est rentré à la maison après avoir quitté la station service en oubliant son portemonnaie sur le capot du monospace. Il est repassé à la station dès qu'il s'en est aperçu mais il était trop tard. Ils partent le lendemain pour le Japon où ils ont prévu de passer quinze jours de vacances. Ce n'est donc pas le bon moment de lui annoncer qu'il s'est aperçu, en vérifiant les réservations, qu'il a pris pour la voiture de location le système de navigation en japonais et non pas l'anglais... Il a aussitôt envoyé un mail à l'agence mais a priori, la modification n'est pas possible à la dernière minute.
En attendant, il y a plus important, ils doivent conduire à l'aéroport leur fille aînée, la quinzaine toute en blondeur et baskets Converse. Elle s'envole pour un semestre en Nouvelle Zélande dans le cadre d'un échange scolaire. L'organisatrice leur a donné rendez-vous trois heures avant le décollage au guichet d'enregistrement Lufthansa. Ils habitent à une petite heure de l'aéroport mais, pour une fois, ils prévoient large. Ils ont l'intention de partager un repas en famille à la brasserie du nouveau terminal. La sœur cadette, trop contente de pouvoir squatter tout ce temps l'iPad et l'ordi de la frangine a accepté de faire bonne figure et d'être du voyage. Le petit dernier, haut comme trois bretzels, est coincé dans le siège enfant. Le regard du grand-père, qui sucre pas mal les fraises depuis son accident vasculaire cérébral, part à la dérive quand ils s'embranchent sur l'autoroute. La mamie, une infirmière à la retraite, est aux petits soins pour toute la fratrie sur le siège arrière.
Ils n'ont pas fait dix kilomètres que les voitures qui les précèdent ralentissent en activant les feux de détresse. Un embouteillage n'a rien d'anormal sur cet axe autoroutier qui relie vertébralement le nord au sud du pays. Tout en continuant à siffloter la nouvelle mélodie qu'il vient de composer pour le petit groupe de rock qu'il a monté deux ans auparavant, il se branche sur la radio locale qui fait régulièrement le point sur les conditions de circulation. "Un accident grave impliquant une camionnette, une voiture et un camion s'est produit juste avant la sortie numéro 4. L'autoroute est pour le moment bloquée. Un itinéraire de déviation a été mis en place..."
La grand-mère s'inquiète déjà, c'est dans sa nature, même si elle a enfanté le plus euphorique des optimistes que la terre ait jamais portés. Le grand-père, lui, a l'encéphale trop ramolli pour percuter quoi que ce soit. Le reste de la famille est blindé. Mais force est de constater que rien ne bouge. Le temps passe, les voitures de police et les ambulances défilent à tout berzingue sur la bande d'arrêt d'urgence... La nervosité devient palpable dans la voiture pleine à craquer. Au bout d'une heure, l'hystérie est à son comble, surtout chez la gamine qui entame de se ronger les ongles de la deuxième main.
Il tente de rassurer toute la tribu et dans le même temps branche son cerveau en mode surrégime. Il tapote sur son smartphone ce qui met sa femme hors d'elle, elle pense que, comme à son habitude dans les bouchons, il répond à des mails importants. Le temps passe et il n'ont progressé que d'un demi-kilomètre. A ce rythme là, ils risquent d'atteindre l'aéroport après que l'Airbus ait atterri à Christchurch.
Il déboîte alors sur la droite et roule pépère sur la bande d'arrêt d'urgence jusqu'à la prochaine sortie, ce qui, pour un Allemand respectueux des codes y compris celui de la route, équivaut à un blasphème innommable. Son gps est branché, les nationales et départementales sont surchargées d'automobilistes égarés comme des moutons, mais ils finissent par arriver à une gare isolée dans la pampa. Ils plantent là le papy ultra zen qui les retarderait trop et la mamie qui n'est plus qu'une flaque de larmes à l'idée de devoir se séparer dans ces conditions de sa petite-fille. Le restant de la famille grimpe dans le premier train qui va vers l'aéroport. Ils débouchent dans le terminal réservé à la seule compagnie Lufthansa alors que les derniers ados du groupe enregistrent leurs bagages. Les adieux sont écourtés, la mère se répand elle aussi en torrents lacrymaux.
Il prend sa fille et la sert fort dans ses bras. Il lui demande alors, avec son sourire qui remonte jusqu'aux oreilles, de ne pas oublier de lui rapporter une trompette maori. | | | À: Intrankil · 30 décembre 2015 à 14:28 Re: Faits divers... ou d'hiver Message 4 de 7 · 778 affichages · Partager Il prend sa fille et la sert fort dans ses bras.
A trop lacérer il l'asservit? (Pardon, mais c'était servi sur un plateau  )
Nous servirez-vous encore ces portraits serrés d'un voyageur détaché? Ferez-vous de ces -ismes des isthmes? | | | À: Voyajou · 6 janvier 2016 à 22:05 Re: Faits divers... ou d'hiver Message 5 de 7 · 666 affichages · Partager Début d'année – Méthode Anti-titanisme
Aux dernières nouvelles (l'arrivage est d'hier), votre serviteur (...) va bien. Avec trois quart-d'heure de retard, il est allé récupérer la plus jeune de ses filles à l'école. Transie sous la pluie, elle a fait le forcing sur son portable alors qu'il était en réunion. Il avait complètement zappé que le mardi, c'est son tour de taxi.
Il a encore laissé traîner quelque chose sur le toit de la voiture, cette fois-ci le cartable. Il était sans doute trop pressé de vérifier que sa gamine était bien arrimée, à moins qu'il n'ait réfléchi à la meilleure façon d'amadouer l'ire de sa femme quand elle découvrira sa toute dernière acquisition, une guitare qui lui a coûté une blinde. Une chance que la circulation ait été ralentie. Un automobiliste, au premier feu rouge, l'a alerté avec force gestuelle.
La gosse, elle, en arrivant à son cours de musique, s'est aperçue qu'elle avait oublié son saxo.
(...)
Sinon, vieux mot tard que jamais, hein...
Alors cette liste de "voeux", elle avance ? Moi, chaque année c'est pareil. A force de m'secouer la cervelle dans tous les sens comme une canette d'Orangina, le neurone ressort en pulpe.
Voici donc la mienne (attention, c'est du lourd), pour une vie meilleure, à l'abri des grandes marées ou tout au moins des naufrages genre goémon échoué (ça devrait vous parler, ça) :
1. Voyager plus léger. Renoncer par exemple à emporter plusieurs paires de pompes. De toute façon, c'est jamais les bonnes, même les plus hightech mêlant style et performance. Et en 2016, penser une bonne fois pour toute à sortir canif et autres coupe-ongles du bagage cabine avant d'enregistrer. Ou alors demander une carte de fidélité sur le site Opinel.com...
2. Positiver, tiens, ne serait-ce qu'un millemilliarddecentièmedeseconde... Par exemple trouver un matin calin, quand bien même on vient de se faire éclabousser de fond en comble à l'arrêt du bus qu'on a raté d'une demi-minute, bref slalomer avec légèreté entre les dingueries néfastes qui peuvent plomber le quotidien et trouver un équilibre (exception faite des jours de lumbago)...
3. Avoir (je cite certains textos reçus récemment) :
- de vrais amis... Seraient-ce ceux qui n'y vont pas par quatre chemins pour vous rappeler quand c'est nécessaire à quel point vous pouvez être une gourde susceptible doublée d'une emmerdeuse ?
- des bonheurs simples. C'est là qu'un décodeur serait utile...
- des projets fous. Comme par exemple connaître des bonheurs simples ?
- de belles aventures. Puisse ce vœux être prémonitoire sachant qu'il vient du prof de qi gong devant lequel toutes les copines du cours d'initiation tombent en pâmoison, ben oui moi compris. Bref... sauf qu'elles poussent le zèle jusqu'à verser dans un délire mystique pendant l'exercice du dragon, vas-y que je laisse s'exprimer mon corps énergétique dans des mouvements du bassin d'une souplesse et d'une fluidité toutes animales...
4. Mieux anticiper les lendemains de biture euh... fêtes. Le Sauternes c'est de la merde. Voilà, c'est dit...
5. Rester polie, bordel de merde de foutre à dieu...
6. Ne pas craquer pendant les soldes. Pas plus que pour les offres sur les capsules de sérum anti-âge, intensif, céleste, défatiguant avec effet tenseur immédiat, et aussi revitalisant, illuminant...
7. Concrétiser une rencontre évoquée depuis des lustres. Premiers regards, premières pensées (ah bon, je le voyais plus vieux mais plus costaud, ou alors, ah ben ça, je pensais qu'elle était plus jolie, ou des trucs dans ce genre), premiers sourires, premières blagues, premiers missiles...
8. Profiter d'une plus grande disponibilité passagère pour renouveler l'abo au Canard enchaîné et à Causette
8bis. Continuer à faire confiance aux mots...
9. Accepter le dur constat qu'il y a d'autres êtres humains sur terre... | | | À: Intrankil · 7 janvier 2016 à 21:16 Re: Faits divers... ou d'hiver Message 6 de 7 · 595 affichages · Partager 10. Vair (c'est de saison)
Je me demande s'il est raisonnable, sans même parler d'efficience, alors que vous ne disposez que d'un seul neurone -et encore, réduit en pulpe- de formuler neuf voeux (neuf parce que au gui l'an...?) pour la même année. Au risque d'outrager Sa Magnitude Volcanique je prends la liberté de quelques conseils.
2. Cesser immédiatement les perfusions de Cioran, remplacer par des infusions d'optimistes (ça ne manque pas). 3. Renoncer au Qi gong charismatique qui semble inadapté à votre cas, le remplacer par le Mah-jong. 4. Remplacer les dix verres par dix vers (éviter la poésie orientale dont les haïkus, leur préférer le dizain qui amusa le divin marquis mais aussi Verlaine et Rimbaud). 8bis. Lire Boussole, le dernier Mathias Énard? 9. Voir auprès de la Société Philanthropique si elle peut vous accueillir en l'état.
(...) Bref, revenons à cette attachante famille de musiciens-voyageurs. En attendant le retour de l'aînée avec la trompette maori (a-t-elle mis la main sur le didgeridoo?), la mère au chant (soprano), le père à la guitare blindée et la cadette au saxo fantôme: on stage? | | | À: Voyajou · 8 janvier 2016 à 21:08 Re: Faits divers... ou d'hiver Message 7 de 7 · 529 affichages · Partager Pas d'accord (au risque d'outrager Sa Grandeur Nobelisable). Parcourir les notes et réflexions de Cioran, c'est un peu comme consommer des loukoums à l'arsenic. J'en raffole. Sa noirceur accablante, qui confine au dégoût, est parfois ravissante de mauvaise foi, c'en est désopilant. Ceci dit, aspirant à la modération et l'équilibre (hmm...), je préfère me tenir à distance, autant des hystéries euphoriquo-cuculapralinantes que des misanthropies profondes et autres déchirements de l'âme.
Vu X et Y qui aiment l'argent avec passion, avec fureur. Il est leur dieu. C'est quand on voit de tels forcenés, qu'on comprend quelle grande chose est la non-possession. | Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 7 302 visiteurs en ligne depuis une heure! |