Tiens, une autre couleur dans les rues :
Le Point.fr - Publié le 15/01/2014
Après les chemises jaunes et rouges, un nouveau groupe de manifestants tout de blanc vêtus fait son apparition en Thaïlande. Qui sont-ils ?
De
notre correspondant en Asie, Sébastien Falletti
Les rues de
Bangkok ressemblent plus que jamais à un patchwork. Après les chemises jaunes et rouges, une nouvelle couleur fait son apparition dans les cortèges de la capitale thaïlandaise. Un groupe de nouveaux manifestants s'affichent tout de blanc vêtus, tranchant avec les couleurs arborées par les opposants à la Premier ministre, Yingluck Shinawatra, passés des chemises jaunes au rouge-blanc-bleu du drapeau national. Un mouvement encore clairsemé aux contours flous, qui illustre la complexité croissante de la crise dans laquelle s'enfonce le pays depuis bientôt deux mois. Et incarne le ras-le-bol de certains habitants de la mégapole face à l'impasse politique qui perturbe la vie quotidienne et menace l'économie du pays.
"Respect my vote !" affichent sur leur tee-shirt certains de ces nouveaux venus, en référence au scrutin du 2 février prochain, que l'opposition monarchiste "jaune" a promis de boycotter. "Respectez mon vote !" affirment ces "blancs", qui souhaitent que le bras de fer politique soit réglé dans les urnes et non dans la rue. Une position aux antipodes de celle du Parti démocrate, soutenu par les "jaunes", qui n'aura aucun candidat au scrutin, craignant une nouvelle défaite électorale face aux "rouges" du clan Shinawatra, et qui cherche à paralyser
Bangkok depuis trois jours. Cette attitude légaliste fait de ce nouveau groupe un allié objectif de la Premier ministre sortante, qui appelé à des élections en décembre pour contrer la rue. Yingluck compte sur le vote massif des campagnes pauvres du nord-est pour lui assurer une confortable avance, si le scrutin est validé.
Identité complexe
Il n'en faut pas plus pour accuser les mystérieuses "chemises blanches" d'être un sous-marin habile du gouvernement. "Les blancs sont issus des chemises rouges", affirme une employée de bureau de
Bangkok, qui se décrit comme neutre, mais semble en perdre son thaï : des chemises rouges parées du blanc de l'innocence pour mieux contrer les jaunes monarchistes, reconvertis depuis en rouge-blanc-bleu. Les mystères du royaume du Siam s'épaississent à mesure que la crise politique s'exacerbe.
En réalité, l'identité des "blancs" est plus complexe, et leur destinée politique encore ouverte. "Ils sont divisés en deux groupes distincts. Beaucoup sont issus de la classe moyenne de
Bangkok et sont fatigués de cette crise qui n'en finit plus. Mais le gouvernement y voit son intérêt et cherche à encourager ce mouvement en poussant des chemises rouges à s'y joindre", explique au Point.fr Kriengsak Chareonwongsak, ancien dirigeant du Parti démocrate et chercheur à Harvard. Une instrumentalisation qui pourrait être fatale à ce mouvement encore balbutiant. À moins que le ras-le-bol grandissant d'une partie des habitants ne gonfle encore pour transformer les "blancs" en troisième force centriste, capable de s'interposer dans l'affrontement entre l'opposition monarchiste et les "rouges" pro-gouvernementaux. Ou qu'une nouvelle couleur ne se jette à son tour dans la bataille pour l'avenir de la
Thaïlande...