Le message lapidaire puis “la disparition” de Bougonnette m’ont également donné envie de voir ce film.
Superbe travail de reconstitution sur les décors, très bons acteurs, images travaillées... C’est un très bon film vu sous cet angle. Pas de voyeurisme glauque sur les malformations et pour cause la Vénus hottentote n’est pas “Elephant woman”, elle n’est pas un monstre. Elle possède tout au plus un popotin de bonne dimension mais qui ne fait pas ombrage à ceux de la génération Mac do. Son sexe présente une malformation par un étirement anormal des lèvres. Elle vient en Europe librement et apparemment pour mener une carrière artistique. Le reste, c'est une longue descente aux enfers jusqu'à la prostitution et l'alcoolisme.
Après avoir visionné ce film, j’ai la nette impression que tout ceci n’est en fait rien d’autre qu’une énième et lente convocation de l’homme blanc devant le tribunal de la nouvelle bonté post-coloniale et multiraciale (d'ailleurs ce film est financé en partie par
France 2 et par un institut pour la promotion de la diversité -voir générique)
Pendant près de 3h de ce procès à charges, on empile à satiété des scènes à connotations SM où la pauvre créature est livrée aux turpitudes de la bonne et moins bonne société anglaise puis française. Des exhibitions pleine de ricanements et de pelotages où les femmes semblent de loin les plus à l'aise et les plus entreprenantes. Des orgies de soumission très longues et détaillées où la caméra s’attarde à l’excès et traque les visages des voyeurs et autres partouzeurs. Par la répétition des scènes, parfois je me serai cru dans une production Marc Dorcel qui aurait mal tourné! avec ses décors entre salons feutrés libertins et bordels des bas-fonds. Ce film se veut le miroir réflechissant de la haine raciale, du rejet des différences mais il désigne aussi clairement les coupables!... A la barre des accusés, bien entendu les breveteurs du mot “haine” : l’Occident maléfique se retrouve seul face au reste du monde... Il n'y a rien de bon dans cet Occident, tout est perverti...
A aucun moment la victime ne semble avoir de prise sur son destin. Souvent silencieuse, son visage impressionnant d’abandon, Saartjie Baartman est martyr de bout en bout. Ce chemin de croix conduit la Vénus Hottentote à la sanctification raciale comme femme noire et nationale en Af Sud... (dernière séquence empruntée à des images d’archives).
La réduction historique est largement activée lorsqu’il s’agit de récuser la science et particulièrement Georges Cuvier père de l’anatomie moderne. Celui-ci est présenté comme le mauvais génie des préjugés scientifiques censés justifier la colonisation et la domination de l’homme blanc... c’est pourtant cette même science avec ses grands savants qui en analysant froidement toutes les différences, mettant de côté leur subjectivité qui est à l’origine des gds avancées, permettant à tous aujourd’hui sans distinction de race de bénéficier de bien des progrès. Tout ceci est passé en pertes et profits, renvoyé dans un même moule malfaisant, balayé sous les coups de fouet lancinants et vengeurs de la culpabilité.
J'ai trouvé la démonstration excessive et très sombre dans le traitement du sujet. Au lieu d’invectiver et dresser des actes d’accusation unilatéraux comme la Vénus noire, ne peut-on pas au moment où le vivre ensemble est si difficile à construire parler aussi des choses positives qui existent en chacun de nous?
Après 3 h de crissements et de ricanements, ce film n’apporte pas grand chose, sinon être un miroir déformant de celui qui juge une époque lointaine à travers ses préoccupations du moment.
Ou alors soyons juste à chacun ses coups de fouet : J'espère que ce comité pour la diversité qui est si généreux dans la distribution de ses fonds financera d'autres projets cinématographiques similaires comme la disparition de milliers de femmes blanches pour le bon plaisir des princes arabes, le destin tragique des albinos considérés comme des sorciers en Afrique, les fétiches déformants en Mélanaisie /
Papouasie ou les mutilations volontaires d'enfants en
Inde... bon enfin les sujets de martyrologie sélective ne manquent pas.