"Au vieux fut" est un de ces bistrots parisien comme on en fait plus avec sa déco surannée dans les rouge et jaune délavé avec ses banquettes en vieux faux cuir, son comptoir en bois et zinc derrière lequel trônent encore des bouteilles dont on se demande qui peut bien encore les boire ? Du Byrrh...mais qu'est-ce que c'est que ça du Byrrh ?
Le tôlier c'est Gégé dit "la tombe" parce qu'il a pour habitude de ne jamais l'ouvrir pendant les engueulades qui ne manquent pas d'émailler la journée, mais aussi appelé "la schlague" parce qu'il n'hésite pas non plus à foutre dehors ceux qui abusent un tant soit peu de la gueulante après s'en être enfilé deux ou trois de trop derrière la cravate.
Ici, l'interdiction de fumer n'a pas cours, Gégé n'en a cure, "Qu'ils viennent m'interdire de cloper tiens !" a-t'il coutume de bougonner, quand on aborde le sujet, en secouant le mégot vissé au coin de ses lèvres, ici l'air est lourd et pique les yeux, les non habitués toussent et font rapidement demi tour tout en reniflant leur par-dessus, espérant ne pas être trop imprégnés
Ce jour là, parmi les vieux habitués du comptoir on peut voir M Rhume, un solide bougnat toujours la goutte au nez (et c'est sans doute pas que de l'eau) dont les épaules n'attendent que les sacs de charbon et le gosier ses litres quotidiens de jaja. Mme Béatrice dite Cambrousse, une plantureuse retraitée de province dont on se demande bien ce qu'elle est venu faire à
Paris ? Normalement, les retraités vont de
Paris vers la province et pas l'inverse ! M frédo dit Kujila dit Konichoa qui ne se lasse plus d'exprimer sa fascination pour les estampes japonaises et le bushido quand il a bu un coup de trop, c'est à dire tous les jours, Mme Ehline ou Mumu pour les intimes dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle n'a pas la sobriété du dromadaire...ou alors, celle du dromadaire qui croise un point d'eau après 15 jours de traversée du désert. Il y a aussi Mimi dite la souris, une petite jeune du quartier qui ne bouge pas beaucoup et qu'on appelle la souris juste parce qu'elle aime bien qu'on l'appelle la souris. Mme
Louxor, grande tige toute de noir vêtue planant au dessus de la mêlée où elle n'hésite cependant pas à plonger quand l'envie lui prend et que certains surnomment l'obélisque du fait de sa taille déraisonnable. Il y a aussi M tatra dit "tatralacrème" mais parfois aussi appelé " tatrastrophe" ou "patatras" allez savoir pourquoi ? M Jojo lui, n'est pas au comptoir, il est assis à une table, non qu'il ne soit point un habitué, mais il aime à se mettre en retrait avec son journal et sa pipe devant son ballon et son kil de rouge, il guette la discussion attendant son tour.
C'est dans cette ambiance qui commence à être aussi alcoolisée qu'elle est enfumée qu'entre le jeune Martin dit le Coyote. Toujours sur la brèche et nullement rebuté par l'aspect du lieu qui pourrait être jugé comme repoussant par certains, il se sent à l'aise ici, il y vient depuis quelques jours et aime le contact de ces vieux de la vieille qui se connaissent tous. Il voudrait profiter de la sagesse qui, à ses yeux défaillants, règne en ces lieux. Après avoir rongé son frein pendant 3 jours durant lesquels il s'est contenté d’acquiescer aux unes comme aux autres grandes gueules, il se lance :
"Mais quand même, est-ce que à force de boire comme ça toute la journée, je vais pas finir par devenir alcoolo, Vous en pensez quoi vous qu'en connaissez un rayon sur la question ?"
Gégé, surpris leva un sourcil dubitatif mais attentif.
"Écoute Martin" enchaîna Rhume " tu devrais peut-être tout simplement éviter les mélanges ? Regarde moi, je fais une journée Ricard, puis une journée pinard, puis une journée bière...Je prends mon temps quoi ? Jamais de précipitation et ça descend tout seul ! Toi, tu te cherches petit...et c'est bien normal..."
"Ben en fait, tu fais comme tu le sens hein ?" renchérit Mme Cambrousse
"Ouais, tu fais comme tu l'sens, t'as envie de picoler, tu picoles mais tu nous fais pas chier !" Grommela Frédo
"Hé calmos ! Tu pourrais essayer de le comprendre le gamin !"
"J'lai compris le gamin, va soigner ton rhume bougnat de mes deux..."
"Mais au fond...faut-il vraiment
AVOIR ENVIE de boire pour boire...finalement ? hein ?" susurra Mumu qui plane comme d'habitude à 10 000.
Paniqué par ce débat qui s’envenime à peine commencé et un peu excité par la tournure des évènements Martin tente de reprendre sa place dans la discussion
"Oui mais j'ai longtemps pas bu alors j'ai du mal à trouver ma place et je cherche comme dit M Rhume mais j'ai du mal alors je bois un peu de ci et de ça j'avais flashé sur le pastis et j'y retourne souvent tellement que j'ai presque pris l'assent du sudeu té ! mais je me tâte pour passer au fernet branca ou au Byrrh et..."
Gégé leva l'autre sourcil : allait-il réussir à finir d'écouler cette antique bouteille dont le niveau n'avait pas baissé depuis 16 ans ? Mais déjà Mme Cambrousse enchaînait
"Mais tu fais comm-tul-sens bon sang !"
"Oh mais moi ch'le comprend super biench Martin-cheu, il a tout à fait raisson de faire gaffe-eu, c'est super dancheureu l'alcool-eu ! Faut pas aller trop vite-cheu sinon on se brûle les aile-ouais-cheu !"
Une voix langoureuse dégoulina de dessous sont vaste chapeau orné de dentelles juché juste sous les poutres :
"Moi, à ta place, je me poserais pas trop de questions, je picolerais et je réfléchirai après aux bonnes questions...comment on peut parler de picole sans avoir été au moins une fois en coma éthylique ?"
"Mais quelles questions je me poserai, après, Mme
Louxor ?"
"Oooooh, ferme ta gueule ! arrête de causer et picole un bon coup, comment on peut se plaindre de trop picoler quand on fait que causer ?" Frédo, n'en pouvait plus...
"Je crois que tu te fais chier et que tu devrais aller voir un psy..." renchérit Mme
Louxor"Fais pas gaffe Martin, ici y a ceux qui se la pètent et ceux qui t'écoutent"
"Merci m'sieur Rhume !"
"Ouais, quand on parle pour ne rien dire aussi..." Chuchota Frédo, mais ça tombe dans l'oreille de Rhume qui renchérit :
"Fais pas gaffe Martin : ici, t'as ceux qui se la pètent et qui te regardent de haut et ceux qui se croient au dessus de la mêlée sous prétexte qu'ils font 2 m..."
"T'es devenu psy toi ? Non, mais c'est vrai quoi, comment on peut avoir peur de TROP picoler, comme si ça pouvait faire du mal de picoler !?! Tout le monde sait bien que ça débouche les artères ! Et pis si qu'on trouve qu'on picole trop, ben on picole moins et y'en a plus pour les autres ! j'ai pas raison ?"
" Il est p'têt pas psy l'enrhumé, mais l'a besoin d'un psy...et d'un bon ! C'est drôle comme ça les rend con les cons quand on leur dit qu'ils sont cons..." Crut bon d'ajouter la géante.
"Allez-y allez-y les deux "jesaistout", mais c'est pas parce que je viens d'
Auvergne et que j'ai que mon certif que je suis plus con que le p'tit rougeaud et la grande bringue ! Alors psy ou pas psy, je pense que vous vous la pétez grave et que vous le faites au dessus du niveau de votre orifice anal...enfin...si possible pour la girafe là !"
"Bon...en même temps...p'têt' que les psy, y z'ont aut'chose à faire les psy..." se réveilla tatralacrème pour qui la journée est déjà bien entamée et qui commençait à piquer du nez dans sa bière.
"On l'entend plus l'gamin" s'étonna Cambrousse
"On a pas le droit de le défendre peut'êt ?" rouspéta le rhume
"Pwweud'être quzzjze il fwaudrzzait jzusste décvombreszszer un bweu hips! et sjwe dwétendre et pis et pis et pis bware jusss s'qu'y fwaut ?"
"BenBen ben mwa jzzsuis gwontent d'war qu'y en a dzjes qui prwrennent leur twzemps comme mwa...mwa çza vait guinze piges gue chwuis au pwinard..."
"Mais qui c'est ces 2 là ?"
"Ch'ais pas...deux arsouilles qui ont du se faire virer du bistrot d'à côté..."
Profitant du trou d'air causé par les deux ivrognes de la table d'à côté, Jojo jaugea l'assemblée par dessus ses besicles posées sur le bout de son nez qui prenait dangereusement la même teinte que sa boisson favorite.
"Très intéressante discussion
Pour la première impression sur votre question, je crains d'abord que vous cherchiez des réponses venant d'autres alors que vous ne les trouverez qu'en vous-même. Le mode de fonctionnement de votre esprit, votre réaction aux stimulis, votre rythme biologique ne sont ressentis que par vous-même et pas par ceux auxquels vous vous adressez, sauf exception singulière.
Ensuite, plus trivialement, votre problème pourrait être qualifié de problème de " riche ". Si vous étiez à la place des millions ou milliards de gens qui souhaiteraient voyager et ne le peuvent pas, vous signeriez des deux mains pour accéder à cette possibilité, acceptant sans sourciller les contraintes afférentes.
Enfin, j'y vois un problème de timing. N'est-il pas plus logique de commencer à goûter à ce qui vous attire puis, si un problème se présente, ce qui n'est même pas sûr, le régler avec les nouvelles données et expériences dont vous disposerez à ce moment-là ?
En ce qui concerne les réponses apportées,../...
blablablablablabla../...
En ce qui me concerne, je ne peux que vous encourager à mettre entre parenthèses les questions existentielles de moindre importance qui ont pour seul effet de gâcher la vie, tout en vous rappelant la citation que j'ai choisie de porter en-dessous de toutes mes interventions :
" Vivez si m'en croyez
N'attendez à demain
Cueillez dès aujourd'hui
Les roses de la vie. " ".
"Putain...il en tient un bonne le Jojo : on l'a perdu !" s'alarma Fredo
"C'est clair...vaut mieux qu'on parle d'autre chose..."