Bon alors, tu pourrais peut-être lire aussi " les fantômes de Joseph Conrad" et " sur toutes les mers du monde" de Gavin Young... non pas que ce soit hilarant mais c'est plein d'humour british.
Citation critique journal Le Monde :
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Le 20 Octobre 1989
Gavin Young, gentleman-explorateur" Je suis tombé dans le journalisme comme un homme saoul tombe dans une mare. " Gavin Young, vingt-cinq ans de correspondance de guerre et de révolution pour l'Observer, globe-trotter confirmé, familier des bords du Tigre, des marais viêtnamiens, des déserts bédouins, n'a rien d'un baroudeur. C'est le prototype du gentleman anglais, très grand, très rose, avec de la réserve, de la raideur, un français aussi impeccable que sa politesse, et un parapluie dont il se sert comme d'une canne, à moins que ce ne soit l'inverse.
On l'imagine marchant sous la bruine, à travers une lande quelconque, avec un chien ; ou sur un yacht. Mais il déteste les yachts, ce moyen d'aller sur l'eau pour n'aller nulle part. Ce qu'il voulait, dès le début, dès la fin de ses études à
Oxford, c'était connaitre d'autres horizons que celui du 9 heures-17 heures en costume croisé des bureaux londoniens, un autre avenir que celui de banquier à quoi rêvait pour lui son père, un colonel de la garde royale.
Gavin Young est un homme qui a l'esprit pratique. C'est encore loin la
Chine, qui parait chez Payot, dans la collection " Voyageur ", aux récits rassemblés sous le titre Worlds apart, ses livres en témoignent plutôt dix fois qu'une. Dès qu'il a su que son premier but était d'être le plus loin possible de chez lui, et de revivre les émotions que lui avaient données ses lectures d'enfant, Joseph Conrad et Stevenson, il a cherché un job, et trouvé, dans l'import-export, un tabouret à Bassorah, Irak.
" Dans chaque vie, il y a deux ou trois personnes qui jouent un rôle déterminant ", dit Gavin Young. Dans la sienne, qui fut particulièrement mouvementée, même s'il met une certaine coquetterie, et une certaine pudeur, à glisser sur le courage dont il fit preuve, il y en eut un peu davantage. Mais il faut parler de deux ou trois rencontres qui orientèrent l'existence de cet aventurier d'un genre très particulier : le plus " classique " des voyageurs modernes, un gentleman-explorateur tombé du dix-neuvième siècle dans les guerres de libération et de décolonisation.
Il y a donc un explorateur, un journaliste et un écrivain qui veillèrent sur la destinée du jeune Gavin Young. Comme il aime à le répéter : ce qui est écrit est écrit. L'explorateur vint le premier : Wilfred Thesiger, le célèbre découvreur des descendants de Sumer, les Arabes des marais, qui ressemblait et ressemble toujours à une souche d'arbre travaillée par la mer. Il y eut ensuite un journaliste, correspondant du Sunday Times à
Rabat. Thesiger avait emmené Young avec lui ; Ian Fleming, le père de James Bond, lui donna le moyen de vivre, en le convainquant qu'il saurait écrire ce qu'il vivait. Et Gavin Young se souvient avec tendresse de son fume-cigarette, de sa capacité d'ingurgiter de la vodka, de sa passion pour les coquillages, qu'il ramassait sur les plages dans un vieux panier.
A la recherche
des fantômes
Mais l'étoile qui brille constamment dans le ciel personnel de Gavin Young, c'est Joseph Conrad. Lui qu'on trouve au début dans les rêves éveillés d'un petit garçon qui lit encore
London ou Stevenson dans les criques de
Cornouailles, lui qui sait mieux que tous les autres " parler pour ceux qui sont sans voix ", comme disait Victor Hugo, lui qui a toujours compris et su décrire les gens ordinaires, et leurs vies extraordinaires, aux quatre coins du monde. Qu'il parle de sa famille adoptive du
Vietnam, des Samoans qui ont fait de lui un des leurs, de Samar et Hassan, deux marins baloutches de l'Al Raza, un des bateaux qui le menèrent d'Europe en
Chine, du capitaine Rashad ou de ses amis philippins, Gavin Young écrit en compagnie de Conrad, de lord Jim.
" C'est, dit-il, qu'il y a tant de jeunes gens qui se promènent de par le monde, en ne voyant rien, en ne comprenant rien. Les choses seraient tellement différentes si les gens voyaient à quel point nous sommes tous pareils. "
Premier point : l'idée qu'on se fait, en voyageant, une sorte de grande famille, choisie et dispersée, qui laisse libre.
Deuxième point, le plus important peut-être : si l'on ne voit que ce qu'on a sous les yeux, on ne voit rien. Ce qui importe, ce sont les fantômes, le " passé visitable ", comme disait Henri James _ mais Young n'est pas complètement sûr que ce soit vraiment lui. C'est encore loin la
Chine raconte ainsi une visite très émouvante dans
Alexandrie, à la recherche de la maison du poète Constantin Cavafy.
A force de rêver de Gauguin aux Marquises, de Melville dans le Pacifique, de Stevenson du côté de Samoa, de pister Malraux dans les ruelles de
Shanghai, Gavin Young, lecteur fou, s'est mis en tête de marcher dans les traces de Conrad, forcément. Mais cette fois-ci, systématiquement.
Il est en train d'explorer les fleuves et les ports, les villes, la jungle, l'univers du père du Nègre du " Narcisse ". Ce qui est une autre manière d'être un voyageur " classique ", un explorateur de l'imaginaire (une tout autre manière que Bruce Chatwin dans le Chant des pistes), cette manière solide et sérieuse de faire des choses folles qui définit Gavin Young.
BRISAC GENEVIEVE "