Voici un article très intéressant que j'ai trouvé et que je voudrais partager avec vous, écrit par un psychologue français. Il s'agit de ses observations cliniques. Il est question ici des gens qui se refont une vie aux
antilles, mais il pourrait aussi bien s'agir d'autres destinations. J'ai trouvé cela émouvant et j'aimerais avoir vos impressions sur cet article:
psychologue.nantes.free.fr/article1.php
Voici quelques citations particulièrement criantes de vérité (en ce qui me concerne en tout cas):
"Au cours de nos entretiens, les deux femmes évoquent chacune les rapports difficiles avec leur mère. Christine parle d’une mère rejetante, incapable de signes d’affection et jalouse de sa relation avec son père. Isabelle parle d’une enfance encore plus sombre : elle se souvient des cris de sa mère, de ses insultes et des heures passées sur le pas de la porte en punition.
On comprend alors pourquoi partir outre-mer est un moyen d’aller « outre-mère »... Le voyage permettrait d’aller « au-delà de la mère », quand celle-ci entretient un rapport angoissant avec son enfant." (...)
... pour éviter la violence maternelleIsabelle et Christine font partie de ces voyageurs terrorisés par la Sphinx qui ne parviennent pas à répondre à son énigme. Leurs pères sont trop absents pour faire écran à la violence maternelle. Isabelle ne parle jamais de son père, comme s’il n’existait pas ; Christine, quant à elle, évoque un père doux, fuyant les conflits avec sa femme. Dans les deux cas, leurs pères sont absents psychiquement et ne se posent pas comme tiers. Face à leur mère indétrônable, Christine et Isabelle restent bloquées dans leur statut d’enfant, ne parvenant à se dégager de l’emprise maternelle. Ce n’est qu’au prix d’une mise à distance géographique qu’elles semblent parvenir à un semblant d’indépendance eu égard à leur mère.
L’outre-mer : une ex-patriation ?
La fuite, voire le rejet d’un fonctionnement familial rigide, comme celui de
France, m’amène à un second point important : peut-on parler d’outre-père, c’est-à-dire du voyage comme l’opportunité d’aller au-delà du père ? Même si voyager dans les DOM est à entendre comme une « ex-régionalisation », le terme d’expatriation paraît ici plus éloquent au point de vue étymologique. En effet, ex-patrier signifie « hors de la patrie » et « patrie » vient du latin
pater, père.
Comme Œdipe parti à la recherche de la vérité sur ses origines, le voyageur se cherche. Il se cherche lui, mais aussi son père et sa mère.
France explique son désir de vivre aux
Antilles ainsi : « personne ne me connaissait, je voulais savoir si, là-bas, on me percevrait différemment ». Partir, c’est partir à la recherche de l’autre dans l’espoir qu’il se fasse miroir et qu’il renvoie une image de soi. Si c’est une recherche de soi en l’autre, c’est aussi une recherche de l’autre en soi, de cette part étrange et sombre qui sommeille en chacun.
Mais parfois, face à l’intolérable de ce qu’il découvre, le voyageur attribue à l’étranger, cet étrange qu’il a découvert en lui. Voilà pourquoi certaines personnes se découvrent xénophobes au cours d’un séjour à l’étranger. D’autres, à l’inverse, vouent une passion extrême pour l’étranger (xénophilie) jusqu’en adopter son mode de vie : ils sont tombés sous le charme de leur propre « étrangeté ».
Mais ce que
France se demande en partant est : va-t-on m’aimer dans cet ailleurs ? Va-t-on m’aimer comme j’ai été aimée par le passé ? Le voyage est la recherche d’un amour perdu, l’amour de la mère du temps de la petite enfance. Par la qualité de sa géographie et de son climat, l’archipel antillais est souvent perçu comme une terre idéale, un paradis perdu (qui renvoie à celui de la petite enfance), ce qui ne manque pas de motiver de nombreux départs depuis la métropole.