New York et Kankan fêtent le 63ème anniversaire de l’invention de l’alphabet nko
Le 14 avril est la fête de naissance de l’écriture nko. C’est l’occasion que saisissent chaque année les membres de la communauté des utilisateurs de cette écriture pour tenir des congrès festifs ou des assemblées générales pour se souvenir du parcours remarquable et triomphale de l’évolution de cette écriture en Afrique et dans le monde. Pour l’édition 2012, deux villes différentes ont été choisies pour abriter l’événement :
Kankan en
Guinée et
New York aux
Etats-Unis.
Plusieurs milliers de sympathisants de cette écriture venant de plusieurs contrées de l’Ouest du continent africain arrivent à Kankan pour ne pas se faire conter l’événement. Les associations organisatrices (LA.KA.FA, ICRA-NKO) en partenariat avec l’Académie nko s’attèlent à conférer au congrès toute sa dimension scientifique et culturelle à travers carnavals, conférences, panels, danse et musique folklorique.
De l’autre coté de l’Atlantique, la communauté africaine vivant aux
Etats-Unis commémorent le 15 avril 2012 à
New York, le
63e anniversaire de l’invention de l’écriture nko sous la haute présidence de Mamadi Touré, Représentant permanent de la République de
Guinée auprès des Nations Unies.
La civilisation d’un peuple se mesure sur l’étendue de sa littérature qui repose essentiellement sur une langue à travers laquelle elle est exprimée. «
La nôtre est le nko » qui est en train de s’inviter dans l’histoire humaine comme une langue de science que certaines grandes organisations et universités ont commencé à utiliser dans leurs programmes en plus de sa propagation dans la communauté ouest-africaine.
C’est pourquoi, les intellectuels, les hommes de lettres, les ressortissants des pays de l’Afrique de l’Ouest et les sympathisants de l’écriture nko se retrouvent dans une ambiance festive et conviviale ce week-end dans la grande salle des fêtes de l’Avenue Gérard du quartier Bronx pour rendre hommage à la création de nko par le savant
Souleymane Kanté (Solomana Kante).
Outre l’Ambassadeur Mamadi Touré, plusieurs autres personnalités sont présentes à cette cérémonie. Notamment, l’héritier de Souleymane Kanté, Baba Mamadi Diané, professeur à l’Université de
Caire en
Egypte, Aboubacar Diakité, professeur de nko et chef du département des langues de l’Afrique de l’Ouest à l’Université Harvard de
Boston, fils de Souleymane Kanté, Amadou Kanté, Président de l’Association Manden nko, Moussadian Kourouma, directeur de la Radio Mandingue Billo Sanoh, Présidente des femmes du Manden, Fatoumata Magassouba, Doyen Elhadj Karamo Keita... Sans oublier bien sûr, Sarata Camara, journaliste à la Radio Mandingue, Moustapha Condé, paneliste à la même radio, respectivement marraine et parrain des festivités de cette journée mémorable, et enfin Ibrahima Traoré (voir
ici
), infatigable promoteur de la langue nko aux
Etats-Unis.
Mais s’il y a une présence qui a retenu beaucoup plus l’attention de l’audience, c’était celle de Howard Gutowitz, citoyen américain travaillant au compte de l’entreprise EATONI de Manhattan (
New York) pour la conception en 2011 de l’application numérique « TwTool NKO » compatible avec les programmes de I-Phone, de I-Pad et du Macintosh.
A tout seigneur tout honneur. C’est Mamadi Touré qui s’adresse le premier aux participants en français et en nko. Dans son allocution, il félicite les organisateurs de la cérémonie et remercie tous ceux qui ont voulu faire le déplacement avant d’attirer l’attention de l’audience sur l’importance de l’écriture et de vanter les mérites de l’inventeur Souleymane Kanté. «
C’est en lisant un article écrit par un journaliste libanais dans lequel était écrit, entre autres, que les Africains n’avaient pas de système d’écriture propre et semblaient ne pas s’intéresser à l’écriture, que Fodé Souleymane Kanté décide de créer le nko, un système de transcription des sons de la langue mandingue, qui lui semble plus adapté à la transmission du savoir et à la pédagogie que des systèmes de transcription étrangers comme l’alphabet latin ou l’alphabet arabe. Aussi, une de ses motivations fut surtout de cette phrase prononcée par Soundiata Kéita en 1236 à Kouroukanfouga quand il a dit en s’adressant aux Mandenkas, mesdames, mesdemoiselles, messieurs et tous ceux qui disent nko... » a-t-il ajouté.
Avant de rendre le micro au modérateur, l’Ambassadeur invite les Mandenka à laisser grandement ouvertes les portes de Manden à toutes les autres ethnies car «
on est d’abord Guinéens avant tout ».
Tel père tel fils, c’est en nko, sans aucun mot d’une langue étrangère qu’Amadou Kanté, fils de Karamo* Souleymane, fait un exposé sur la biographie de son père avant de lui rendre un hommage mérité pour le travail accompli durant toute sa vie pour la promotion de la culture africaine à travers l’écriture nko qui constitue aujourd’hui un héritage qui fait la fierté des peuples d’Afrique de l’Ouest. Aussi remercie-t-il ceux qui se battent pour perpétuer cette écriture depuis la disparition de son illustre père en 1987.
Baba Mamadi Diané, venu direct d’
Egypte sur invitation de l’Université Harvard de
Boston, explique à l’auditoire toute la genèse de l’écriture nko. Cette genèse du graphisme nko qui a pour décor Bouaké, ville du centre de la
Côte d’Ivoire où
le nko est né le 14 avril 1949. Lui-même, auteur de plusieurs publications réputées dont un dictionnaire arabe-nko, une grammaire simplifiée et un vocabulaire orthographique mantaaya, pour lui, son maître n’a pas été un savant dont l’œuvre s’arrête à l’invention de l’alphabet nko, il a été après 38 ans de recherches, à la base des ouvrages scientifiques, théologiques, littéraires, linguistiques, philosophiques et thérapeutiques. Ce maître a produit 9 livres syllaber, 16 livres de lecture, 25 livres de sciences, 24 livres de littérature, 48 livres d’histoires, 1000 livres de médecine, 38 livres de théologie et 4 livres de philosophie. C’est à cause de l’envergure scientifique de sa personnalité que le fondateur de l’alphabet nko est considéré à juste titre par les chercheurs occidentaux comme un encyclopédiste du type du siècle des lumières en Europe.
Le dernier intervenant de la soirée est le professeur de nko, Aboubacar Diakité de
Boston. Dans une éloquence inouïe et une maitrise totale du domaine, le chef de département des langues de l’Afrique de l’Ouest à l’Université Harvard explique dans un langage clair et précis la nécessité pour les Africains de se prendre désormais en charge en exploitant sérieusement ce grand cadeau que Karamo Fodé Souleymane nous a laissé. «
Si nous ne nous intéressons pas à notre écriture, les Occidentaux l’étudieront et viendront nous l’enseigner en Afrique. Et rassurez-vous que ce sera une nouvelle forme de colonisation qu’on pourra appeler la colonisation culturelle... », martèle-t-il avec des exemples à l’appui.
Ce premier «
simbonsi »*, organisé à
New York, s’achève par des séries de questions auxquelles les grosses têtes de nko apportent des réponses convaincantes. Par exemple à la question de savoir si l’écriture nko pourrait dans l’avenir nous servir dans le processus de développement technique et technologique de notre pays ou bien elle se bornerait seulement à la transcription de nos contes et la traduction des livres islamiques comme c'est actuellement le cas, Aboubacar Diakité répond qu’il y a des ouvrages de recherches qui ont été publiés ici et là dans plusieurs domaines. Il cite entre autres, la création de polices d'ordinateurs nko pour les programmes Linux et Macintosh, la compatibilité de nko avec les programmes de I-Phone et de I-Pad, l’invention du compresseur de comprimé et du séchoir de médicament et le manuel sur les techniques agricoles.
Pour soutenir cette écriture pour la postérité, Ibrahima Magassouba propose la création d’une organisation non-gouvernementale (ONG) qui pourrait financer dans le futur les recherches de nos savants en nko dans les domaines de la science et de la technologie. Une initiative qui est vivement saluée par l'auditoire entier dans la salle.
Les mots de la fin sont les témoignages des participants et les bénédictions des sages pour le repos de l’âme de l’illustre africain que fut Souleymane Kanté et le rayonnement du nko. Et bien évidemment, à travers elle, développer les autres langues nationales et la culture africaine, comme le si bien fait remarquer l’Ambassadeur Mamadi Touré dans son intervention.
(ce texte était composé d’un reportage de Bangaly Condé)
Herbert
*
karamo correspond à
karamògò "maître, enseignant, professeur" en bambara ;
simbonsi veut dire en bambara "veillée funèbre d’un grand chasseur", ici, au sens large, "rencontre, réunion, assemblée ; congrès, colloque".
Académie nko :
www.nkoacademie.fr/
Association Manden :
www.manden.org/
Association Manden ko :
www.mandenko.org/
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