Mercredi, bleu
Jour sans école et p’têtre demain aussi. Pour tous ces enfants qui avalent de l’écran sans fin (j’croyais que c’était mauvais pour eux, j’me suis trompée, sans doute ai-je mal lu), ce sera du repos et je ne crois pas que leurs cerveaux vont brutalement se momifier, sont bien trop vifs pour ça.
Leur année scolaire est bien étrange !
Ca ne m’offre pas plus de temps pour traîner sur l’ordinateur et quand je lis vos messages amusés, ça m’amuse aussi.
Oui les deux petits voisins sont revenus lundi, ils sont drôles et plus timides que les miens. Leur mère a égalisé leurs cheveux et ne m’en tient plus grief (manquerait plus que ça!)
Oui la canine est rangée dans mon bureau avec les trombones et les punaises, elle attend un hypothétique dentiste pour reprendre sa place
Et oui, je suis un peu à genoux.
La quiche qui ne gratte pas
C’est l’heure de Skype.
Le visage de Fils Aîné remplit l’écran.
« Salut maman, tout va bien ? »
« Mais oui, un peu fatiguée c’est tout »
« Jules fait bien ses exercices de trompette ? » (j’ai oublié de vous en parler, ce sera pour une autre fois)
« 10 minutes tous les soirs »
« Louise met bien sa gouttière la nuit ? »
« Oui » (faudra que je pense à vérifier)
« Tu me passes Jules ? »
J’appelle : « Jules, c’est papa »
Jules arrive, se plante devant l’écran :
« Bonjour papa, je suis trop occupé, on a mangé une quiche qui gratte pas, je te passe Louise »
L’écran se fige sur l’air étonné de Fils Ainé. Interruption de connexion.
(nous reprendrons plus tard la communication).
Hier un vent vif lavait le ciel, allons donc renouer avec la nature, prendre une bolée d’air pour aérer les synapses de tous ces neurones qui crépitent.
Pantalon long, blouson et manteau pour tous, bottes, paniers et hop, nous enjambons le muret.
Cueillette particulière !
Nous traversons le champ encore humide de rosée. A l’orée du bois, on entend déjà la rivière.
Et là pousse les orties en abondance.
« On va cueillir les orties ! »
« Non mais t’es dingue Mamido, ça pique et ça gratte après »
"Regardez bien, d’abord c’est joli mais surtout regardez les feuilles »
« Y’a des poils dessus »
« Oui et c’est le dessus de la feuille qui pique et le bas de la tige, les orties sont remplies de vitamines et ça soigne même l’acné (Ahhh, j’en connais une qui prend enfin l’air intéressé). »
Félix furieux :
« Tu vas les ramasser toute seule, moi je regarde juste »
Jules :
« Trouillard »
Je rajoute :
« On ramasse au printemps avant que la fleur n’arrive. L’idéal c’est de ramasser quand il fait chaud, l’ortie pique moins »
Héloïse :
« T’avais dit qu’il fallait mettre du pipi l’année dernière quand j’avais des cloques »
« Non mais ça c’était une blague, et pareil pour la fleur de pissenlit qu’on frotte sur les cloques, ça fait la peau jaune mais ça ne sert à rien. Une autre herbe, le plantain, arrête les démangeaisons mais ici, le plantain ne pousse pas »
« Comment on va faire alors si on a plein de cloques, en plus ça fait super mal, et d’abord, pourquoi tu veux qu’on cueille les orties ? » interroge Louise
« Pour faire des quiches pour ce soir »
Gaïané :
« Mamido, t’es une grand-mère tarée, tu nous fais manger n’importe quoi »
Hummm !
« Qui me fait confiance ? »
Aucune réponse.
« Pour cueillir, on coupe avec deux doigts juste les premières feuilles d’en haut et d’un coup bien sec ».
Je donne l’exemple, les enfants observent attentivement et je sens qu’ils meurent d’envie d’essayer.
Je me demande qui va se lancer en premier et poursuis ma tâche.
Félix, vexé de la remarque de son cousin coupe sa première tige d’une main drôlement sure.
Mission réussie, pas de piqûre, il est fier et pavoise :
« Ca m’a même pas piqué »
Les grandes tirent les manches du tee-shirt, s’en font des gants et se lancent à leur tour.
En vingt minutes, les deux paniers sont pleins.
Qui dit mieux ?
Et l’adage – qui s’y frotte s’y pique- tombe à l’eau.
De l’audace, toujours de l’audace...
Bonne journée