Salut Mondialist !
Pas de souci ! je suis aussi très têtu...
Peut etre n'ai je pas assez développé ma dernière réponse. Il faut faire la distinction entre flotter et "naviguer". Grâce aux isolements des compartiments le Concordia n'a pas coulé. Mais ayant embarqué beaucoup d'eau, le risque de chavirer était très important.
En tant que navigant, j'essaie de comprendre quel a été le processus de décision par rapport à l'état, et aux infos reçues par l'état major. Je pense qu'il n'est pas si facile d'évaluer l'état de son bâtiment après une telle avarie. Si en plus il y a eu des dysfonctionnements techniques, cela peut tout changer, et l'état major a peut être dû "modifier" les procédures du bouquin...
Il ne faut pas occulter non plus (à mon humble avis) l'aspect "juridique" de la chose. Apres avoir tapé, l'avarie est déclarée, mais il n'est pas possible d'évaluer si le navire est réparable (et puis dans ce cas, on a autre chose à faire...). Or, si le navire est encore à flots, ou regagne le port, il reste propriété de l'armateur. Mais, s'il s'échoue, il passe automatiquement sous la propriété de l'assureur. C'est donc une perte sèche pour Carnival (c'est bien lui l'armateur ??). Vu que ce sont des marins de commerce (ceci dit sans le moindre jugement de valeur, sans eux je serais chômeur...) on ne peut pas dissocier ces aspects "juridico-financiers" des décisions "maritimes". Même si le salut commun prévaut.
En l'espèce, c'est bien le salut commun qui a été mis au dessus des intérêts, et c'est tout à l'honneur de l'état major (ou du commandant) du Concordia. S'échouer de manière volontaire sur la cote a permis d'éviter de chavirer en mer, c'est à dire se retrouver la "quille en l'air", ou plus probablement couché flanc sur l'eau. Sans compter, qu'une fois dans cette position, vous risquez de couler rapidement.
Donc, aux vus des quantités d'eau embarquées (et donc à cause des effets de carène liquide qui en résulte) le navire était très certainement perdu dès le premier choc. S'échouer sur la cote a donc été (à mon avis je le répète) salutaire, car cela a permis de "geler" ou de fixer (comme vous voudrez) la gite du bâtiment. Et en effet, un peu plus d'un mois après, la coque (ce n'est plus un navire à présent) n'a quasiment pas bougé. Ce qui valide le but de la manœuvre, qui est finalement un manœuvre réussie (certes désespérée, mais réussie quand même).
Maintenant, pourquoi ne pas avoir évacué tout de suite ? Je ne sais pas exactement ce qui s'est passé dans la tête des Officiers dans ces moments là. Mais, il ne fut pas perdre de vue ces points :
- on n'évacue pas simplement 4200 personnels (surtout avec 3200 passagers non amarinés)
- le navire manoeuvre encore un peu (sur les propulseurs d'étrave) donc il n'est pas interdit de songer à regagner le port pour un débarquement dans le "calme" et non une évacuation en ordre dispersé
- la voie d'eau, à défaut d'être circoncise est contenue par l'isolement des compartiments (à revoir maintenant avec le dysfonctionnement de la dite porte étanche, le fait est il avéré ?, l'état major en a t'il eu connaissance en temps voulu ?)
- et dans une moindre mesure : s'échouer ou couler aurait signifié a perte du navire pour l'armateur (ce qui s'est produit tout de même in fine)
Alors se jeter à la cote, oui c'est une bonne chose à mon sens. Le coup de gràce ? non je ne suis pas de cet avis, le navire était perdu dès le départ. La seule chose à faire par l'état major est alors de stabiliser le bâtiment pour faire évacuer dans les meilleurs conditions possibles. Si en plus, on arriver à accoster au port, on a gagné sur tous les tableaux. Dans les faits, les Officiers ont dû se rendre rapidement compte qu'il ne serait pas possible de gagner le port. L'idée de sauver les personnels et le navire doit alors être abandonnée, et le salut commun doit prévaloir. L'objectif passe alors de sauver tout le monde.
N'oublions pas qu'il est impensable de jeter tout ce monde à la baille avec la brassière réglementaire pour que ces personnes (femmes, enfants, vieillards...) nagent dans une eau glaciale pour se hisser dans les bombards. Il reste certes les chaloupes, mais leur mise à l'eau est compliquée (voire impossible) sous une forte gite (c'est d'ailleurs pour cette raison qu'elles sont doublées par les bombards).
J’espère que je me suis mieux fait comprendre cette fois ci...
Pour résumer :
- le navire est perdu de toute manières dès le premier choc (entendez par là qu'il est alors à l'agonie)
- le temps de faire le point de situation, de retrouver de la puissance pour manœuvrer la barre, le navire a passé l'anse du
Giglio sur son erre
- il ne reste plus alors qu'à trouver le "moins pire" des moyens pour évacuer
- l'échouage sur les rochers de la cote a peut être déchirer de nouveau la coque, mais on s'en fout, la coque est stabilisée et c'est le but de la manœuvre
- n'oublions pas, comme cela a été cité par Arsène dans son article du télégramme, que l'on ne sait pas évacuer 4200 personnes dont 3200 passagers, 950 philippins pour l'équipage et 50 Officiers de navigation et chaffuste (donc les seuls qui finalement sont surs de pouvoir nager...).
Dans l'histoire de la navigation, il n'a jamais été possible de sauver autant de monde. Vous pouvez prendre tous les exemples de naufrages (quelle qu'en soit la cause) :
- soit l'équipage est réduit (par exemple sur un pétrolier) et il est possible d'hélitreuiller tout ce monde
- ou bien ce sont de "vrais marins" et ils savent se débrouiller seuls avec leurs chaloupes (mais les équipages de vrais marins sont toujours réduits (compter 3-5 pour un chalutier, une 20aine pour un navire de commerce classique, à une bonne 100aine pour une frégate, ou bien 2000 pour un PA)
- sinon, les évacuations de milliers de personnes en pleine mer ont toujours foirées (le record est évalué à 8 - 10 000 morts sur un naufrage, mais on ne sait pas avec précision combien de personnes avaient embarquées à bord...).
Ce qui à mon sens, justifie de vouloir à tout prix jeter son navire à la cote pour l'évacuer...
J’espère avoir été plus claire cette fois, si c'est pas le cas, posez des questions ! ce sera avec plaisir !
Bon week end à tous !
Nicolas