Mercredi 25 Février 2015 - Jour 18 - Nosy Bé -
MADAGASCAR
Nous voici revenus de 2 jours d’une excursion qui fut intense d’émotions, de nature et de paysages.
Alors par où commencer ? Comment réussir à partager cette expérience unique ?
Nous allons tenter de vous narrer cette petite expédition.
Tout a commencé au départ du navire, qui s’est effectué en chaloupe. Arrivés à terre nous embarquons dans un petit bateau dont il ne vaut mieux pas demander s’il a un certificat de navigabilité. Distribution générale de brassières ! Positivons d’autant qu’ici la mer est chaude. Nous naviguons à vitesse soutenue jusqu’au port d'Ankify que nous atteignons une heure plus tard.
De Nosy Be nous ne connaîtrons que le quai.
Nous rencontrons Judi notre guide et chauffeur qui nous invite à bord de son confortable 4x4 Toyota. Nous sommes trois passagers, Viviane, une amie de Voyage Forum, Monique et moi.
Aussitôt démarré, sans transition, nous sommes immergés dans les paysages, la culture et les traditions malgaches.
Il faut dire dès à présent que notre guide-chauffeur-accompagnateur a fait preuve tout au long de cette journée, de professionnalisme, de gentillesse et de gaité.
Sans attendre il nous parle des difficultés et de la pauvreté du peuple malgache. «Ici on ne vit pas» nous dit-il, «on survit»
Nous empruntons la nationale 6, l’une des routes les plus importantes de
Madagascar. De nationale, elle en a que le nom, car des «nids de Zébu» comme se plait à dire Judi, déforment la chaussée la rendant souvent impraticable aux voitures de tourisme. Pour vous donner une idée, il y a pratiquement plus de terre battue que d’asphalte, les «nids de Zébu» font parfois 1 mètre de profondeur, on se croise à droite ou à gauche, les camions mettent 24 heures pour faire 20 kilomètres.
Malgré un cossu intérieur cuir, nous sommes ballotés et chahutés dans tous les sens.
Mais peu importe ces conditions, le plus important c’est ce que nous écoutons et apprenons de Judi. Il n’a pas son pareil pour ralentir lorsqu’une plante, un arbre ou un évènement est susceptible de nous intéresser. Et oui, on veut tout savoir, on est là pour ça, et on en redemande ! Il ira jusqu’à freiner lorsqu’il repère un caméléon sur la chaussée qui risque d’être écrasé. Il descend et le remet dans son élément naturel. C’est ainsi que nous pourrons photographier un beau spécimen mâle, généralement plus grand et plus coloré que la femelle. Les caméléons à
Madagascar sont l’objet de croyances superstitieuses et sont protégés.
Judi tente parfois l’humour, et nous dit que les couleurs sont dues aux drogues, car il est camé Léon...Bon, on lui pardonne volontiers.
Dans cette région, pas d’électricité, pas de téléphone, internet, je ne sais pas si même le nom existe, et pas de touristes, à par nous bien sûr.
Tour à tour nous nous arrêtons pour voir le travail dans les rizières, la culture du cacao, du café, des mangues, des poivriers etc...
Nous traversons une forêt d'eucalyptus géants, aux pieds desquels poussent des fleurs de ylang-ylang.
Notre chauffeur, habile, se faufile entre les «zébumobiles» les vélos, les camions, mais tout se passe avec une grande courtoisie entre les uns et les autres. On nous explique qu’ici l’entraide est essentielle pour subsister.
Enfin, trois heures plus tard, nous déjeunons dans ce que d’aucuns appelleraient restaurant, mais ici il faut beaucoup d’imagination. Il n’en reste pas moins que la nourriture est délicieuse et la viande de zébu fut une heureuse découverte pour nous. Il n’empêche qu’en notre for intérieur, nous espérons ne pas avoir de complications digestives...
Enfin, tout fourbus, nous arrivons à Mahamasina, l'entrée nord du Parc National de l'Ankarana, mondialement connu pour ses merveilles naturelles: les célèbres Tsingy grises, inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Elles se méritent et se font désirer.
Pour y arriver il nous faut traverser une forêt tropicale, si dense à certains endroits, que le soleil peine à traverser la canopée.
Je dois vous préciser qu’il fait chaud, très chaud avec un taux d’humidité important en cette saison des pluies. Le soleil est presque à la verticale, nous devons bien sûr nous protéger la tête, mais aussi bras et jambes dans cet environnement qui fourmille de vie en tout genre. Inutile de vous dire que nous transpirons si abondamment que nos vêtements collent à la peau.
Nous partons alors pour deux heures de marche qui commence par la délicate traversée d’un lit de rivière encombré d’énormes rochers et qui se termine quelques centaines de mètres plus loin par un gouffre dans lequel l’eau se déverse lors des pluies.
Le sentier est balisé, il monte et redescend, malgré le beau temps le sol est glissant.
Durant cette marche aussi passionnante qu’éprouvante, nous sommes accompagnés par un guide expert de la région et de son histoire.
Il connait les moindres détails de la forêt et de ses animaux qui la peuplent. Il s’arrête de temps en temps pour nous indiquer les trésors qu’elle recèle, que ce soit une plante, différents types de lémuriens sauvages, des caméléons, des serpents et une incroyable variété d'oiseaux endémiques de
Madagascar. Silencieux nous écoutons autour de nous la vie de la forêt tropicale.
Nous nous amusons de voir ces familles de lémuriens s’élancer de branches en branches avec une agilité extraordinaire, et que dire de leur regard attachant, joueur et curieux, qu’ils sont canailles !
Nos efforts seront récompensés à l’arrivée au pied des Tsingy. Sur plusieurs kilomètres carrés s’étendent une concentration de roches pointues pouvant aller jusqu'à 80 mètres de haut, érodées par le vent et la pluie, et coiffées de rares arborescences d'un vert intense. Nous restons ainsi immobile à contempler ce paysage lunaire, qui nous permet par la même occasion de récupérer de nos efforts.
Allons courage ! il nous faut retourner à la voiture.
Nous empruntons encore cette fameuse nationale n° 6 qui mène à Diego Suarez, où nous passerons la nuit.
Au cours du trajet à travers la vallée fertile d'Ambilobe, nous voyons défiler de petites communautés agricoles, des marchés, des arbres du voyageurs, ainsi que des paysages naturels uniques et sauvages.
Les maisons sont presque toutes construites avec l’arbre du voyageur dont le tronc sert pour le plancher, les tiges pour les murs et la charpente, les feuilles pour la toiture.
Un enfant sait construire une maison dès l’âge de treize ans.
Ici on vit avec le soleil car il n’y a pas d’électricité, les plus riches ont une lampe à pétrole Les chinois qui commencent à s’implanter à
Madagascar leur fournissent pour le même prix des petites lampes à LED avec capteur solaire et radio intégrée, avec en prime le risque d’incendie écarté !
Les malgaches vivent dehors et à l’ombre toute la journée, y font également leur cuisine pour éviter au maximum de mettre le feu à leur maisonnette qui est réservée pour dormir... et faire des enfants.
Ces enfants sont nombreux, la moyenne d’âge de
Madagascar est très jeune. Nous avons été conquis lors de nos diverses rencontres avec eux, ils sont souriants, ne quémandent jamais et vous offrirons un beau «au clair de la lune» sans aucune contre-partie
La route serpente à travers des collines verdoyantes, des rivières et des montagnes, traversant de nombreux villages, dont certains à l’allure un peu «far west», peuplés de chercheurs et de vendeurs d’émeraudes. Ces villages se sont formés et ont explosés en 10 années seulement, suite à la découverte de ces pierres précieuses.
La nuit tombe, c’est à la lumière des phares que Judi se glisse entre les «nids de Zébu», les enfants, les mères avec leur lourdes charges sur la tête et leur bébé dans les bras, les hommes qui reviennent des travaux des champs, des charrettes tirées par les zébus, les chèvre qui traversent, tout cela dans le noir total. C’est impressionnant autant que captivant.
Des camions s’arrêtent sur le bord de la piste, pardon, de la nationale, pour y passer la nuit. Tout ce petit monde s’organise pour attendre la levée du jour.
Enfin, la soirée est déjà bien avancée et nous voilà à Diego Suarez.
Nous arrivons à l’hôtel où nous passerons la nuit, nous faisons nos adieux à Judi avec un peu d’émotion, car il a été aussi bon conducteur que guide attentif.
Merci Judi, tes conseils, tes anecdotes, ta culture et tes connaissances nous ont apporté plus que tu ne peux penser. Grâce à toi ce voyage restera inoubliable.
Nous retrouvons le confort d’un hôtel climatisé avec une piscine et une terrasse accueillante, extrêmement rare ici.
Pas le temps de philosopher, un rapide dîner et on s’effondrera sur notre lit pour un sommeil réparateur.
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