Bonjour Miranda, le paradoxe du coup de flip, voire plus, c’est justement que l’on n’a plus le courage de ne rien faire. Tant que l’envie de bouger pour une raison ou une autre titille c’est que l’on tient encore le choc.
Dans les moments de questionnement chacun réagit différemment, mais de casser les habitudes et de sortir de son confort, soumettre son corps à certaines souffrances en le confrontant à la nature peut être une bonne thérapie. Les plus belles émotions en voyage, loin ou tout près, proviennent bien souvent d’engagements qui ne nous ont rien coûté. Oser reste le maître mot.
Deux exemples de deux personnes croisées récemment, la première il y a un mois et la seconde il y a 20 jours.
La première : il y a un mois alors que je préparais une soirée sympa pour 15 personnes axée sur une énorme omelette aux cèpes pour 19 heures, à 17 heures je décide de m’échapper un peu au-dessus de chez moi dans les montagnes vosgiennes enneigées. Généralement à la tombée de la nuit, ou peu avant, je n’y rencontre personne. Là je croise un homme avec un gros chien blanc, un berger
suisse je crois. J’ai senti une connexion avec cet homme et ce chien, l’homme qui était jeune 35 ans a ri et m’a parlé, il avait exactement capté ma pensée, concernant son chien que je ne trouvais pas très blanc sur la neige. J’étais pressé d’atteindre le sommet convoité sans me mettre en retard pour accueillir mes 15 invités. J’ai rapidement réalisé qu’il allait me manquer du temps malgré mon rythme rapide, je pousse à la limite du temps qui me restait, puis je repars en descente en courant car ça devenait limite dépassée. Je retrouve mon chien et son homme dans une petite clairière. Ce dernier s’apprêtait à monter sa tente pour dormir dans la neige. Je m’arrête, nous discutons quelques minutes, sentant le retard augmenter. Je lui demande s’il voulait dormir au chaud cette nuit. Il dit non, puis il hésite puis il dit oui. C’est parti je l’emmène à la maison, ma voiture n’était plus très loin.
En arrivant j’annonce à ma femme que nous sommes deux de plus à manger et qu’ils ne feront pas que manger mais aussi dormir. il m'a suffi de rajouter quelques œufs et de sortir quelques cèpes de plus du congélateur. Voilà cet homme qui était dans un moment de doute après avoir quitté son boulot était parti à travers la forêt vosgienne par les crêtes de Remiremont à
Strasbourg dans un périple relativement long. Lorsque je l’ai rencontré il en était à son quatrième bivouac et se sentait bien seul dans cette forêt enneigée, sortant complètement de son ordinaire. Le plus fatigué c’était le chien, 4 jours qu’il avait les pattes dans la neige. Dès qu’il est rentré chez nous il s’est affalé sur le parquet de la salle à manger et n‘a plus bougé après avoir mangé ses croquettes que son maître portait. Le lendemain je les ai déposés dans la montagne.
La seconde : il y a trois semaines, mon épouse dans son travail d’historienne locale, était en train de faire des recherches dans le cimetière de notre village. Devant une chapelle mortuaire d’un ancien industriel du textile elle voit un sac à dos et un chapeau posé dessus, elle constate que la porte de la chapelle est ouverte. Tiens étrange se dit-elle. Elle voit un homme en sortir. Elle est d’autant plus intéressée que cet industriel qui avait plusieurs usines à la fin du XIX siècle, elle n’en avait retrouvé aucun descendant afin de les interroger dans le cadre de ses recherches. Après des hésitations elle surmonte ses réticences et l’aborde. Elle lui demande s’il est de la famille de l’industriel. Bingo, il est le petit-fils et au cours de son pèlerinage il s’est arrêté faire une prière devant la tombe des ancêtres. Mon épouse très contente lui explique qu’elle a toute la généalogie de sa famille et qu’il figure aussi sur l’arbre, et que si ça l’intéressait elle pouvait lui montrer. Lorsque je suis rentré vers les 12h30 je les ai trouvés en pleine conversation historique. Je propose à cet homme de rester pour le repas de midi, qui a un peu duré, je lui ai donc proposé de passer la nuit car repartir à pied à travers la forêt enneigée en fin d’après-midi en décembre ce n’est pas très confortable. Nous avons passé une soirée formidable avec un homme de grande érudition, qui déjà à 49 ans avait un parcours de vie incroyable, ayant travaillé un peu partout, en
Inde, en
Iran aux
USA....
Il était lui aussi en train de changer de métier et pour se donner le temps de la réflexion ayant laissé sa famille à
Paris il accomplissait un pèlerinage à pied de Colmar à Notre-Dame-de-la-Salette à côté de Corps au sud de
Grenoble. Le lendemain je l’ai accompagné sur la première demi-heure à travers la montagne vosgienne et, il y a deux jours il nous a envoyé un message comme quoi il était arrivé.
Tout cela pour dire que ces deux hommes qui étaient confrontés à des moments de changements dans leur vie ils sont partis à travers les montagnes françaises en hiver, et je puis témoigner qu’ils affichaient une belle sérénité, pourtant à voir leur matériel je puis aussi dire qu’il ne s’agissait pas de pros de ce type d’aventure.
Parfois il me prend l’envie de faire comme eux le temps de m’isoler une semaine ou deux afin de me sentir vivre fraction de cette nature à laquelle on n’ose plus se livrer.
Un pro il y en a un dans mon village, jeune homme de la trentaine il vient de rentrer cet été d’une balade à vélo de 7 ans, et il était déjà parti une fois 2 ans et une fois 1 an mais c’est une autre histoire, mais quand il vient manger à la maison il me fait rêver comme pas POSSIBLE !
Luc