| Mes meilleurs souvenirs détruits! Philom · 9 décembre 2005 à 18:27 33 messages · 14 participants · 5 823 affichages | | | | 9 décembre 2005 à 18:27 Mes meilleurs souvenirs détruits! Message 1 de 33 · Page 1 de 2 · 3 642 affichages · Partager Il m'est arrivé ces derniers mois, au cours d'un long périple, de repasser dans des régions, des villages, des endroits que j'avais visité il y a plus de 30 ans. bien sur, tout avait changé,....... la jolie plage sauvage avait laissée la place à un rutilant hotel et la faune proche alors, n'était plus là,.....le petit hameau avec son seul " chinois " était devenu bourg,...la montagne aux grands mélézes avait laissée la place à une immonde carriére,...l'ermite tout éfflanqué était parti au pays de ses rêves,..le champ de manioc où tous les villageois venaient travailler, je le cherche toujours..le ruisseau où les enfants venaient dés la fin de l'école rivaliser d'audace, détourné,..cette tribu avec son habitat en toit de paille déplacée,... bref tout ce qui était mes souvenirs, tout ce que j'avais précieusement gardé dans un coin de mon conscient, tout ce pour quoi, j'avais parcouru de longs kms à pied, tout cela n'existait plus et pratiquement,... tout n'était plus comme je l'avais vu. en seulement 30 à 20 ans. Je me suis alors dit, finalement tu as eu de la chance car tu as pu voir ce que d'autres, maintenant ne verront plus..mais c'est dommage.. car ou cela s'arretera t il... combien de sites dans 30 ans ne seront plus ce qu'ils sont actuellement...il va bien falloir un jour que l'on stoppe et qu'on se dise, maintenant c'est fini..il ne faut pas aller trop loin dans la démesure. que l'on respecte cette superbe nature sans laquelle nous ne pourrions pas vivre. oui mais quand, qu'en pensez vous,..avez vous aussi ressenti ce sentiment d'impuissance..et que peut on faire.. | | | À: Philom · 9 décembre 2005 à 19:02 Re: Mes meilleurs souvenirs détruits! Message 2 de 33 · Page 1 de 2 · 3 600 affichages · Partager Par définition un souvenir c'est le rappel de quelque chose qui n'existe plus ! | | | À: Philom · 9 décembre 2005 à 19:50 Re: Mes meilleurs souvenirs détruits! Message 3 de 33 · Page 1 de 2 · 3 586 affichages · Partager Ca me rappelle fin 99, quand j'ai revu la plage de mon enfance... souillée par le pétrole de l'Erika, des mouettes englués jonchant le sol ça et là.
(Tralala, pouet pouet, voilà ce qui s'apelle plomber l'ambiance dans un forum...) | | | À: Philom · 9 décembre 2005 à 20:42 Re: Mes meilleurs souvenirs détruits! Message 4 de 33 · Page 1 de 2 · 3 562 affichages · Partager IMPERMANENCE | | | À: Philom · 10 décembre 2005 à 0:16 Re: Mes meilleurs souvenirs détruits! Message 5 de 33 · Page 1 de 2 · 3 546 affichages · Partager  ,
Bonsoir, ta nostalgie appelle deux réflexions à mon esprit.
D'abord mon grand père qui me disait : vieillir, les douleurs un peu partout, la lenteur, les forces qui vous abandonnent, ce n'est rien, c'est normal, mais ce qui me manque, c'est l'odeur des genêts. les genêts sont toujours là, et je sens bien leur odeur à la fois amère et sucrée lorsque le soir tombe, seulement, lorsque j'étais jeune, cette senteur était pleine d'exaltation, de vitalité, de confiance. Aujourd'hui, rien, à peine s'il me reste le souvenir de cette joie intense d'une soirée d'été qui s'achève.
L'autre réflexion concerne cette dualité que je me suis moi même bien souvent reproché. Nous avons adoré ou admiré certains endroits que nous avons parcouru, nous avons aimé leur simplicité, leur authenticité tellement différente de nos modes de vie. Nous aurions voulu que rien ne change. Seulement que "rien ne change" suppose une vie souvent difficile, voire très dure, sans confort, soumise à des aléas de toutes sortes, pour la nourriture, pour la santé, pour la survie même. Peut-on, avec notre égoïsme de spectateurs du monde, regretter que le monde change ? Peut-on, juste pour préserver nos images, regretter que la vie des gens que nous visitions autrefois, soit devenue moins pénible, ou pénible d'une façon plus proche de la notre ? Dans un autre post je disais que Essaouira n'était plus la même aujourd'hui qu'il y a trente ans. C'est sur, mais cela vient du fait que depuis beaucoup, beaucoup, de touristes sont venus comme moi à Essaouira, alors les vieux riads sont devenus des hôtels de luxe, des dizaines d'immeubles de locations d'été enlaidissent les abords de la plage, le souk du soir où ne bruissaient que les conversations est devenu une foire permanente. Le fils du marchand d'herbes médicinales est devenu pharmacien à Casa (authentique  ) les musiciens gnaouas donnent un festival, les artisans qui réalisaient des merveilles en loupe de thuyas sont devenus des semi-industriels fabricants de camelotes minables, les orfèvres juifs qui sont restés, importent leur bimbeloterie d' Inde, les tapis sont fabriqués en usine, le cuir de chèvre, si réputé à cause des fruits d'arganiers que les chèvres mangeaient et qui rendait la peau d'une exceptionnelle souplesse est maintenant importé d' Espagne, et l'huile d'argan qui se vendait sous le manteau est maintenant importée de Floride. Mais les femmes ne lavent plus leur linge à la main, elles sont embauchées dans les conserveries dans des conditions plus décentes, les gens logent dans des maisons plus salubres, la ville est florissante, le port à été refait, le petit chantier naval à doublé ou triplé. Et oui, à une dizaine de km d' Essaouira à surgi une cité dortoir pour loger tout le personnel nécessaire à l'industrie du tourisme. Des gens qui ont trouvé un travail sans doute moins pénible que le travail agricole de misère qui était le leur il y a trente ans.
Qui je suis moi ? Si je regrette que beaucoup de touristes aient eu le plaisir comme moi, de visiter Essaouira ? Ce qui a permis aux habitants de la ville et des environs de vivre mieux ? Et qui je suis moi, si je reproche au 2/3 de la planète d'avoir envie de ramasser les miettes du festin dont je me gave sans même me rendre compte que je me gave ?
Voilà les reproches que je m'adresse, ce qui ne m'empêchera pas de partir à la fin de l'année pour trois semaines au Maroc | | | À: CatherineGil · 10 décembre 2005 à 0:43 Re: Mes meilleurs souvenirs détruits! Message 6 de 33 · Page 1 de 2 · 3 539 affichages · Partager merci pour la beauté de ta reponse.....infiniement MERCI..... | | | À: CatherineGil · 10 décembre 2005 à 10:45 Re: Mes meilleurs souvenirs détruits! Message 7 de 33 · Page 1 de 2 · 3 519 affichages · Partager On peut quand même penser que quelquepart c'est le meilleur de notre vie qui est parti, et tu me diras que justement celà s'appelle la nostalgie...... mais quand même et quand tu cites l'exemple d'Essaouira, je te suis parfaitement quand a l'amélioration des conditions de vie des habitants, mais il te manquera ce petit quelquechose qui t'a tant séduit et pour lequel sans doute cette ville t'a plu..... c'est sans doute de celà dont Philom veut parler, de ce petit moment de bonheur que l'on ressentait à être dans un endroit particulier à une époque qui n'est plus.....
Plus l'on viellit et plus on a certainement tendance à se réfugier dans nos rêves d'antan, qui nous donnent l'impression qu'un monde meillleur s'en est définitivement parti..... et si malgré tout celà était vrai, si malgré cette exaltation qui nous fait embellir les souvenirs au delà du réel certainement, et bien ce monde était en train de changer véritablement......
C'est vrai que de quel droit on reprocherait aux acteurs de nos doux moments passés il y a quelques dizaines d'années de enfin profiter de cette manne que l'on appelle le progrés..... juste pour le confort de nos souvenirs...... indécent, et pourtant si rassurant et porteur de messages autrement plus humains que ceux colportés maintenant......
Et puis quand même, ce devait être facile de se croire Robinson sur cette petite plage avec ces oiseaux non effarouchés qui partageaient ces moments buccoliques avec Philom...... ces grands mélèzes ont du souvent le voir s'évader vers les terres vierges du Grand Nord, traquer les ours et les loups....... et puis cet ermite qui lui laissait croire que même en France des personnages incroyables hantaient notre pays...... et ce champ qui permettait aux villageois d'avoir une vie sociale en rapport avec la nature et de mieux se connaître...... ce ruisseau ou il pouvait se complaire dans de milles aventures plus téméraires les unes que les autres, descendre l'Amazone sur un radeau parmi une végétation remplie de cris d'oiseaux et de singes...... cette tribu justement pleine de secrets à déchiffer......
Longue complainte de notre conscient sur des schémas que l'on cherche désormais à reproduire de par la vitalité de nos voyages, et c'est pour celà que l'on s'envole pour de lointaines destinations trés certainement..... pour reproduire les schémas de notre enfance, et de nos souvenirs perdus, et repartir sur des chemins ou notre inconscient aime tant à se perdre......
Seule différence et de taille..... il faut maintenant y mettre le prix alors qu'auparavant le rêve et l'aventure s'entremélaient là à notre porte.......
Bon, j'avoue je suis un grand rêveur.......  | | | À: Alan · 10 décembre 2005 à 11:37 Re: Mes meilleurs souvenirs détruits! Message 8 de 33 · Page 1 de 2 · 3 507 affichages · Partager merci, merci d'avoir si bien continué dans mes interrogations et chapeau pour toutes tes interprétations auxquelles, j'ai la même vision, cette ile où je suis retourné pour refaire stevenson..tous ces endroits qui ont fait travaillé mon imaginaire.etc...etc...je voulais démontrer que ce monde, comme tu le dis, change.. mais... trop vite... je voudrais aussi rajouter une phrase que j'ai fait mienne depuis de nombreuses années.. une phrase que j'essaye de donner aux enfants, aux jeunes et souvent aux moins jeunes :
Faites que le rêve dévore votre vie afin que la vie ne dévore votre rêve..
nous sommes deux grands réveurs !!!!!!! | | | À: Alan · 11 décembre 2005 à 0:14 Re: Mes meilleurs souvenirs détruits! Message 9 de 33 · Page 1 de 2 · 3 464 affichages · Partager Seule différence et de taille..... il faut maintenant y mettre le prix alors qu'auparavant le rêve et l'aventure s'entremélaient là à notre porte.......
Bon, j'avoue je suis un grand rêveur.......  
 ,
Et bien oui... le prix à payer, c'est le bétonnage, les millions de mètres cube de kérosène, de diesel pour transporter des milliers de touristes. C'est l'eau....je me souviens des affichettes dans la salle de bain de la chambre de l'Hôtel de la Poste à Saint Louis du Sénégal....Et pourtant, je t'assure, qu'il me tarde bien que tout plein de gens aient envie d'aller en Bulgarie, pour que ça donne l'idée à tout plein d'autres gens d'investir dans ce pays splendide, parce qu'un tel dénuement, une telle misère, aussi bien dans les villes que dans les campagnes, c'est insupportable.
 , Mais j'ai bien compris que ce n'était pas de ce prix là que tu voulais parler ! Mon premier voyage en solo, j'avais à peine dix huit ans (à l'époque on n'était même pas majeure à dix huit ans) c'était en Sardaigne. La Sardaigne, il y a plus de quarante ans, pour une fille seule, c'était l'aventure. Et oui, elle était à nos portes. De là, je suis passée en Sicile puis remontée de Porto Calabre à Menton en stop-camion. Je n'ai jamais retrouvé un tel sentiment de plénitude et de liberté. Cela, c'est sur, c'est perdu. Mais quelle chance tout de même de l'avoir vécu. A Nuoro, j'ai été reçue par une famille parce que j'avais discuté avec une fille dans la rue, qui faisait ses études à Rome, et puis ces gens m'ont envoyée chez leurs cousins à Ardauli, où à l'époque on ne pouvait se rendre qu'en charrette, aucun bus ne pouvant s'aventurer sur le chemin de terre qui y conduisait. Des femmes en blouses blanches revêtues de tous leurs jupons qui leur donnaient un vague air de Baba Russe, les hommes en blouses blanches, gilets brodés et pantalons de velours. C'était la fête, tout le villages sous les treilles en train de boire et de manger, et le soir, une interminable joute à la guitare. La fête, c'était pour célébrer la réconciliation entre deux familles. La guitare : des mots sans fin sur des airs traditionnels, pour expliquer tour à tour la dispute depuis sa genèse jusqu'à son dénouement. Pour se dire, en chantant ce qu'on n'aurait jamais pu se dire en criant sans que sortent les fusils. Et le lendemain, un vieux berger, étonné que je "parle le Sarde" (bien plus proche de l'Espagnol que de l'Italien donc plus facile pour moi) qui veut que je lui montre la Sardaigne sur une carte et puis d'où je viens et des années plus tard, dans le Baluchistan, paumés je ne sais trop où sur une route blanche, alors que nous nous étions arrêtés pour regarder une culture de grandes touffes fleurissant bleu, comme des sauges, à peu près la même scène. Deux bergers après nous avoir dit qu'il s'agissait de tchaï lemon tree, nous demandent a map pour qu'on leur montre où ils sont et d'où nous venons  , mais là, il a fallu plusieurs cartes et je crois bien qu'ils ne nous ont pas crus 
D'autre part, j'aime bien rêver moi aussi, qui pourrait s'en passer ? Mais comme beaucoup de femmes, je suis pragmatique. Je ne me fais pas d'illusions. Lorsque nous nous promenons pour notre plaisir dans des coins perdus, ce qui fait rêver les gens, c'est tout notre superflu. C'est exactement ce qu'ils désirent et ce vers quoi ils tendent, et c'est légitime. Or à voir les dégâts causés à la planète par le 1/3 à peu près que représentent les pays riches, on peut facilement imaginer ce que ça donnera lorsque ça sera la moitié, puis les trois quarts qui consommeront autant que nous si nous n'apprenons pas à nous restreindre et à partager. | | | À: Philom · 11 décembre 2005 à 13:09 Re: Mes meilleurs souvenirs détruits! Message 10 de 33 · Page 1 de 2 · 3 451 affichages · Partager Salut,
Nous mourrons le soir et naissons le matin. A chaque instant le monde se fait et se défait. A chaque moment tout s'effiloche et se tresse. Les événements se réunissent et se séparent.
S'il n'en était pas ainsi, nous ne serions pas nés, nous ne pourrions pas vivre. Toute rencontre serait impossible car elle a besoin de la séparation. Nous ne pourrions rien partager. Nous ne pourrions voir grandir nos enfants. Il n'y aurait ni regret ni espoir.
Le changement est la seule constante.
Plus pragmatiquement, qu'en pensent les gens de ce village ? Il y a 30 ans : Désiraient-ils une école pour leurs enfants ? Voulaient-ils un dispensaire pour les malades ? Pensaient-ils disposer d'une route pour aller vendre et acheter des produits à la ville ? Attendaient-ils l'électricité pour disposer d'un réfrigérateur afin de conserver les aliments ?
Philippe | | | À: Philippe2003 · 11 décembre 2005 à 16:51 Re: Mes meilleurs souvenirs détruits! Message 11 de 33 · Page 1 de 2 · 3 423 affichages · Partager c'est la question que l'on peut leur poser,... car, il y a 30 ans..dans ce village.. l'école était celle de la vie de tous les jours.. le sida n'existait pas..les maladies cardio-vasculaires inconnues.. chacun se regroupait pour partir en ville en faisant des étapes..où on dormait à la belle étoile et où on chantait les chansons des anciens.. les aliments n'étaient que naturels et donc impérissables..le lait au pis..non stérilisé.. 
bien sur.j'éxagére.. | | | À: Philom · 11 décembre 2005 à 17:53 Re: Mes meilleurs souvenirs détruits! Message 12 de 33 · Page 1 de 2 · 3 410 affichages · Partager Philom
y a 30 ans, devant chez moi c'etait un chemin de terre et non une route
y a 30 ans, les choses etaient differentes
demain, ca changera encore, et dans 30 ans, ce sera totalement different
cesses de vivre dans le passe et de nous deprimer avec des pensees obscures
les souvenirs de toute facon, ils sont dans ta tete
c'est comme nos proches qui sont plus la, ca n'empeche pas qu'on pense a eux
cesses d'etre negatif et de te lamenter
tu devrais plutot de fabriquer de nouveaux souvenirs (plus joyeux) | | | À: Voyageur60 · 11 décembre 2005 à 19:02 Re: Mes meilleurs souvenirs détruits! Message 13 de 33 · Page 1 de 2 · 3 400 affichages · Partager joyeux noel à toi. | | | À: Philom · 12 décembre 2005 à 12:58 Re: Mes meilleurs souvenirs détruits! Message 14 de 33 · Page 1 de 2 · 3 359 affichages · Partager Revenons donc au Livre. Le Grand Nicolas (pas le petit, ni Saint Nicolas, ni notre cher agitateur du moment) a dit, déjà en 1953, dans l'Usage du Monde, page 115:
"Il est bien naturel que les gens d'ici n'en aient que pour les moteurs, les robinets, les haut-parleurs et les commodités. En Turquie, ce sont surtout ces choses là qu'on vous montre, et qu'il faut bien apprendre à regarder avec un oeil nouveau. L'admirable mosquée de bois où vous trouveriez justement ce que vous êtes venus chercher, ils ne penseront pas à la montrer, parce qu'on est moins sensible à ce qu'on a qu'à ce dont on manque. Ils manquent de technique; nous voudrions bien sortir de l'impasse dans laquelle trop de technique nous a conduits: cette sensibilité saturée par l'Information, cette Culture distraire, au "second degré". Nous comptons sur leurs recettes pour revivre, eux, sur les nôtres, pour vivre. On se croise en chemin sans toujours se comprendre, et parfois, le voyageur s'impatiente; mais il y a beaucoup d'égoïsme dans cette impatience-là."
J'espère que ça peut répondre en partie à ton interrogation.
J'aimerais développer, parce que voici encore un sujet qui me tient à coeur. Développer un certain nombre d'avancées sociales ne nuit pas: évolution des mentalités, notamment des rapports entre les hommes et les femmes, évolution de la médecine, évolution de l'accès à la culture et à l'éducation... ce sont des choses auxquelles on peut difficilement s'opposer. Mais cela n'a rien à voir avec l'anthropisation toujours plus gallopante, surtout sur les côtes de toute la planète. Toujours plus de voitures, de béton, d'autoroutes, et moins de rêve, moins de nature, moins de rivières où on peut se baigner ou pécher. Ca c'est la croissance érigée en dieu suprème qui l'impose. Non seulement croissance démographique, mais aussi croissance économique. Et cela n'a rien à voir avec le progrès social, le progrès humain, le progrès médical, et le progrès culturel. C'est même opposé, voir les G8 et autres sommets de l'OMC du moment, où tout est uniformisé, toujours plus sûrement.
Il y a deux aspects qui viennent révolutionner ce siècle: 1) nous venons il y a très peu de temps de finir d'explorer notre monde, et l'exploration des mondes extra-terrestres, voire extra-solaires est loin d'être pour demain. Entre les deux, l'humanité doit se contenter, pour la première fois de son histoire, d'un territoire fini, et surtout, de l'acceptation de ce territoire fini. Ca change toutes les règles du jeu. Nous ne sommes qu'au début de ce bouleversement. 2) l'humain a cette formidable capacité de contrer les lois naturelles. S'il veut. Par exemple, l'univers est inégalement réparti en matière et en énergie. Il y a presque tout concentré en presque rien. Certains humains ont fait avancer des idées contraires, basées au contraire sur le partage, et y ont parfois (malheureusement trop peu souvent) réussi. Autre possibilité: nous pouvons lutter contre nos instincts: pour se transcender, nous sommes capable de jeuner des jours. Pour le goût du défi, nous pouvons traverser des océans à la rame dans des conditions atroces. Par amour pour sa femme, Guillaumet s'est forcé à survivre dans les Andes, et a dit ensuite "ce que j'ai fait, je te jure qu'aucune bête ne l'aurait fait". Pourquoi je parle de tout cela maintenant? Parce que l'homme, face à cette nouvelle donnée qu'il vit sur un bout de cailloux minuscule dont il a fait le tour, doit aller contre une autre force naturelle: le besoin de faire croître, voire de faire dominer, l'espèce. Nous avons déjà réussi à imposer, au cours de ce siècle, pour de simples questions de survie, le contrôle des naissances dans certaines nations en voie d'explosion démographique. Nous devons étendre ce concept à la Terre entière, et aux activités anthropiques en général. L'humain du XXIème siècle devra faire preuve de maturité, enfin, et contrôlera ses pulsions reproductrices: il ne fera qu'un enfant. C'est suffisant, et cela permet d'amorcer la décroissance démographique. En parallèle, il devra réfléchir toujours plus globalement. Son activité a des conséquences locales, mais aussi globales, et cela est aussi totalement nouveau (relativement). A peine un siècle ou deux. Prendre la voiture pour aller travailler alors qu'il aurait la possibilité d'y aller à pieds, à vélo, ou par rails deviendra un reflex aussi normal que respirer.
Et on ne se demandera plus s'il faut construire toujours plus de barres d'immeubles au bord de lieux anciennement paradisiaques. Ce phénomène d'anthropisation, totalement néfaste, va se calmer, et stopper au cours de ce siècle. Il restera du rêve, moins qu'avant certes, mais plus de gens, et surtout plus de femmes, vivront heureux et simplement.
Soit c'est un doux rêve, une utopie (j'ai l'habitude, je suis coutumier des faits), soit eh ben... l'exemple de Philom sera d'une banalité affligeante. C'est d'ailleurs déjà le cas. Et au bout de tout cela, il y a le mur. Entre la balle et le mur, je mise sur le mur. La balle, elle, elle éclatera comme une vulgaire orange trop mûre. | | | À: Philom · 12 décembre 2005 à 14:17 Re: Mes meilleurs souvenirs détruits! Message 15 de 33 · Page 1 de 2 · 3 338 affichages · Partager "L'avenir à chaque instant repousse le présent d'être un souvenir". Ainsi, enfant, notre ville est terre d'aventure. Les hauts immeubles clos derrière leur porte cochère sont tentateurs. On sonne et on s'enfuit riant et effrayé. A la boulangerie, les pains russes, les pains au chocolat et les brioches font longuement hésiter. Les bocaux regorgent de friandises multicolores : les réglisses ronds avec leur coeur bleu ou rouge, les malabars, les fins tubes de poudre parfumée à l'anis qui font éternuer nous font longuement compter et recompter nos piecettes. Dans le champ derrière l'église, après l'école, on compose un énorme bouquet de pissenlits d'un jaune éclatant au parfum un peu écoeurant. Les adultes sont des géants. Ils connaissent tout, ils savent tout, ils détiennent la sévérité, la sagesse, la raison.
A notre tour, nous sommes des Hommes, nous avons grandit et tout rétrécit. La maison familiale est devenue vieillote, les bibelots ridicules, les Anciens radoteurs. La boulangerie a disparu, le champ n'est plus, le béton a poussé, les digicodes sont apparus, internet aussi, les bonbons sont dans des sacs qui sont dans des supermarchés. Et..... le souvenir devient un regret apaisé. | | | À: Loopkin · 12 décembre 2005 à 14:51 Re: Mes meilleurs souvenirs détruits! Message 16 de 33 · Page 1 de 2 · 3 316 affichages · Partager je pense que le terme de globalité est en effet devenu presque vital à l'heure actuelle, il faut penser globalement, sachant comme tu le dis presque, l'infini terrestre n'existe plus, on ne peut plus aller au dela et il faut donc agir en conséquence en tenant compte qu'à coté, maintenant il y a l'autre... mais il faut que j'y réfléchisse encore plus.. | | | À: Cepavrai · 12 décembre 2005 à 15:00 Re: Mes meilleurs souvenirs détruits! Message 17 de 33 · Page 1 de 2 · 3 313 affichages · Partager oui mais comme le dit si bien ALAN, il faut maintenant y mettre le prix, alors qu'auparavant, le réve et l'aventure étaient au pied de notre porte... mais je tiens aussi à préciser que je ne suis pas nostalgique ni triste, ni en train de me lamenter, j'essaye simplement de trouver des solutions, des moyens de faire encore réver... faut il mieux avoir des regrets que des remords, le remord, c'est la non participation, je veux et je souhaite à chacun d'être acteur et spectacteur et non simplement spectacteur..En étant acteur, je me donne les moyens d'agir, d'intervenir et donc de continuer soit à réver soit à faire réver.. | | | À: Loopkin · 12 décembre 2005 à 16:01 Re: Mes meilleurs souvenirs détruits! Message 18 de 33 · Page 1 de 2 · 3 298 affichages · Partager Non, pas une utopie mais un voeux pieux.
Personne ne dira que tu as tort.... C'est bien en effet ce vers quoi il faudrait tendre dans l'idéal mais comment comptes tu imposer ces principes autrement que par un.... autoritarisme proche des pires dictatures ?
Un enfant par couples ? Même la Chine est en train d'assouplir ce principe et comment faudra-t-il faire pour convaincre 10 milliards d'individus de ne pas sur consommer alors que c'est sur le principe même de la sur consommation qu'est fondé l'économie mondiale ?
Que la décroissance ou bien une croissance raisonnée s'installe en Occident d'abord ? Tout à fait d'accord. Il y a fort longtemps que je n'utilise plus que le vélo où les transports en commun en ville, que je n'achète que des denrées alimentaires produites sur place pour éviter la pollution par les transports, mais ça, c'est d'abord un luxe, faire le marché au marché ou chez les petits artisans revient de 20 à 30 % + cher, et ensuite, c'est une goutte d'eau dans l'océan. Toi, moi, tous les participants à ces forums, sommes nous prêts autrement que par la force, à renoncer à tout ce qui fait notre confort ordinaire ? Prêts à renoncer à la gabegie d'énergies non renouvelables par exemple qui sert à nous transporter aux quatre coins de la planète, pour un coût de plus en plus accessible à de plus en plus de gens ?
Regarde ce qu'il se passe dans nos sociétés dites développées, ce sont les classes aisées donc les plus éduquées qui sont conscientes de ce problème écologique et font tout leur possible pour vivre en accord avec ces principes, mais dis moi, au nom de quoi serait-on autorisés à faire la leçon aux plus démunis lorsqu'ils ont enfin accès à tout ce qui brillait devant leurs yeux et dont ils étaient privés jusqu'alors ? Est-ce qu'il n'est pas normal que notre société essaye par tous les moyens d'uniformiser les niveaux de vie ? Est-ce qu'il n'est pas normal de faire en sorte que tous aient un travail et un toit et puis tout le confort qui va avec ? Et ben voilà, ce qui se passe au niveau de notre société est identique à ce qui se passe au niveau de la planète. Nous avons mis le doigt dans l'engrenage, science/technique/industrialisation/ commerce. Cet engrenage est en train de nous bouffer le bras, et pire, et, pour ma part, j'ignore comment nous en sortirons.
En tous cas tu as raison sur un point, c'est dans ce siècle qu'il faudra trouver la solution. | | | À: CatherineGil · 12 décembre 2005 à 16:33 Re: Mes meilleurs souvenirs détruits! Message 19 de 33 · Page 1 de 2 · 3 289 affichages · Partager Tu as entièrement raison. C'est un voeux pieux, et nos quelques actions quotidiennes sont une goutte dans l'océan (très pollué d'ailleurs). Tu poses les bonnes questions: comment imposer ces principes autrement que par un autoritarisme proche des pires dictatures ? Ca rejoint les idées avancées dans un bon article du diplo de novembre: Ecofascisme ou Ecodémocratie ?
Les idées ne manquent pas, mais malheureusement, elles participent de la même utopie: déjà, changer le modèle qu'on nous impose dès le berceau: cette logique de l'avoir, remplaçant celle de l'être, qui pousse vers toujours plus de désir de consommer (donc vers une logique concurrentielle, et de croissance). Que ce soient les pays riches, par ancrage du modèle, les pays en transition parce qu'ils y goûtent enfin, ou les pays pauvres, qui lorgent sur les miettes. Changer ce modèle, ça veut dire faire rentrer dans la tête de nos dirigeants qu'il faudrait enfin reprendre les choses en main, et arrêter de donner toujours plus de pouvoir aux multinationales qui gouvernent ici très bas. Démantelons les multinationales, arrêtons la publicité, formons des commités éthiques qui jugent de la viabilité des biens et des services offerts par les entreprises privées ou publiques.
Aussi, pour que les gens qui n'ont rien arrêtent de vouloir dix à quinze enfants, se débrouiller pour qu'ils aient accès à l'éducation et à la santé, et qu'ils bouffent. Pour ça, arrêtons de leur voler leurs ressources minérales, et financières, annulons la dette qu'ils ont déjà payé au moins trois fois, rendons leur toutes les richesses que nous leur avons volés au cours de ces 513 dernières années, s'il en reste (nous avons gaspillé beaucoup en guerres ces derniers siècles). Là, les mentalités commenceront à changer, et ils feront beaucoup moins d'enfants. Par ailleurs, ils auront enfin des logements décents, des soins et une éducation, une culture et une langue à eux, les moyens de la défendre et de la faire connaître au monde. Du coup, ils seront moins dans une logique de court terme, et commenceront à gérer leur territoire à long terme, soulagés enfin du soucis d'urgence qui les oblige actuellement à couper toujours plus de forêts et à pécher toujours plus loin des côtes.
Tout cela, ce n'est pas demain qu'il faut le faire. C'est aujourd'hui, et même maintenant.
Dans l'article dont je parle, il y a plein d'autres propositions. je cite ici la conclusion de Serge Latouche, celui qui a écrit cet article:
Quoi qu’il en soit, la création d’initiatives locales « démocratiques » est plus « réaliste » que celle d’une démocratie mondiale. S’il est exclu de renverser frontalement la domination du capital et des puissances économiques, reste la possibilité d’entrer en dissidence. C’est aussi la stratégie des zapatistes et du sous-commandant Marcos. La reconquête ou la réinvention des commons (communaux, biens communs, espace communautaire) et l’auto-organisation de la biorégion du Chiapas constituent une illustration possible, dans un autre contexte, de la démarche localiste dissidente. | | | À: Loopkin · 12 décembre 2005 à 22:47 Re: Mes meilleurs souvenirs détruits! Message 20 de 33 · Page 1 de 2 · 3 273 affichages · Partager 
Bonsoir Loopkin. Juste un correctif mais il est de taille : Les politiques n'ont d'autre pouvoir que celui que nous leur donnons et d'autre responsabilité que de mener la politique désirée par la majorité par laquelle ils ont été élus. Par contre les consommateurs ont tous pouvoirs sur la gestion de leur consommation et donc sur la survie des grands groupes et des multinationales qui sans eux ne sont rien, rien du tout. Si les consommateurs en bloc boycottent un groupe pour sa façon lamentable d'agir, ce groupe ne survivra pas ou sera obligé de changer de politique. C'est aussi simple que ça.
Et j'en reviens toujours au même point : Eduquer, tout passe par l'éducation. Arrêter de faire porter la responsabilité de nos comportements à ceux que nous avons librement élus.
Voilà, et....  place au voyage avant de nous faire couper la parole. | Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 12 748 visiteurs en ligne depuis une heure! |