Des cimes du Lesotho aux abysses d'Aliwal Shoal, un voyage au Sud de l'Afrique AirOne · 13 novembre 2013 à 21:06 · 359 photos 324 messages · 20 participants · 35 031 affichages | | | | 13 novembre 2013 à 21:06 · Modifié le 13 nov. 2013 à 23:01 Des cimes du Lesotho aux abysses d'Aliwal Shoal, un voyage au Sud de l'Afrique Message 1 de 324 · Page 1 de 17 · 12 255 affichages · Partager
On y monte enfin dans cet avion, on y va enfin dans ce pays, depuis le temps que je le prépare ce voyage, c'est pas trop tôt ! Lufthansa, Boeing747, équipage teutonique peu avenant mais efficace, fauteuils très durs, le cul du Germain est sans doute couvert d'un cuir tanné le rendant totalement insensible à l'appui prolongé et le mettant à l'abri de l'escarre...il n'en va pas de même du mien. Heureusement Greta et Hilde, si elle ne sont plus toutes jeunes restent très efficaces. C'est un mystère cet équipage, jamais vu une moyenne d'âge aussi élevée sur un vol long courrier, comme si l'avion avait été fourni avec ses hôtesses. Tout se passe bien et on arrive à l'heure, changement un peu short à Francfort mais ça le fait, tout ça pour 800€ AR, il y a moins cher, mais ces départs le soir avec arrivée le matin me conviennent. Joburg Joburg Joburg : nous voici ! Personne ne nous attend ? Ha ! Si, là, derrière, un panneau pour nous, le taxi qui doit nous conduire chez bushtrackers Nous sommes très bien accueillis, nous avons réservé un Hilux 2.5 Toyota, vrai 4x4 mais pas très puissant, suffisant pour passer la plupart des pistes du Lesotho, assez haut pour faire un game drive confortable. Ce n'est pas donné bien sûr : environs 17 000 Rands pour 17 jours de location. je ne regretterai pas ce choix même si nous aurions pu nous en passer et économiser dans les 500 € en choisissant un autre véhicule. Mais un tel véhicule a des inconvénients outre son prix, il est extrêmement volumineux et assez peu manoeuvrant, de plus ils n'en disposent pas avec vitesse automatique, il faut donc passer les vitesses main gauche, on s'y fait vite mais se faire la main dans une grande ville comme Joburg/ Pretoria n'est pas simple...Bien, nous commençons par naviguer dans le quartier pour faire les courses, nous n'avons pas de tente de toit mais nous avons un frigo à bord, ce qui est bien pratique. Quartier de blancs, quartier blindé, quartier gardé, quartier fliqué, quartier vidéo surveillé, quartier fil de fer barbelé, quartier armé, quartier bien calme pourtant...nous allons au super marché le plus proche et faisons nos courses, des employés vous aident à vous garer à remplir votre coffre, à sortir de votre place, tout ça avec force sourires, c'est agréable. La pauvreté est là, à chaque carrefour on mendie. Nous quittons la ville, au sud quelques bidonvilles et des quartiers en dur de petites maisons toutes pareilles qui contrastent avec les quartiers surprotégés. L' Afrique du Sud est en pleine mutation, les mendiants ne sont pas tous des noirs... Nous ferons le plein près de Villiers le réservoir fait 150 l et la jauge commence à baisser quand vous en avez consommé 90. L'essence n'est pas chère, moins de 1€ le l mais avec cette bagnole, c'est un budget. Les paysages de plaine commencent à se hérisser de petites montagnes, puis de plus grandes, nous arrivons à la frontière du Lesotho (prononcer Lisoutou) à Caledonspoort, nous dormirons à Camelroc guestfarm (chalet 10)
, un endroit très sympathique fréquenté par des familles sudaf en WE. Un bel endroit. Le confort n'est pas optimal, les chambres sont exigües, la literie moyenne, la cuisine et la salle de bain pas bien grandes non plus mais on y est bien dans cette petite baraque éloignée des autres. Il est intéressant de noter que la petite piste qui conduit à notre logement est tellement défoncée que la plupart des petites voitures 2 roues motrices ne passeraient pas ! Nous verrons des Blesbock et nos premiers oiseaux tisserands, très beaux oiseaux ubiquitaires dans le pays, c'est le printemps, on refait les nids.
Orage et pluies diluviennes dans la nuit Les propriétaires sont très sympathiques et nous quitterons ce lieu presque à regret.
Mais le Lesotho nous attend. Le passage de la frontière est simple et rapide, au delà, l'ambiance change, nous arrivons rapidement à Butha Buthe, premier contact avec ces petites villes Basotho et leurs multiples échoppes, beaucoup de monde, circulation très lente, ambiances.
Le Lesotho est sec et les fortes pluies de la veille ont fait du bien, les gens sont heureux, les flaques d'eau sont une réjouissance, ici on souhaite la pluie aux autres comme on leur souhaiterait le bonheur ou la fortune. Ce pays est avant tout agricole, l'eau y est donc indispensable, pas d'eau, pas de pâturages et les bêtes meurent en nombre, pas d'eau et le maïs ne pousse pas, pas d'eau et pas de papa : cette farine de maïs mélangée à de l'eau bouillante, plat de base du basotho. Les enfants le mangent dans la rue.
Paysages de plateaux,
nous sommes à 1600 m. Nous nous arrêtons à Leribe au craft center pour acheter quelques lainages mohair locaux de belle qualité, nous prendrons aussi une petite carte papier du pays qui s'avèrera précieuse et plus fiable que T4A. A Teyateyaneng nous bifurquons à gauche vers Ha Kome caves, non que nous ayons envie de visiter ce lieu qui ne me semble pas très indispensable, mais juste pour quitter cette route principale pas mal fréquentée. Jusqu'à Ha Kome, la route est magnifique, toute neuve, quand nous prenons la direction sud, c'est une gravel road en assez bon état mais avec quelques passages plus délicats, les pluies provoquent un ravinement qui laisse apparaître la roche sous-jacente, on s'en fout : on a un quaquat' ! Des bergers partout.
Et des villages
Ici, nous devenons beaucoup plus incongrus, exotiques, inhabituels, nous provoquons la curiosité, sourires, saluts, rires des enfants. Bientôt l'heure du picnic arrive et nous nous arrêtons. Rapidement, 2 jeunes bergers arrivent et se plantent à 10 m : ils nous observent.
Je vais les trouver armé de quelques biscuits et d'un coca, ils sont ravis, ils me photographient avec mon propre appareil, je fais de même, échange de bons procédés... Puis d'autres bergers approchent, encore plus jeunes, distribution générale !
Ca rit, ça parle fort, les chiens s'en mêlent et se battent en eux, les vaches faméliques en profitent pour s'éloigner, un gamin part en courant et en gueulant pour récupérer son troupeau. Nous décidons de partir. Et je l'ai vu. Il a fini sa canette et l'a tout simplement jetée par terre, tache rouge obscène dans ce paysage magnifique...que faire, m'arrêter, la ramasser sans rien dire et repartir ? Lui faire la leçon ? Qui suis-je pour ça ? Alors je l'ai laissée par terre, souvenir peu glorieux de mon passage sur cette terre magnifique. Nous nous éloignons dans la balèze auto, laissant un Lesotho un peu plus sale. Dans la voiture, il se sent moins à l'aise Otto euh pardon Erwan, un peu comme une femme qui aurait perdu les eaux tôt...Ha!Ha!Ha! Bon, OK, j'arrête. Nous rejoignons la route près de Nazareth...Halleluïa !!! J'ai déjà entendu ce nom là quelque part me dit Fanny...bon sang, c'est une honte me dis-je, mes enfants ne sont même pas baptisés et sont religieusement complètement incultes. C'est normal, lui dis-je, c'est là qu'est né Boudha. Boudha est né là au Lesotho ? C'est pas plutôt Jésus ? Avance Sabine mon épouse qui ne s'est pas contentée de regarder la Bible : elle l'a ouverte ! Ah ! Oui, bien sûr, pas Boudha : Jésus ! Mais il n'est pas né au Lesotho ? Si ? Tente timidement Camille. Heu, non, en fait il est né à Nazareth en Galilée, et comme ils sont croyants ici, ils ont appelé leur ville Nazareth en l'honneur du Christ...si ça se trouve, il y a aussi une statue de lui quelque part... Ah! Roma à gauche, je tourne. De forts belles falaises et une université, nous traversons direction Semonkong, la route est magnifique jusqu'à 40 km du but...ça se corse, la piste est bonne, mais il y a parfois des zones de travaux, la route est en construction ce qui rend parfois l'état de la piste franchement scabreux, la pluie n'a pas arrangé les choses et ça patine, par endroit il faut passer en 4x4. Nous montons toujours, les paysages se font plus rudes, les villages plus isolés.
Une dame et une enfant font du stop dans la montagne, nous comprenons enfin en voyant une voiture s'arrêter pour d'autres, que ce signe l'index levé n'est pas un salut local, mais bel et bien le signe local de l'auto stoppeur. En repensant à tous ces gens à qui nous avons bêtement répondu par le même signe, un sourire niais barrant nos visages d'Européens mal dégrossis, le rouge nous monte aux joues...aux moins, ces 2 là profiteront de notre avancée culturelle...elles vont à Semonkong, nous les déposerons au village. le dialogue se fera par signes, elles ne parlent pas du tout l'anglais.
Semonkong est un bled tout moche assez étalé, nous aurons du mal à trouver la "High school" que nous indique la dame et le chemin conduisant au lodge n'est pas fléché, honte suprême pour le grand mâle occidental, je me vois contraint de DEMANDER MON CHEMIN ! Les filles rient sous cape, ça fait longtemps qu'elles ont proposé cette solution, mais mon égo, ma culture, mes gènes, mes ancêtres, mon karma, mon orgueil et mon modjo : bref tout, absolument tout me hurlait qu'il ne fallait pas. Pourtant je le fis : " excusez moi monsieur, pourriez vous m'indiquer le chemin qui mène au Semonkong lodge s'il vous plaît ? Car voyez vous, je ne le retrouve pas, je suis une larve, un moins que rien, un inutile, un parasite." demandais-je contrit à un local. A ma grande surprise, celui-ci m'indique la route sans me lancer le moindre regard méprisant ni même ironique. Je retrouve la réception tout seul bien aidé en cela par un énorme panneau : l'homme de tout à l'heure les aura prévenus de mon arrivée et ils ont fait le nécessaire. Les gros sont souvent des gens avenants, joviaux et accueillants, cet axiome a été battu en brèche par le dessinateur Cabu qui a créé les beaufs à Cabu, espèce de gros moustachus désagréables et, pour tout dire, très cons.
Je me retrouve face à un beauf à Cabu, le patron du Semonkong Lodge. Sa blonde épouse est juste à côté, elle ne dira pas un mot, c'est dommage : elle est francophone et son sympathique mari se montre impatient que nous remplissions les formalités (N° de passeports, N° d'immatriculation etc...ça prend du temps...). Bon, je reste détendu afin de nous donner une chance de ne pas gâcher tout notre passage ici, nous devons y rester 2 nuits tout de même... Merde ! Un beauf à Cabu : ici, à l'autre bout du monde ! Une charmante employée nous conduit à nos Rondavels, ils sont superbes, confortables, aménagés avec goût : une très bonne surprise après cet accueil glacial.
| | | À: AirOne · 13 novembre 2013 à 21:57 Re: Des cimes du Lesotho aux abysses d'Aliwal Shoal, un voyage au Sud de l'Afrique Message 2 de 324 · Page 1 de 17 · 12 212 affichages · Partager Ça commence bien ! | | | À: AirOne · 13 novembre 2013 à 22:42 · Modifié le 15 nov. 2013 à 18:38 Re: Des cimes du Lesotho aux abysses d'Aliwal Shoal, un voyage au Sud de l'Afrique Message 3 de 324 · Page 1 de 17 · 12 198 affichages · Partager
Nos rondavels sont tout en haut, ce qui nous octroie une belle vue dégagée, je monte le 4x4 sur le parking du haut, près des étables, chose impensable en 2x2 : j'ai même du enclencher le low gear, monter les bagages à pied eût été épuisant, nous sommes à 2000m... C'est la fin d'après midi, je n'y tiens plus : les Maletsunyane Falls, c'est une photo de ces chutes qui m'a, avec les merveilleux carnets de voyage de Chris et d'autres, lus sur ce forum, décidé d'organiser ce voyage. Je veux les voir, il ne fait pas très beau et on ne sait pas de quoi demain sera fait. Renseignements pris, c'est une balade de 45 mn, je décide difficilement mes troupes et nous partons à pied. En fait, c'est plutôt 1h aller + 1h retour, nous n'y arriverons pas et au bout de 30 mn de marche, en arrivant au charmant petit village qui se trouve entre les chutes et le lodge, nous faisons demi tour à mon grand désespoir.
Autour de moi, ça bougonne, mais il nous faut rentrer pour ne pas être surpris par la nuit et pour ne pas louper le repas du soir. Repas qui est excellent d'ailleurs et pas cher du tout, service parfait et souriant. Même le patron a changé de visage, il vient nous voir tout sourire, on discute, on copine, j'ai bien fait de ne pas réagir lors de notre première rencontre. J'en profite pour lui reparler de la balade à cheval du lendemain, il confirme que ce sera sans doute possible le matin, nous prenons date et je me repenche sur l'excellent shiraz que nous dégustons...Je pense à cette rencontre faite sur le chemin des falls. Il marchait devant nous, sans se presser. C'est un jeune berger enveloppé dans sa couverture basotho et coiffé d'une cagoule. Il tient à la main droite, comme tous les bergers, un solide baton qu'il agite en de grands moulinets vengeurs. A quoi pense t'il ? Ou à qui ? Corrige t'il une de ses vaches récalcitrantes ? Ou un mouton ? Est-il perdu dans son imaginaire ? Il est le capitaine Fracasse, Dartagnan ou Surcouf ! Non...pas sa culture ça...Peut-être s'imagine t'il chef Moroosi combattant les anglais ? Ou Shaka Zulu ? Ou alors, ou alors...oui, son bâton est un sabre laser, il combat les droïdes ou les guerriers scythes ! C'est la guerre des étoiles ! Une envie irrépressible me prend, alors que nous le rattrapions, de poser la main sur son épaule tout de noir vêtu que je suis et de lui annoncer d'une voix profonde : " Luke, I am your father..."
J'ai enfin réussi à produire des cartes, voici celle du parcours au Lesotho avec une petite inexactitude entre Teyateyaneng et Semonkong, notre piste passait plus à l'Est et ne figure pas sur Google maps en tant que route, maps refuse de la tracer  , nous étions sur une piste qui n'existe pas, pourtant elle n'est pas si mauvaise que ça. La piste que nous avons prise descendait direction sud en dessous de Mateka au lieu de se diriger S-O comme sur la carte ci dessous, nous rejoignions la route goudronnée à l'Est de l'embranchement de Roma.
| | | À: AirOne · 14 novembre 2013 à 9:41 Re: Des cimes du Lesotho aux abysses d'Aliwal Shoal, un voyage au Sud de l'Afrique Message 4 de 324 · Page 1 de 17 · 12 169 affichages · Partager Un carnet un peu échevelé entre les lignes duquel on perçoit un rêve de polisson qui se réalise enfin...
Certaines photos ont une belle, une douce lumière... surtout celle du père de l'ombre tout de noir vêt..... nan j'déc ! Certaines photos ont une belle, une douce lumière, un charme intemporel. Comme autant d'invitations à continuer le voyage... | | | À: AirOne · 14 novembre 2013 à 12:04 · Modifié le 14 nov. 2013 à 13:20 Re: Des cimes du Lesotho aux abysses d'Aliwal Shoal, un voyage au Sud de l'Afrique Message 5 de 324 · Page 1 de 17 · 12 149 affichages · Partager L'équitation n'est pas pour moi une seconde nature, c'est peu de le dire : je tiens plus de la grenouille que du centaure. Il y a encore un an vous auriez pu m'entendre affirmer le menton dressé par l'assurance : jamais, vous m'entendez ? Jamais vous ne me verrez poser mes fesses sur un canasson ! Fontaine...fontaine... En organisant le voyage, j'ai pu constater combien les occasions de monter sont nombreuses, je pars avec 3 cavalières, c'est dommage de leur faire louper ça ! Moi ? Et bien, j'irai boire une bière au troquet du coin... Fontaine...fontaine... Palabres, conciliabules...auto-conciliabules en fait. Ouais, bon, OK : je ferai UNE balade avec vous, tranquillou, au pas, voir en courant à côté. Fontaine...fontaine... Rhôôôô : cool ! Là ils font du choual avec les zeb' et les gnous ! Bon d'accord, je ferai DEUX balades avec vous, au pas. Fontaine...fontaine... Ah ! Zut ! Il faut un niveau minimum d'expérience pour monter au cas où on croise un hyppo, croco ou léopard...Bon, OK...je vais prendre des cours...  Fontaine...fontaine : j'ai bu de ton eau... C'est donc fort d'une expérience de 5 h que je me présente à l'accueil où nous attendent les chevaux. Ils ne sont pas bien gras, l'herbe manque. Moosa, notre guide nous accueille. J'hésite à monter sur des chevaux aussi maigres, mais non : ça tient, on y va. La balade va durer 2 heures, c'est tout simplement le chemin qui va jusqu'aux chutes. Il fait plutôt beau, avec des nuages ce qui embellit le paysage.
Nous traversons le village, des enfants courent et nous saluent.
Hello ! Hello ! Hello ! Oh ! Comme il est beau !
Nous passons près du bar local, 2 drapeau flottent en haut d'une longue perche : un blanc et un jaune pour " bière de sorgo et bière classique" On nous croise mi amusé, mi intrigué quand nous lançons à tout va des "Doumêlah", notre premier mot Sesotho que vient de nous apprendre Moosa.
Des bergers
Des muletiers
Un Ibis qui passe
Nous allons lentement, les chevaux sont fatigués, un trio au loin attire notre regard, le grand chapeau basotho est encore utilisé.
Les chevaux arrivent près d'un précipice, ils passent un peu trop près à mon goût, il faut leur faire confiance, et soudain, au détour de la falaise, elles apparaissent enfin : les Maletsunyane Falls également appelées Le Bihan Falls du nom du premier Européen à les découvrir. Elles ne sont pas très alimentées en ce début de saison humide. Elles tombent de 200 m, certains s'amusent à descendre cette falaise vertigineuse en rappel !
Un impressionnant canyon poursuit le cours d'eau qui s'éloigne à droite : paysage tout simplement époustouflant, nous reviendrons à pied l'après midi pour bénéficier de différents éclairages. Je suis ému.
Alors que durant cette pause magique je discutais avec Mooso de son pays, de l'éducation, de la santé, de la politique, je le vois. Grand oiseau majestueux planant au dessus de l'abîme, il est à notre hauteur, il s'approche, un vautour me dis-je, il n'est plus très loin et un rayon de soleil va l'éclairer. Là je le reconnais, ce n'est pas un vautour, cette tête, ce plastron clair, il s'agit tout simplement de sa majesté Gypaëte barbu premier, le plus grand oiseau d'Europe, actuellement en voie d'extinction, j'avais entendu dire que des couples vivaient au Lesotho et au Drakesberg, mais de là à penser que j'aurai la chance d'en voir un et d'aussi près ! Virage sur l'aile, il s'éloigne et rejoint l'autre côté du canyon où il prend une ascendance, je pense enfin à l'appareil photo, nous sommes à cheval, je n'ai pas pris le 400 mm trop encombrant, je dois me contenter du 200 qui est insuffisant :
Nous rentrons au lodge en fin de matinée et nous préparons le repas dans la cuisine commune. Comme je l'ai dit, nous repartirons aux chutes pour bénéficier d'autres éclairages, armés de jumelles et du zoom 200-400 mm, mais sa majesté ne reviendra pas.
Images attachées: Photo postée par le membre AirOne. Photo postée par le membre AirOne. | | | À: AirOne · 14 novembre 2013 à 15:35 Re: Des cimes du Lesotho aux abysses d'Aliwal Shoal, un voyage au Sud de l'Afrique Message 6 de 324 · Page 1 de 17 · 12 119 affichages · Partager Et hop un nouveau carnet... ça commence très bien !
Bonne écriture | | | À: AirOne · 14 novembre 2013 à 16:29 Re: Des cimes du Lesotho aux abysses d'Aliwal Shoal, un voyage au Sud de l'Afrique Message 7 de 324 · Page 1 de 17 · 12 112 affichages · Partager Quelques photos de Fanny prises lors de notre balade équestre, je les mets à part car le post ne peut pas contenir plus de 20 images.
| | | À: AirOne · 14 novembre 2013 à 17:31 Re: Des cimes du Lesotho aux abysses d'Aliwal Shoal, un voyage au Sud de l'Afrique Message 8 de 324 · Page 1 de 17 · 12 100 affichages · Partager Salut Erwan, je suis impressionné par la différence de couleur de l'herbe alors que vous êtes passés une semaine après nous, après le pluie (enfin). Rétrospectivement je me dis que l'on l'a eu beaucoup de bol de ne pas avoir la pluie avec notre Toyota Quantum 2x4 lourd dans la boue de la piste en travaux pour retourner de Semonkong à Roma, on aurait eu l'air fin !
Pour le patron du Semonkong il est vrai qu'il est ours mais après un déglaçage il s'avère même prévenant (il est revenu nous voir pour nous proposer une balade (à cheval)plus tard dans le journée en voyant un de nos fils désespéré de l'annulation pour cause de fort vent). Au fait, est-ce que tu as confirmation que sa femme est bien francophone ? Car il est le nouveau patron du lodge depuis 18 mois, peut être était-ce le précédent gérant qui avait une femme francophone ?
Bon on attend la suite...
Raf et Anne-Marie | | | À: AirOne · 14 novembre 2013 à 17:54 · Modifié le 15 nov. 2013 à 13:44 Re: Des cimes du Lesotho aux abysses d'Aliwal Shoal, un voyage au Sud de l'Afrique Message 9 de 324 · Page 1 de 17 · 12 091 affichages · Partager Dernier repas à Semonkong Lodge, le patron vient à nouveau nous voir, toujours très souriant et le repas est toujours aussi copieux et bon pour un prix plus que raisonnable : environs 8€/pers. Le vin est bon, on en abuse. Fort heureusement, Camille qui a 19 ans a le droit de nous donner un coup de main pour finir le litron.  Le lendemain matin je me lève tôt et vais faire un tour près de la rivière, j'y verrai des Hammer kopf, drôles d'oiseaux locaux que nous reverrons plus tard à Hluhluweh.
Le ptit dej, je n'en ai pas encore parlé de celui là, il est tout à fait correct et d'un très bon rapport qualité prix, pas au niveau du repas du soir cependant, mais là, nous sommes dans l'exceptionnel !
Nous chargeons la mule avant de passer payer. Je croise pour la deuxième fois la maîtresse des lieux qui me décochera un " bonjour Monsieur", sans doute pour bien me montrer qu'en bonne mauricienne, elle parle un français parfait, mais n'a tout simplement pas envie de nous parler...ce que je trouve un peu dommage... Voir, franchement gougnafier... Passons...elle aura eu des mésaventures avec des compatriotes et, comme beaucoup le font, aura généralisé son aversion à une population avoisinant les 65 Millions. Curieux mode de pensée, étrange philosophie, dangereuse théorie qui a tôt fait de vous conduire au fond d'une grotte ou dans un tonneau pour le restant de vos jours à pester contre le reste de l'humanité. Chacun choisi et fait comme il l'entend, mais dans ce cas, il est plus raisonnable de choisir un emplois de veilleur de nuit dans un dépôt de laines de lama de l'Atacama plutôt qu'un métier vous mettant en contact avec le public.
Je traite donc avec l'époux qui ne se départit plus de son sourire, il ne ressemble plus à un beauf à Cabu du coup ! J'espère que ce n'est pas ma carte bleue qui...mais non, je délire... La dite carte bien essorée, il faut dire que nous nous sommes lâchés : 3 dîners au restau, tous les petit dej, sortie à cheval, nous sommes sans aucun doute de bons clients ! Fort de ce statut, je demande conseil au patron, je voudrais rejoindre Malealea par la piste, c'est à dire sans passer par Roma et Maseru. Il y a un off road de 8 km répertorié sur T4A. On tourne à gauche peu après Ramabanta à Moitsupelis et le hors piste commence 1 km après en prenant à gauche, je voudrais savoir si c'est une piste facile ou une horreur du genre de baboon pass réservée aux pilotes de 4x4 avisés. Il se ferme. Ne prenez jamais un hors piste avec 1 seul véhicule : if you are stucked, you're stucked and it could take ages before someone comes to help you. Oui, mais bon, la piste ? Il insiste, par la route vous mettrez 4 h, par la piste le double. Bon, merci monsieur, au revoir monsieur, combien vous dois-je ? Et je pars, bien décidé à aller voir moi même. Nous avons un peu trainé au petit dej et le temps qui était magnifique au lever du soleil se couvre. Alors que nous descendons, de petites pluies intermittentes commencent, pas assez pour réjouir la population ou détremper la route.
Nous prendrons un vieux berger en stop, mais il ne parle pas l'anglais, il ne pourra pas me renseigner, je vous poste sa photo afin que vous ne perdiez pas votre temps à lui demander votre chemin. Elle est un peu floue, désolé.
Je suis frappé par l'odeur des gens du cru, mélange d'odeur de feu de bois et de terre, pas désagréable du tout, odeurs de campagne qui me rappelle celle que je sens dans les maisons de nos vieux paysans. L'homme s'arrête à Moiputselis, il ne pouvait pas faire mieux, nous tournons à gauche, puis à gauche. Je redoutais l'état de la piste, la voilà :
Une gravel road nickel sur 8 km, même pas un nid de poule, ça a du être refait il n'y a pas longtemps, T4A n'est pas à jour.
A nouveau, nous sommes incongrus et ça se voit au regard que nous portent les basothos croisés sur la route.
(Si si, regardez mieux, on lit très clairement l'incongruité dans le regard de ce berger) La silhouette d'un autre berger se découpe, au fond on aperçoit très nettement le Machu Pichu, c'est vous dire si nous sommes haut et si la vue porte loin ! Mazette !
Les bergers sont partout, leurs silhouettes enveloppées dans la grande couverture basotho leur donne une allure folle, d'une grande élégance, comme les Massaï. T4A nous annonce une gravel road et c'est bien sur ça qu'on roule. Encore un stoppeur, nous le prenons donc. Il parle anglais et très bien, il s'appelle Joseph (je retiens les noms de baptême, ils portent un autre prénom local plus difficile à retenir, mais qui est leur prénom d'usage). Joseph est infirmier, nous discuterons donc santé, il nous informe sur les carences médicales du pays, mais il existe tout un réseau de dispensaires qui fonctionnent assez bien mais sont insuffisants à prendre en charge le grand nombre de patients porteurs du HIV, près d'1/4 de la population. Le Lesotho compte 1 médecin pour 10 000 ha et les dispensaires sont surtout pris en charge par des infirmiers itinérants comme Joseph qui se rend sur le lieu de sa prochaine mission...en stop... Médecin sans frontières intervient également à pas mal d'endroit. Nous déposons Joseph à son dispensaire,
il nous signale que la route reste correcte jusqu'à Malealea, sauf les 15 derniers km qui sont un peu pourraves. Nous verrons bien. la route est franchement dégradée par endroits,
mais ça roule plutôt bien, tant mieux puisque les averses se font plus fréquentes et plus drues, les sourires fleurissent sur les visages.
Bientôt nous tombons sur un carrefour indiquant Malealea Lodge à gauche, juste après, une nouvelle auto stoppeuse que nous conduirons 10 km plus loin dans un petit village. Il commence à pleuvoir franchement et c'est là que ça se complique, la piste est à flanc de colline, la pente sur notre gauche confine au précipice, croiser un véhicule quel qu'il soit ici serait une catastrophe, ça commence à glisser un peu et on craint toujours que la pluie ne provoque un glissement de terrain.
10 km de stress entre 2 villages, à ne surtout pas tenter en 2 roues motrices s'il pleut, à moins d'être chauffeur local. Nous parvenons tout de même à Malealea
Et là, nous serons accueillis par Mick, la pluie se fait diluvienne.
Je viens de retrouver le parcours entre Semonkong et Malealea sur la toile, je ne parviens toujours pas à tracer de jolies cartes sur google map... C'est en fait un parcours 4x4 classique entre les 2 lodges qui est souvent proposé par les TO comme un "4x4 adventure track" (!) 
Je l'ai tracée sur Google maps :
| | | À: Caperam · 14 novembre 2013 à 18:04 Re: Des cimes du Lesotho aux abysses d'Aliwal Shoal, un voyage au Sud de l'Afrique Message 10 de 324 · Page 1 de 17 · 12 083 affichages · Partager Oui, sur ces pistes, il vaut mieux qu'il ne pleuve pas si le véhicule n'est pas adapté. Le gérant est à géométrie variable, mais tu as raison, je pense qu'il a bon fond, il est parfois un peu abrupt et peu diplomate c'est tout. Pour son épouse, je m'interroge, les 2 mots qu'elle m'a adressé l'ont été sans accent aucun, j'avais entendu dire qu'elle était mauricienne, mais je me trompe peut-être ?
Globalement, nous avons plutôt eu du beau temps au Lesotho : une nuit de pluie avant d'entrer, beau temps les 2 jours suivants, mauvais temps le 3e jour et très beau temps les 2 jours suivants. Tu verras sur les photos qui vont suivre combien c'était sec dans le sud. | | | À: AirOne · 14 novembre 2013 à 21:16 Re: Des cimes du Lesotho aux abysses d'Aliwal Shoal, un voyage au Sud de l'Afrique Message 11 de 324 · Page 1 de 17 · 10 581 affichages · Partager Merci de raviver mon envie de Lesotho Erwan... L'inconvénient, c'est que c'est au milieu de l' Afrique du Sud qui par contre ne nous attire pas. Peut-être la suite me fera changer d'avis ?
À part ça, nous avons quelques points communs. Prénoms de nos moitiés et passion pour ces animaux bizarres qui se dirigent avec une bride plutôt qu'un volant. | | | À: Pierre77N · 15 novembre 2013 à 9:07 Re: Des cimes du Lesotho aux abysses d'Aliwal Shoal, un voyage au Sud de l'Afrique Message 12 de 324 · Page 1 de 17 · 10 552 affichages · Partager Merci de raviver mon envie de Lesotho Erwan... L'inconvénient, c'est que c'est au milieu de l' Afrique du Sud qui par contre ne nous attire pas. Peut-être la suite me fera changer d'avis ?
À part ça, nous avons quelques points communs. Prénoms de nos moitiés et passion pour ces animaux bizarres qui se dirigent avec une bride plutôt qu'un volant. 
Certes, nous avons participé à l'enlèvement des Sabines, mais si tu l'as fait sur ton destrier, moi j'ai du me contenter de courir comme un dératé, les Sabins aux trousses et ma Sabine sur mon épaule. En effet, l'équitation est pour moi une passion naissante et je suis bien loin d'être un cavalier émérite...
A bien des égards, le Lesotho et la partie rurale du KZN se ressemblent, population, habitat, couleurs, écoliers en uniformes innombrables qui marchent le long de la route quand l'école est finie, bétail qui déambule autant dans les champs que le long des routes les plus passantes. L' Afrique du Sud est ainsi faite, c'est un patchwork avec des cités à grande majorité blanche et d'autres exclusivement noires. Et puis la mixité marque des points, une petite ville comme Unkomaas au sud de Durban en est une bonne illustration. L' Afrique du Sud est multiple, j'ai pu m'en rendre compte alors que je n'ai fait que l'effleurer, elle vaut la visite, crois moi, d'autant plus qu'elle n'est pas chère. | | | À: AirOne · 15 novembre 2013 à 10:26 Re: Des cimes du Lesotho aux abysses d'Aliwal Shoal, un voyage au Sud de l'Afrique Message 13 de 324 · Page 1 de 17 · 10 541 affichages · Partager Ma passion pour les équidés n'est qu'ironie.  Je suis le seul de la famille à ne pas en pincer pour ces grosses bêtes.
Quant à l' AFS, on verra... Mais nos prochains tours de roues devraient nous en éloigner pour le moment. | | | À: Pierre77N · 15 novembre 2013 à 13:48 Re: Des cimes du Lesotho aux abysses d'Aliwal Shoal, un voyage au Sud de l'Afrique Message 14 de 324 · Page 1 de 17 · 10 524 affichages · Partager Ma passion pour les équidés n'est qu'ironie.  Je suis le seul de la famille à ne pas en pincer pour ces grosses bêtes.
 Je vois que tu es dans la situation où je me trouvais il y a encore quelques mois, si tu passes en Afrique du Sud, mets toi à l'équitation, ça vaut le coup.
J'ai édité certains post en y insérant des cartes que j'ai enfin réussi à tracer : Trajet intégral au Lesotho :
Trajet entre Semonkong et Malealea :
Image attachée: Photo postée par le membre AirOne. | | | À: AirOne · 15 novembre 2013 à 17:10 · Modifié le 15 nov. 2013 à 18:06 Re: Des cimes du Lesotho aux abysses d'Aliwal Shoal, un voyage au Sud de l'Afrique Message 15 de 324 · Page 1 de 17 · 10 504 affichages · Partager Mick, c'est tout un poème, grand échalas tout en os, l'oeil rieur derrière ses lunettes posées sur un nez oblong. Il est coiffé du chapeau sudaf et comme il pleut beaucoup, il arrive sous son parapluie. Nous remplissons rapidement les formalités et il nous propose une balade à cheval... Face à mon air interloqué, il me propose en riant d'attendre de voir si la pluie va cesser. Nous n'avions pas prévu cette balade, mais au fond, pourquoi pas, nous ne restons qu'une nuit ici et ça nous permettrait de visiter agréablement le coin. Mick nous conduit à nos rondavels, ils sont proches du restaurant, ce qui n'est pas l'endroit le plus tranquille, si vous cherchez le calme, demandez ceux qui sont près du tennis. Les rondavels sont basiques, bien moins élaborés que ceux de Semonkong.
Ce lodge est un véritable bazar hétéroclite basotho/écolo/new age. La porte d'entrée est assez peu engageante, on a un peu l'impression d'arriver dans un bidonville avec toutes ces échoppes en tôle ondulée qui l'environnent, à l'intérieur, c'est très coloré et agrémenté ici ou là tantôt de fresques dépeignant la vie locale, tantôt de fresques humoristiques. L'ensemble est très agréable.
Il tombe des cordes, Mick est inquiet, il attend 3 bus de clients, son lodge fonctionne beaucoup avec les groupes de touristes clients des TO locaux. il pleut tellement qu'il n'est pas sûr qu'ils puissent monter, la piste pouvant glisser un peu. Nous lui disons par où nous sommes arrivés, il nous regarde surpris et nous demande en montrant le flanc de la montagne en face " Ow ! You've taken that road !?!?" Il nous apprend que nous n'aurions pas du suivre le panneau indiquant le lodge à 30 km, mais plutôt continuer tout droit et prendre la piste suivante bien meilleure, je lui fait remarquer que, dans ce cas, il serait prudent de retirer ce panneau.
Les bus arrivent enfin et le lodge qui était désert se remplit soudain. Touristes sud africains exclusivement. Un spectacle est organisé au lodge très régulièrement : une chorale et un groupe musical local, c'est très sympa, la musique est franchement gaie et entrainante, les danseurs en tenue de tous les jours, bottes de caoutchouc aux pieds, sont remarquables. Le lodge fait travailler au maximum la population environnante, je pense que c'est un assez bel exemple.
Le dîner est servi dans une salle communautaire,
il est simple et assez bon, encore une fois, ce n'est pas la qualité que nous avions à Semonkong et la salle est complètement remplie par les groupes. Le temps s'est calmé et il ne pleut plus, nous avons réservé une balade pour le lendemain matin, pourvu que ça reste plus calme.
5H, je me lève le premier comme toujours et je vais me balader autour du lodge dans le village qui s'éveille, on me salue poliment, personne ne cherche à me vendre quoi que ce soit. Il fait beau et ça devrait tenir.
La balade se confirme, nous allons rejoindre nos chevaux qui semblent en bien meilleure forme que ceux de Semonkong. L'impression se confirmera pendant la balade. Nous longeons les gorges de la Pitseng, les paysages sont magnifiques,
ça devient banal de le dire mais c'est un émerveillement. La lumière est extraordinaire, les chevaux répondent très bien et nous demandons à notre guide si on peut trotter...puis si on peut galoper ? Il est inquiet, je lui ai dit que j'étais débutant, il me répond qu'il n'y a pas de problème tant que je ne tombe pas...je le rassure en lui disant qu'avec moi, on ne peut pas savoir et je lance la bête. Extraordinaire sensations que ces galops dans cet espace dégagé, splendide, sensations de liberté ultime : nous sommes des sioux, nous cherchons les bisons.
Rhââââââ, meeeeeerde ! Un petit cochon tout noir traverse la piste avec son air de caliméro tout chafouin, il ne voit pas le danger : 4 fiers destriers lancés au galop vont le réduire en bouillie, ça va être un massacre ! Combien ça coûte un cochon ici se demande le grand guerrier sioux qui, s'il est tout pétrit de sa liberté nouvellement retrouvée alors qu'il chasse le bison, n'en a pas complètement oublié le niveau de son compte en banque... Cataclopcataclopcataclop Aïe ! Ouf...le petit cochon a senti venir le vent du boulet et a accéléré juste à temps. Les sioux respirent mieux, il est temps de rejoindre le tipi.
Nous passons régler la note et demander des conseils à Mick sur la route à suivre, je m'enquiers de l'état de la piste, il répond volontiers et m'affirme qu'il n'est pas besoin pour moi de passer par la route goudronnée, j'irais aussi vite par la piste et c'est bien plus sympa. Je lui donne ensuite ma destination, Mooorosi Chalets. Il me regarde à nouveau surpris et incrédule. You go to THAT place ? Ow, are you sure they are expecting for you ? Je lui raconte que j'ai juste adressé un mail au propriétaire et que...ben...je sais pas...je verrai sur place. Mick prend les choses en mains et appelle lui même Max, le gérant. Après discussion, il semble que nous soyons bel et bien attendus et qu'il devrait y avoir de l'eau chaude. Mick me confie un gros carton rempli de bouquins pour Max, il nous confie que Moorosi chalet est un endroit vraiment paumé et que les clients y sont rares, le plus souvent des groupes de motards ou des poney trecks organisés à partir de Malealea. Parfois des réservations en direct, comme nous, mais une chose semble certaine, c'est un job chiant à mourir que celui dudit Max et 15 kg de bouquins ne devraient pa être de trop... Eh bien tout ceci est très tentant, allons-y...
| | | À: AirOne · 16 novembre 2013 à 7:45 Re: Des cimes du Lesotho aux abysses d'Aliwal Shoal, un voyage au Sud de l'Afrique Message 16 de 324 · Page 1 de 17 · 10 476 affichages · Partager Tout d'abord, merci pour ce carnet très agréable à lire et qui, de plus, me rappelle de bons souvenirs 
Je veux bien croire qu'ils attendaient la pluie avec impatience au Lesotho, car, quelle différence de... (verdure, verdité, verdeur  ?) avec le mois d'Avril à Malealea!
Muriel | | | À: Muriel18 · 16 novembre 2013 à 10:20 Re: Des cimes du Lesotho aux abysses d'Aliwal Shoal, un voyage au Sud de l'Afrique Message 17 de 324 · Page 1 de 17 · 10 461 affichages · Partager  En effet ! Rien à voir. | | | À: AirOne · 16 novembre 2013 à 13:58 Re: Des cimes du Lesotho aux abysses d'Aliwal Shoal, un voyage au Sud de l'Afrique Message 18 de 324 · Page 1 de 17 · 10 442 affichages · Partager
Que cette piste est belle. Roule roule le cacat'. Que ces paysages sont grandioses. Roule roule le cacat'.
Que ces gens sont accueillants. Roule roule le cacat'. Que cette lumière est intense. Roule roule le cacat'. Que fais donc ce garçon au bord de la route ? Stop le cacat'. Il semblait faire du stop. Il est bizarre le garçon, petit pull sur polo rose avec joli petit bob sur le tête porté à la Popeye. On discute difficilement, on comprend qu'il va dans la même direction, mais on ne comprend pas où il va, il ne comprend pas où nous allons. Je lui dis de monter et de nous stopper quand nous n'allons plus dans la bonne direction. Roule roule le cacat'. Glouglougloute l'estomac. Stop le cacat'. Picnic time !
Simon, notre hôte a gagné sa journée, non seulement il a trouvé LA bagnole qui va l'emmener à 50 km, son lieu de destination à savoir Quthing qu'il prononce avec un clic et pas nous, d'où l'incompréhension; mais en plus il va bouffer à l'oeil et se taper un bonne bière tout en draguant sans succès mes filles. Méfie toi tout de même Simon, je ne suis pas sûr que tu te relèverais d'une mandale de Camille... La chance de Simon fait des envieux, un minibus s'arrête et son chauffeur est vindicatif : " Give me a beer ! Give me a beer !" Demandé comme ça...comment dire ? Et bien c'est non...je mens et affirme qu'on en a plus. Les 10 passagers ne disent rien, ils semblent gênés. Il veut de la viande, on en a plus non plus j'affirme. Pour le calmer je sors un paquet de biscuits et lui demande de partager, il pose le paquet près de lui, il va se le goinfrer, je me penche à l'intérieur du bus, reprends d'autorité le paquet et entreprends la distribution, 2 chacun et il n'en reste plus qu'un pour le chauffeur. Il part furieux. Rassurant de voir qu'ici aussi il y des abrutis égoïstes. Roule roule le cacat', les paysages défilent, scènes de vie rurale toutes plus belles les unes que les autres, il fait beau, chaque virage, chaque village, chaque visage est une découverte.
Merveilleux voyage et roule roule le cacat'. Et cause cause mon Simon. Pas facile de causer avec Simon, son anglais n'est pas parfait, loin de là. Mais nous parvenons à aborder certains sujets, par exemple l'animosité des Sud Africains vis à vis des Basotho " When they see us, they kick us !" affirme Simon. Diable ! Roule roule sur la piste. Belle piste au final, tout à fait praticable en 2x2, mais avec quelques endroits où la pluie a raviné rendant les passages un peu scabreux pour une voiture trop basse, rien de rédhibitoire.
Et la piste se termine, nous rejoignons la route principale, Maseru Quthing, route en très bon état et pas mal fréquentée par la police. Des enfants courent à côté de la voiture " Money ! Money"...l'ambiance change un peu : jamais ce genre de chose ne nous est arrivée sur les pistes... Et puis les flics donc. Premier stop, nous sortons les passeports mais le fonctionnaire nous fait un grand sourire et nous laisse repartir. Dix km plus loin, un dispositif un peu particulier, sur une longue ligne droite, ils ont disposé un panneau stop dans chaque sens, à environs 100 m de leur position centrale. Sabine ralenti et nous voyons au loin un flic nous faire signe d'avancer et de nous garer. Nous présentons les passeports tout sourire, mais lui n'a pas l'air de vouloir nous laisser partir aussi facilement. "You've seen the stop sign and you did not stop, this is an offence" Ah ben voilà qu'il veut nous coller une prune pour avoir grillé un stop le boAussitôt il se replonge dans les passeports et demande les "licences", nous lui remettons les permis internationaux. Il répète sa petite phrase " this is an offence" gnagnagna, Sabine, qui a toujours eu une sainte terreur des pandores, est blême et acquiesce sans broncher. Fanny est à côté d'elle, je suis sur la banquette arrière avec Simon, Camille est...dans le coffre, elle a pour consigne de se planquer, il ne l'a pas vue. Le gars s'attaque à Simon en sesotho qui n'en mène pas large, il parle d'une voix inaudible, il a manifestement la trouille. Moi, je m'énerve un peu, je gigote sur mon siège, j'ai le regard noir mais je ne dis rien. Enfin, il s'adresse à moi et de façon très surprenante me ressert sa tisane, votre femme a commis une infraction, c'est une contravention blablabla. Là, je sens nettement la faille que je pressentais, il n'est pas sûr, mais alors pas sûr de lui du tout. Je fonce dans la brèche en restant le plus courtois possible, je martèle mes arguments d'un ton le plus autoritaire possible. Je sais bien faire ça. "Oui Mr ("Sir"), c'est un panneau stop et ne pas s'arrêter est une infraction, vous avez parfaitement raison sir, mais mon épouse allait s'arrêter quand VOUS (paf !) lui avez fait signe d'avancer, et désobéir à un "police officer" is ALSO (repaf!)an offence..." Digère moi ça pour voir. Complètement ébranlé le garçon, il replonge dans les passeports et les permis, nous les rend et nous dit au revoir sans autre forme de procès. Verbal... Bien, je tiens à préciser que cette attitude ne m'est pas familière, mais là, c'était un peu fort de café, Sabine s'arrêtait, elle n'avait pas encore franchis le Stop quand il nous a fait signe d'approcher, je l'ai senti faiblard et j'ai tenté le coup, ça a marché mais ça aurait très bien pu envenimer les choses...quoique je suis resté très poli et lui ai servi des "sir" des " police officer" propres à le flatter et le caresser un peu dans le sens du poil. En tout cas, tout ceci a ravi notre Simon, qui se marre comme un baleine, il est impressionné par la façon dont je me suis sorti de la situation...bah...tant mieux, mais pourvu qu'il n'essaie pas à son tour... Pour changer de sujet, je lui parle des paysages qui nous environnent à l'approche de Quthing, paysages de sécheresse avec de petites montagnes qui émergent ici ou là, taillées à la hache, évoquant des décors de l'Ouest américain comme on en voyait dans les westerns de John Houston.
que n'avais-je pas dit là. Je fais face à un masque d'incompréhension totale. "You know ? John Wayne ? Western ? Holliwood ?" "Holliwood?" Ben oui quoi ! Holliwood ! America ! America ? Ben oui quoi enfin ! L'amérique ! Le président Obamah ! Ne me dis pas que tu n'en as jamais entendu parler de celui là ?!? John Wayne, je peux comprendre, mais Obamah !!! Obamah? Une phrase de Gides me revient à l'esprit " Moins l'homme blanc est intelligent et plus le noir lui semble bête". Simon ne connait pas l'Amérique, ça peut sembler incroyable, mais c'est comme ça. Il y a un bon niveau de scolarisation au Lesotho, mais les garçons arrêtent souvent bien avant les filles. Simon a du arrêter très tôt, il est intelligent, aucun doute là dessus, mais ses carences culturelles sont énormes, handicap difficilement surmontable pour aller de l'avant mais il est débordant d'optimisme et de joie de vivre. J'espère qu'il s'en sortira le mieux possible Nous nous arrêtons à Quthing, nous disons au revoir à Simon qui reste dans la voiture, il interpelle un gars sur le marché en sesotho et ne sort pas, la situation devient gênante, je me demande bien ce qu'il veut, je lui demande où se trouvent les empruntes de dinosaures pour tenter de meubler, il me montre une bâtisse orange 200 m + loin. Et puis le gars de tout à l'heure revient avec un paquet : un demi poulet grillé, tout chaud, que Simon tenait à nous offrir. Charmant garçon vraiment. Nous le quittons pour les dinosaures qui en fait sont en grève (ou tout au moins fermés)  . Et une question me vient à l'esprit, il m'avait demandé d'où nous venions et je lui avais dit, il avait eu un grand sourire et s'était exclamé " Aaaaaaah ! France !". Il semblait connaître ce nom là...mais il ne connait pas l'Amérique... | | | À: AirOne · 16 novembre 2013 à 14:23 Re: Des cimes du Lesotho aux abysses d'Aliwal Shoal, un voyage au Sud de l'Afrique Message 19 de 324 · Page 1 de 17 · 10 432 affichages · Partager un dispositif un peu particulier, sur une longue ligne droite, ils ont disposé un panneau stop dans chaque sens, à environs 100 m de leur position centrale. Sabine ralenti et nous voyons au loin un flic nous faire signe d'avancer et de nous garer.
   J'ai fait exactement l'inverse: je me suis sagement arrêtée au stop, ai patienté quelques secondes, puis, ayant complètement oublié d'attendre le signe qui nous autorisait à repartir (qui nous avait pourtant été expliqué dans un mail par Malealea), j'ai fait comme la voiture qui me précédait: je me suis garée sur le bas-côté en attendant l'agent. Pour la suite, pareil: "you didn't wait my sign, I have to charge you etc, etc..." On a fini par repartir sans payer... après un bon quart d'heure de palabres!
Muriel | | | À: AirOne · 17 novembre 2013 à 10:27 Re: Des cimes du Lesotho aux abysses d'Aliwal Shoal, un voyage au Sud de l'Afrique Message 20 de 324 · Page 1 de 17 · 10 401 affichages · Partager Incroyable, il nous est arrivé également la même chose à Mohale's Hoek, (pas loin de Quthing) juste avant de passer la frontière de Makheleng. Un stop, on stoppe, on voit des bras s'agiter, on avance, on se fait arrêter par une nana qui n'a même pas d'uniforme, Raphaël lui demande "you are policeman?" ce à quoi elle répond "I am police woman" en nous montrant un vague logo sur sa casquette.... puisqu'elle est par ailleurs complètement en civil. "You didn't stop..." Bon, là je m'en mêle, je lui dis qu'on s'est arrêté mais que son collègue là-bas nous a fait signe d'avancer, etc... Elle regarde le permis, (à Blyde River Canyon, ils ont étudié longuement le permis bateau qui était rangé avec....), on est fermes et sûrs de nous, elle nous laisse assez vite, n'insiste pas.... On a plus galéré en remontant à Jo'burg, quand une police woman (encore....) nous a soutenu qu'on roulait dans un taxi donc qu'on n'avait pas le droit de dépasser 100 à l'heure ("I just tell you"...).
Pour la France, Brigitte du Morija guest house nous a raconté que les premiers missionnaires au Lesotho étaient français, que les archives de Morija regorgent de documents en français. Il semble même qu'ils aient eu beaucoup d'influence au 19è siècle sur le Chef Moshoeshoe. L'hymne national du Lesotho a été composé par un Français... Donc cette ancienne influence a peut-être encore des échos aujourd'hui?
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