| Vers l'Orient dans les années 1970 GeorgesOZ · 20 juin 2009 à 3:32 · 69 photos 260 messages · 26 participants · 38 799 affichages | | | | À: GeorgesOZ · 17 juillet 2009 à 16:14 · Modifié le 29 mars 2011 à 20:17 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 21 de 260 · Page 2 de 13 · 5 650 affichages · Partager Quand j’ai commencé ce poste, j’ai mentionné que l’une des expériences les plus marquantes de ma vie s’est déroulée au Pakistan. Jusqu’ici, je n’ai traité que de mon premier voyage vers l’orient qui s’était terminé en Afghanistan, qui avait servi de préambule à mon voyage au Pakistan. Avec mon premier voyage en Afghanistan, j’avais enfin rejoint le club de ces voyageurs intrépides qui s’essaimaient vers l’orient dans les années 1970. J’avais « gagné du galon », et j’avais la tête pleine de mes premières aventures. Ce que j’ai pu en raconter ici n’en est qu’une faible part, la quantité et la richesse des souvenirs ayant été largement réduites au fil des longues années qui se sont écoulées depuis. Je voulais aussi ne pas trop tarder avant d’aborder la partie principale de mon récit.
Il fallait encore que j’arrive à pousser jusqu’en Inde, mon véritable but. J’étais avide de découvrir ce pays fabuleux et exotique, dont je ne connaissais jusqu’alors que quelques textes spirituels (la Bhagavad Gîta et quelques upanishads, avec commentaires par Sri Aurobindo), ainsi que les récits de quelques amis qui m’y avaient précédé. Certains y avaient eu des aventures rocambolesques. L’un d’eux, Louis D., également de Strasbourg, avait même fini par passer quelques jours en prison, mais je ne me rappelle plus pour quelle bêtise il avait bien pu commettre.
L’année suivante, je poursuivais mes études, et je faisais des petits boulots sur le côté pour arrondir mes fins de mois. Je vivais chichement et économisais au maximum sur mes très faibles rentrées d’argent. J’avais enfin pu me payer un aller-retour Paris-Kaboul avec Aryana Afghan Airlines, pour reprendre ma route là où j’avais dû l’interrompre l’année d’avant. Vers mi-juin, j’étais de retour à Kaboul.
L’année d’avant, j’étais arrivé en Afghanistan au mois d’août, et il ne restait plus une goutte d’eau nulle part. Cette fois, je pouvais voir de l’avion que la vallée de Kaboul était encore verte et inondée par les eaux de l’Hindou Koush. Je n’avais pas perdu trop de temps à Kaboul même, aussi agréable que séjourner dans cette ville maintenant familière eût pu être. Tôt le matin, j’avais pris un bus pour Bâmyân, plus vers l’intérieur de l’Hindou Koush. Le bus était parti accompagné des exhortations habituelles : « Boro bâ khêir ! », « En avant par la grâce de Dieu ! ». Je me disais, pendant les quelques heures de route, qu’il ne suffisait pas de supporter la poussière pour voyager en Afghanistan, mais qu’il fallait véritablement l’aimer. Sur la route, nous croisions ces camions extraordinairement bariolés, les « motôrs », que je trouvais si beaux. Ils étaient tous couverts de peintures fantaisistes. Les paysages alpins semblaient être assez communs. Ils étaient aussi enguirlandés de lampes de toutes les couleurs, et devaient ressembler à des sapins de Noël la nuit. J’étais assis à côté d’un Afghan coiffé d’un beau turban finement rayé de gris et de noir sur fond blanc, un motif très populaire, qui de temps à autre ouvrait une petite boîte pour en tirer une prise d’une mixture noirâtre, qu’il se collait dans les narines, une pratique assez courante. C’était du « nasouâr », m’expliqua-t-il, un mélange de tabac et de résine aromatique (mon Farsi était bien sûr trop limité pour capter toutes les subtilités de l’explication). Il m’invita à en prendre, mais je me contentai d’en porter à mon nez pour en reconnaître l’odeur. Dans la boîte à « nasouâr », il y avait aussi du khôl et un petit miroir, pour se refaire le pourtour des yeux. Ces hommes si virils avaient leur petite coquetterie ! Non pour se faire « de beaux yeux », mais sans doute plutôt pour accentuer la dureté de leurs regards.
Situé entre Kaboul et le plateau de Band-e-amîr, Bâmyân était un chef-lieu de province, mais ce n’était vraiment pas grand du tout. Il n’y avait qu’une rue principale, non goudronnée, longeant sur quelques centaines de mètres la falaise où se trouvaient les fameuses statues de Bouddha. Je ne peux pas décrire en détail les statues, mais sans aucun doute elles étaient impressionnantes, taillées dans la falaise, l’une de plus de 50 mètres de haut, l’autre de 35 mètres, en gros (je laisse aux fanatiques de la précision le soin d’aller en vérifier par eux-mêmes les dimensions exactes). Il y avait un sentier précaire pour monter vers les statues, et je crois bien avoir pu entrer dans la tête d’une des deux statues. Autour des statues, aussi bien qu’à l’intérieur, il y avait des recoins où des ermites avaient résidé avant l’arrivée de l’Islâm. Ces statues dataient de l’époque de Gandhâra, où le bouddhisme avait fleuri sous des influences culturelles et artistiques diverses. On peut citer les influences helléniques (après le passage d’Alexandre Le Grand) et indiennes (ayant fait partie de l’empire des Mauryas, puis des Guptas), sans compter l’héritage laissé par l’empire persan des Achéménides et l’influence des Sassanides persans contemporains. Les deux statues avaient été taillées dans la falaise de grès, mais les détails avaient été moulés de glaise mélangée avec de la paille, et recouverts de stuc. Si je me rappelle bien, il n’y avait cependant pas de décorations à admirer, contrairement par exemple aux fresques et à la statuaire du site merveilleux d’Ajantâ dans le Maharashtra, en Inde. Mais j’étais ravi de pouvoir visiter un site aussi unique au monde. On dit que le revêtement des statues avait été peint mais la plus grande partie avait disparu avec le temps.
Tristesse est un très faible mot, quand on considère que le site de Bâmyân est tombé sous les pattes destructrices des Talibans, alors qu’Ajantâ bénéficie de dons japonais, ainsi que de l’intérêt porté par les indiens à leur patrimoine, pour sa rénovation et conservation. On ne pourra jamais suffisamment exprimer son indignation contre la destruction à coups de canons d’artillerie et d’explosifs de ces statues par les Talibans en 2001, sur les ordres du Mullah Mohammed Omar. Les Talibans avaient déclaré que ces statues étaient des idoles et que leur destruction était en accord avec la loi islamique. Le régime iranien, dont on dit tellement de mal, s’était indigné et avait élevé la voix pour prévenir les Talibans de commettre cet acte tout simplement criminel. Mais il faut bien savoir (et je suis sûr que beaucoup l’ignorent) que l’ Iran chiite n’a jamais eu beaucoup de sympathie pour ses voisins Afghans sunnites. Le Japon et la Suisse, entre autres pays, ont déclaré leur intention d’aider à la reconstruction des statues.
L’Afghanistan est un pays principalement sunni, à l’exception notoire de la minorité Hazara qui est chiite. Vestiges des vagues mongoles ou turkmènes qui ont déferlé à plusieurs reprises sur l’ Asie Centrale, les Hazaras sont des Mongols sédentarisés dans l’Hindou Koush. Ils sont moins développés économiquement que les autres peuples de l’Afghanistan. Pour toutes ces raisons, ils ont été traditionnellement méprisés par le reste du pays.
J’avais poussé plus haut et avais atteint un plateau d’où on voyait toute la vallée de Bâmyân, tapissée de champs encore verts entre des habitations clairsemées, sur plusieurs kilomètres au-delà de l’agglomération nichée aux pieds des statues. J’avais été assez vite découragé de marcher plus loin, car le terrain était hostile. La pente des collines était constituée d’éboulis, et les crêtes des collines menaçaient de s’effondrer à chaque pas. De plus, il commençait à faire bien trop chaud. Suivant un rythme maintenant bien établi, je me réfugiai dans la « tchaïkhâneh » où j’avais dormi la veille, pour manger, boire et faire la sieste.
Avant de passer à la suite, je vais présenter quelques images trouvées sur le web (je n’avais pas d’appareil photo sur moi à l’époque). Tout d’abord, deux images montrant la beauté des mosquées de Hérat, de type persan et comme je l’ai déjà dit les plus belles à mes yeux. Il y a ensuite 6 images montrant la vallée de Bamyan, les statues dans la falaise, leur destruction et le résultat.
J’ajoute aussi deux images montrant à quoi ressemble un tcharpaï. J’ai expliqué plus haut comment un tcharpaï est construit. Ça sert normalement de lit, donc pour dormir, mais on peut aussi s’en servir pour toutes sortes d’activités, par exemple pour porter des malades, pour faire sécher des piments ou des herbes frais. Ça sert de siège quand on bavarde avec des amis devant la maison. Ça sert aussi d’écran contre le soleil ou même de palissade ! Tout le monde en Inde, au Pakistan et en Afghanistan sait ce qu'est un tcharpaï!
Je dis ça, mais je viens d’essayer 3 fois de suite et cça coince après la première image, je ne sais pas pourquoi. Je vais essayer de télécharger les autres images un peu plus tard..... Image attachée: | | | À: GeorgesOZ · 18 juillet 2009 à 9:51 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 22 de 260 · Page 2 de 13 · 5 616 affichages · Partager Voilà ! J’ai réussi à attacher les images promises. Une autre mosquée de Herat, pour commencer. Ensuite quelques images de Bâmyân, avant et après la destruction des statues. On voit bien sur la première image les deux niches abritant les grandes statues, à droite et à gauche de la falaise. Enfin, pour terminer, je parlais des tcharpaïs, alors en voici l’illustration ! Images attachées: | | | À: GeorgesOZ · 21 juillet 2009 à 12:21 · Modifié le 29 mars 2011 à 20:19 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 23 de 260 · Page 2 de 13 · 5 589 affichages · Partager À quelques heures de route plus vers l’intérieur de l’Hindou Koush, j’étais arrivé à Band-e-Amîr. Il n’y avait pas de village à proprement parler, mais quelques fermes isolées sur ce plateau situé à plus de 3, 000 mètres d’altitude. On devait bien être à la limite des zones habitables. Les hivers sur les contreforts des montagnes afghanes sont très rigoureux, mais là on était vraiment en pleine montagne ! Le site était cependant bien connu pour ses lacs extraordinaires, et il y avait, au milieu de nulle part, une douzaine de constructions assez précaires pour y accueillir les visiteurs, à quelques centaines de mètres du premier lac.
Je crois que c’est à Band-e-Amîr que j’avais rencontré Gabriel K, car je me rappelle avoir loué un cheval pour partir tout seul à la découverte, donc j’étais tout seul au début de mon séjour. Ma balade en cheval ne s’était pas bien passée. J’avais fait de l’équitation assez sérieusement dans ma jeunesse, pas si lointaine que ça à l’époque, et j’avais même passé mon premier degré d’équitation. Mais grande fut ma déception, car le cheval était si mal en point, avec des blessures à vif sous une mauvaise selle, qu’il n’y avait pas moyen d’en tirer grand-chose. Il ne pensait certainement qu’à une chose, c’était de décourager son cavalier le plus vite possible pour qu’il abandonne la partie et le laisse en paix ! Après une demi-heure et quelques trots et galops trop nerveux et trop récalcitrants,  j’avais effectivement abandonné.
C’est peut-être au retour de cette décevante affaire que j’avais rencontré Gabriel, un juif d’origine Algérienne. Nous étions vite devenus amis et nous étions devenus inséparables tellement nous nous entendions bien, au moins durant les quelques jours que nous avions passés ensemble à Band-e-Amîr. Notre logement ressemblait à une grande tente montée sur des pieux de bois sur lesquels on avait passé des tentures. À l’intérieur, des draps séparaient quelques chambres les unes des autres. La nuit, allongés sur des lits de camp, nous pouvions admirer un ciel immense parsemé d’étoiles, car en fait il n’y avait pas de toit (je sais, je décris mal la construction....). Inutile de dire qu’une fois la nuit tombée, étant si peu abrités et à plus de 3, 000 mètres d’altitude, nous avions besoin de plusieurs couvertures pour rester au chaud. On n’aurait pas pu vivre plus en plein air que ça !
Nous étions partis à pied pour remonter les lacs, qui commençaient un peu en contrebas de ce campement de fortune. Les lacs de Band-e-Amîr sont une série d’une demi-douzaine de lacs (précisons-le : je ne les ai pas comptés), nichés dans un défilé taillé dans un plateau au milieu de l’Hindou Koush, et séparés les uns des autres par des dénivellements qui correspondent à des failles transversales au défilé. Des sécrétions calcaires ont accentué le relief de ces dénivellements, et au passage d’un lac à l’autre on trouve des cascades de plusieurs mètres de haut, et des épaulements sur lesquels les eaux s’écoulent. L’eau est d’une très grande pureté, et passe du très clair et très limpide au sombre le plus opaque, selon la profondeur et le moment de la journée. L’eau et le soleil de l’été donnent naissance à une végétation luxuriante entre les cascades et, de ci, de là, des bassins éclatants de la blancheur du calcaire qui s’y est recristallisé forment comme des baignoires ou même des piscines.   Gabriel et moi, nous étions les seuls êtres humains dans ce paysage grandiose, un miracle au milieu du plateau désolé.
Le bruit courait que Club Méditerranée envisageait de construire un « village » à Band-e-Amîr. Rien qu’à y penser, nous frémissions d’effroi. On comprend bien qu’il y ait besoin d’aménager des infrastructures touristiques pour accueillir des gens qui veulent voir quelque chose qui sort de l’ordinaire et qui les change de leur train-train quotidien, et qui apportent de surcroît des devises étrangères à des pays relativement déshérités. Mais de là à planter des constructions nouvelles en dur dans un site totalement vierge et unique au monde, et à y « parachuter » des gens qui n’ont pas pour ainsi dire « mérité » d’y arriver au bout d’un long voyage! Quels que soient les arguments des architectes, du genre «intégration harmonieuse au site », nous avions du mal à accepter que ce genre de tourisme puisse atteindre ce haut-lieu. Bien sûr, nous étions bien conscients d’être nous-mêmes des touristes et de ne pas détenir des droits exclusifs sur l’Afghanistan. Cependant, nous avions le sentiment qu’un village du Club Méditerranée à Band-e-Amîr aurait été saugrenu et futile.
En fin d’après-midi, nous étions de retour au « campement ». Nous rejoignions quelques autres voyageurs pour nous restaurer, et passions la soirée à bavarder de tout et de rien dans une « tchaïkhâneh », faite de planches et de tentures mais cette fois, il y avait un toit ! Gabriel était intarissable, il avait des histoires à ne pas en finir sur la vie qu’avait connue sa famille en Algérie, sur l’expérience qu’il avait faite pendant quelques années dans un kibboutz en Israël, et ainsi de suite. Il m’apprenait quelques mots d’hébreu, langue magnifique. Je me rappelle encore l’expression « ben zona », qui veut dire « fils de pute », hahaha ! Il avait finalement décidé de revenir en France, déçu par les comportements, les opinions et les tendances politiques qui prévalaient en Israël.
Le lendemain, tôt levés, nous avions marché en aval des lacs et avions traversé un ou deux hameaux. Nous étions revenus en fin de matinée, et après avoir fumé quelques joints, nous étions allés nous installer confortablement sur les coussins de notre « tchaïkhaneh » préférée, à siroter du thé et à savourer l’élasticité et la profondeur du temps. C’est fou ce qu’on peut faire du temps quand on a fumé quelques bons pétards ! Trois ou quatre land-rovers s’arrêtèrent devant la « tchaïkhaneh », et un groupe d’une dizaine de personnes y entra. Ces gens étaient vêtus très simplement, comme tous les Afghans, d’amples pyjamas de couleur bleue ou marron très clair et les tissus de leurs turbans avaient les motifs sobres usuels. Cependant, leurs habits avaient une qualité évidente qui sortait du commun. Ils ne portaient pas d’armes, mais il ne faisait nul doute que les quelques hommes qui étaient restés dehors avaient ce qu’il fallait pour assurer la sécurité. Les gens de la « tchaïkhaneh » s’étaient précipités pour leurs faire de profondes salutations. Ils s’affairaient à installer des coussins supplémentaires pour accommoder ce groupe dans la salle commune (la seule) où Gabriel et moi étions quasi écroulés, cuvant notre haschisch, et avaient même disposé des fleurs au milieu du « sofreh » tout propre qu’ils avaient étendu devant leurs nouveaux hôtes.
Faut-il expliquer ce qu’est un « sofreh » ? Dans le monde persan, que ce soit en Iran ou en Afghanistan, et probablement dans d’autres pays tels le Turkménistan (bien que je n’y sois jamais allé), les gens s’assoient traditionnellement par terre pour boire et manger. Le seul mobilier nécessaire est constitué de tapis (souvent plusieurs en couches superposées !), de coussins et d’un large tissu souvent joliment décoré sur lequel on pose les plats : c’est le « sofreh ». Quand on va faire un pique-nique, on étale un « sofreh » sur l’herbe. La « table » est mise en quelques instants !
Ces gens qui venaient d’arriver étaient de toute évidence des gens d’une certaine distinction. L’un des deux adolescents se leva pour aller sentir les fleurs, dans un mouvement délicat mais sans être le moins du monde ridicule ou exagéré. Ils firent signe aux gens de la maison de nous apporter des fruits et du thé. Nous n’étions qu’à quelques mètres d’eux, et comme nous leur avions exprimé notre « bonjour » en farsi, et que nous les avions correctement remerciés pour leur geste d’hospitalité, ils nous adressèrent la parole après les quelques minutes qu’il leur fallut pour bien s’installer.
Ils ne parlaient pas un seul mot d’anglais, mais je commençais à me débrouiller un peu en farsi (j’avais fait quelques efforts pendant l’année qui s’était écoulée depuis mon premier voyage), suffisamment pour tenir un brin de conversation. La première chose qu’ils nous expliquèrent fut que deux des hommes du groupe étaient le gouverneur et le « qazi », c’est-à-dire le juge, de Bâmyân. Gabriel manqua s’étrangler sur ma traduction, me faisant la remarque que ces gens pouvaient nous jeter en prison si bon leur semblait.  Nous eûmes bien sûr un petit moment d’inquiétude, trop habitués à l’atmosphère incriminante de l’Europe en ce qui concerne la détention et l’usage de haschisch, et pas trop sûrs de ce qui était toléré dans ce pays. Mais ces gens avaient un comportement calme et souriant qui rapidement nous mit à l’aise. Je m’étais fait répéter leurs titres pour être sûr d’avoir bien compris, sur quoi il y eut quelques éclats de rires légers. Ils savouraient sans doute l’impression qu’ils faisaient sur nous, en toute simplicité (et ils se doutaient peut-être bien de l’état dans lequel nous étions). Ils nous posèrent les questions d’usage, d’où nous venions etc. Ils nous demandèrent de quelle religion nous étions (la seule fois je crois qu’on me posa cette question en Afghanistan). Je dis que j’étais chrétien. Je traduisais au fur et à mesure pour Gabriel, et nous avions nos propres bribes de discussion avant que je m’adresse de nouveau à nos distingués voisins. Il insista pour que je dise qu’il était athée, préférant cela à avouer qu’il était juif. Je savais que cela allait choquer ces gens, et ça ne pouvait pas manquer, l’un des hommes se lança dans une dissertation pour convaincre Gabriel qu’il était dans l’erreur: « qui donc a créé tout cela, autour de nous, les êtres vivants, les arbres, le ciel, le soleil, les montagnes ? Comment peut-on douter qu’il y a un être divin à la source de tout cela ? ». J’étais coincé dans une discussion qui devenait un peu trop sérieuse, avec une argumentation d’une logique irréfutable pour les croyants, et qui ne prouvait strictement rien pour un athée. Et de plus dans une langue que je commençais à peine à manier un peu, et l’esprit embrumé par le haschisch. Mais tout se déroula dans la plus grande courtoisie, et le groupe repartit une fois leur collation terminée. Gabriel et moi, nous restions sous le choc, plaisant, de cette rencontre qui sortait vraiment de l’ordinaire.
Si je me rappelle bien, Gabriel voulait rester plus longtemps à Band-e-Amîr, et je le quittai pour redescendre sur Kaboul. Nous étions véritablement devenus comme des frères. De retour à Paris, quelques mois plus tard, j’avais voulu aller le visiter dans la communauté d’anarchistes où il vivait, dans une banlieue est de Paris, mais n’avais pas eu la chance de l’y trouver. Depuis, nous avions malheureusement perdu contact. Ce n’était pas encore l’époque des contacts facilités par le « net », et j’allais moi-même vivre une véritable vie de vagabond pendant les années qui suivirent. Je n’allais plus souvent revenir à Paris, et il faut bien que je m’en fasse le reproche, je n’avais pas tenté de renouer contact. Il est peut-être dans ma nature de rester souvent seul, d’éviter de m’enchaîner avec qui que ce soit pour le long terme, même si par après j’ai le regret d’avoir peut-être écourté ce qui aurait pu se développer comme une belle amitié. | | | À: GeorgesOZ · 22 juillet 2009 à 1:30 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 24 de 260 · Page 2 de 13 · 5 581 affichages · Partager Images attachées: | | | À: GeorgesOZ · 22 juillet 2009 à 1:33 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 25 de 260 · Page 2 de 13 · 3 612 affichages · Partager Je ne sais pas pourquoi, c’est peut-être mon installation, ou est-ce le forum ? mais parfois il m’est impossible d’écrire quoi que ce soit quand j’actionne « Citer » ou « Répondre ».  Bon, nouvel essai et réussite :
Je viens de placer quelques images de Band-e-Âmîr trouvées sur le web, pour illustrer mon dernier chapitre. On voit très bien, sur la deuxième en bas à gauche, ces zones intermédiaires entre les lacs où la végétation s’en donne à cœur joie autour d’eaux moins profondes, là où il y a ces « baignoires » et « piscines » dont je parlais. Sur la troisième, en bas à droite, admirez la belle cascade !
Et pour donner un avant-goût de la suite, une image du col de Sâlang, qui à plus de 3, 800 mètres d’altitude mène de Kaboul aux steppes du nord de l’Afghanistan. Au débouché du col : Mazâr-e-Sharîf..... Endroit fameux ou mal famé, c’est selon, les Soviétiques avaient « généreusement » construit un tunnel en 1964 pour couper court... et c’est ce qui leur a facilité leur invasion de l’Afghanistan en 1979. Malheureusement, les ennuis ne faisaient que commencer..... | | | À: GeorgesOZ · 22 juillet 2009 à 13:08 · Modifié le 19 avr. 2011 à 13:36 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 26 de 260 · Page 2 de 13 · 3 602 affichages · Partager salut George
je viens de rattraper mon retard. toujours aussi génial et passionnant. tes rappels historiques, ton sens du détail sont un vrai plaisir. tu nous offres un autre regard sur l'Afghanistan. lorsque tu es allé à Bamyan, as tu remarqué si des gens vivaient dans des grottes ? quant à Gabriel K, c'est le genre de rencontre qui accroche dans des pays où voyager signifie quelque chose. en tout cas merci | | | À: Mékong · 22 juillet 2009 à 13:34 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 27 de 260 · Page 2 de 13 · 3 600 affichages · Partager Tout le plaisir est pour moi! Merci Eric!
(au moins 1 personne sur 337, 748 VF'istes qui apprecie! je me sens tout revigore!  ) | | | À: GeorgesOZ · 22 juillet 2009 à 13:43 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 28 de 260 · Page 2 de 13 · 3 596 affichages · Partager Il y en a plus que ça, tu n'as pas d'inquiétude à avoir.
On peut apprécier et ne rien dire. | | | À: Mariecurry · 22 juillet 2009 à 14:51 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 29 de 260 · Page 2 de 13 · 3 593 affichages · Partager Ah ben, c'est gentil, ca! Bonjour Marie!
C'est que souvent, sur la scene, on ne voit pas qui est dans la salle, hein? Mais au moins, que le public applaudisse.... ou siffle! Hahaha!
Treve de plaisanterie, il me faudra quelques jours pour mettre mon prochain chapitre sur pieds...... | | | À: GeorgesOZ · 12 août 2009 à 12:30 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 30 de 260 · Page 2 de 13 · 3 572 affichages · Partager Je reprends ici mon long récit. Je l’avais arrêté sur les lacs de Band-e-Amîr, au cœur de l’Hindou Koush, mais il est temps de mener mes lecteurs (j’en ai quelques uns paraît-il !) jusqu’à la porte du Pakistan.
Mazâr-e-Sharîf
Il n’y a pas grand-chose à dire sur mon court arrêt à Kaboul, sauf peut-être que ça doit être là que j’ai rencontré un groupe d’Allemands qui voyageaient dans une fourgonette et que j’ai retrouvé par la suite. C’était encore l’époque où, sans fausse modestie, je parlais couramment l’allemand (je l’ai passablement oublié par la suite, faute de pratique). Ils m’avaient invité à les accompagner jusqu’à Mazâr-e-Sharîf, à quelques centaines de kilomètres au nord de Kaboul. La route était en pleine montagne, traversant l’épine dorsale de l’Hindou Koush. C’est là que se situe la passe de Sâlang, dont j’ai déjà parlé et donné une photo plus haut, celle où les Soviétiques avaient fait preuve de leur générosité bien connue envers « les peuples frères », en construisant la route et les tunnels qui allaient servir par la suite à leurs transports de troupes et de matériel militaire pour envahir le pays. Au-delà de la passe, nous descendions le long de défilés étroits et un air brûlant avait commencé à souffler, annonçant la steppe en contrebas.
Mazâr-e-Sharîf est une ville fameuse pour son mausolée (le « mazâr »), celui où selon certains musulmans Ali lui-même (le cousin et beau-fils du Prophète) serait enterré. Ali est la personne la plus vénérée par les musulmans shi’ites. Curieusement, pour la majorité des shi’ites (ou « shi’as » comme ils s’appellent eux-mêmes), ceux de la « secte des 12 » ou « shi’ites duodécimains » qui constituent 90% de la population de l’ Iran et 30% de celle du Pakistan (pour ne donner que quelques points de référence), ce n’est pas à Mazâr-e-Sharîf, mais à Najaf en Iraq que Ali serait enterré. Il court même une théorie selon laquelle ce serait Zarathoustra lui-même qui serait enseveli ici !
Mazâr-e-Sharîf n’en reste pas moins un grand lieux de pèlerinage pour beaucoup de musulmans. La mosquée où se trouve le mausolée avait été détruite par Genghis Khan au début du 12-ème siècle, mais avait été reconstruite au 15-ème siècle. Elle est absolument superbe, recouverte d’un habit de céramiques, le « kâshi-kâri » réputé des mosquées persanes de cette époque, où les bleus dominent. Je n’avais pas essayé d’y entrer, trop conscient de son importance spéciale pour les musulmans et étant pratiquement certain de ne pas y être autorisé de toute façon. Mais quel dommage ! car cela m’aurait vraiment bien plu de visiter la tombe.... de Zarathoustra, le personnage clé du zoroastrisme, aussi connu sous le nom de mazdéisme !
Une autre raison pour laquelle cette ville était fameuse était le haschisch d’une excellente qualité qui, une fois arrivé en Europe en tout cas, portait l’appellation de « mazâr ». C’est celui dont j’ai déjà parlé quelques pages plus haut.
La nuit, nous dormions sur le toit de l’hôtel, et même ainsi il était difficile de trouver un bon sommeil, tant il faisait chaud. Je ne voulais pas rester trop longtemps à Mazâr-e-Sharîf. J’avais fait un saut jusqu’à Balkh, pas trop loin à l’ouest de Mazâr-e-Sharîf, l’ancienne Bactres fameuse pour avoir été conquise par Alexandre Le Grand, et pour avoir été dévastée par le cataclysme Mongol au 13-ème siècle. Ses ruines sont fameuses, je crois, mais j’avoue avoir des trous de mémoire et ne pourrai vraiment bien les décrire. Les Allemands voulaient continuer vers Kunduz, et je les quittai pour revenir sur Kaboul et continuer mon voyage vers l’ Inde.
Peshawar
Ah ! Maintenant, nous allons passer enfin dans le vif du sujet ! Après la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan, la route longeait la Passe de Khyber, la fameuse ou plutôt mal famée « Khyber Pass ». Sans aucun doute les armées d’Alexandre le Grand étaient passées par là pour descendre de l’ Asie Centrale sur l’ Inde. Mais plus récemment, au 19-ème siècle, cet endroit a connu de nouveaux moments forts lors de la lutte d’influence entre la Grande Bretagne et la Russie, qui toutes deux voulaient contrôler la partie sud de l’ Asie Centrale (lire « Afghanistan ») et donc l’accès, pour les Russes, à l’Océan Indien. Cette lutte entre ces deux grandes puissances, assez méconnue des Français (puisque la France n’y avait rien à faire), a été surnommée « Le Grand Jeu » (« the great game »). Les Britanniques, bien implantés dans le sous-continent indien, avaient décidé de prendre l’Afghanistan de force et y avaient envoyé en 1842 une armée de quelques 20, 000 hommes, y compris serviteurs et même quelques familles, paraît-il ! Sous la direction du général William Elphinstone, ils pensaient pouvoir éliminer la résistance des tribus « arriérées » qui se trouvaient sur leur chemin en l’espace de 3 ou 4 semaines. Les dames qui les accompagnaient se voyaient déjà prendre leur « afternoon tea » dans les jardins de Kaboul !
Mais.... il y eut un hic de taille ! Car ces tribus sous-estimées par les Britanniques n’étaient pas du genre à se laisser facilement intimider. Les Pathans (Pushtos/Pukhtos) qui vivaient dans ces régions, et qui y vivent toujours, sont loin d’être des mauviettes. En fait, ils figurent sans aucun doute parmi les guerriers les plus redoutables que le monde ait jamais connus. J’avais à l’époque un livre qui s’intitulait « Les grandes manœuvres de l’opium », où figurait une photo d’un groupe de Pathans de l’une des tribus de la région, celle des Afridis. Prise l’hiver, la photo montrait ces hommes emmitouflés, portant les bonnets ronds typiques de la région, armés de solides fusils, les traits forts et anguleux, le regard dur et sévère des vrais tueurs ! des mecs avec lesquels il vaut mieux ne pas plaisanter ! J’ai perdu ce livre il y a belle lurette et c’est bien dommage car autrement je vous collerais bien cette photo en guise d’illustration.
Pour couper court à un épisode dont les Britanniques ne sont pas particulièrement fiers, leur armée fut anéantie par les Pathans. Le pire moment fut où les Britanniques eurent à faire aux guerriers de la tribu Pashtoun des Ghilzais, quelque part entre Kaboul et Jalalabad.... Il ne revint de l’expédition qu’un seul homme européen, le Docteur William Brydon, et (je crois) quelques femmes et serviteurs. Quelqu’un a déclaré qu’il ne se trouve pas une pierre dans la Passe qui n’ait déjà été teintée de sang....
C’est en quelque sorte le Diên Biên Phù des Britanniques. L’un des quelques exemples notoires où une armée coloniale européenne, bien équipée et aguerrie, s’est prise une sacrée claque en se frottant de trop près aux « indigènes ». Il y a eu d’ailleurs d’autres affaires similaires où les Britanniques se sont retrouvés le cul par terre, que ce soit avec les Maoris en Nouvelle Zélande ou avec les Zoulous en Afrique du Sud, tous guerriers féroces par excellence. Combien de fois il m’est arrivé, vivant depuis longtemps en milieu anglo-saxon, de me faire resservir des théories fumeuses sur l’infériorité et l’incapacité des armées françaises ! Et combien de fois j’ai entendu le sempiternel refrain sur le chauvinisme français ! Et bien, s’il est vrai que les Français souffrent de gros défauts, les Anglo-saxons ne sont pas en reste. S’ils se croient un peu trop souvent supérieurs aux autres, c’est en grande partie parce qu’ils n’ont que des notions partielles de leur propre histoire. Disons simplement que personne n’est parfait et tournons la page !
La descente de la Khyber Pass vers Peshawar (Pekhawar) offrait un parallèle évident avec la descente de l’Hindou Koush vers Mazâr-e-Sharîf quelques jours plus tôt, mais cette fois c’était un souffle chaud et moite qui montait des plaines. Ce n’était pas une bonne route, elle était étroite et souvent non goudronnée (si jamais elle l’était, d’ailleurs). La faible circulation était constituée de camions, de bus, et de vieilles américaines aux amortisseurs essoufflés et à la capacité de transport que leurs constructeurs n’avaient certainement pas envisagée. Il devait bien avoir une douzaine sinon une quinzaine d’hommes par voiture ! Le gouvernement Pakistanais n’avait le contrôle que sur la route elle-même, et le territoire environnant était sous contrôle tribal, quasiment indépendant. La situation n’a pas beaucoup changé depuis, je crois.
Je ne me rappelle pas le nom de l’hôtel où je m’étais posé à Peshawar. Il n’était pas grandiose, croyez moi ! Je partageais ma chambre avec 4 ou 5 autres « voyageurs ». De la fenêtre, j’avais une superbe vue sur une cour où rouillaient quelques carcasses métalliques, et dont le sol inégal avait été imprégné de plusieurs inondations d’huiles mécaniques. Mais je me souciais peu du manque de charme de l’endroit, puisque je n’étais que de passage, en route vers l’ Inde. Image attachée: | | | À: GeorgesOZ · 13 août 2009 à 8:18 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 31 de 260 · Page 2 de 13 · 3 544 affichages · Partager salut Georges
ça y est tu quittes l'Afghanistan  la configuration de la khyber Pass n'a pas trop changé excepté le fait qu'elle soit goudronnée. Merci pour la page d'histoire. Apparemment les stratèges américains n'ont pas du l'imprimer. Le Pakistan se profile pour mon plus grand plaisir à bientôt pour la suite
Eric | | | À: Mékong · 13 août 2009 à 9:02 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 32 de 260 · Page 2 de 13 · 3 540 affichages · Partager Je reconnais en toi un lecteur fidèle ! C’est bien, j’ai besoin d’encouragement car l’histoire va sérieusement se gâter par la suite et je ne sais pas si j’ai vraiment le cœur à m’y mettre..... | | | À: GeorgesOZ · 13 août 2009 à 10:38 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 33 de 260 · Page 2 de 13 · 3 536 affichages · Partager Moi aussi je suis... et je veux bien la suite. | | | À: GeorgesOZ · 13 août 2009 à 11:29 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 34 de 260 · Page 2 de 13 · 3 532 affichages · Partager pas de souci, ton récit sort de l'ordinaire. Autre époque, autre manière de voyager, autre configuration géopolitique. Moi ça me passionne. | | | À: Mékong · 13 août 2009 à 11:44 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 35 de 260 · Page 2 de 13 · 3 526 affichages · Partager Bon, sympa! Merci à toi et à Cupda  . J’ai aussi eu quelques autres petits signaux d’encouragement, alors je vais m’y coller. Mais faudra patienter, les gars ! C’est tout de même du boulot, surtout vu qu’il faut que je cherche derrière les grosses toiles d’araignée de ma mémoire ! | | | À: GeorgesOZ · 13 août 2009 à 11:55 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 36 de 260 · Page 2 de 13 · 3 523 affichages · Partager tiens pendant que t'es là une petite question d'ordre pratique tu faisais comment pour les visas ? je pense à l'Afghanistan et au Pakistan. possibilité de les faire en frontière ? | | | À: Mékong · 13 août 2009 à 12:53 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 37 de 260 · Page 2 de 13 · 3 514 affichages · Partager Bonne question! J’avais sans aucun doute obtenu mon visa pour l’Afghanistan à Paris avant mon départ, puisque j’avais pris l’avion direct pour Kaboul. Par la suite, j’avais dû obtenir le visa pour le Pakistan à Kaboul. L’année d’avant, comme j’avais fait la route de Strasbourg jusqu’à Kaboul, je me demande bien comment j’avais fait. Je ne peux vraiment pas me rappeler, désolé ! | | | À: GeorgesOZ · 15 mars 2011 à 1:39 · Modifié le 27 mars 2011 à 8:40 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 38 de 260 · Page 2 de 13 · 3 383 affichages · Partager « Je ne me rappelle pas le nom de l’hôtel où je m’étais posé à Peshawar. Il n’était pas grandiose, croyez moi ! Je partageais ma chambre avec 4 ou 5 autres « voyageurs ». De la fenêtre, j’avais une superbe vue sur une cour où rouillaient quelques carcasses métalliques, et dont le sol inégal avait été imprégné de plusieurs inondations d’huiles mécaniques. Mais je me souciais peu du manque de charme de l’endroit, puisque je n’étais que de passage, en route vers l’Inde. »
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C’est sur ces mots que j’avais laissé mon récit il y a presque 2 ans maintenant. Depuis, d’autres sujets, d’autres préoccupations, d’autres projets m’ont captivé. Mais ce voyage vers l’orient m’a marqué à vie, et il me tient à cœur de continuer mon récit.... Aujourd'hui, plus d’un tiers de siècle plus tard, je me rends compte que je poursuis toujours cette aventure.
J’espère retrouver le public sympathique que je m’étais acquis quand j’ai livré la première partie de mon récit : Mékong ? Cupda ? Êtes-vous là ?
Peshawar – juillet 197x
Tout allait bien dans le meilleur des mondes, donc, quand je m’étais arrêté dans cet hôtel de Peshawar, pour reprendre la route dès le lendemain vers l’ Inde, le but assez imprécis de mon voyage. J’étais jeune et incroyablement naïf, j’allais de surprise en surprise, tout m’étonnait et tout me passionnait. Je rencontrais tant de gens intéressants et ne pouvais me rassasier de leurs récits.
Après une nouvelle soirée à bavarder et à fumer quelques bons petits joints, je m’étais endormi sur mon tcharpaï (lit à cordes) dans cette chambre partagée avec quelques compagnons encore inconnus deux ou trois heures plus tôt. Je ne sais pas ce qui m’avait pris, à vouloir mettre mes affaires personnelles dans un endroit sûr, j’avais noué aux cordes du lit, en dessous, la sacoche où je gardais mes papiers et que je portais normalement au cou.
Pour sûr que j’avais bien dormi, cette nuit-là ! Mais au réveil, une surprise de taille m’attendait : la précieuse sacoche avait disparu !   Et un lit était vide, celui de mon voleur. Il n’avait eu qu’à couper les minces ficelles qui attachaient la sacoche aux cordes du lit pour s’en emparer. Il ne s’était pas gêné non plus pour jeter un coup d’œil dans mon sac de voyage et y prendre mon appareil photo, un Zenit E, produit de l’empire soviétique qui avait été comparé à un fer à repasser mais dont le bas prix m’avait permis de m’initier aux joies de la technique reflex. Idiot que j’étais, je me rappelle encore avoir pris des photos de la cour de l’hôtel la veille. De la fenêtre de la chambre, j’avais trouvé intéressante la vue plongeante sur les carcasses de ferraille parsemées dans la boue et dans l’huile de moteur.
Mon passeport, mon billet d’avion pour le retour de Kaboul à Paris (on voyageait avec des billets en papier à cette époque), mes traveller cheques : envolés ! Une tuile de béton m’était tombée sur la tête et je me retrouvais dans la merde la plus profonde. Ah ! Je cherchais de l’aventure ? C’est elle qui était venue me chercher ! Je savais que je me trouvais au bord d’un précipice et je ne pouvais pas même commencer à me demander ce qui m’y attendait, au fond. J’en avais l’estomac noué, j’étais livide.
Que faire ? Dans une situation pareille, certains peut-être perdent l’esprit, ne savent pas où donner de la tête. Tout bêta et naïf que j’étais, je savais qu’il ne me servirait à rien de m’écrouler et de me lamenter. Il fallait pour commencer aller déclarer le vol à la police, sans aucun espoir d’une aide quelconque mais pour avoir un document que je puisse utiliser par la suite pour obtenir un nouveau passeport. Le passeport, la chose la plus précieuse qui soit. Pas d’argent ? On peut toujours faire la manche, s’attirer la sympathie d’autres voyageurs et se faire payer un petit déj’. Mais sans passeport, je ne pouvais pas sortir du Pakistan !
Que faire ? Sortir de l’hôtel, aller tout seul dans Peshawar chercher le fil qui pourrait me conduire vers une issue de secours.... | | | À: GeorgesOZ · 15 mars 2011 à 10:22 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 39 de 260 · Page 2 de 13 · 3 373 affichages · Partager J'attends la suite, cela me passionne...merci et à plus tard. | | | À: Namdreul · 15 mars 2011 à 11:05 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 40 de 260 · Page 2 de 13 · 3 371 affichages · Partager | Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 4 133 visiteurs en ligne depuis une heure! |