| Vers l'Orient dans les années 1970 GeorgesOZ · 20 juin 2009 à 3:32 · 69 photos 260 messages · 26 participants · 38 808 affichages | | | | À: Rouxy · 1 avril 2011 à 8:41 · Modifié le 1 avr. 2011 à 21:28 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 121 de 260 · Page 7 de 13 · 2 508 affichages · Partager Chistya, une autre école soufie répandue en Inde du Nord et au Pakistan, dont le saint principal est Khwaja Mohinuddin Chisti, dont le mazar est à Ajmer Sharif, à côté de Pushkar, en Inde--A mon tour d'être pédant (c'est là le moindre de mes défauts  .... mais je suis plus prêteur que la fourmi!  j'adresse mon clin d'oeil à la mémoire de La Fontaine):
Ordre soufi fondé à Chisht, petite ville près de Herat (Afghanistan - mais soyons clairs: c'est dans le monde persan de l'époque). En persan, "tchishti" s'écrit: - "che" - 7-ème lettre de l'alphabet persan, ajoutée à l'alphabet arabe puisque cette consonne n'existe pas en arabe: c'est le "ha" arabe avec trois points "noqta" en dessous (6-ème lettre de l'alphabet arabe - il s'agit d'un son "h" "râclé" du fond de la gorge et très difficile à reproduire pour "el fransawi moyen", et non du "he" plus doux qui vient vers la fin de l'alphabet). Il ne s'agit pas là de subtilités, et ce sont des choses à côté desquelles on passe complètement quand on ne fait pas l'effort d'apprendre l'écriture d'une langue donnée.
D'ailleurs, petite digression: le "ha" "râclé" est l'une des lettres qu'on ne trouve jamais dans un mot d'origine persane, c'est un son inconnu à l'origine en persan. Comme plusieurs autres lettres, c'est l'un des signes immédiats qu'un certain mot persan est en fait emprunté à l'arabe - et il y en a foison!
- "shin" - même lettre qu'en arabe et absolument un "sh" (ou "ch" en français), pas un "s". Il est possible que cela soit prononcé "s" dans certaines régions, mais ce n'est alors pas le son d'origine. - "te" - "ye" - même dernière lettre de l'alphabet qu'en arabe, sauf qu'en persan on n'écrit pas les deux "noqta" du dessous en position finale dans un mot.
Donc "sh", pas "s" | | | À: GeorgesOZ · 1 avril 2011 à 10:31 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 122 de 260 · Page 7 de 13 · 2 490 affichages · Partager intéressant ces appartés, continue, j'adore 
Sinon le soufisme est majoritairement sunnite mais à part les naqshbandi, toutes les chaînes initiatiques remontent à Ali; etc.
Une question, comment fais-tu pour te rappeler du prénom des mecs de passage, subalternes c'est dingue cette mémoire! 
(je participe à un forum photo, si tu veux tu peux y jeter un oeil, 80 tofs sur le Pakistan ici www.chassimages.com/.../topic,107602.0.html ) | | | À: Rouxy · 1 avril 2011 à 10:55 · Modifié le 1 avr. 2011 à 21:26 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 123 de 260 · Page 7 de 13 · 2 484 affichages · Partager Soufisme.... Sunnis..... Shi'a il y a toute une histoire assez extraordinaire derrière ces noms / termes et on peut très facilement s'y perdre. Même parmi les Shi'a il y a un certain nombre de tendances assez différentes. Les Iraniens par exemple font partie des "Shi'a aux 12 imams" (le 12-ème étant le fameux "imam caché", mais n'allons pas plus loin dans le système iranien car c'est d'une complication à en tomber raide mort!). Mon impression générale est que les Shi'a ont plus tendance au mysticisme que les Sunnis (mais c'est une impression purement et strictement personnelle), ce qui leur rend l'approche du soufisme assez naturelle.
Je ne suis pas étonné que la lignée naqjbandi ne remonte pas à Ali. J'avais indiqué que cette lignée attache beaucoup de poids à l'écriture (racine "nqsh" en arabe) ce qui est un peu l'attitude générale du sunnisme. Mais je vais m'arrêter là car je me trompe peut-être et de plus c'est un sujet délicat et on peut vite offenser des gens en disant des bêtises (ou même des vérités).
Quant à ma mémoire, merci pour le compliment  ! Merci aussi pour le lien, cela me premettra de "revisiter" le Pakistan et ce qui gravite autour, après une absence de près de 40 ans maintenant. Mais mon centre d'intérêt est plus loin en Asie...... | | | À: GeorgesOZ · 1 avril 2011 à 12:40 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 124 de 260 · Page 7 de 13 · 2 462 affichages · Partager de plus en plus passionnant ! merci pour le lien Rouxy. Ton reportage est génial, j'aime bcp le recul que tu prends dans tes commentaires | | | À: GeorgesOZ · 2 avril 2011 à 0:31 · Modifié le 2 avr. 2011 à 8:41 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 125 de 260 · Page 7 de 13 · 2 425 affichages · Partager Le marchand de yaourt m’a appris les chiffres pakhto, et avec quelles intonations !  Je reste toujours épaté par la vigueur de cette langue :
1 yòú (accent remontant sur la fin)2 dwa3 dre4 salor5 pinzâ6 shpak7 woh8 attâ9 naha10 lâs, ou dâs (pas moyen de saisir cette première consonne)
Ces derniers jours, je fréquente plutôt Jacques et Tom, ils sont bien plus agréables que Martine et Catherine, les deux sœurs qui prennent trop souvent des grands airs méprisants.
Je suis allé à Bahreïn avec Jacques, à 5 miles en amont de Madian. Le village est situé sur la rive droite de la Swât. Il est coupé en deux par une rivière qui se précipite à angle droit dans la Swât, venant donc de l’ouest. La rencontre des deux eaux est particulièrement violente, le roc est taillé à la verticale sur une hauteur de bien 20 mètres. Du haut du petit pont qui relie les deux parties du village (qu’on voit bien sur l’image satellite, vue vers l'amont; voir jpeg), on a une vue impressionnante sur les eaux tumultueuses de la rivière qui se ruent vers la Swât, encore plus tumultueuse. Les eaux sont gonflées par la fonte des neiges et des glaciers, plus haut, là où l’Hindu Kush se noue aux Himalayas (techniquement parlant, la Swât est encore dans l’Hindu Kush), et déjà les premières pluies de la mousson viennent s’y rajouter. Il ne doit guère y avoir qu’en hiver que les eaux se calment vraiment...
J’ai acheté une soi-disant alexandrite pour 12 roupies à Bahreïn, cette fameuse pierre qui est « une émeraude le jour et une améthyste la nuit », et une demi-douzaine d’agates pour monter un jour peut-être en collier. C’était encore l’époque où je croyais en ces choses, mais déjà j’avais des doutes quant à la qualité et la valeur réelle de toutes ces pierres qui sont offertes au voyageur dans ces contrées. Pour commencer, il ne s’agit que de pierres semi-précieuses, la qualification de « précieux » étant réservée aux diamants, aux rubis et aux émeraudes, et à l’extrême rigueur aux saphirs. Certaines perles et opales sont également de très haute valeur. Mais les montagnes d’agates, de lapis-lazulis, d’ « œil de tigre », de « pierre de lune » (et j’en passe) du sous-continent indien, mmmouais...... De plus, je me rappelle avoir vu quelque part que seul l’Oural produit de véritables alexandrites. Mais l’intérêt porté aux pierres faisait bien sûr partie de la « panoplie » du « voyageur éclairé ».
Le soir, rentrés à Madian, nous avons un régal de tortillas que Martine nous a préparées. Elle est dingue de l’ Espagne où il semble qu’elle ait pas mal vécu. Car tous ces voyageurs par ici ont « vécu pas mal de temps » dans des « endroits intéressants ».  Sinon, ils auraient probablement une crise d’identité ! Il y a toute une collection de Français, d’Italiens et d’Espagnols qui se retrouvent assez facilement – nous sommes des Latins après tout ! et il est frappant de voir combien d’Espagnols et d’Italiens se débrouillent bien en français. J’en vois assez régulièrement se parler entre eux, les uns en français, les autres en espagnol et les autres encore en italien, et tout le monde se comprend assez bien.
Moi, par contre, qui étais parfaitement bilingue français-allemand à cette époque, le soir où j’ai eu la visite d’un des Allemands avec lesquels j’étais allé à Mazâr-e-Sharîf dans le nord de l’Afghanistan, et qui se retrouvait de passage par la Swât en route vers l’ Inde, il fallait voir les mines dédaigneuses des filles à nous entendre converser en allemand ! 
Revenons aux tortillas. Tom, mon ami Américain, arrive trop tard pour en profiter mais il tombe à point pour partager la salade de tomates à la menthe. Nous sommes raides comme ce n’est pas possible, et ça le met en verve. Il nous raconte les 22 mois qu’il a faits en tôle en Grèce pour quelques kilos de shit qu’on avait essayé de lui faire reconnaître par la torture, mais qui sont restés sur le toit d’un casino à Athènes. Il a 33 ans, ce qui en fait un homme d’âge bien mûr pour moi, hahaha ! Maintenant, avec le recul du temps, je me rends compte qu’il n’était encore qu’un jeune homme ! Mais il a dû en voir des solides déjà : contrebande aux USA avec deux accrochages avec la police, fusillades etc, voyage au Viet Nam.... organisé par l’armée américaine   (aller gratuit ! retour « en option »  ). Tom ne me donne pas l’impression d’affabuler. Image attachée: | | | À: Rouxy · 2 avril 2011 à 9:27 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 126 de 260 · Page 7 de 13 · 2 402 affichages · Partager J'ai commencé à parcourir ton reportage-photo et je me régale. J'apprécie ton style sobre... et aussi le fait que tu dis des choses sensées!    Bien vu, le sous-fond du culte des saints "à l'hindouiste". Ayant vécu 8 ans dans des pays Arabes, je n'ai jamais eu l'impression qu'il y ait l'équivalent. Il y a donc peut-être du vrai dans cette façon de voir les choses. | | | À: GeorgesOZ · 2 avril 2011 à 12:30 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 127 de 260 · Page 7 de 13 · 2 377 affichages · Partager Merci Rouxy pour ton reportage, je voyage encore par procuration
Georges, que fais tu des nombreux tombeaux de saints au Maroc ? Il y a aussi des ziaras au Maghreb ;), des ziaras que réprouvent les musulmans rigoristes d'ailleurs | | | À: Thevert7 · 2 avril 2011 à 19:41 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 128 de 260 · Page 7 de 13 · 2 360 affichages · Partager Mais... le maghreb n'est pas "arabe"- en tout cas pas plus que la Turquie et ses derviches   ...sinon les pays arabes comme l'Irak ont connu le soufisme-avec souvent une attitude d'attraction-répulsion... ; mais c'est vrai que sa prolifération en Afghanistan, Iran, et-énormément- dans l' Inde musulmane n'est sans doute pas étrangère au "vortex" yoguique indien, ni à une attitude plus directement métaphysique des Upanishads ou du Bouddhisme, qui aurait par rebond "hindouisé" l'Islam du sous-continent ; cf, à ce sujet Schuon, Le soufisme, voile et quintessence: en gros les 3 religions monothéistes, et leur sentimentalisme dévotionnel, induisent un rapport à l'Un assez particulier, il y a toujours une peur à lever le voile des phénomènes pour se laisser toucher par le Réel Ultime-tandis que les métaphysiques qu'il appelle indoaryennes, plus "réalistes", l'étalent sans complexe comme allant de soi de prime abord... Pour moi il y a ce soufisme ésotérique, et le soufisme du charbonnier, où principalement la ziarat à la tombe sera de réclamer des faveurs en ce bas-monde; c'est là que les rigoristes interviennent  : d'une part ils estiment- à tort ou à raison, je ne suis pas là pour juger- que le soufisme ésotérique casse les règles de la dualité nécessaire et suffisante entre l'homme et Dieu; péché d'orgueil disent-il, les soufis se prennent pour Dieu.Ce à quoi ces derniers rétorquent que l'illumination, ne peut provenir que de l'extinction de l'égo (très bouddhiste ça), résultat du tassawuf, donc de la djihad intérieure recommandée par le Coran lui-même. Selon eux, le Coran est à plusieurs sens- Coran alternatif  : Mohammed, le Prophète, aurait été assigné par Dieu à l'exposé public pour l'homme moyen et ne pouvait donc pas tout dire. Rappelons-nous que l'impétrant en ésotérisme judaïque ne pouvait pas accéder aux enseignements avant un certain âge (40 ans je crois); l'explication était peut-être qu'il fallait qu'il soit un peu structuré pour passer d'une religion massivement dualiste à un ésotérisme unitif ??? D'autre part, en tant que dernière grande religion, si l'on excepte la synthèse sikh (et les raeliens  ), elle insiste fortement et énergiquement sur le Tawahid, l'unité de Dieu, et la relation directe entre l'homme et Dieu. Les rigoristes disent que le soufisme populaire, en prenant un saint comme intercesseur, pratiquent le péché de shirk= association d'une entité à Dieu; certes il y a souvent dans la ziarat des paysans un élément de superstition; les soufis répondront qu'il s'agit de respect aux aulia allah, les amis de Dieu, et non de shirk.
Mon impression générale est que les Shi'a ont plus tendance au mysticisme que les Sunnis (mais c'est une impression purement et strictement personnelle), ce qui leur rend l'approche du soufisme assez naturelle.
C'est possible, je n'en sais rien; bien que la plupart des soufis soient sunnis, le soufisme est peut-être mieux accepté dans le chiisme, à cause d'Ali, et peut-être aussi à cause de leur statut minoritaire?pure supputation subjective Je ne suis pas étonné que la lignée naqjbandi ne remonte pas à Ali. J'avais indiqué que cette lignée attache beaucoup de poids à l'écriture (racine "nqsh" en arabe) ce qui est un peu l'attitude générale du sunnisme.Quand tu, quand on parle du sunnisme, j'ai l'impression que plus ou moins consciemment on fait référence au bloc néo-conservateur émiraoui-saoudi, non?
Je relis avec délectation ton carnet  (c'est la première fois que j'en lis un sur VF); j'ai l'impression qu'à l'époque même des faits tu avais une certaine lucidité par rapport au hippies que tu décris. par contre tu n'avais pas froid aux yeux question came, je crois, même si j'ai fait plein d'expérience de ce type, que je n'aurais pas tenté l'intraveineuse de morphine  . A relire les passages appropriés, j'ai l'impression que la défonce était quand même pas mal motrice dans ces voyages  ... je n'ai rien contre ni pour (bien au contraire); et effectivement plus fédératrice que le mysticisme à l'eau de rose que tu décris avec une lucide acidité. encore merci et vivement la suite (si jamais) | | | À: Rouxy · 3 avril 2011 à 11:33 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 129 de 260 · Page 7 de 13 · 2 339 affichages · Partager Merci Georges et Rouxy, je suis tout cela avec beaucoup d'intérèt. | | | À: GeorgesOZ · 4 avril 2011 à 14:47 · Modifié le 2 mai 2011 à 7:09 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 130 de 260 · Page 7 de 13 · 2 316 affichages · Partager Je me suis absenté un peu, étant de nouveau en vadrouille..... Mais je vois avec plaisir que les échanges de vue continuent. J'avoue ne rien connaître au Maroc (le seul pays du Maghreb que je n'ai jamais visité)  .
Rouxy a raison, je n'avais pas froid aux yeux question came, et je n'en suis pas encore arrivé au bout! J'aurais bien des choses à dire sur les "paradis artificiels", mais ce sera pour une autre fois. Je me contenterai ici de toucher un peu à certaines expériences, en pointillisme.
Je continue mon récit:
Les relations semblent se dégrader un tantinet entre les personnages centraux de ma petite « tragédie de Madian». J’ai bien remarqué quelques tensions sous-jacentes entre Jacques et les trois filles, Martine, Catherine et Germaine. C’est sur ce tableau que débarquent Massimo et Antonio qui font partie de la clique de Robin, et plus personne n’a envie de rester à la maison. C’est la « maison de Robin », ne l’oublions pas. Je vais dormir chez Tom qui vit dans une petite maison plus haut au bord du torrent. Lui et ses voisins Anglais sont plus cools et nous passons de bons moments à fumer et écouter de la musique. Et quand l’idée me vient de me laver, je me baigne dans le torrent qui passe à deux pas de là. 
Tom est extrêmement faible, il reste chez lui pratiquement toute la journée, sur son lit. Je dépense des fortunes (relatives) en bouffe. Il faut acheter des bons trucs pour nous remettre d’aplomb, et Tom n’a plus une roupie. Il espère qu’un ami à lui qui est parti vendre du shit en Europe va venir le retrouver ou lui enverra du fric. 
Un matin, je suis monté chez Jacques et Germaine avec Charles, un Québécois. Il y avait aussi Tom et Catherine et Martine. À part Tom et Charles, les autres faisaient vraiment la gueule.
Les vibrations ne sont pas trop claires non plus parmi le reste de la faune d’étrangers qui traîne à Madian. Comme dit Jacques, ils ne s’aiment pas assez. Il faut dire qu’ils ont plus de problèmes les uns que les autres. Hier matin, tous étaient sous un gros arbre, en haut du bazar, juste derrière le poste de police, à fumer et à jouer de la musique. Je ne sais pas pourquoi, j’ai eu cette altercation avec Jean-Pierre, un type déjà bien rongé par la came. J’ai eu l’impression d’avoir un dément à deux pas de moi, qui me fixait longuement d’un regard perdu en ânonnant toujours les mêmes mots de reproche.
L’ambiance de Madian est celle d’un asile psychiatrique.  Beaucoup de ces « voyageurs » se jouent un petit cinéma. Ils s’en imaginent un peu trop sur la valeur de leurs expériences personnelles et essayent d’impressionner les autres. Mais la réalité plus pauvre perce vite sous le maquillage craquelé de leurs illusions. Il y a des doux cinglés, des poseurs, des paumés, quelques rares crapules, et parfois même des gens recommandables qui ont réussi à garder leurs têtes sur leurs épaules. En plus de tout, il y a l’usage intensif de drogues diverses, comme le révélateur qui fait ressortir les traits de caractère de tout un chacun et les amplifie au-delà du raisonnable.
Un autre soir, Tom réussit à aller jusqu’à la tchaïkhâneh, juste à côté, celle des moulins. Martine y était. Elle m’a demandé si je pouvais monter ; elle et Catherine sont seules là-haut et elles ont peur des gens qui passent. C’est bien tard, en pleine obscurité, que je monte à la maison des nanas, en fait la maison de Jacques et Germaine qui sont partis pour quelques jours et où les filles se sont maintenant installées. Le chemin est en fait le lit d’un petit torrent. Combien de fois ai-je glissé sur les pierres humides ?
La montagne est coupée en étages par deux ou trois ruisseaux qui la cerclent horizontalement (un système d’irrigation), et ce n’est qu’au deuxième ou troisième ruisseau que je dois trouver le sentier qui mène à la maison des filles. J’ai failli perdre plusieurs fois mes sandales dans la boue du ruisseau où je suis à plusieurs reprises obligé de patauger pour retrouver le sentier. J’ai mis du temps à identifier la baraque dans la nuit. Les filles sont venues me chercher avec des bougies. Elles n’en croyaient pas leurs yeux, de me voir surgir de la nuit ! J’avais un peu de pollen, on s’est fait deux bons chiloms. | | | À: GeorgesOZ · 5 avril 2011 à 10:27 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 131 de 260 · Page 7 de 13 · 2 277 affichages · Partager Il y a plein d’histoires entre les filles et la paysanne du coin, au réveil : une bague disparue et bien sûr les filles soupçonnent immédiatement la paysanne ! La bague est enfin retrouvée, mais les œufs ont disparu. Le taux d’agressivité augmente...  Ces histoires sont tellement absurdes que je lance la question sur le tapis, ça fait du bien, on s’explique un peu.
Cette paysanne, qui habite juste à 200 ou 300 mètres en-dessous de chez nous, avec son frère, c’est un numéro ! C’est une jeune veuve, elle ne doit pas avoir plus de 25 ans. Elle vient traîner parfois chez nous avec ses deux marmots, visiblement parce qu’elle nous trouve chouettes ou du moins divertissants. Elle est d’ailleurs jolie et bien typée.  Des traits de visage très sculptés, des lèvres qui feraient fi du botox, une peau d’un brun fortement hâlé, des cheveux noir de jais lui coulant en longues boucles sur les épaules. Son ample robe et ses foulards aux couleurs dominantes noires et rouges ne parviennent pas à complètement dissimuler une silhouette svelte. Bracelets de cuivre aux bras et aux chevilles. Si je n’étais pas constamment sur une autre galaxie, avec tout ce que je consomme comme produits « vitaminés », elle me mettrait bien quelques idées en tête. Mais ces idées m’effleurent à peine l’esprit, heureusement d’ailleurs car ce n’est pas ici le pays pour se lancer dans ce genre d’affaires! L’oiseau un peu trop audacieux se retrouverait vite avec du plomb dans l’aile ! 
(clin d’œil à Éric : le Pakistan, ce n’est pas Baywatch, mais j’ai fait un effort pour introduire quelques personnages féminins !  )
L’autre jour, avec Jacques et Germaine, nous étions à jouer du tabla, elle est tranquillement entrée dans la maison et s’est mise à danser en nous accompagnant sur une casserole qu’elle avait ramassée par terre ! Quelle rigolade !  Mais elle n’a pas voulu fumer avec nous. C’est d’ailleurs elle qui nous loue la baraque, et son gosse aîné, de 6 ou 7 ans, vient chercher le buffalo dont l’étable est juste à côté, dans la pièce avoisinante si on peut dire – on l’entend remuer la nuit - pour le mener aux champs. Quelle grosse bête énorme, docile sous la baguette du garçonnet hilare ! Et elle prend de la place sur le sentier, gare au passage !
Je voulais inviter Tom pour manger un poulet ce soir, mais il ne peut pas encore monter. Je remonte avec du lait et mes calepins. Le temps est à l’orage. Jusqu’à présent, les pluies n’étaient pas trop importantes, mais ça a l’air de vouloir changer. Il pleut, il pleut, il pleut. Il y a du vent, nous avons du mal à allumer le feu sur le pas de la porte, toute la cuisine foire. Juste à la tombée de la nuit, on se dit que ce serait bien d’avoir du tcharss. Je redescends sur Madian. Le Bâbâ Pako chez qui je vais en acheter ces derniers temps n’est pas chez lui. Il y a là un couple de Français, John, une Anglaise et un Français qui deale du tcharss qu’il a cherché à Darra. Il veut 8 roupies pour un tola (8 roupies = 3F50 pour un tola = 12 grammes). Je le veux pour 7. Mais il n’a sur lui qu’une boule de 3 tolas. 21 roupies, trop à mon goût et je propose 20 roupies pour le tout. Le mec refuse. Va te faire foutre ! Je rentre, je préfère me passer de shit plutôt que de traiter avec un épicier.... et je suis con, et quel con lui aussi ! Quel foin pour cette dernière roupie !  
Le soir, nous nous retrouvons avec un énorme nuage sur nos têtes, nous n’arrivons pas à cuire complètement les patates à l’eau, mais ça passe avec du vinaigre et des épices  . Martine se met à parler de tous les ennuis qui lui arrivent « personnellement ». Elle sent des forces non humaines autour d’elle et elle a peur   . Catherine et moi ne disons pas grand-chose. Martine vient d’expliquer ce que nous ressentons tous plus ou moins, et dont nous ne parlons jamais. La nuit se resserre autour de nous trois. Déjà les angles de la pièce deviennent des présences inquiétantes....
Ce sentiment d’enfant abandonné semble être caractéristique de Madian... | | | À: Rouxy · 5 avril 2011 à 10:43 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 132 de 260 · Page 7 de 13 · 2 267 affichages · Partager Je relis avec délectation ton carnet  (c'est la première fois que j'en lis un sur VF); __ Tu me fais honneur et tu m'en vois ravi! | | | À: GeorgesOZ · 5 avril 2011 à 10:44 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 133 de 260 · Page 7 de 13 · 2 264 affichages · Partager +1  | | | À: GeorgesOZ · 5 avril 2011 à 11:28 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 134 de 260 · Page 7 de 13 · 2 255 affichages · Partager Des forces non humaines? les cours d'eau et vallées sont propices au djinns paraît-il  En outre j'avais eu une forte impression, pour certains pashto de la commune de Dir, pas loin de Madyan, de consanguinité...
(70 messages en 3 ans  , et voilà que je me mets à ouvrir le forum tous les jours pour suivre  ) | | | À: Rouxy · 5 avril 2011 à 13:50 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 135 de 260 · Page 7 de 13 · 2 243 affichages · Partager ah ah ah, une histoire de djinns 
c est vrai que les cours d eau sont souvent propices selon les dires aux djinns
bonne journée | | | À: Rouxy · 5 avril 2011 à 23:39 · Modifié le 6 avr. 2011 à 7:35 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 136 de 260 · Page 7 de 13 · 2 224 affichages · Partager (70 messages en 3 ans  , et voilà que je me mets à ouvrir le forum tous les jours pour suivre  ) - --
C'est bien! Continue, tu es sur le droit chemin, et au bout on te donnera une médaille! | | | À: GeorgesOZ · 6 avril 2011 à 8:03 · Modifié le 2 mai 2011 à 7:17 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 137 de 260 · Page 7 de 13 · 2 211 affichages · Partager Il n'y avait pas que les djinns qui rôdaient à Madian, il y avait aussi quelques caractères humains louches! Sans compter les gens tout à fait inoffensifs mais qui, à travers les distorsions psychologiques causées par la situation précaire dans laquelle certains se trouvaient, exacerbées par des lectures "néfastes" et par l'usage de certains "produits vitaminés" , paraissaient être des gens nuisibles......  
Dans la maison ouverte sur les brumes du matin, je me suis consacré au Yi King et j’ai tiré « Lin », « L’Approche » :
« La force lumineuse prend de l’expansion. Approche de ce qui est fort, supérieur. Au-dessus du Lac est la Terre. Ainsi l’homme noble est inépuisable dans son dessein d’enseigner. De même que le Lac indique une profondeur inépuisable, le sage est inépuisable dans sa disposition à instruire les hommes... Parce que l’on possède en soi la force et la logique, on obtient la fortune. Même l’avenir ne doit pas être cause de souci...... On sait bien que tout ce qui est terrestre est passager et que toute ascension est suivie d’une descente, mais on ne se laisse pas égarer par ce destin universel ».
Comment expliquer l’influence que ces passages du Yi King pouvaient avoir sur moi ? Beaucoup de gens se sont intéressés au Yi King, l’un des plus vieux livres au monde, et aussi à d’autres livres dits « divinatoires ». Certains ouvrent la Bible au hasard et se laissent pénétrer par le passage qui leur tombe sous les yeux..... Dans le monde persan, il y a de même l’usage répandu de consulter les poèmes de Sa’âdi (et on peut le faire faire par une personne connue pour sa force spirituelle). Certains sont assez crédules pour croire dur comme fer qu’on obtient ainsi des avis précis sur ce que le futur nous réserve.
Je n’étais bien sûr pas arrivé à un tel point de crédulité, mais je me laissais imprégner par les passages obscurs de ce livre réputé pour sa sagesse. Je crois que sa valeur tient en fait à ce qu’on y a décrit un nombre de situations dans lesquelles tout le monde peut un jour ou l’autre se reconnaître. Je crois qu’on pourra toujours « tirer » le Yi et obtenir un hexagramme dont « l’exégèse » comportera un brin de signification pour le moment présent. C’est en quelque sorte une collection d’archétypes. Je ne crois pas que Jung, qui est bien connu pour avoir analysé la psychologie des archétypes, ait connu le Yi King. Mais ses commentaires sur d’autres archétypes (souvent issus de la mythologie grecque, si je m’en souviens bien) devraient jeter une lumière intéressante sur le contenu et l’usage du Yi King.
Donc, à la lecture de ces commentaires sur l’hexagramme « Lin », je me laissais aller à croire qu’il y avait là un signe que je « devais aller pêcher les hommes », rien de moins ! Mais le même jour, quelle mouche m’avait donc piqué ? Je m’étais mis à « tirer le Yi » une deuxième fois et j’avais obtenu « Ming Yi », « L’Obscurcissement de la Lumière ». En deux coups, le Yi venait de me « faire comprendre » qu’une force lumineuse allait surgir mais qu’elle serait vite obscurcie ! Il y avait là comme un présage que quelque chose de peu ordinaire allait m’arriver....... 
Pour ceux que cela pourrait intéresser, j’ajoute quelques jpegs montrant l’hexagramme Ming Yi, et quelques commentaires sur sa signification. Images attachées: | | | À: GeorgesOZ · 6 avril 2011 à 20:17 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 138 de 260 · Page 7 de 13 · 2 185 affichages · Partager toujours très intéressant, le Yi King..., ça m a toujours intriguée....
sinon dans le monde persan, pour Norouz, il est habituel de prendre le livre Le divan de Hafez, de l ouvrir à une page au hasard et d essayer de comprendre par le ghazal (poème) ce qui nous attend pour la nouvelle année mais aussi pour des choix, des directions à prendre dans l'année
Très usité dans le monde persan
Bonne soirée ;) | | | À: Thevert7 · 6 avril 2011 à 20:56 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 139 de 260 · Page 7 de 13 · 2 181 affichages · Partager Très usité dans le monde persan - -- Absolument! Et on saute sur le feu pour se purifier et laisser derrière soi les impuretés de l'année qui se termine. On commence un "nouveau jour (now ruz) par extension, une nouvelle année (sâl-e-now) | | | À: GeorgesOZ · 7 avril 2011 à 8:28 · Modifié le 8 avr. 2011 à 10:52 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 140 de 260 · Page 7 de 13 · 2 167 affichages · Partager Je vais rendre visite à Charles, le Québécois. Il est à moitié Indien, m’a-t-il dit, Iroquois ou Mohawk ou je ne sais trop quoi encore. Cela le rend encore plus sympathique à mes yeux, j’ai toujours eu un intérêt un brin romantique pour les Indiens d’ Amérique du Nord. Il partage une maison pas trop loin de l’hôpital, à quelques pas de la Swât, avec quelques autres Québécois, des gens plutôt jeunes à l’aspect inoffensif et presque mignons. Nous sommes quelques uns assis autour d’une table, dans la cour vers la fin de l’après-midi, à bavarder, boire du tchaï et fumer du tcharss. La discussion roule surtout entre Charles, moi-même et une fille qui semble avoir une personnalité assez forte – et dont j’ai oublié le nom (cela m’arrive !). Mais pour ne pas faire trop lourd dans ce qui suit, je vais l’appeler « Marie ». C’était d’ailleurs peut-être bien son nom !
L’idée me vient de sortir les deux trips noirs et demi que j’avais encore et de les partager avec Charles et Marie. Comme il arrive si souvent, nous pensons à peine à ce que nous avons pris cette « médecine » hyper-puissante et qu’un « Hiroshima psychique » va se déchaîner d’un instant à l’autre dans nos têtes, et nous continuons à fumer. Marie sort fièrement son chilom personnel, un petit chilom noir qui immédiatement me déplaît. Cette couleur noire – dangereuse, venimeuse même !  Et ce manque de générosité: nous sommes plusieurs à cette table, nous ne pourrons même pas faire un tour complet avec ce petit machin !
Je sors alors de ma poche un chilom que quelqu’un, je ne sais trop qui, m’a offert il y a peu, un magnifique cône de terre cuite de bien 15 centimètres de long, simplement orné de quelques rainures sobres, et qui a déjà bien servi.  Et je vois le mouvement de recul appréhensif de Marie quand je fais ce geste vers ma poche, comme si j’allais sortir une arme. Mais c’est ma générosité que je mets là sur la table ! Et je fais un bon mélange de tcharss et d’opium – j’en ai acheté il y a peu à la cahute juste à côté du poste de police, en même temps qu’une belle plaque de tcharss portant un tampon officiel – c’est un peu le bureau de tabac du coin !  J’y ajoute de la menthe fraîche pour faire bonne mesure, une petite manie que j’ai récemment adoptée.
J’ai déjà expliqué que souvent un chilom était comme un objet quasi-sacré pour son ou sa propriétaire. C’étaient des « objets de pouvoir ». Nous étions donc tous bien conscients du conflit dans lequel j’étais entré avec Marie, ayant rejeté son chilom avec dédain pour offrir le mien à la place. Je pourrais ajouter une interprétation sexuelle de cette « confrontation des chiloms » mais je la garderai pour moi-même par crainte d’offusquer certains lecteurs. | Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 16 024 visiteurs en ligne depuis une heure! |