| Vers l'Orient dans les années 1970 GeorgesOZ · 20 juin 2009 à 3:32 · 69 photos 260 messages · 26 participants · 38 802 affichages | | | | À: GeorgesOZ · 20 mars 2011 à 13:19 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 61 de 260 · Page 4 de 13 · 2 736 affichages · Partager Non ; les provinces du sud sont peut-être instables, mais ça s'est bien calmé au nord, à la frontière tadjike, du côté de Mazar. Quant au visa, possible de l'avoir à l'ambassade parisienne. En attendant, continue de nous faire rêver  (j'ai aussi quelques chroniques en stock, vois mon profil) | | | À: GeorgesOZ · 20 mars 2011 à 13:26 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 62 de 260 · Page 4 de 13 · 2 730 affichages · Partager Je me retrouvais donc sur la route avec Muhammad Husseïn. Une route imprévue car au lieu de filer vers l’est pour atteindre l’ Inde, je remontais maintenant vers le nord, vers les montagnes qui mènent aux Himalayas pakistanaises.
Etre sur la route m’a presque toujours mis dans une excellente disposition. On a beaucoup de temps pour penser et repenser quand on voyage. Bien sûr, je me retrouvais largué au milieu d’un pays dont je ne connaissais rien, sans papiers, avec un petit sac de rien du tout et très peu d’argent en poche. Il y avait de quoi être inquiet, mais d’un autre côté c’était la liberté totale. Je pouvais me laisser aller, n’ayant aucun plan, et je pouvais rêvasser à l’infini.
En voyage, les images s’engrangent en mémoire comme de bons crûs que l’on peut remonter de la cave, et dont on peut dépoussiérer les bouteilles le jour voulu. La route vers Band-e-Amîr défilait dans ma tête, le fond des vallées égayé par les petits champs de blé (« gandom ») mûrissant un peu partout et par les gamins afghans allant à l’école avec leurs petits sacs à dos. Les torrents bien gonflés par le dégel qu’il fallait passer à gué, les campements de nomades, les troupeaux et les chameaux, et la neige brillant sur les sommets de l’Hindu Kush.... 
La beauté à couper le souffle de tant d’endroits que j’avais visités me faisait oublier mes ennuis du moment. Je revivais l’arrivée à Band-e-Amîr, nom de Dxxx ! La route débouchait sur la falaise qui surplombe le premier lac. Les couleurs étaient étonnamment tranchées entre l’ocre aride et brûlant des montagnes et les couleurs du gouffre aquatique qui en surgissait sans transition. Sur une petite corniche au bord du lac, quelques familles vivaient au flanc de la falaise. Leurs maisons s’agrippaient aux rochers, autour de la tache verte d’une minuscule mosquée, et le lac passait majestueusement en leur caressant les pieds.
Je revoyais de nouveau ces figures qui m’avaient étonné, tel le changeur de monnaie Indien de Kaboul au costard lie-de-vin et au sixième doigt pendouillant à son petit doigt, ou l’Afghan à la stature noble, au magnifique turban et aux yeux faits au khôl, qui m’avait offert du « nasouâr » dans le bus.
Je pensais à des anecdotes parfois saugrenues. Au-dessus des toilettes de l’hôtel Payam à Kaboul, donnant sur Chicken Street, une prière était faite aux clients : « please don’t wipe your ass on our curtains ! ». Dans la salle commune de la tchaïkhâneh « Marco Polo » à Bâmyân, le guide de ce groupe de touristes Français s’inquiétait des maladies du coin, et affirmait que par contre « Nâder a l’air d’être en forme, par exemple ! » - Nâder, le jeune manager que le dit guide avait encxxé la veille !!! Car on a droit à tous les ragots quand on loge dans la salle commune, et je n’étais pas le seul à rigoler 
Il y avait aussi toutes ces histoires glanées au hasard des rencontres, certaines amplifiées et devenues des racontars – allez savoir ! On m’avait parlé des trafiquants du train de Zâhedân en Iran à Quetta au Pakistan, qui démontaient tout au tournevis avant de passer la frontière pour planquer.... des chewing-gums et des bouts de tissus qu’ils passaient en contrebande.... Et les douaniers Pakistanais qui tendaient un joint aux passagers!
Et encore, l’observation des petites manies que les voyageurs au long cours finissent toujours par acquérir. Comme ce Suédois qui demandait toujours son tchaï sans sucre, pour y ajouter lui-même le sucre qu’il avait dans un petit sachet acheté pour trois fois rien. Il économisait ainsi 1 afghani sur chaque théière, ce qui lui faisait une économie de 3 ou 4 afghanis par jour.... 150 à 200 francs par an !
Et si mon imagination tarissait, il y avait toujours la compagnie de Muhammad Husseïn. Quel bavard, celui-là ! Mais son attention était le plus souvent dirigée vers nos voisins Pakistanais. Je ne sais pas à quel point son Urdu était développé (il ne connaissait certainement pas beaucoup de Pashto), et peut-être sa discussion se limitait le plus souvent à échanger quelques formules de ferveur islamique qu’il ponctuait en se caressant la barbe. Car il faisait figure de sage bien sûr, malang qu’il était, et je voyais bien que cela attirait le respect des gens, certes teinté d’un certain amusement. | | | À: Ilivic · 20 mars 2011 à 13:29 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 63 de 260 · Page 4 de 13 · 2 727 affichages · Partager Cool! Quel pays fabuleux, tu vas te régaler!
Je vois que tu as beaucoup voyagé déjà  , j'irai voir tes récits! | | | À: GeorgesOZ · 20 mars 2011 à 17:45 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 64 de 260 · Page 4 de 13 · 2 710 affichages · Partager Merci pour tes réponses Georges ;)
Je comprends également, pour le bouddhisme....
As tu rencontré des confréries soufies au Pakistan ? | | | À: Thevert7 · 20 mars 2011 à 18:13 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 65 de 260 · Page 4 de 13 · 2 703 affichages · Partager As tu rencontré des confréries soufies au Pakistan ? - -- Je devrais dire: patience!  Mais je ne vais pas être cachotier: j'en ai entendu parler par des gens qui connaissaient le pays. J'avais quand-même d'autres chats à fouetter au Pakistan! | | | À: GeorgesOZ · 21 mars 2011 à 8:04 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 66 de 260 · Page 4 de 13 · 2 683 affichages · Partager Jamais auparavant je ne m’étais retrouvé allant tellement vers l’inconnu que ce jour où j’avais pris le bus pour quitter Rawalpindi avec Muhammad Husseïn. Nous avions quitté le Punjâb pakistanais et nous nous trouvions maintenant dans la NWFP – North West Frontier of Pakistan – cette province du Pakistan qui depuis a été rebaptisée « Khyber Pakhtunkhwa », avec ces « kh » gutturaux des dialectes pashto méridionaux (on dit « Pekhawar » par ici, et non « Peshawar »).
Là où nous étions descendus du bus, en fin d’après-midi, ce n’était pas vraiment une ville ou même un village. Il n’y avait que deux ou trois tchaïkhâneh au bord de la route poussiéreuse. Nous devions être quelque part au sud du barrage sur l’Indus de Tarbela et pas trop loin de Mardan. Nous avions dormi sur les tcharpaïs, en plein air et au bord même de la route. Gratis.
C’est qu’il n’était pas question de voyager dans le luxe avec Muhammad Husseïn. En tant que malang, il était habitué à vivre chichement. J’étais également rôdé à un confort précaire. Déjà, en Afghanistan, je dormais presque toujours dans les salles communes des tchaïkhâneh. Si je payais 10 afghanis (1F50 de l’époque) pour la nuit, c’était bien le maximum, et cela me faisait économiser sur les 25 afghanis d’une chambre que j’aurais de toute façon eu à partager. J’avais poussé le vice à ne même pas dépenser les 10 afghanis requis pour monter dans la tête de l’un des grands Bouddhas de Bâmyân ! Il faut dire que j’ai toujours eu une pointe de snobisme pour éviter ces fameux « incontournables ». Je me suis toujours méfié d’eux, qui me donnent l’impression parfois de n’être là que pour remplir les albums-photos de touristes pressés. J’avais vu et vécu d’autres choses dans la belle vallée de Bâmyân, qui avaient bien rempli mon temps.
Quand je dis « salle commune », je précise, il ne s’agissait pas de dortoir avec lits etc. Non, il s’agissait bien d’une salle commune où tous les voyageurs s’asseyaient pour boire du thé, manger, passer des heures à discuter avec les étrangers de rencontre, voire fumer avec eux. Tables et chaises étaient inconnues, mais les nattes posées sur le sol et les coussins alignés le long des murs donnaient bien suffisamment de confort dans leur sobriété. Et s’il y avait un groupe plus important pour manger, on leur étalait un « sofreh » sur le sol, comme je l’ai déjà décrit dans mon passage sur Band-e-Amîr.
Allongé sur le tcharpaï, n’ayant comme couverture qu’un « langi » (pagne) que j’avais acheté à Rawalpindi, je n’étais pas malheureux. L’air était bon, j’évitais peut-être d’être dévoré par la vermine infestant les « chambres » de la tchaïkhâneh, et je pouvais admirer un merveilleux ciel étoilé. J’étais aussi libre que dans La Bohème de Rimbaud :
Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées
...
J'allais sous le ciel......
..................................... Mon auberge était à la Grande Ourse.
Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou.
Et je les écoutais, assis au bord des routes....... | | | À: GeorgesOZ · 22 mars 2011 à 6:05 · Modifié le 23 mars 2011 à 17:53 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 67 de 260 · Page 4 de 13 · 2 649 affichages · Partager Le lendemain matin, un autre bus.... Muhammad Husseïn n’a pas reconnu à temps l’embranchement pour Pîr Bâbâ. Il devait être endormi ou (plutôt !) en plein bavardage avec ses voisins. Nous avons donc dû poursuivre notre voyage jusqu’au terminus, à Mingora ("Mîngûra"), important carrefour routier à l’entrée de la Swât.
Nous tombons dans la rue sur un bâbâ du Sindh, un « malang » ami de Husseïn. Quelle gueule, avec ses immenses lunettes de soleil et un sourire qui épanouit son visage cuit et buriné par le soleil ! Nous allons prendre un tchaï et des galettes aux tomates délicieusement épicées dans un boui-boui.  Husseïn et le malang parlent d’un vieux bâbâ qui est en prison pour raisons politiques et que nous allons voir à Pîr Bâbâ. La discussion passe, d’un ton badin, sur le sujet du « tcharss ». Avant de nous quitter, nous fumons un autre joint. Arrive alors Masul, le patron de la « tchaïkhâneh», un ami, qui nous offre un tchaï. Il porte un pistolet impressionnant à la ceinture, mais à le voir on sourirait plutôt, tant il a l’air débonnaire. Husseïn me dit qu’un de ses frères a tué 5 ou 6 hommes, il y a quelques années... à la mitraillette !  Et depuis, le patron ne se sépare plus de son arme. Fait courant de la vie dans les montagnes locales où les vendettas sont fréquentes..... Le port des armes est interdit depuis peu au Pakistan, sauf dans les zones tribales et dans les régions quasi-tribales de la Swât et de Buneïr.
Le minibus qui nous emmène jusqu’à Pîr Bâbâ, petit village paumé dans la vallée de Buneïr, entre Mingora et Mardan, nous fait découvrir des paysages extraordinaires. Nous devons franchir un col pour passer la montagne d’Ilam, d’où nous surplombons toute la vallée de Buneïr avant d’y descendre. Sur les bords du chemin pousse le tcharss sauvage qui embaume fortement et agréablement l’air ! 
La vallée de Buneïr fait partie du « Pakhtunkhwa de Khyber », connu auparavant comme la NWFP (North West Frontier of Pakistan). Le village de Pîr Bâbâ tire son nom du grand saint soufi Hazarat Syed Ali Shah Termezi Gaus-e-Bunair Pîr-e-Khurasan, connu communément sous l’alias de Hazarat Pîr Bâbâ R.A. (« Rahmatullahi Allaih »), qui vécut entre 1502 et 1583 de l’ère chrétienne. « Pîr » en fârsi (persan) désigne le sage que l’on rencontre dans bon nombre de petits villages en Iran, Afghanistan et certaines parties du Pakistan. Bâbâ désigne un personnage respectable, souvent d’âge mûr sinon vieux. Appeler quelqu’un « Bâbâ », c’est lui marquer son respect et son affection. À la limite, tant le mot est employé, c’est une marque de familiarité comme dans le « va donc, eh ! Papa ! » du Parigot.
Le village n’est en fait que quelques dizaines de masures de part et d’autre d’une rivière et un mausolée à la rénovation duquel Husseïn dit avoir participé. Beaucoup de gens viennent rendre visite à ce mausolée car il abrite la tombe de Hazarat Pîr Bâbâ R.A. ainsi que celle de son fils Hazarat Syed Habib Shah Termezi R.A., situé au cœur du village, pour rendre hommage à ce saint très respecté et lui demander sa bénédiction. Le Pîr partit de Termez pour joindre l’armée de Bâbâr et aller prêcher l’islam en Inde, puis revint de Delhi au Punjâb et enfin à Buneïr. Il arrangea le cours d’eau qui coule encore de nos jours et qui est localement réputé pour aider à guérir de la lèpre. Les gens dissent “ Allons à Pîr Bâbâ, il est si grand que nos vœux seront exaucés dès que nous nous mettrons en route ! ».
Je suis Husseïn qui se dirige tout droit vers le mausolée, et j’imite autant que possible ses gestes de vénération, « pour faire comme », bien que je ne sois pas trop sûr de me fondre ainsi dans le décor plutôt que de choquer les gens et de me ridiculiser ! Nous sommes d’ailleurs tous les deux accoutrés d’un langi, un pagne ceint autour de la ceinture, ce qui ne semble pas du tout être l’usage local. Ici, on porte le shalwar kameez (pyjama pakistanais). Je ne peux pas ne pas remarquer les regards curieux des gens.
Puis nous rendons visite à Abd-er-Rahman, un yougoslave qui s’est construit sa maison, ou plutôt qui se l’est creusée à moitié sous terre, sur une petite hauteur à l’écart du village, et qui y vit depuis plusieurs années déjà. J’apprends que le bâbâ que nous venions visiter a été accusé d’avoir placé une bombe à Pîr Bâbâ au nom de l’Awami Party, qui envoie des terroristes depuis Kaboul depuis qu’il a été déclaré illégal au Pakistan. Il y a eu un enfant de tué. L’Awami Party est un mouvement autonomiste pashto. Pas étonnant qu’il ait été généreusement accueilli par les Pashto afghans, d’autant plus que les Russes, bien implantés en Afghanistan, doivent se réjouir à encourager des désordres au Pakistan. Ce qu’ils ont en tête, c’est d’obtenir un débouché sur l’Océan Indien par l’intermédiaire d’un Béloutchistan ou d’un Pushtunistan qui ne soit pas trop acquis au gouvernement d’Islamabad.
Mais d’après Husseïn et Abd-er-Rahman, le seul mal que ce bâbâ ait vraiment fait, c’est de jouer du rebâb avec Wali Khan ! | | | À: GeorgesOZ · 23 mars 2011 à 10:54 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 68 de 260 · Page 4 de 13 · 2 609 affichages · Partager Wali Khan était un des plus intéressants personnages de la politique pakistanaise. Lui et son père s’étaient opposés à la partition entre l’ Inde et le Pakistan et avaient critiqué les Britanniques pour avoir démantelé le « Râj ». Ils avaient au contraire milité pour la création d’une nation pakhto indépendante, le Pakhtunistan. Ce qui les avait rendus extrêmement impopulaires avec les autres courants de la politique pakistanaise. Wali Khan avait également objecté contre la répression des mouvements autonomistes du Bangladesh (alors le « Pakistan Oriental »).
On pourrait écrire des pages sur la politique mouvementée et souvent malheureuse de ce pays déchiré. Le régionalisme tribal est l’un des multiples facteurs qui rendent le Pakistan tellement difficile à gérer. Il y a quelques années encore, paraît-il, Swât et Buneïr étaient encore un « royaume » indépendant, par exemple. En fait, l’état princier de la Swât a été dissous en 1969.
« Pashtunistan” ou “Pakhtunistan” signifie “Le pays des Pashtouns". C’est un terme moderne qui désigne la région habitée par les Pashto / Pakhto depuis au moins le 1er millénaire avant J.C. Depuis peut-être le 3-ème siècle après J.C., cette région a été connue sous le terme d’« Afghanistan », et par les peuples du sous-continent indien sous le nom de « Pathanistan » (le pays des Pathans, le terme indien pour désigner les Pashtouns). La région a été divisée en 1893 par la fameuse « ligne Durand », établissant une frontière disputée et imprécise entre l’Afghanistan et l’ Inde occupée par les Britanniques.
Depuis la dissolution de l’ Inde Britannique (le « Râj ») et la création du Pakistan, les nationalistes Pakhto ont proposé la formation du Pakhtunistan comme état souverain. L’Afghanistan, sans aucun doute aiguillonné par des puissances étrangères, avait appuyé les Pashto du Pakistan pour utiliser ces tensions séparatistes. En 1969, le gouvernement afghan avait même publié un timbre postal montrant clairement un "Pashtunistan" ("sh" plutôt que "kh" dans les dialectes du nord) incluant toutes les FATA (Federally Administered Tribal Area = Zone d’Administration Tribale) de la NWFP (North West Frontier of Pakistan). Inutile de dire que cela n’avait pas du tout fait plaisir au gouvernement du Pakistan !
Dans les années 1970, le gouvernement de Zulfikar Ali Bhutto avait réprimé les nationalistes Baluch et Pakhto et le Pakistan prit sa revanche contre le gouvernement afghan en donnant son appui à ses opposants islamistes, incluant des futurs leaders des mouvements Moudjahiddin tels que Gulbuddin Hekmatyar et Ahmad Shah Massoud. Cette opération fut couronnée de succès de sorte qu’en 1977, donc après mon séjour involontaire au Pakistan, le gouvernement afghan de Mohammed Daoud Khan (« le colonel Daoud » qui avait déposé le roi de l’Afghanistan, son cousin, quelques années plus tôt) se déclara prêt à régler les contentieux avec le Pakistan. En échange, le Pakistan devait mettre terme à la répression de l’Awami Party et devait garantir l’autonomie des Pakhto. Car bien que cette autonomie ait été inscrite dans la constitution du Pakistan, le gouvernement de Bhutto en avait fait peu de cas.
Voyez l’image de ce timbre postal émis par l’Afghanistan montrant l’étendue supposée du Pashtunistan, sur la jpeg ci-jointe. Le deuxième timbre montre la carte de l’Afghanistan et on voit clairement que la version afghane du Pashtunistan s’imbrique sur le côté oriental de la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan. En d’autres mots, le gouvernement afghan avait exclus de ce supposé Pashtunistan les régions très importantes du territoire afghan qui étaient (et sont toujours) dominées par les Pakhto / Pashto. Cette omission n’avait fait que rendre plus cinglante l’insulte faite au gouvernement pakistanais.
Ces timbres sortaient de l’ordinaire des multiples séries de timbres afghans illustrant la faune et la flore, ou d’autres sujets inoffensifs tels que..... la fête des mères (troisième timbre)! Et en Français en plus, comme il était encore d’usage dans ce pays il y a quelques dizaines d’années. On peut lire en haut à droite, en rouge-brun, « Afghânistân post » dans l’écriture locale, mais c’est le « Postes Afghanes » en grandes lettres qui saute aux yeux ! Cette écriture locale est en fait du « fârsi » (Persan), avec le « p » initial qui n’existe pas en Arabe, et cette mode de simplifier les trois points (« noqta » en Arabe) du « shin » en un petit cercle, ou d’escamoter le « sin » entre le « nun » et le « te » de « pashtû ne stân ».
Et que dire du fameux drapeau du Pashtunistan, montrant les cimes enneigées de l’Hindu Kush sur fond rouge et noir, couleurs typiquement pakhto ?
Enfin, pour tout mettre ensemble sur une même carte, la dernière jpeg montre en bleuté toutes les régions occupées principalement par des tribus pakhto / pashto, aussi bien en Afghanistan qu’au Pakistan. Le bleuté inclut même le Balûchistân au sud-ouest du Pakistan, et on peut se rendre compte de ce que la moitié au moins de ces deux pays cause de sérieux problèmes autonomistes. La ligne rouge est la fameuse « ligne Durand » qui est devenue la frontière entre les deux pays. D’une manière typique aux Britanniques, ils avaient tracé une frontière coupant en deux les territoires occupés par le même groupe ethno-culturel. Diviser pour mieux régner, telle était leur approche aux problèmes coloniaux. Images attachées: | | | À: GeorgesOZ · 23 mars 2011 à 14:14 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 69 de 260 · Page 4 de 13 · 2 594 affichages · Partager Salut Georges je reprends le fil de ton récit d'aventure. Toujours aussi passionnant. Merci pour les d'infos sur cette époque (super les timbres !). j'aime bien la description de la salle commune à l'afghane qui démontre la tradition prononcée d'hospitalité de ce pays et de ses habitants. Continues donc à nous émouvoir
ps : pour répondre à ta question oui je prévois de repartir en Indonésie prochainement en espèrant faire un crochet par le Pakistan entre autres | | | À: Mékong · 23 mars 2011 à 14:46 · Modifié le 23 mars 2011 à 15:12 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 70 de 260 · Page 4 de 13 · 2 589 affichages · Partager Bonjour Eric!
Oui, c'est tout un monde, toute une atmosphère. Pour moi qui connaît très bien la culture iranienne (persane), tout ça est imbibé des bonnes manières de faire persanes, pleines de courtoisie et d'une certaine nonchalance. On retrouve cette influence persane jusqu'en Inde, apportée par les Moghuls. Il n'y a d'ailleurs qu'à voir le nombre important de mots arabo-persans en hindi ou en urdu. Même les plats bien connus de l' Inde du nord ont des noms persans (alu gosht, roghan gosht, dopiaza etc).
Est-ce moi qui t'ai donné envie d'aller au Pakistan? 
Quant à ton voyage plus loin en Asie, je serai moi-même basé a Kuala Lumpur à partir de fin avril, donc si jamais tu as l'occasion de passer par KL, fais-moi signe, j'y serai le "roi du pétrole"! | | | À: GeorgesOZ · 23 mars 2011 à 15:46 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 71 de 260 · Page 4 de 13 · 2 574 affichages · Partager j'ai séjourné au Pakistan en décembre 2007. Sur la route c'est fort probable que je repasse par la Malaisie et KL, je te ferai signe | | | À: Mékong · 23 mars 2011 à 18:09 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 72 de 260 · Page 4 de 13 · 2 567 affichages · Partager super les timbres ! - -- 
Oui, on n'y pense pas trop souvent pour illustrer les récits. Il y en a un autre qui m'avait vraiment impressionné, je ne me rappelle plus si c'était en Afghanistan ou au Pakistan. Il représentait un personnage de la mythologie musulmane sur un cheval piétinant sous ses sabots l'étoile de David.... waow!  J'aimerais bien le retrouver celui-là.
J'ai quelque part une belle collection de timbres iraniens des années 1980, les "belles" années de Khomeïni. Attention les yeux! Bombes tombant du ciel, mitraillettes, poings ensanglantés et tout le toutim. Si un jour je les retrouve, je mettrai quelques scans sur VF. | | | À: Namdreul · 23 mars 2011 à 18:15 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 73 de 260 · Page 4 de 13 · 2 844 affichages · Partager Le Bouddhisme c'est une grande partie de ma vie... - -- --
As-tu vu mon récit sur le « Bouddhisme du côté de Bâan Nâawk » ? Ça pourrait t’intéresser.
voyageforum.com/...search_string=B%E2an ; | | | À: GeorgesOZ · 23 mars 2011 à 18:54 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 74 de 260 · Page 4 de 13 · 2 828 affichages · Partager Oui, je viens de lire ton intéressant récit. Je connais mieux le bouddhisme zen ou tibétain (donc le Mahayana ou le Vajrayana) que le hinayana, le bouddhisme "suivi" par les thailandais, mais la base étant les sutras...je l'ai étudié aussi.
Je suis allée au Japon il y a longtemps et c'est l'atmosphère des temples zen qui m'avaient remuée beaucoup, ensuite les récits d'Alexandra David-Neel et surtout la proximité d'un centre bouddhiste tibétain pas trop loin de chez moi qui ont fait que j'ai pris refuge dans les trois joyaux...depuis pratique de la méditation, voyages au Népal...et de plus en plus de détachements donc moins "d'aspirateur" lol...je suis de plus en plus zen... | | | À: Namdreul · 23 mars 2011 à 19:13 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 75 de 260 · Page 4 de 13 · 2 824 affichages · Partager Cool! J'ai aussi pratiqué le bouddhisme tibétain (nyingma). Je ne vais pas en faire un plat ici, mais suffit-il de dire que c'est très, très bon! Et s'il y a des différences entre la pratique d'un pays à l'autre, etc.... que cela ne donne pas l'impression de différences fondamentales car il n'y en a pas. | | | À: GeorgesOZ · 23 mars 2011 à 22:10 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 76 de 260 · Page 4 de 13 · 2 810 affichages · Partager toujours aussi passionnant
merci ;) | | | À: GeorgesOZ · 24 mars 2011 à 8:43 · Modifié le 25 mars 2011 à 20:42 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 77 de 260 · Page 4 de 13 · 2 798 affichages · Partager J’ai cru bon de faire un résumé de la place particulière du pays pakhto / pashto au Pakistan et en Afghanistan, et des problèmes politiques qui y sont attachés. Mais revenons à notre visite chez Abd-er-Rahman, dans le petit village de Pîr Bâbâ perdu dans la vallée de Buneïr, dans l’Hindu Kush pakistanais. Pour permettre de se repérer un peu, je donne une carte régionale où mon « triangle d’or », là où j’ai pérégriné au Pakistan, est indiqué en rouge. Les points jaunes sont un nombre de points remarquables tels que Kaboul, Lahore, Quetta etc..... et dans le « triangle d’or » Peshawar, Rawalpindi et Mingora. La deuxième carte montre la vallée de Buneïr au sud-est de Mingora.
Après nous avoir fait écrouler de rire en nous racontant la vie amoureuse de son coq et de ses poules, Abd-er-Rahman nous explique qu’il y a quatre sortes de fakirs (faqîr, mot d’origine arabe : pauvre, derviche mendiant, Sôufî mendiant). Il parle évidemment des quatre « tasawwuf » ou ordres spirituels (« tarîq ») du sôufîsme. Le mot « tasawwuf » est dérivé de l’arabe « sûfî », d’où vient bien évidemment le mot « sôufî ». Le sôufî, ou derviche, est le pratiquant du tasawwuf. Voici donc ces quatre ordres tels qu’ils nous ont été racontés par Abd-er-Rahman:
- Les sarwari qui travaillent sur la musique et le souffle, et pratiquent un dhikr (ou zikr) « violent ». Le dhikr est la répétition de certaines louanges de Dieu, souvent avec musique et danses. Un ami Syrien m’a dit plus tard que le même mot désignait en Égypte des orgies privées avec danseuses, strip-tease etc.....  comme quoi la religion...... passons !
- Les qâdri qui sont droits, forts, magnifiques, et qui travaillent certaines postures. (el qâdriyyah : école théologique de l’Islam d’origine, affirmant la libre volonté de l’homme ; qadr : avoir le pouvoir).
- Les tchishti qui sont en relation avec les « qalandars » pakistanais, dont le mouvement est originaire d’ Iran. Un « qalandar » est derviche ascétique sôufî vagabond. A la base, il y avait un homme venu à Lahore où il avait fait beaucoup de disciples. La plupart des malangs (terme presqu’homonyme) actuellement suivent ce mouvement. ( En fait, cette fraternité a été fondée par un Syrien au 10-ème siècle dans la ville de Chisht, près de Hérat). C’est sans doute pour cette raison qu’Abd-er-Rahman les appelle des « malangs doux ». Il nous explique leur façon de voir : « Dieu est à Saïdou (Saïdou Sharif, petite ville proche de Mingora, plus haut dans la vallée de la Swât), on peut aller à lui en bus, comme tout le monde, en suivant les voies toutes tracées. Mais si on est assez fort, on va avec le faqîr, directement à travers la montagne, au lieu de faire un important détour». Comme beaucoup d’ordres ou fraternités mystiques musulmanes de l’ Asie du Sud, les tchishti pratiquent une méditation calme.
Il nous parle de Shah Abdul Latîf Bhittai, un mystique sôufî et poète du Sindh, qui s’était enfermé dans un arbre creux au milieu d’un marécage, et qui était ami avec les moustiques. Les historiens du Sindh lui attribuent l’invention du tambura, une sorte de luth.
- Enfin, il y a les naqshbandi, les héritiers de l’écriture, qui séjournent dans les mosquées. « Naqj » vient de la racine arabe désignant l’inscription, la gravure.
Et la conversation avec Abd-er-Rahman, très communicatif bien que d’apparence mûre et posée, se poursuit longtemps ! Nous nous divertissons beaucoup, tout en fumant chiloms et pipes à eau, au sujet d’Alice au Pays des Merveilles, de Lovecraft, de son shoot de speed à Rawalpindi il y a quelques années. Le type avec lequel il partageait une chambre au Rainbow s’était préparé une dose de cheval d’amphétamines mais était parti en coup de vent en apprenant qu’on lui avait trouvé de la morphine, laissant la seringue pleine sur la table. Un autre compagnon de chambre et Abd-er-Rahman s’étaient regardés l’un l’autre, perplexes, puis ils se l’étaient fixée moitié-moitié, l’un après l’autre. Il n’avait pas dormi de toute la nuit, vibrant d’une activité chaude et lumineuse (les premiers "fixes" de speed sont tout à fait enchanteurs), et avait fait son autoportrait avec un rebâb sur les murs de l’hôtel. Du coup, je lui offre une « pill de Peshawar», dont la vente était libre en pharmacie à Peshawar et dont j’avais acheté tout un flacon avant de partir pour Rawalpindi.
La nuit va tomber. Husseïn me conduit chez un autre ami, Sami Djan, directeur d’un dépôt de tabac, qui nous offre le repas dans la cour de sa maison. C’est là que nous passons la nuit, dormant sur des tchârpaï en plein air. Images attachées: | | | À: GeorgesOZ · 24 mars 2011 à 21:09 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 78 de 260 · Page 4 de 13 · 2 776 affichages · Partager re merci mais cette fois pour cette leçon sur le soufisme, je connaissais pas tous ces "ordres" | | | À: Thevert7 · 24 mars 2011 à 21:48 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 79 de 260 · Page 4 de 13 · 2 767 affichages · Partager Il n'y a pas de quoi! Mais ne prends pas ça comme parole d'Evangile non plus (si je peux me permettre  ). J'ai noté ça sur le vif et j'ai bien pu faire des fautes de transcription. Disons que cela donne une idée générale de ce monde assez extraodrinaire du soufisme et des vagabonds religieux au Pakistan. | | | À: GeorgesOZ · 24 mars 2011 à 21:52 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 80 de 260 · Page 4 de 13 · 2 762 affichages · Partager tu peux te permettre ;) | Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 4 730 visiteurs en ligne depuis une heure! |