| Vers l'Orient dans les années 1970 GeorgesOZ · 20 juin 2009 à 3:32 · 69 photos 260 messages · 26 participants · 38 805 affichages | | | | À: GeorgesOZ · 29 mars 2011 à 7:07 · Modifié le 29 mars 2011 à 20:03 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 101 de 260 · Page 6 de 13 · 2 362 affichages · Partager J’ai accompagné Martine et Catherine jusqu’à Khwâzakhela, plus bas dans la vallée vers Mingora, où elles veulent acheter quelques babioles. Juste au moment de reprendre le bus, une pluie torrentielle éclate et nous nous réfugions précipitamment dans une boutique où les marchands nous servent gentiment du tchaï en attendant que la pluie se calme.
Les filles sont plutôt dures avec les commerçants. Elles ont la folie de la persécution, font des têtes d’enterrement quand on arrive aux prix, et partent toujours en engueulant les types. Bon, d’accord, elles ne roulent pas sur l’or, mais qu’est-ce qu’elles s’imaginent ? Et puis, monter dans un bus avec elles, ce n’est pas cool. Elles ont des bâtons avec lesquels elles font mine de menacer les hommes.  Je comprends bien que ça ne doit pas être du gâteau, pour des filles, de voyager dans certains pays où les hommes sont extrêmement frustrés, sexuellement, et se font des idées fausses sur les femmes qui voyagent toutes seules. Mais quand-même, je trouve qu’elles exagèrent un brin.
D’ailleurs, leur discours commence à me courir sur les nerfs. Elles n’arrêtent pas de se plaindre de ce qui se passe autour d’elles. Ou alors, elles se lancent dans un petit cinéma où elles se montent en vedette. Combien de fois ai-je dû entendre Martine raconter qu’on l’avait surnommée « la princesse », à Mumbay ? Pour quoi ? Pour ses belles allures ???  Et puis il y a ces allusions fugitives à un séjour en Israël avant d’arriver ici, où Catherine s’est fait mettre en cloque (elle doit bien être dans son 5-ème ou 6-ème mois). Ce ne sont que des allusions parce que je ne vaux pas de réelles confidences, allusions dans lesquelles elles laissent entendre qu’il n’y avait là que des gens très bien, impliquant par contraste qu’il n’y a ici que des gens médiocres.... moi par exemple!
Un chat vient nous visiter régulièrement. Les filles déclarent qu’il faudrait lui donner un nom. Je suggère Confucius (j’étais plongé dans mes lectures chinoises). Les filles s’esclaffent de mépris pour avoir une « pensée aussi ridicule », non, il faudrait l’appeler « Bâbâ » ou « Batcha ». Ah non, alors! Puisque nous sommes au Pakistan, il n’est pas question de sortir du jeu « moi, je me fonds dans la population locale» ! Elles souffrent d'une forme de snobisme, c'est clair.
Il est frappant de voir combien de ces fameux « voyageurs » se font des illusions sur leur valeur unique.   Quant aux filles, avec le recul du temps, je me rends compte qu’elles n’étaient pas dans un trip facile. Peut-être cela expliquait leur arrogance à mon encontre.
Le soir, Jacques et Germaine, que j’avais déjà rencontrés dans le bus de Kaboul à Peshawar, viennent nous voir avec un tas de victuailles. Il y a aussi Philip, un Australien qui a une tête de sultan arabe ou indien et qui respire un calme et une force impressionnantes, peut-être justement parce qu’il ne dit pratiquement rien et qu’il n’a en fait pas grand-chose à dire ! Il presse toute la soirée une énorme boule de shit sur le feu, du shit excellent que Jacques nous a apporté. Nous fêtons son anniversaire avec 500 grammes de shit qu’il s’est procuré pour l’occasion.  On presse, on presse..... Inutile de dire que nous sommes raides dès le départ. Il passe du monde dans la maison, comme dans un brouillard...
Un soir, la nuit tombée, je suis descendu à la rivière avec Martine pour faire la vaisselle et chercher de l’eau. J’essaie de l’embrasser, il faut dire qu’en dépit de mon irritation grandissante de ses « discours de princesse » elle est assez mignonne et j’ai des petites envies.....  Elle détourne la tête, sourit, et m’explique : « Bâbâ, tu es un ami, c’est tout ; je ne veux pas commencer d’histoires de ce genre ». | | | À: GeorgesOZ · 29 mars 2011 à 13:58 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 102 de 260 · Page 6 de 13 · 2 333 affichages · Partager salut Georges
pas de souci, au contraire je trouve ça très bien pour les repères | | | À: Mékong · 29 mars 2011 à 15:09 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 103 de 260 · Page 6 de 13 · 2 323 affichages · Partager Bon, ben voilà, je continue donc! J'espère que tu as remarqué que j'ai introduit la gent féminine dans mon récit, comme tu en avias fait la demande? Mais ce n'est peut-être pas suffisant? Il suffit de me le dire, j'en rajouterai, hahaha! | | | À: GeorgesOZ · 29 mars 2011 à 20:59 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 104 de 260 · Page 6 de 13 · 2 306 affichages · Partager Salut Georges, Je prend le train en marche, je sais pas ou on va mais je suis du voyage... | | | À: Narotcho · 29 mars 2011 à 21:11 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 105 de 260 · Page 6 de 13 · 2 299 affichages · Partager Bonjour Christophe et bienvenue!
Tout d'abord, merci à toi et aux autres qui ont réagi sur ma "question éditorialiste" (on dit ça en français?), y compris la personne qui m'avait fait la remarque initiale sur l'usage du "gras"! 
Et je viens juste de jeter un coup d'oeil sur ton website au titre évocateur  . Quel pied! Tes photos sont vraiment superbes. Je vais y retourner et me régaler! | | | À: GeorgesOZ · 29 mars 2011 à 21:45 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 106 de 260 · Page 6 de 13 · 2 285 affichages · Partager Merci, Je suis pas sûr que le second degré du nom de mon site passe à chaque fois, mais là je suis "raccord" avec ton récit... | | | À: Narotcho · 29 mars 2011 à 23:04 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 107 de 260 · Page 6 de 13 · 2 273 affichages · Partager mais là je suis "raccord" avec ton récit... - -- Plutôt! Et les "affaires" vont se préciser dans les pages suivantes! | | | À: GeorgesOZ · 30 mars 2011 à 8:30 · Modifié le 2 mai 2011 à 3:50 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 108 de 260 · Page 6 de 13 · 2 264 affichages · Partager Il n’y avait pas qu’avec les deux sœurs que j’avais des problèmes. Je me sentais écrasé, totalement annihilé par les personnalités des « voyageurs » autour de moi. J’étais tellement différent d’eux, je restais un vacancier, un touriste - l’ultime insulte ! - un jeune con vis-à-vis des filles, de Jacques, de Philip etc qui eux n’étaient pas partis pour quelques deux ou trois mois mais pour plusieurs années.
C’est en tout cas ce qu’ils disaient ou laissaient entendre. Avec le recul du temps, je me demande quelle était bien la réalité derrière ces prétentions. Je suis sûr maintenant que la majorité de ces gens faisaient alors la seule grande expédition de leur vie, celle qu’on peut faire quand on est juste devenu adulte, avant que les complications et les obligations de la vie ne referment bien vite la porte sur les possibilités d’un « grand voyage ». Je voudrais bien voir maintenant ce que sont devenus ces gens que j’avais rencontrés à Madian ! J’ose imaginer Martine redevenue caissière d’une grande surface, Catherine ayant végété d’un petit emploi à un autre...... Comprenez-moi bien, je ne veux en rien critiquer telle ou telle profession mais, plutôt, je questionne ces airs de grandeurs  que se donnaient ces soi-disant « grands voyageurs », cette mythomanie de gens qui se raccrochaient au radeau de leurs quelques mois ou petites années d’exotisme avant de sombrer dans le morne et terne d’une vie tout à fait conventionnelle. 
Mais revenons sur le train-train de la vie quotidienne à Madian. Je me rappelle aller chercher de l’eau à l’ « hôpital » où coulait de l’eau potable. De l’eau potable ? Tiens donc, je jurerais maintenant que l’eau venait tout droit du torrent qui coulait à quelques dizaines de mètres à peine, avec tout ce qu’on peut imaginer comme saletés qu’elle avait ramassées en cours de route. Car il ne faut pas se faire d’illusion, l’eau était déjà polluée par des carcasses d’animaux et des déchets humains de tout genre sur les hauteurs. Toucher à cette eau, qui pourtant paraissait si fraîche, si limpide, c’était tirer un ticket de tombola où le prix principal était une hépatite virale carabinée. Et on gagnait très souvent à cette tombola ! 
Un jour, au retour de la « corvée d’eau », nous redescendons jusqu’au pont sous lequel coulent les différents bras du torrent, dont l’un passe juste devant notre maison avant de se jeter dans la Swât à la sortie de Madian. Juste après le pont se trouvent trois moulins, beaux de leur simplicité, et une petite tchaïkhâneh à laquelle on accède par des escaliers glissants. C’est que nous vivons tout à fait dans l’eau, ici ! J’y laisse la jarre d’eau et vais jusqu’à la maison d’un Anglais qui vend des trips « noirs » (!  ) à 15 roupies dont j’ai entendu dire qu’ils sont très bons. J’en prends trois et fume un bon joint avec l’Anglais. Tom arrive, un Américain vraiment très sympathique, mûr, doux et calme. On sent qu’on peut lui faire confiance.
Sur la route, je croise André, au sujet duquel je m’étais longuement disputé avec Robin, à Mingora, quand j’étais en route vers Madian. Il me sert la main très fortement et me fixe droit dans les yeux, chaleureusement.
À mon retour à la maison, je m’arrête au bord de la rivière, fasciné par le soleil qui se couche sur les montagnes. Celles du fond sont toutes obscurcies par des orages. Le soleil fait éclater de grosses lames de lumière des rivières qui coulent dans tous les sens devant moi. Je reste absorbé, assis sur un rocher.... et je me sens « bhavâgra », à la cime de l’existence....  
Faute de photos que je n’avais pas pu prendre - un certain Carlos s’étant généreusement servi de mes affaires personnelles la première nuit passée à Peshawar  - peut-être serait-il bon de montrer la configuration de Madian sur une photo de satellite. La première jpeg montre le nord de Madian, bordé par la rivière Swât aux flots tumultueux sur la gauche et le torrent dont j’ai parlé. Je trouve extraordinaire, presque 40 ans plus tard, de pouvoir encore si bien reconnaître les lieux. Je distingue visiblement la « maison de Robin », le pont qu’il fallait franchir pour entrer dans Madian, l’ « hôpital » et d’autres endroits dont je parlerai par la suite ! Images attachées: | | | À: GeorgesOZ · 31 mars 2011 à 7:07 · Modifié le 2 mai 2011 à 6:48 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 109 de 260 · Page 6 de 13 · 2 237 affichages · Partager J’ai pris un demi-trip noir ce matin.
Tony est très beau, ses cheveux blonds pris dans un turban bleu turquoise pâle (un tissu afghan sans doute).  Ses manières sont calmes et douces. C’est un Italien qui entretient dans sa maison une dizaine de freaks complètement déchus. « La maison de Tony » désigne un rassemblement des junkies les plus lessivés en voie de guérison. Beaucoup viennent à Madian pour redescendre de la morphine ou du speed. La montagne, par le calme de la vie que l’on y mène, leur permet en effet de supporter la privation de drogue plus facilement que dans l’atmosphère excitée des villes (surtout au Pakistan !).
Comment Tony fait-il pour nourrir ces épaves ? Les légumes, il les trouve pour beaucoup dans la nature qu’il connaît à merveille. Régime alimentaire typique de Madian : soupes de cresson cueilli dans les rivières, purées de patates, d’oignons, de tomates, yaourt etc...
Justement, Tony s’est arrêté chez nous (« la maison de Robin ») et nous enseigne sur l’usage des herbes :
- contre les maux de ventre, prendre une herbe appelée Izeubgol au Népal, spêkkol en pakhto, avec du lait chaud sucré pour la constipation ou avec du yaourt et de l’eau chaude sucrée pour la diarrhée. L’ail et le gingembre sont indiqués en cas de diarrhée. - pour les hémorroïdes, faire chauffer de l’huile de moutarde (« tshalsham » à Madian) et masser.... - pour bien dormir, boire une infusion de menthe et de ganja (« l’herbe ») : ça, je crois bien qu’il ne devait pas y avoir à trop forcer les « malades » ! - pour l’hépatite (« ziaré » en pakhto, de « ziar » = jaune), on préconise un mélange de plusieurs plantes : du « jaepal », de l’ « akkhrkara », du safran, du « kolondjian » et du « malati ». - pour éloigner les mouches des blessures, s’oindre d’une pâte de curcuma. Il est vrai que les mouches sont abominables par ici. Au moindre petit bobo, on en souffre littéralement. Il m’arrive de croire qu’elles me mordent et de sursauter de douleur ! - à Madyan, on utilise une racine, « skhawadja », au goût très fort, pour avoir de l’énergie et un bon équilibre sexuel. On la garde en bouche comme une chique. - la vanille (« khowagazeïla » en pakhto) mélangée avec du ghee est bonne pour les rhumatismes. - contre les puces, utiliser la sauge sauvage, « sperkaï », qu’on trouve partout à Madyan. - il n’y a rien de mieux pour soigner les infections des yeux que de brûler des feuilles vertes du « nazarpanya », et si on a mal au cœur, alors il faut les manger. - une méthode pour éloigner les moustiques : brûler de l’herbe « phuti ».
Je ne termine plus mes phrases sur mon carnet de notes... Je suis déjà loin avec l’acide.  Tony maîtrise-t-il bien son sujet, ou s’imagine-t-il ces connaissances? Il doit bien se mélanger les pédales un tantinet, avec toutes ces recettes recueillies (dit-il) au Népal, en Inde et au Pakistan, ce qu’il a dû supplémenter par quelques bonnes lectures. Mais peu importe la validité de tous ces conseils, c’est la musique des mots qui me captive maintenant. C’est un plaisir d’écouter Tony, un type vraiment gentil et patient, et en plus très beau, lumineux. Le pakhto est vraiment incroyable à prononcer ! Quelle vigueur, cette langue !
Je suis maintenant complètement braqué sur le problème de l’hygiène, après toutes ces explications de Tony. Comment se sortir de la saleté ? Je n’ai plus aucune mesure de ce qui est propre, de ce qui ne l’est pas. S’installer dans cette vie de rustre à Madian n’a rien arrangé. On accepte de plus en plus le contact intime de la poussière et de l’eau. On fait de moins en moins attention à la propreté des aliments, des mains... et si on les lave, c’est avec cette eau si belle.... et si riche en germes dangereux ! 
J’ai une plaie au pied qui date de Peshawar, où je marchais pieds nus, fou que j’étais ! Elle est loin d’être guérie. Je la frotte avec de la sauge, j’y mets de l’ail, je frotte encore avec de la menthe fraîche. Ce qu’il y a de sûr (mais je suis en plein acide), c’est que les mouches ne viennent plus m’emmerder ! 
Il m’a fallu des heures, prostré dans la maison, pour me décider à oser m’aventurer dans Madian. C’est une toute petite ville, pratiquement un village. Pas mal de gens me reconnaissent dans la rue et leurs visages sympathiques me rassurent. Ces gens sont magnifiques. Ils sont robustes, ont des allures d’une grande noblesse, marchant bien droits et la tête haute, habillés de shalwar kameez sobres et élégants.  On croise souvent des hommes portant un fusil dans le dos ou à la main par ici, et on arrive à peine à soutenir leurs regards droits, fiers et durs ! 
Il n’y a pas d’habits plus agréables à porter que le shalwar kameez, le pyjama pakistanais, et cela fait déjà plusieurs jours que je me suis mis à la mode locale. Avec mon physique, je pourrais presque passer pour un local. J’arrive à une boulangerie, ouverte sur une ruelle. Comme je l’avais déjà vu en Afghanistan, ils sont trois hommes en maillot de corps à s’activer autour d’un énorme « tanoor » où ronfle un feu d’enfer. En fait, ils sont assis sur le tanoor qui occupe pratiquement toute la pièce. Deux hommes préparent la pâte avec des gestes d’une rythmique spectaculaire. C’est comme s’ils jouaient des congas et des bongos dans un orchestre de salsa!  Ils me décochent des sourires magnifiques, leurs dents bien blanches tranchent sur leurs peaux tannées. Le troisième est emmitouflé de haillons et plonge presque dans le tanoor pour y placer le pain ou le retirer. C’est un spectacle saisissant, je n’arrive pas à m’en détacher.
Je me retourne et vois passer Philip, l’Australien à la tête de sultan, la tête ornée d’un magnifique turban noir à filigranes multicolores. Je suis en plein dans les 1,001 Nuits !  | | | À: GeorgesOZ · 31 mars 2011 à 12:56 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 110 de 260 · Page 6 de 13 · 2 212 affichages · Partager salut Georges
à te lire avec une petite pointe de nostalgie  , j'ai le sentiment que le Pakistan n'a pas trop changé. C'est toujours un pays où il faut "bâtir" son voyage. et il y a cet accueil extraordinaire et rare dans un pays où les gens morflent de ttes parts. Je ne connais pas le coin où tu es en ce moment (sais tu si elles existent encore ces maisons ? Robin et Tony) mais j'en avais eu des retours lorsque j'étais au Regal Inn à Lahore qui est un autre endroit hyper convivial. | | | À: Mékong · 31 mars 2011 à 13:38 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 111 de 260 · Page 6 de 13 · 2 245 affichages · Partager Bonjour Eric!
"La nostalgie, Camarade!" (tsa-ta-tsouin  ) Maladie bien répandue chez les vieux bourlingueurs / baroudeurs......
J'ai bien reconnu la "maison de Robin" sur la photo satellite, voir message précédent (ou deux) et je crosi avoir reconnu également d'autres maisons dont je parlerai plus tard. Madian n'a pas trop changé en près de 40 ans, vu du satellite! | | | À: GeorgesOZ · 31 mars 2011 à 21:43 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 112 de 260 · Page 6 de 13 · 2 225 affichages · Partager Salut 
récit sympa, j'apprécie toujours l'humour et le recul sur soi dans les histoires, et je suis servi 
2 ou 3 trucs en vrac où je te cite  (en italique)
Je n’ai aucune idée de ce à quoi ressemble Peshawar de nos jours, mais dans les années 1970 c’était un fouillis de rues tordues encombrées par un trafic chaotique et polluant, séparant des dédales de ruelles et de bazars pittoresques. Le béton n’avait encore pas gagné une victoire finale contre les vieilles maisons en pierres ou en briques agrémentées de portes et de balcons de bois sculpté. En fait, une fois adapté au désordre de la circulation et à la saleté des rues, le voyageur en arrivait par moments à se convaincre que la ville avait un certain charme
ben c'est pareil ; avec le développement des quartiers modernes en prime; les talibans ont détruit le mazar de baba Rahman Ziarat
Je fais partie de ceux qui pensent qu'effectivement, c'était mieux avant
En s'éloignant des grands axes, je suis persuadé que c'est peu ou prou pareil; l'Inde et le Pakistan rural ont très peu bougé en fin de compte!
Sinon le kh pashto n'est pas guttural mais palatal, désolé ça fait du bien d'être pédant de temps en temps
--Les sarwari qui travaillent sur la musique et le souffle, et pratiquent un dhikr (ou zikr) « violent ». Le dhikr est la répétition de certaines louanges de Dieu, souvent avec musique et danses. Ce sont les suhrawardi, qui travaillent sur le souffle mais pas spécialement violemment, musique je ne crois pas, leur ordre est très peu représenté au Pakistan. Le zikhr, c'est littéralement le rappel, recommandé dans le Coran même; les soufis en ont fait une science ésotérique, les invocations étant couplées à un travail sur le souffle, qui traverse les chakras musulmans= latifas, lataifs (traduction de subtil, un des 99 noms de Dieu)
- - Les qâdri qui sont droits, forts, magnifiques, et qui travaillent certaines postures. (el qâdriyyah : école théologique de l’Islam d’origine, affirmant la libre volonté de l’homme ; qadr : avoir le pouvoir).
Qadr= surtout Abdel Qadr Gillani de Bagdad, il aurait inventé le dikhr collectif; la libre volonté moins et es le fondateur de la Qadrya, un des ordres les plus répandus au Pakistan avec les chisti. Je sais pas s'ils sont plus magnifiques que les autres
- - Les chishti qui sont en relation avec les « qalandars » pakistanais, dont le mouvement est originaire d’Iran. Un « qalandar » est derviche ascétique sôufî vagabond. A la base, il y avait un homme venu à Lahore où il avait fait beaucoup de disciples. La plupart des malangs (terme presqu’homonyme) actuellement suivent ce mouvement. Comme beaucoup d’ordres ou fraternités mystiques musulmanes de l’Asie du Sud, les tchishti pratiquent une méditation calme.
Chistya, une autre école soufie répandue en Inde du Nord et au Pakistan, dont le saint principal est Khwaja Mohinuddin Chisti, dont le mazar est à Ajmer Sharif, à côté de Pushkar, en Inde; le terme de qalendar est un terme générique donné à une personne spirituellement élevée; donné à deux personnes et demie, qui sont Lal Shabaz Qalendar, dont le mazar est à Sehwan Sharif, dans le Sindh: l'anniversaire de sa mort, = urs, rassemble 1 millions de personnes en juillet; et Hazrat Nizamuddin Aulia, de Delhi. Le "demi" qalendar est la sainte rabbia al basra, de Syrie ou d'Irak. Ces saint sont à l'origine du succès de la chanson soufie mast qalendar (intoxiqué du Qalendar). Pour eux la musqiue soufie qawallie est un médium méditatif, ils pratiquent aussi le dikhr
Il nous parle de Shah Abdul Latîf Bhittai, un mystique sôufî et poète du Sindh, qui s’était enfermé dans un arbre creux au milieu d’un marécage, et qui était ami avec les moustiques. Les historiens du Sindh lui attribuent l’invention du tambura, une sorte de luth.
Urs vers le 30, pour ceux qui aiment l'hospitalité sindhie (mais pas crawford), la musique, le tcharrs et le bangh; haut en couleur, dans le village de Bhith Shah
- -Enfin, il y a les naqshbandi, les héritiers de l’écriture, qui séjournent dans les mosquées. « Naqj » vient de la racine arabe désignant l’inscription, la gravure. Pareil, c'est le dernier ponte Shah Naqshband; ils ne séjournent pas spécialement dans les mosquées; par contre contrairement aux Chisti la musique est interdite; et le dikhr est silencieux.
La voie d'une manière générale, comme méthode, est tassawuf; tariqa est l'école (qadri chisti etc); silsila la chaîne des pirs, ou cheikhs; qui s'appellent pirs dans tout le Pakistan; le système de transmission patrilinéaire a progressivement vidé le soufisme pakistanais de son essence et rempli les poches des pirs-depuis longtemps apparemment; attention aux désillusions si jamais certains s'aventurent au pays des malangs, qui sont eux aussi souvent des charlots, comme les sadhus , en imaginant que le plus faible contact avec l'occident a gardé le soufisme pakistanais... pak (pur)
Voilou pour les précisions, désolé si j'interromps ton récit d'une orthodoxie sourcilleuse | | | À: Rouxy · 31 mars 2011 à 22:07 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 113 de 260 · Page 6 de 13 · 2 216 affichages · Partager quelles connaissances Rouxy, je suis impressionnée ;) | | | À: Thevert7 · 31 mars 2011 à 22:24 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 114 de 260 · Page 6 de 13 · 2 206 affichages · Partager ben j'ai passé 6 mois au Pak l'année dernière pour un trip culturel perso qui me tenait à coeur; c'est la base, je n'ai pas vraiment de connaissances avancées en fait, notamment sur la manière dont est fait ce travail sur les chakras, lataifs, les vrais soufis se faisant discrets; Sur le sujet, voir le plus grand film sur le soufisme afghan (bon ok c'est le seul), Soufis d'Afghanistan, Arnaud Desjardins; pas très bien filmé et un peu emphatique, mais il avait trouvé de vrais soufis-suffit de voir les regards des mecs; on peut le voir sur daily Motion... | | | À: Rouxy · 31 mars 2011 à 22:36 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 115 de 260 · Page 6 de 13 · 2 199 affichages · Partager merci à toi en tout cas
je trouve aussi qu il y a une corrélation entre soufisme, le travail sur les chakras, la meditation
bonne soirée à toi
Georges, nous attendons la suite avec impatience, bonne soirée à toi et tes proches ;) | | | À: Rouxy · 31 mars 2011 à 23:23 · Modifié le 1 avr. 2011 à 6:16 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 116 de 260 · Page 6 de 13 · 2 191 affichages · Partager Super Julien! Merci de nous apporter tous ces déails supplémentaires. Sur certaines de tes remarques, je voudrais seulement dire (je vais faire court pour une fois!   ) que j'ai pratiquement cite texto ce que Abd-er-Rahman nous (a moi et Mhd Husseïn) avait expliqué. Car tout autant que je me sois plongé dans l'usage de certaines "médecines", j'avais tendance à garder de l'ordre dans ma tête! Bonne soirée à tous! | | | À: GeorgesOZ · 1 avril 2011 à 0:03 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 117 de 260 · Page 6 de 13 · 2 186 affichages · Partager Possible que le Serviteur du Clément (Abd er Rahman) se soit un peu égaré...  Oui il y a une forte communauté schiite dans le Sindh, Sukkur, Sehwan Sharif etc.
Dans la mesure où je participe malheureusement peu au forum, aura-t-on la suite dans les semaines qui viennent ou dans 2 ans?
(Quelqu'un a parlé de faire un voyage en Afghanistan; le max d'infos notamment sur la sécurité, désolé pour vf  c'est sur Lonely Planet forum, en anglais) | | | À: Rouxy · 1 avril 2011 à 6:20 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 118 de 260 · Page 6 de 13 · 2 178 affichages · Partager Possible que le Serviteur du Clément (Abd er Rahman) se soit un peu égaré...  Oui il y a une forte communauté schiite dans le Sindh, Sukkur, Sehwan Sharif etc. - -- Oui, mais c'est quand-même le même topo, non? N'allons pas dire qu'Abd-er-Rahman était complètement à côté de la plaque!
Mais justement, voilà une bonne question: le soufisme est-il essentiellement chiite? C'est mon impression, mais on peut facilement se tromper. Je sais qu'il est présent chez les Iraniens (chiites dans leur très grande majorité). | | | À: Rouxy · 1 avril 2011 à 6:25 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 119 de 260 · Page 6 de 13 · 2 176 affichages · Partager attention aux désillusions si jamais certains s'aventurent au pays des malangs, qui sont eux aussi souvent des charlots, comme les sadhus , en imaginant que le plus faible contact avec l'occident a gardé le soufisme pakistanais... pak (pur)
- --Tout à fait d'accord, et certainement c'est ce que je retire de quelques mois passés en Inde. Les "sadhus photo", j'en ai soupé!  Il y a d'ailleurs un aspect "fric" trop fréquent dans le circuit des temples hindous qui franchement me déplaît. Ça va sans doute faire hurler certains, mais c'est mon ressenti.
Et bien vu: Pakistan = "le pays pur" ou le "pays des purs" (pak = propre, pur en hindi également) | | | À: GeorgesOZ · 1 avril 2011 à 6:43 · Modifié le 2 mai 2011 à 6:53 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 120 de 260 · Page 6 de 13 · 2 168 affichages · Partager Je suis monté rendre visite à Jacques et Germaine qui ont loué une baraque tout en haut de Madian pour 30 roupies par mois (10 Francs !). Aussitôt, Jacques m’offre un « window-open » (un trip d'acide bien connu) et nous nous mettons à presser du shit sur le devant de la maison d’où nous surplombons tous les champs de maïs qui descendent, terrasse après terrasse, jusqu’à Madian en contrebas.
Jacques, avec son assurance et son calme d’artiste expérimenté, m’apprend à presser ( le tcharss, pour ceux qui ne suivraient pas), ce qui n’est pas une opération des plus faciles. On choisit quelques boulettes de pollen dans le sac en plastique, et on prend un peu de poudre de pollen - les boulettes déjà constituées permettent une prise plus rapide. On place le tout au creux de la main et on commence le labeur tout en écrasant ça entre les paumes et les doigts avec toute l’énergie possible (et il en faut !), jusqu’à ce que le pollen commence à s’agglutiner et à former une pâte de plus en plus homogène.
Mais dès que j’arrête le pétrissage et le malaxage de la pâte, elle se refroidit et redevient dure, et la reprise du travail est pénible. En fait, il ne faut pas lâcher le morceau avant d’avoir obtenu une boule assez bien agglomérée pour qu’elle ne se dissocie plus si on la roule sur une plaque chauffante placée sur le feu. À partir de ce moment, le travail devient de plus en plus facile : la boule devient de plus en plus plastique et malléable et, de la couleur jaune miel de départ, elle vire peu à peu sur un vert-brun presque noir en surface. Le shit est alors prêt à être consommé. Au bout d’une heure de travail, on peut ainsi obtenir une boule de 20 à 30 grammes – assez de quoi s’allumer quelques sérieux chiloms ! Mais comme dit Jacques, il faut y mettre des « vibes ». C’est un labeur de métallurgiste. 
Et bien sûr, nous fumons tout le long. Le « cri de guerre » de Jacques, c’est « Bamboulé ! », avant de tirer bien fort et long sur le chilom. Il n’aime pas tous ces produits qui ne te laissent plus tranquille, speed, morph etc.... Mais le shit, il ne veut pas s’en priver. « Je sais ce qui est bon ! », dit-il.
Je suis de plus en plus stoned durant mon apprentissage, à fumer le shit « maison » par-dessus l’effet très pur du « window-open ».    J’ai l’impression de percer enfin le secret du tcharss. Les battements du tabla que nous nous passons l’un à l’autre – et Germaine vient jouer de la flûte – pulsent dans ma tête avec insistance, je sens le tcharss de tous mes sens et je le sens m’entourer dans la nature environnante où il pousse à foison, comme une présence personnalisée, une entité consciente : l’esprit du tcharss est sur moi !  
Il est bien évident qu’il y avait là des résurgences inconscientes de mes lectures. Comme tant d’autres à cette époque, j’étais fasciné par les écrits de Carlos Castaneda et par ses expériences avec Mescalito, l’esprit du peyotl, et les pouvoirs de «l’herbe du diable » et de « la petite fumée » ("La yerba del diablo y el humito"). Et maintenant que j’y pense, même le premier paragraphe de cette page a un relent évident des histoires de Castaneda : on arrive à la maison de Don Juan, le « brujo », on s’installe sous le porche, et on a la surprise d’avoir sur le champ « quelque chose » à prendre qui envoie à 10,000 perpètes... Tout y est ! 
Je vois Jacques sous un éclairage de plus en plus vif, avec ses cheveux mi-henné, mi-indigo et ses vêtements aux couleurs franches. Il est flamboyant, mais n’est-il pas d’ailleurs un Lion? J’apprécie sa façon simple et objective d’expliquer les choses. Il commence à prendre pour moi la place d’un Don Juan du tcharss (référence toujours à Castaneda). Je suis tant impressionné que je finis par me demander s’il ne serait pas un vieil alchimiste du moyen-âge, un compère de Nicolas Flamel peut-être - ou de plus loin encore dans le passé! - disparu du monde officiel et poursuivant des siècles d’existence dans des pays aussi étranges que celui où nous sommes, sous l’aspect d’une éternelle jeunesse !
Prudemment, je lui demande s’il connaît quelque chose à l’alchimie, mais sa réponse est nette et courte : il ne s’occupe pas de ce genre de théories et n’ouvre pas de bouquins pour apprendre à vivre. Fait-il référence à tous ces cinglés d’en bas, à Madian, plongés dans l’astrologie, la magie, de l’ésotérisme de pacotille et je ne sais trop quoi d’autre ?
Jacques était peut-être une personne très simple. Peut-être avait-il un métier assez banal, là-bas en France, je n’en sais rien. Mais peu importe, il était un maître à mes yeux. Et maintenant que j’écris ces lignes, plus d’un tiers de siècle plus tard et (je le précise) "en pleine possession de mes moyens", je suis encore persuadé qu’il était effectivement un maître, à sa manière.
Philip, l’Australien, et John, un Anglais, sont montés nous voir vers le soir et Jacques leur administre ses bons soins. «Il aime soigner la tête des amis qui viennent le voir là-haut, qui trouvent chez lui quelque chose de plus sain que dans la vallée où les gens ne s’aiment pas assez", me disait-il cet après-midi. Pour soigner la tête, ça, j’en sais quelque chose ! 
Mais Philip et John restent taciturnes, drapés dans des couvertures bariolées qui leur servent de dignité. Leur silence et leur apparence dans le maigre éclairage de quelques bougies me fait penser à des trappeurs du wild-west américain. Nous passons tous la nuit dans l’unique pièce de la maison, les uns à même la terre battue, les autres sur des coussins. Pour ma part, j’ai récupéré un vieux tchârpaï et je me suis couvert de mon langi en guise de couverture. C’est plutôt juste comme confort ! Mais je suis complètement blindé contre les petites souffrances, cette nuit-là. | Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 3 212 visiteurs en ligne depuis une heure! |