| Vers l'Orient dans les années 1970 GeorgesOZ · 20 juin 2009 à 3:32 · 69 photos 260 messages · 26 participants · 38 809 affichages | | | | À: GeorgesOZ · 8 avril 2011 à 9:09 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 141 de 260 · Page 8 de 13 · 2 076 affichages · Partager Mon chilom circule plusieurs fois. Chaque fois qu’il est fini, je le nettoie en y faisant passer un bout de tissu. La pierre ronde que je place au fond du cône pour bloquer le mélange et ne laisser passer que la fumée est luisante de l’huile que la fumée y a accumulée. Puis je le remplis à nouveau de mon « mélange supérieur », j’en enveloppe la base du même bout de tissu et je referme les deux mains dessus, et « bamboulé ! », c’est reparti pour un tour. C’est un chilom qui permet de consommer quelques grammes à chaque fois et il tire superbement bien !
Nous sommes depuis montés en plein trip d’acide, Charles, Marie et moi-même. La nuit est tombée. Il commence à pleuvoir et nous nous mettons à l’abri, assis sur un tchârpaï sous le porche de la maison, à la lumière d’une ou deux faibles bougies. Les autres occupants de la maison se sont retirés et nous ont plus ou moins laissés seuls tous les trois.
Je me suis demandé, bien plus tard et plusieurs fois, pourquoi j’avais adopté cette attitude de méfiance vis-à-vis de Marie. Était-elle vraiment si « venimeuse » que j’avais pu l’imaginer ce soir-là ? Ou étais-je un peu trop à côté de mes chausses ? En fait, nous étions bien dans le même trip et sur la même longueur d’onde, tous les trois avec Charles, et elle continuait à fournir des remarques intéressantes pour animer la discussion. Elle était peut-être même assez jolie et nous aurions très facilement pu terminer la nuit dans les bras l’un de l’autre. Ah ! Maintenant que j’y pense, encore une de manquée bêtement, mxxxe !
Sans doute, cette soirée aurait très bien pu connaître un développement intime! Mais cela ne se passe pas ainsi. À un moment, je nous vois tous les trois ayant chacun le visage à moitié sombre, couleur de terre, et à moitié lumineux. C’est une image tout à fait classique qu’on retrouve dans des bouquins d’ésotérisme de pacotille. Et bien évidemment Charles et Marie voient exactement la même chose que moi. Notre communication est quasi-instantanée et ne se fait d’ailleurs pas que par des mots. Le porche est surélevé et nous avons l’impression de voler sur notre tchârpaï. Nous sommes tous les trois les « sorciers du tcharss » et nous rions comme des fous.   Et, comme un picotement de forces magnétiques, je commence également à percevoir l’espace entre les molécules ou les atomes de mon corps.... et je perds par là-même la définition exacte de mes limites corporelles. 
Mais Marie gâche tout. Elle laisse tomber cette remarque bizarre et horrible que " quand nous buvions le lait de nos mères, nous sucions en fait leur sang". « L’avions-nous aussi ressenti, Charles et moi? » J’en sursaute de dégoût.  D’où ça sort, ça ? À partir de ce moment, un gouffre énorme s’ouvre entre Marie et moi.  Charles, qui était jusqu’ici comme une force neutre et paisible dans notre trio, a lui aussi une aversion pour Marie, maintenant, j’en suis sûr. | | | À: GeorgesOZ · 9 avril 2011 à 8:13 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 142 de 260 · Page 8 de 13 · 2 045 affichages · Partager Le charme est rompu et le trio des « sorciers du tcharss » se dissout. Dès que la pluie se calme, je me décide à quitter cette maison où il ne se passe plus rien d’intéressant. Je prends le chemin du retour vers la maison de Tom. Nous sommes en pleine nuit et je suis sérieusement défoncé: ça va être toute une expédition,  mais quand il faut, il faut !
Je laisse sur ma gauche le pont principal, juste au coin de l’hôpital, et je me mets à longer la rive gauche du torrent. La maison de Tom se trouve bien de l’autre côté, mais il n’y a pas moyen d’y arriver en suivant la rive droite. Non, il faut trouver un petit pont de fortune un peu plus haut. Pas de problème, le voici, ce pont ! Ah, mais attention, c’est une affaire brinquebalante de planches et de branches jetées par-dessus deux ou trois rochers au milieu du torrent, à peine clouées les unes aux autres et dont certaines ont été arrachées par l’eau gonflée par les pluies fréquentes des derniers jours. Et je n’ai pour voir où je mets les pieds que l’éclairage très relatif de quelques étoiles qui peinent à filtrer à travers les nuages qui alourdissent le ciel, et des éclats fugitifs des remous de l’eau.
Je me retrouve tétanisé de peur, à quatre pattes et même à plat ventre au milieu du pont, ne sachant plus trop si je suis encore au sec ou déjà dans l’eau.  Par endroits, suivant les dénivelées du pont, l’eau est pratiquement au même niveau que lui! Je sens sous mes mains le froid glissant des pierres et du bois... et je revis le dispersement magnétisé des molécules et des atomes de mon corps dont j’avais eu un avant-goût quand j’étais assis sur le tcharpaï avec Charles et Marie. Je me sens pratiquement fondre entre les pierres, le bois et l’eau ! Je suis partagé entre la curiosité émerveillée que cause cette sensation « atomisée », et la conviction d’être poursuivi par les pensées « noires » de Marie. Pour sûr, c’est son influence néfaste qui épaissit cette obscurité dans laquelle je me débats ! Marie est « l’Obscurcissement de la Lumière » dont le Yi m’avait averti en début de journée ! 
Je parviens tout de même à franchir le torrent. J’arrive à la maison de Tom. Je cogne à la porte et j’appelle dans la nuit. C’est la porte de la cour, pas encore la porte de la maison elle-même, et j’ai peur que personne ne puisse m’entendre avec le bruit du torrent. De plus, il est bien tard et peut-être tout le monde dort déjà. Je ne veux pas rester dehors !!!  
On vient m’ouvrir, Tom ou l’Anglaise qui partage la maison, je ne sais plus. Dans l’état où je suis, j’ai dû leur tomber dessus comme un coup de foudre ! Je tremble de tout mon corps, de peur et de froid. L’Anglaise me regarde de son lit, les yeux écarquillés – elle n’a pas souvent vu des mecs surgir comme ça, dans la nuit, en plein délire ! Tom, lui, en a vu d’autres. Il écoute mon récit et essaie de me calmer. Il laisse tomber avec douceur, ce commentaire tout simple: « you are naïve !».
Naïf ? Comme il avait raison ! Je m’en suis bien rendu compte par la suite, mais j’avais encore du chemin à faire pour me frayer un chemin à travers une jungle d’influences diverses et de théories fumeuses et totalement inutiles, et enfin devenir un peu plus réaliste !
J’ai lu pendant des heures à la lumière d’une bougie, et ai retrouvé le calme, puis beaucoup, beaucoup plus tard, le sommeil. | | | À: GeorgesOZ · 10 avril 2011 à 4:06 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 143 de 260 · Page 8 de 13 · 2 026 affichages · Partager J’avais dû passer quelques semaines en tout à Madian. Peu à peu j’avais l’impression d’y tourner en rond et j’étais bien conscient aussi du besoin de remédier à ma situation de sans-papiers. Il fallait retourner à l’ambassade. Qui plus est, j’avais maintenant mon billet de retour en avion, de Kaboul à Paris, que Mohammad Ali avait réussi à récupérer de Carlos, mon voleur, et m’avait remis à mon arrivée à Madian. J’avais donc un argument de force pour renouveler ma demande de passeport à l’ambassade.
Les Allemands avec qui j’étais allé à Mazâr-e-Sharîf - il me semblait que c’était une éternité dans le passé – allaient reprendre la route vers l’ Inde. Je leur demandai de m’emmener. Avant de partir, j’avais emprunté l’appareil photo de celui avec lequel je m’entendais le mieux, un Olympus, pour faire quelques photos de Madian – histoire d’en garder quelques images malgré toute mes misères. Je crois en avoir encore deux, quelque part, il faudra qu’un jour je les retrouve. Il y en a une prise devant la pharmacie, au bord de la route allant vers Bahreïn, à la sortie de Madian. Notre copain le pharmacien nous faisait tranquillement à l’occasion un petit fixe de morphine, là, assis sur le tchârpaï au bord même de la route, pour quelques roupies..... Nous sommes une dizaine d’étrangers et de Pakhtos sur cette photo, mais je défierai qui que ce soit de faire la distinction entre les uns et les autres tellement les « étrangers » font couleur locale!
Les journées suivantes ne méritent pas que je les décrive en détail. Sur la route vers Rawalpindi, les Allemands faisaient la gueule parce que je m’étais invité, par l’intermédiaire de mon copain, à les joindre et ils ne se sentaient plus à l’aise avec moi. Je les entendais bien commenter sur ma situation précaire, et comme quoi il vaudrait mieux ne plus me fréquenter. Pas de papiers ? Errant au petit bonheur la chance au Pakistan ? Fréquentant la faune louche de Madian ? C’est que je leur faisais carrément peur ! 
J’étais autant soulagé qu’ils devaient l’être eux-mêmes quand je les quittai à Rawalpindi. À vrai dire, je n’avais pas beaucoup d’atomes crochus pour les gens qui faisaient le genre d’expédition bien organisée « à l’allemande ». J’en avais déjà croisés, quand je faisais du stop au milieu de la Yougoslavie l’année précédente, en route vers Kaboul. Une autre fourgonnette avec 4 Allemands, même topo. Ceux-là m’avaient vraiment écœuré et je me demande bien pourquoi ils m’avaient ramassé au bord de la route. Ils avaient des réserves et ne se privaient pas de descendre les cannettes de bière et de se couper de grosses tranches de pain, de jambon et de saucisse devant moi, qui avais faim, sans jamais m’en offrir. Aucune décence. Vraiment des trous-du-cul. 
À Rawalpindi, je suis descendu dans un hôtel miteux où j’ai rencontré Reynald, un Français à court d’argent. C’est lui qui m’a introduit aux amphétamines. Nous en sommes même arrivés à faire moitié morphine, moitié amphétamines – je ne décris pas..... Nous étions presque les seuls clients de l’hôtel, si on peut utiliser ici ce titre glorieux. Je me rappelle le couloir tout droit, une demi-douzaine de piaules sur un côté dont la notre, et au bout, à gauche, la sortie sur une courette ornée d’un puits dans un état à faire reculer même les rats les plus endurcis, d'une douche probablement (eh ! c’est loin tout ça !) et des chiottes. Nous avons végété des journées entières dans une piaule poisseuse, à nous raconter des conneries. Reynald n’était pas un compagnon particulièrement intéressant  , il n’avait pas le moindre point en commun avec les gens de Madian qui, quel que soit le mal que j’ai pu en dire avaient au moins le mérite d’avoir un minimum de panache, de s’intéresser aux pays qu’ils visitaient etc. Je me demande bien ce que Reynald était venu chercher au Pakistan.... | | | À: GeorgesOZ · 11 avril 2011 à 4:27 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 144 de 260 · Page 8 de 13 · 2 001 affichages · Partager Il y avait quand-même quelques bons moments. Le matin, j’allais manger (tout seul car cela n’attirait pas Reynald) un grand bol de yaourt avec des bananes, des noix et des raisins secs dans un petit boui-boui. Le patron était aimable et discret. Je savourais ce moment, assis sur le devant de la boutique d’où je pouvais observer l’activité d’une rue relativement tranquille. C’était souvent mon seul vrai repas de la journée. Connaissez-vous le yaourt, les noix et les raisins secs de l’Afghanistan ou du Pakistan ? Ils sont particulièrement délicieux. 
Nous étions allés au cinéma. On passait « Wuthering Heights » (« Les Hauts de Hurlevent »), un film magnifique.  Nous nous demandions bien ce que les hommes du cru - il n’y avait pas une seule femme dans la salle – avaient pu comprendre de cette histoire dramatique d’un autre monde. Ils devaient baver à voir la beauté des femmes occidentales telles qu’elles étaient représentées dans ce film et aussi se faire les idées les plus bizarres de leur comportement social.
Nous avions eu cette idée saugrenue de nous trouver une bouteille de bière. Il avait fallu demander à plusieurs reprises pour trouver l’endroit sordide où nous pouvions en acheter. Il fallait voir les regards noirs des gens quand ils comprenaient ce que nous cherchions !  Riches de notre butin, il avait encore fallu trouver un endroit tranquille pour pouvoir boire un coup. Je ne sais pas pourquoi nous n’avions pas voulu retourner à l’hôtel pour cela. En fin de compte, c’est sur un terrain vague et dans l’obscurité du soir tombé que nous avions bu le contenu – tiède – de cette bouteille de mauvaise bière. Une vraie pisse d’âne.
Tous pauvres que nous soyons, nous avions encore quelques roupies à dépenser. Nous nous étions même payé le luxe de changer d’hôtel. À deux, nous pouvions partager les frais d’une chambre plus saine dans un hôtel plus « up-market », je crois que cela nous revenait à 7 ou 8 roupies la nuit, l’équivalent d’un demi-euro en tout. Avec les 4 ou 5 roupies du petit déjeuner, les trois ou 4 tchaïs de la journée, les « pills », l’excès occasionnel d’une sortie au cinéma ou d’un petit plat dans un restaurant, je devais dépenser dans les 25 à 30 roupies par jour (1.5 à 2 euros). C’était un train de vie coûteux comparé à Madian !
Nous nous étions baladés dans l’un des bazars de la ville. À un coin de rue, nous avions été frappés de voir un homme assis sur un tchârpaï, les jambes repliées: son langi était remonté sur ses hanches et il donnait l’air frais à une paire de couilles énormes !  Quel tableau étrange dans un pays si pudique ! Plus loin, nous nous étions allumé une cigarette (j’en fumais encore à l’occasion à cette époque). Nous aurions dû y penser, le ramadhan avait commencé et manger, fumer ou boire en public n’était plus du tout de mise. Les très rares restaurants qui servaient encore à manger pendant la journée avaient de lourds rideaux noirs tirés sur leurs fenêtres et les gens qui passaient devant jetaient des regards noirs dans leur direction.
Nous venions donc juste de mettre nos cigarettes au bec et étions arrivés dans le quartier des tissus et deux ou trois hommes assis (en tailleur !) à même le sol devant leurs minuscules boutiques avaient commencé à nous donner des coups dans les jambes avec leurs « yards » métalliques.   Comme il y avait du monde partout, l’attention s’était immédiatement portée sur nous, jeunes connards d’étrangers n’ayant pas le moindre respect pour l’usage local, et ça allait visiblement tourner au vinaigre. Nous nous étions précipités dans un taxi pour nous échapper et éviter une bonne bastonnade, peut-être même un lynchage ! | | | À: GeorgesOZ · 11 avril 2011 à 9:22 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 145 de 260 · Page 8 de 13 · 2 316 affichages · Partager vicious delicious  sympa de t-'avoir rencontré  | | | À: Rouxy · 11 avril 2011 à 12:50 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 146 de 260 · Page 8 de 13 · 2 303 affichages · Partager C'était sympa en effet, et bonne chance pour tes projets! | | | À: GeorgesOZ · 12 avril 2011 à 11:45 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 147 de 260 · Page 8 de 13 · 2 277 affichages · Partager Où est passé notre fix quotidien ? Au rapport, Georges ! | | | À: GeorgesOZ · 12 avril 2011 à 12:54 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 148 de 260 · Page 8 de 13 · 2 270 affichages · Partager salut Georges
un grand bol de yaourt avec des bananes, des noix et des raisins secs dans un petit boui-bouiça a l'air délicieux. après ça tu es rassasié jusqu'au repas du soir....lorsque j'étais à Bangkok le matin je mangeais qq chose qui y ressemblait 
Wuthering Heights ça m'a tout de suite rappelé la chanson de Kate Bush en 1979, reprise par la diva du rock des années80 Pat Benatar. | | | À: Ilivic · 13 avril 2011 à 7:00 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 149 de 260 · Page 8 de 13 · 2 251 affichages · Partager Hahaha! J'en vois qui s'impatientent!  Mais je n'ai pas l'internet au village ("du côté de Bâan Nâawk") et ce n'est donc qu'à l'occasion que je me retrouve devant un clavier!
Patience!!!! | | | À: GeorgesOZ · 13 avril 2011 à 7:06 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 150 de 260 · Page 8 de 13 · 2 248 affichages · Partager Donc voici la suite, je suis heureux de voir que j'ai au moins une poignée de lecteurs assidus! 
J'en étais au quasi-lynchage dans les rues de Rawalpindi. Avoir réchappé aux griffes de la CIA pour finir en flaque de sang sur un marché de Rawalpindi, non merci! 
Mais tout cela ne me faisait toujours pas oublier qu’il fallait régler mes affaires de papiers. J’avais bien sûr pris le chemin d’Islamabad pratiquement le lendemain de mon arrivée à Rawalpindi. Comme déjà dit, Islamabad se trouve à quelques kilomètres à peine de Rawalpindi, ou plutôt, comme quelqu’un l’a judicieusement dit, « à quelques kilomètres du Pakistan ». Il fallait moins d’une heure de bus pour y aller.
L’ambassade était une villa d’aspect relativement modeste, comme tant d’autres, sur l’un des boulevards assez stériles de cette ville nouvelle. En plusieurs visites, je n’avais en tout vu que les deux pièces d’entrée. Deux guichets étaient installés dans celle de droite et c’est là que je devais expliquer mon affaire.
Avec mon billet d’avion Kaboul- Paris, retrouvé grâce à Muhammad Ali, je pensais avoir avec un atout majeur en main, comparé à ma première visite plusieurs semaines auparavant. Je fus donc déçu de ne pas recevoir l’attention que j’espérais. J’étais loin d’y penser, mais je ne pouvais certainement pas faire un effet favorable sur le personnel de l’ambassade. Les quelques semaines passées à Madian, l’usage quelque peu excessif de divers produits « vitaminés » et mon shalwar kameez déjà passablement usé devaient me donner l’allure d’un illuminé ou d’un sauvage !
Ma demande n’était pourtant pas compliquée ni extraordinaire. Voilà, on m’avait volé mon passeport, j’avais récupéré mon billet de retour de Kaboul à Paris, et je voulais qu’on me délivre un nouveau passeport pour rentrer en France et y poursuivre mes études. Quoi de plus simple? Comme je n’entendais que des paroles évasives et qu’il n’y avait aucune indication que quoi que ce soit allait être réellement entrepris pour me tirer de ma situation plus que précaire, je perdis patience. Je pris une chaise et l’abattis avec fracas sur le sol pour attirer l’attention des gens qui déjà avaient remis le nez dans leurs paperasses en m’ignorant complètement, là à peine à deux ou trois mètres de moi. Et je dis avec force que je ne partirai pas tant qu’on ne s’occuperait pas sérieusement de moi. Qu’est-ce que j’avais donc à perdre ?
On appela une personne un peu plus responsable. Il faudrait aussi dire que jamais, en plusieurs visites, je ne vis quelqu’un à l’ambassade qui soit un/une Français/Française « de France ». Il ne semblait y avoir, pour des sous-fifres comme moi, que des gens originaires de l’île Maurice (je n'ai rien contre eux, je veux seulement dire qu'on ne s'occupait pas trop de moi). Je dus réitérer mon histoire pour la n-ième fois. J’insistai que j’étais engagé dans des études que je tenais à terminer et que, regardez ! j’avais bien un billet d’avion pour retourner en France. On finit par me faire une vague promesse en me disant de revenir deux semaines plus tard. C’est ainsi que je retournai bredouille à Rawalpindi et que je plongeai dans la vie végétative que j’ai déjà décrite, où rien de bien remarquable ne se passait et où je passais le plus clair de mon temps à glander avec Reynald. Il finit par recevoir une bonne nouvelle. Sa famille lui avait payé le vol de retour d’Islamabad à Paris. Je l’accompagnai à l’aéroport et le vis partir, et je me retrouvais seul pour quelques jours encore avant que le moment soit arrivé de retourner à l’ambassade. | | | À: GeorgesOZ · 14 avril 2011 à 15:30 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 151 de 260 · Page 8 de 13 · 2 223 affichages · Partager J'adore ! 
quel voyage de dingo!la suite, la suite, la suuuuite !!!
ca nous change des comptes-rendu avec "GPS, laptop, Wifi, Aircon, résa, assistance et all-inclusive inside"
Fred | | | À: Fred71 · 16 avril 2011 à 6:15 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 152 de 260 · Page 8 de 13 · 2 194 affichages · Partager Bonjour et bienvenue sur mon histoire!  La suite dans deux minutes, juste le temps de repérer quelques touches sur le clavier.... | | | À: GeorgesOZ · 16 avril 2011 à 6:16 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 153 de 260 · Page 8 de 13 · 2 192 affichages · Partager Par ouï-dire, je savais que les autorités françaises n’étaient pas trop disposées à venir en aide aux imbéciles qui, souvent par leur propre faute, finissaient par se retrouver dans une mauvaise passe au Pakistan, en Inde, au Népal etc. Je n’étais pas le seul loin de là !  Et je comprenais que les autorités en aient un peu par-dessus la tête des histoires abracadabrantes : vols ou pertes de passeport ou de chèques de voyage, prolongations illégales de séjour, poursuites judiciaires pour délits voire même crimes, et j’en passe et des meilleures ! Surtout qu’il y avait bon nombre de Français à voyager dans des conditions « peu conventionnelles », il n’y avait qu’à en juger de par la faune qui traînait à Madian. Cela conduisait naturellement à des incidents fâcheux.
Donc, du point de vue des ambassades et consulats - « de profundis consulatibus », si je puis me permettre  - on devait en être au « N’en jetez plus ! La cour est pleine ! » général.
Mais toute cette attente pour le renouvellement de mon passeport, je devais la souffrir sur l’arrière-fond de rumeurs - non authentifiées je dois dire - que les Italiens eux étaient bien reçus à leur ambassade et qu’on les invitait même à manger au restaurant, que les Suisses recevaient une petite aide pécuniaire etc. etc. Par contraste, si c’est l’une des qualités de nos compatriotes de savoir se démerder eux-mêmes - n’est-il pas vrai ? – il était facile d’imaginer à nos ambassades et consulats le grave défaut de laisser leurs ressortissants se dépêtrer eux-mêmes de leurs ennuis, et donc de penser que nous, Français, étions logés à la pire enseigne.
Enfin, je retourne à l’ambassade. Cette fois, il y a un heureux développement : on me remet une feuille de papier où il est dit, en deux ou trois lignes, que « Mr Un Tel (moi-même) est autorisé à voyager au Pakistan, en Afghanistan et en France, pendant deux semaines à partir de ce jour ». Pour remplir ce simple A4, ma photo y figure ainsi que ce qu’il faut comme authentification: signature de qui-de-droit et tampon du consulat. Ce superbe document porte le nom glorieux de « Laissez-Passer » et fait temporairement office de passeport. Me voici tout à fait rassuré !  Et j’ai plutôt intérêt à ne pas le perdre, ni à perdre le précieux billet d’avion de Kaboul à Paris, car le laissez-passer ne me permettrait pas de faire la route entre l’Afghanistan et la France ! | | | À: GeorgesOZ · 18 avril 2011 à 6:37 · Modifié le 18 avr. 2011 à 14:29 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 154 de 260 · Page 8 de 13 · 2 162 affichages · Partager Mise à jour: je viens d’obtenir de l’ambassade de France à Islamabad un « Laissez Passer » m’autorisant à voyager pendant 2 semaines au Pakistan, en Afghanistan et en France.
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Muni de ce précieux bout de papier, je saute dès le lendemain dans le bus pour Peshawar. La route est devenue plus longue, avec une circulation compliquée par les pluies diluviennes de ces dernières semaines. La campagne environnante est inondée sur des kilomètres de part et d’autre de la route principale, et ce de Rawalpindi jusqu’à Peshawar.
Pour changer, je me loge dans un hôtel assez propre. Y-avait-il là peut-être un premier soupçon de ma part, ayant enfin la clé de la porte de sortie en main (mon laissez-passer), de vouloir voyager dans des conditions un peu plus normales ?
Un escalier en colimaçon assez imposant dessert les 4 ou 5 étages de la maison où je partage une chambre avec Niels, un Suédois sympa mais pas trop rigolo ni trop bavard. Niels a acheté deux kilos de tcharss, en belles plaques d’un vert-brun luisant cachetées du tampon « officiel ». Je peux vous garantir que c’est de l’authentique, du tout premier choix ! Il va bientôt repartir en Suède et a l’intention d’y importer son tcharss, mais ne veut bien sûr pas avoir à le déclarer à la douane..... Il dit que ce ne sera pas difficile puisqu’il prend l’avion (de Kaboul je crois) et que c’est bien plus sûr que de prendre la route terrestre et traverser toutes ces frontières dont quelques unes ont mauvaise réputation... Et, dit-il, s’il se fait pincer à son arrivée en Suède, il risque au plus des « vacances prolongées » dans un établissement « tout confort » aux frais du gouvernement ! 
Parmi les quelques maigres affaires qui me restent, j’ai encore une veste assez correcte que je portais à mon départ de France, de couleur « rouge chocolat » - je crois qu’on appelait ça une saharienne. Niels me dit que c’est idéal pour cacher (  ?!) ses deux kilos : ma veste a de belles poches assez larges, il suffira d’y glisser un kilo de chaque côté et le tour sera joué ! Pris d’un accès de générosité que je n’arriverai pas à comprendre quelques jours plus tard, je la lui donne.
Je ne sais pas si Niels eut vraiment le culot d’essayer de passer son tcharss de cette manière cavalière, ou s’il finit par moisir pendant quelques années dans une prison quelque part entre Kaboul et Peshawar.... Il faudrait un jour ériger un monument aux « Bill Hayes inconnus » !  (petit clin d’œil à ceux qui se souviennent du film « Midnight Express »). J’espère pour Niels que si effectivement il a dû passer quelques temps derrière les barreaux, cela aura été en Suède !
Quelques jours plus tard, je remonte sur Madian. Je n’arrive pas à me rappeler pour quelle raison je voulais y retourner. Pour dire mes adieux à quelqu’un ? Ce n’était certainement pas pour y récupérer quoi que ce soit. Je n’avais pratiquement rien comme bagage : un petit sac de rien du tout, juste de quoi y mettre deux ou trois bouquins et deux ou trois habits. Je n’avais pas l’air d’être particulièrement pressé d’en finir avec le Pakistan, mais peut-être est-il que je calculais mon coup de façon à n’arriver à Kaboul que deux ou trois jours avant d’y prendre l’avion pour Paris, et que je préférais passer encore quelques jours dans un endroit plus tranquille et où j’avais mes repères plutôt que de continuer à traîner mes savates dans les villes bordéliques et étouffantes du Pakistan ! | | | À: GeorgesOZ · 18 avril 2011 à 12:45 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 155 de 260 · Page 8 de 13 · 2 147 affichages · Partager Salut Georges
l'accueil dans les consulats français au fil des années, cela n'a pas changé....imagine les Pakis  ...entre nous c'est quand même symptomatique du manque d'hospitalité de la France et encore je reste dans les clous...
« Mr Un Tel (moi-même) est autorisé à voyager au Pakistan, en Afghanistan et en France, pendant deux semaines à partir de ce jour ». t'as pensé à faire renouveler ta carte de séjour en France | | | À: Mékong · 18 avril 2011 à 14:28 · Modifié le 18 avr. 2011 à 18:11 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 156 de 260 · Page 8 de 13 · 2 136 affichages · Partager symptomatique du manque d'hospitalité de la France et encore je reste dans les clous. __ Salut Eric!
Tu m'etonnes! De retour a Paris pour quelques jours, je dois dire que je n'apprecie pas le manque d'amabilite general des gens, en tout cas le service dans les magasins laisse franchement à désirer. Quant aux transports en commun, quelle zone!  Je repars aussi sec pour l'Asie et cette fois j'y reste!
t'as pensé à faire renouveler ta carte de séjour en France__ Elle est bien bonne, celle-la! Je n'y avais plus que 2 ans a y passer, puis hasta la vista et sans regrets! | | | À: GeorgesOZ · 19 avril 2011 à 7:46 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 157 de 260 · Page 8 de 13 · 2 104 affichages · Partager Mise à jour : je suis remonté à Madian pour ma dernière visite avant de tenter de sortir du Pakistan.__
Il m’arrive de fatiguer un peu, à narrer avec force détails mes pérégrinations au Pakistan, et je suis tenté de dire « il n’y a pas grand-chose à dire sur ces derniers jours à Madian ».
Qu’en dites-vous ? Me permettrez-vous de changer de style et d’adopter la fameuse phrase de Forest Gump : « and that’s all I have to say about that ! » ???? 
Hé! Non, attendez! L’histoire est loin d’être terminée ! Il y a ce moment extraordinaire où j’étais entré dans un café à Madian. Il y avait quelques gens que je connaissais et je reconnus de dos....... vous ne devinerez jamais qui ! 
J’ai bien envie d’arrêter ici mon récit et de demander à mes aimables lecteurs s’ils ont la moindre idée de qui j’allais retrouver dans ce café de Madian.
Alors ? Je promets une bonne bière à celui ou celle qui trouvera la réponse !  | | | À: GeorgesOZ · 19 avril 2011 à 8:37 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 158 de 260 · Page 8 de 13 · 2 090 affichages · Partager Celui qui t'avait volé tes papiers... | | | À: GeorgesOZ · 19 avril 2011 à 8:43 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 159 de 260 · Page 8 de 13 · 2 089 affichages · Partager Le commandant Massoud en vacances??? PPDA en reportage?? Bernard Tapie en short? La reine d' Angleterre défoncée au Tchar??? ou bien Ton fameux voleur de passeport??? | | | À: Narotcho · 19 avril 2011 à 11:05 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 160 de 260 · Page 8 de 13 · 2 077 affichages · Partager Celui qui t'avait volé tes papiers... - --
Hmmmmm! Réponse intéressante. Je vois que tu a bien suivi jusqu'ici, au moins ça de gagné!  Mais je vais laisser planer le suspense un peu plus longtemps  . | Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 15 403 visiteurs en ligne depuis une heure! |