| Vers l'Orient dans les années 1970 GeorgesOZ · 20 juin 2009 à 3:32 · 69 photos 260 messages · 26 participants · 38 803 affichages | | | | À: GeorgesOZ · 15 mars 2011 à 12:08 · Modifié le 27 mars 2011 à 8:38 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 41 de 260 · Page 3 de 13 · 2 383 affichages · Partager Je n’ai aucune idée de ce à quoi ressemble Peshawar de nos jours, mais dans les années 1970 c’était un fouillis de rues tordues encombrées par un trafic chaotique et polluant, séparant des dédales de ruelles et de bazars pittoresques. Le béton n’avait encore pas gagné une victoire finale contre les vieilles maisons en pierres ou en briques agrémentées de portes et de balcons de bois sculpté. En fait, une fois adapté au désordre de la circulation et à la saleté des rues, le voyageur en arrivait par moments à se convaincre que la ville avait un certain charme (voir les deux jpegs).
J’étais entré dans une sorte de pâtisserie-boulangerie pour demander où se trouvait le bureau de police. J’avais du mal à m’expliquer dans le va-et-vient des clients, tous des hommes, qui venaient acheter des choses à manger pour commencer la journée. Un homme derrière moi me prit à part et me demanda en quelques mots quel était mon problème. C’était un homme mince d’une trentaine d’années aux cheveux roussis au henné, habillé comme tout le monde ou presque dans cette région du nord du Pakistan d’un ample pyjama de couleur délavée. Il me fallut quelques minutes pour me rendre compte que cet homme était.... un Américain ! Les traits européens de Jack étaient parfaitement semblables à ceux de bien des gens dans cette région frontière du Pakistan mais la sévérité, ou la dureté, de son expression était peut-être encore ce qui le faisait mieux passer inaperçu dans la foule. De plus, et de toute évidence, il parlait le dialecte pushto (ou pukhto) local « comme toi et moi ». Il m’expliqua par la suite qu’il travaillait pour les services de renseignements américains. 
Jack prit immédiatement l’initiative et me fit monter dans un rickshaw. Il nous fallut quelques centaines de pétarades et quelques litres de gaz d’échappement pour arriver au poste de police principal de la ville. Jack me laissa payer le rickshaw, l’enfoiré ! C’est que je commençais aussi à m’inquiéter des finances ! Je n’avais guère qu’une centaine de roupies sur moi, et (si je me rappelle bien) il fallait quelques 3 roupies pour faire un franc. J’en fis la remarque à Jack qui me rassura : une fois obtenu le certificat de la police, je ne devrais pas avoir de mal à échanger quelques uns des traveller cheques qui me restaient. Car, j’avais oublié de le dire, j’avais par chance gardé une partie de mes traveller cheques dans la poche de mon pantalon, et le voleur n’avait pas pensé à fouiller mes poches, pressé qu’il avait été de disparaître aussi vite que possible.
Jack semblait savoir exactement ce qu’il fallait faire, et connaissait probablement quelques policiers. Je m’étais résolu à me laisser guider. Une heure ou deux plus tard, je me retrouvais riche de ma déclaration de vol, un papier de la taille d’un quart de A4 dans la main. Quelques mots en anglais s’y perdaient au milieu du foisonnement de l’écriture pushto. Pour me rassurer encore plus (  ), Jack m’expliqua qu’en plus de l’avis de recherche de mon voleur, un Espagnol du nom de Carlos García, il avait fait passer l’instruction à tous les postes frontières de ne laisser personne portant mon passeport sortir du pays. Cela me faisait une belle jambe !
Au moment de le quitter, j’avais pris rendez-vous avec Jack pour aller ensemble à la ville de Bara le lendemain, dans la FATA (Federally Administered Tribal Area = Zone d’Administration Tribale) de Khyber. Comment l’idée en était venue et pour y faire quoi ? Je ne me rappelle pas.
De retour à l’hôtel, je m’assis à la grande table commune et me commandai un tchaï. Il y avait là trois ou quatre autres personnes, des voyageurs qui visiblement avaient « vu du pays ». De cette spontanéité pas trop pressée qui caractérise les échanges dans de telles circonstances, la discussion finit assez vite par retomber sur ma situation. Un homme dont les traits trahissaient une expérience de la vie plus riche que la quarantaine d’années qu’il devait avoir, un Français, portait le grandiose nom de Muhammad Ali. Ce qui frappait le plus dans son visage, c’était les yeux bleu-gris lumineux mais presque larmoyants, empreints d’une forme bizarre de tristesse ou de compassion. Ce n’est que bien plus tard que je compris que c’était l’effet conjoint du mysticisme et de la morphine. Il avait pris un certain intérêt pour mon histoire. Je me rappelle comment il avait écarquillé les yeux quand, à sa question, j'avais dit que j'avais quelques milliers de roupies (peut-être l'équivalent de 1,000 francs) en traveller cheques."Mais c'est une fortune!" s'était-il exclamé. 
Lui et ses compagnons connaissaient bien Carlos, mon voleur. Je sentais bien qu’il « tâtait le terrain », qu’il essayait de se faire une opinion sur mon cas. Je ne le savais pas encore, mais lui et ses compagnons ne faisaient pas partie de la catégorie banale des gens partis en vacances pour quelques semaines ou quelques mois. Non, il s’agissait de gens qui avaient pris une route au long cours, et qui avaient un certain dédain pour les « vacanciers ». J’avais dû finir par lui faire une bonne impression car il déclara qu’il allait rechercher Carlos pour essayer de récupérer, par de bons arguments, une partie de ce qu’il m’avait volé.
Alors que je me levais de table, Muhammad Ali me demanda encore « Et qu’est-ce que tu vas faire, maintenant ? ». Sur quoi je répondis que j’allais le lendemain à Darra pour m’acheter un pistolet avant d’aller moi aussi à la recherche de Carlos.  Muhammad Ali et ses compagnons ne dirent pas un mot mais je les vis bien marquer le coup. Ils devaient se dire que j’en étais bien capable, vu la détermination avec laquelle j’avais été demander à la police de lancer un mandat de recherche et de verrouiller les frontières.
Moi ! Moi qui suis l’incarnation-même de la gentillesse et de l’honnêteté !  Qu’est-ce qui me venait à l’esprit ? Mais je n’étais bien sûr pas dans mon état normal.
La suite plus tard..... Images attachées: | | | À: GeorgesOZ · 15 mars 2011 à 14:02 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 42 de 260 · Page 3 de 13 · 2 368 affichages · Partager salut Georges ça fait plaisir que tu ressortes ton récit du grenier. Je n'en loupes pas une ligne et en plus j'aime bcp cette région du globe. La suite | | | À: Mékong · 15 mars 2011 à 14:34 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 43 de 260 · Page 3 de 13 · 2 365 affichages · Partager Bonjour Eric! Ça fait plaisir de se retrouver!  A quand le retour en Indonésie? | | | À: GeorgesOZ · 16 mars 2011 à 15:01 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 44 de 260 · Page 3 de 13 · 2 343 affichages · Partager Le lendemain donc, je me retrouvais dans le bus avec Jack, en route vers Bara... ou Darra ? Je n’en suis plus sûr. Les deux se trouvent dans les zones tribales qui entourent Peshawar, le long de la frontière montagneuse avec l’Afghanistan. Mais je crois, maintenant que j’y pense bien, qu’il s’agissait bien de Darra, une petite ville qui se trouve 40 kilomètres plein sud venant de Peshawar, et qui ne consistait à l’époque que d’une seule longue rue de terre battue avec des échoppes de part et d’autre presqu’entièrement dédiées au commerce des armes, et des ateliers de fabrication dans les contre-allées (voir jpeg).
L’endroit est encore maintenant considéré comme l'un des principaux marchés d'armes illégales au monde, un marché qui a fait la réputation du clan Adam Khel de la tribu pashto des Afridis qui habite la ville. (Je préfère dire « pashto » - ou « pakhto » dans les dialectes méridionaux c.à.d. au Pakistan - plutôt que « pachtoune » ou « pathan », puisque c’est là le mot d’origine). Avant d’aller plus loin, il faut comprendre que les armes font partie essentielle de la culture des Pashto / Pakhto. Elles sont étroitement liées aux deux « piliers centraux » de la société tribale : « melmastia », l’hospitalité, et « badal », la vengeance. Pour les forts et fiers Pashto / Pakhto, le port d’un fusil ou d’une Kalashnikov est lié à l’honneur et au respect.
Darra avait longtemps été fameuse pour sa production de fusils Lee Enfield.303. C’était le fusil des armées britanniques et du Commonwealth de 1907 jusqu’au début des années 1960, fabriqué par une usine située à Enfield, dans le nord de Londres. Ce fusil d’une portée efficace de 500 mètres était doté d'un chargeur de 10 coups, alimenté par des lames-chargeurs de 5 cartouches de calibre «.303 British » (diamètre de la balle : 0.311 pouces, c.à.d. 7.9 mm).
Je crois qu’il y a un rapport entre le fusil Lee Enfield et les motos Enfield. Cette marque de motos est la plus vieille encore active. La filiation des armes aux motos se manifeste dans le logo « Fabriquée comme un fusil, file comme une balle de fusil » (« made like a gun, goes like a bullet ») et dans le nom de la moto bien connue des voyageurs en Inde  , la...... Royal Enfield Bullet (« balle de fusil ») !
Cependant, Darra produit maintenant, entre autres, des canons anti-aériens, des fusils d’assaut AK-47, des mini-Kalashnikov, et beaucoup d’armes à feu légères y compris le fameux stylo-pistolet de James Bond, sans oublier bien sûr les grenades, bazookas et autres. Les armes sont faites à la main par des artisans avec des techniques de fabrication traditionnelles qui se transmettent de père en fils. Malgré les outils rudimentaires qui sont utilisés, la qualité est en général bonne et ces artisans sont capables de reproduire pratiquement n’importe quelle arme. Pour les lecteurs que cela pourrait intéresser   , on dit qu’il faut une dizaine de jours à un artisan de Darra pour faire la première copie d’une arme qu’il voit pour la première fois, mais que chaque copie supplémentaire ne prendra que 3 jours.
Près de ¾ de la population participe à cette industrie et fabrique entre 400 et 700 fusils par jour. Les zones tribales du nord-ouest du Pakistan avaient été longtemps mal famées pour le trafic d’héroïne qui s’y pratiquait – d’où la présence d’agents américains et en particulier de mon “ami” Jack. Mais dans les années 1980, les conseils tribaux ont mis un terme à ce trafic, pliant sous la pression internationale. Quant aux armes, connues comme étant l’ornement traditionnel d’un Pashto, leur commerce ne put être enrayé. Seule la fabrication des munitions lourdes fut abandonnée. Sans doute, si le Pashto moyen vous affirme qu’il ne possède pas d’armes, cela veut dire qu’il n’a pas garé un char de combat dans son jardin et qu’il n’a pas installé une défense anti-aérienne sur le toit de sa maison ! 
Il a presque toujours été difficile, voire impossible et souvent aussi assez dangereux pour des étrangers de se rendre à Darra. Mais je n’avais pas le moindre souci du monde à cet égard, étant de toute façon en plein mouise après avoir été volé à Peshawar, et de plus étant conduit par Jack qui visiblement connaissait le terrain.
La suite à bientôt Images attachées: | | | À: GeorgesOZ · 17 mars 2011 à 14:02 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 45 de 260 · Page 3 de 13 · 2 324 affichages · Partager 20 lectures depuis hier. Hmmmmm!..... Pas lourd 
Je vais prendre exemple sur la Génèse  : "S'il se trouve dans Sodome cinquante justes au milieu de la ville, il sera pardonné à toute la ville, à cause d’eux."
Il ne devait y en avoir que 4, d'ailleurs, puisqu'une fois que Loth, sa femme et leurs deux filles eurent quitté la ville, la ville fut détruite......
Mais comment détruire VF? Tiens, voilà une idée intéressante!
Donc, s'il n'y a que 2 ou 3 lecteurs, je vais continuer comme si je racontais mon histoire à des amis. | | | À: GeorgesOZ · 18 mars 2011 à 19:28 · Modifié le 27 mars 2011 à 8:41 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 46 de 260 · Page 3 de 13 · 2 298 affichages · Partager Je n’avais pas vraiment l’intention de m’acheter une arme à feu, soyez rassurés ! J’ai fait des cxxxxries dans ma vie, mais pas ça ! Je ne crois pas d’ailleurs que nous ayons passé longtemps à Darra, Jack et moi. Avec le recul du temps, je me demande si cette excursion à Darra n’avait pas été instiguée par Jack parce qu’il devait y contacter quelqu’un. Il aurait facilement pu avoir ce contact sans que je puisse m’en rendre compte, avec la discrétion qu’on peut attendre d’un « agent secret », qui de plus parlait parfaitement la langue locale. Il voulait peut-être aussi m’observer à sa guise, ayant en tête je ne sais trop quels plans à mon égard. Un jeune étranger pas trop retardé intellectuellement parlant (mais en ce qui concerne l’esprit pratique, je l’ai déjà dit, j’étais d’une naïveté à en pleurer), dans une passe difficile..... un candidat possible à recruter pour la CIA ? C’est que je me suis souvent posé des questions, vous comprenez......
Je me rappelle avoir visité deux ou trois échoppes disposées en cercle autour d’une cour au bout de la rue principale. Les couleurs chaudes dominaient : l’ocre pâle de la terre battue et des murs en briques de terre crue séchée au soleil, les bleus, marrons et verts pastel des shalwar kameez (pyjamas) sobres des hommes, et les crosses de bois patiné des armes nombreuses dont l’acier luisait dans les boutiques. Le soleil très fort ne faisait qu’écraser encore plus ces couleurs dans le terne, comme si elles étaient « plates ».
Je me souviens en particulier, d'avoir bu un tchaï ou deux (inévitable !) dans la boutique d’un petit vieux maigre à la très longue barbe grise. Un commerçant tout ce qu’il y avait de plus honnête, il ne vendait curieusement pas d’armes, lui, mais des boîtes d’allumettes, des ampoules électriques..... et du haschich. Plusieurs sacs par terre contenaient différentes qualités de « tcharss » (haschich). Comme je m’intéressais entre autres au pollen venu de Chitral (le Bordeaux ou le Bourgogne du hasch pakistanais), le petit vieux me montra avec dextérité comment le rouler dans la paume de la main pour en faire une pâte prête à fumer. Et, si je me rappelle bien (car il y a tellement longtemps de ça), j’avais bien dû lui faire un petit achat « pour la route ».
De retour à Peshawar, Jack m’avait griffonné le nom d’un « ami » que je devais contacter à Rawalpindi, Steve. Il était dans l’un des meilleurs hôtels de la ville, m’avait expliqué Jack, et il pourrait m’aider si j’avais besoin de quoi que ce soit. En effet, je n’avais plus à me poser de questions sur la suite de mon voyage : il fallait aller à Rawalpindi, pour de là rendre visite à l’ambassade à Islamabad, proche de Rawalpindi. Il ne venait à l’idée de personne de passer ne serait-ce qu’une nuit à Islamabad, ville capitale nouvelle réputée pour son manque d’intérêt, l’équivalent peut-être de Brasilia au Brésil ou de Canberra en Australie. Comme je l’ai lu sur un autre récit sur le Pakistan (Lucq), « Islamabad est à.... 15 kms du Pakistan » !
Il était trop tard pour prendre un bus pour Rawalpindi et je n’avais plus qu’à glandouiller le reste de la journée à Peshawar. Je rencontrai un autre Espagnol, Martín, qui lui au-moins ne semblait pas pouvoir faire de mal à une mouche. Oh oui ! Il connaissait très bien Carlos ! Mais il était navré de ce que Carlos, mon voleur de la veille, m’avait jeté dans une si mauvaise passe. Martín m’avait invité dans la chambre qu’il louait au dernier étage d’un autre hôtel. Il se fit un fixe de morphine et m’offrit de m’en faire un aussi. Au point où j’en étais.... Je ne peux pas comprendre pourquoi avec le recul du temps, mais sur le coup... Subitement, il faisait bon d’être allongé sur un lit, la porte ouverte sur une cour intérieure, et de savourer l’air moite de la fin de journée...
Comme quoi l’oisiveté est mère de tous les vices.... | | | À: GeorgesOZ · 18 mars 2011 à 20:03 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 47 de 260 · Page 3 de 13 · 2 292 affichages · Partager | | | À: Davek · 18 mars 2011 à 20:44 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 48 de 260 · Page 3 de 13 · 2 286 affichages · Partager Merci 
Tu es visiblement l'un des quelques derniers "Justes" sur VF | | | À: GeorgesOZ · 19 mars 2011 à 14:30 · Modifié le 20 mars 2011 à 18:58 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 49 de 260 · Page 3 de 13 · 2 478 affichages · Partager Le lendemain matin, je cherchais le bus en partance pour Rawalpindi. Sur la place d’où partaient les bus, j’avais échangé quelques mots avec un couple de Français, un frère et sa très jolie sœur, qui faisaient le voyage de la France en Inde en 2CV. Quel était leur problème, la 2CV était-elle tombée en panne ou avait-elle été volée ?
De Rawalpindi, je m’étais bien sûr rendu à Islamabad pour aller à l’ambassade demander le remplacement de mon passeport. L’accueil n’était pas des meilleurs.  Je ne me rappelle pas avoir vu un seul véritable Français parmi les employés de l’ambassade auxquels j’avais eu affaire. J’étais reparti les mains vides, ce à quoi je m’attendais un peu – après tout on ne délivre pas de passeport comme ça, sur l’heure – mais surtout je repartais sans la moindre assurance d’obtenir quoi que ce soit par la suite.
Qu’allais-je faire, rester à Rawalpindi jusqu’à ce que je reçoive des signaux positifs de l’ambassade ? Je pouvais attendre longtemps ! Rawalpindi était une ville qui ne manquait pas d’intérêt, certes. Au fur et à mesure que je me rapprochais de l’ Inde, les pays ressemblaient de plus en plus à l’ Inde. C’est une façon un peu légère de s’exprimer, car en fait, c’est quoi, l’ « Inde » ? Il y a des centaines d’Indes différentes. Mais je crois que toute personne qui a fait le parcours de l’Asie Mineure jusqu’au sous-continent indien comprendra ce que je veux dire. On voit de plus en plus de pauvreté, les villes deviennent de plus en plus bordéliques, il y a de plus en plus de couleurs, on mange de plus en plus épicé, etc. Et il était hors de question que j’attende à Islamabad, ville artificielle qui ne présentait pas le moindre intérêt pour moi qui « cherchait l’Orient ».
Et autre chose, j’avais décidé de ne pas donner suite au « contact » douteux que m’avait donné Jack, l’agent de renseignements américain de Peshawar. J’avais fini par déchirer le bout de papier où il m’avait écrit les coordonnées de Steve, son « collègue » de Rawalpindi. Non ! Je n’allais pas entamer une carrière comme « operative » de la CIA ! 
Par contre, je crois que c’est Muhammad Ali, que j’avais rencontré à Peshawar, qui m’avait « branché » sur Muhammad Husseïn. Ou avais-je rencontré Muhammad Husseïn par hasard ? C’est encore possible car après tout, même dans une ville de la taille de Rawalpindi, il y a un nombre assez limités d’hôtels et de restaurants bon marché où les voyageurs se retrouvent.
Muhammad Husseïn était un petit gaillard jovial. Par-dessus le shalwar kameez d’office, il portait un veston léger aux poches alourdies de tout un tas d’objets personnels « essentiels ». Entre sa longue barbe noire et un beau turban noir et rouge, à l’afghane, ses yeux pétillaient de malice et d’espièglerie.  Et – comme je l’avais déjà remarqué avec Muhammad Ali – il arborait un nombre impressionnant de bagues de pierres semi-précieuses, une mode masculine assez courante dans cette partie du monde.
Muhammad Husseïn était un autre Français qui avait fait le plongeon dans la société pakistanaise, et pour être précis, dans celle des « malangs », ou mendiants religieux vagabonds, l’équivalent au Pakistan des sâdhus en Inde. On croisait assez fréquemment ces malangs, comme ce malang coiffé d’une casquette de cuir d’aviateur du début du siècle orné de longues plumes multicolores, nous décochant un superbe sourire au milieu de la rue de Rawalpindi.  Évidemment, Muhammad Hussein avait un excellent rapport avec ces énergumènes.
Il y a un autre détail que je ne voudrais pas oublier, c’est le nombre d’estropiés qu’on voyait dans la rue. De véritables horreurs, comme celui qui marchait à quatre pattes à Rawalpindi mais avec les mains et les pieds retournés à 180 degrés, ressemblant autant à une araignée qu’à un être humain.
Muhammad Husseïn, qui revenait de Sukkur dans le Sindh où se trouvait le centre spirituel de sa « fraternité » de malangs, m’avait enjoint de l’accompagner jusque dans la vallée de la Swât, dans les montagnes du nord. | | | À: GeorgesOZ · 19 mars 2011 à 20:19 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 50 de 260 · Page 3 de 13 · 2 461 affichages · Partager bonjour Georges
Je n en suis qu à la moitié du récit mais waouuuu, j adore ce que tu as pu vivre
J aurais tant aimé faire la route et voir l 'Afghanistan à cette époque
Marquée par les écrits de Khaleid Hosseini, cette région du monde m intrigue
grâce à toi, je vis par procuration, un voyage que je ne pourrais pas faire (même si la situation change, ce n est plus la même époque)
merci merci merci | | | À: Thevert7 · 19 mars 2011 à 21:08 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 51 de 260 · Page 3 de 13 · 2 466 affichages · Partager Tu ne peux pas savoir comme je suis content d'entendre que mon récit te captive autant!  C'est important de savoir que je ne raconte pas mon histoire dans le vide complet.
Il y a eu un tas de discussions sur VF sur le thème "C'était mieux avant - ou non". A l'époque du voyage que je raconte ici: - il n'y avait pas d'internet ni de portable; - on ne déposait pas ses demandes de visas sur le net; - les billets d'avion étaient des papiers aussi précieux que les passeports. Il n'était pas question de les perdre! - il y avait beaucoup, beaucoup moins de gens voyageant en avion; quand on allait à un aéroport, on n'était pas perdu dans des foules et des queues interminables; on avait encore l'impression de faire qqc qui sortait de l'ordinaire; - un pays comme l'Afghanistan ne s'était ouvert sur le monde extérieur que récemment, et il y n'y avait eu que de très rares visiteurs auparavant. - les routes terrestres vers l'orient s'étaient ouvertes après la deuxième guerre mondiale, mais dès la fin des années 1970 elles étaient devenues difficiloes d'accès, sinon complètement refermées avec l'invasion russe en Afghanistan, la révolution iranienne et toutes les angoisses politiques et militaires qui ont suivi dans cette partie du monde;
Je fais partie de ceux qui pensent qu'effectivement, c'était mieux avant. Je ne peux pas penser différemment, mais je comprends bien sûr qu'on puisse ne pas penser de la même façon.
J'ai encore quelques pages à écrire! | | | À: GeorgesOZ · 19 mars 2011 à 21:19 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 52 de 260 · Page 3 de 13 · 2 461 affichages · Partager 2079 lectures, je pense que ton récit est apprécié
Je comprends ce que tu veux dire par " c était mieux avant " sans tomber dans le côté grincheux
j etais en Birmanie, l an dernier et c est après coup en rentrant et retrouvant ma vie parisienne speedée, accrochée à mon smartphone (pour ne pas dire la marque  ), toujours en train de courir, que j ai compris ce que j avais aimé en Birmanie : le temps de prendre le temps, regarder les pêcheurs sur le Lac Inlé attendre la prise, regarder passer les paysans avec leur carriole et les buffles
On attend la fin de ton récit, c est vraiment passionnant, peut être pourrais tu le proposer à une revue de voyage (ce type de récit est rare)
Djezubé ;) | | | À: Thevert7 · 19 mars 2011 à 21:40 · Modifié le 20 mars 2011 à 1:20 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 53 de 260 · Page 3 de 13 · 2 457 affichages · Partager J'ai beaucoup aimé la Birmanie aussi  .
peut être pourrais tu le proposer à une revue de voyage (ce type de récit est rare)
-- Si rare que ça? Je n'en suis pas sûr. Mais merci pour le compliment! J'ai déjà été effleuré par l'idée d'écrire "sérieux" un jour, mais vois-tu, je tiens à garder mon anonymat. Je me commets déjà pas mal et je laisse un peu trop de traces avec ce que j'ai déjà écrit sur VF (mes multiples vies  dont certaines sont parallèles - va voir par exemple mes récits sur l' Asie du sud-est, région que j'adore). Par contre, j'aimerais bien me faire de nouveaux vrais amis, je pense avoir de bonnes choses à leur offrir! 
J'ai aussi bien d'autres choses à faire!
Je me demande parfois si, en livrant ces quelques pages, j'arriverai un jour à "raccrocher" l'une de ces personnes que j'ai rencontrées dans le passé, qui se reconnaîtrait dans mes récits, ou à attirer l'attention de quelqu'un qui reconnaîtrait les personnes dont je parle. Ce serait intéressant.....
Djezubé ;)- --
Tu peux me traduire ça? | | | À: GeorgesOZ · 19 mars 2011 à 21:54 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 54 de 260 · Page 3 de 13 · 2 447 affichages · Partager suis justement en train de lire des récits, je me régale tout comme j ai aimé ceux de Parvat (mille mercis à elle)
effectivement, une vie riche et je te souhaite la même richesse pour le reste à venir ;)
anonymat ? un pourquoi pas un pseudo ? Pour Romain Gary, ça a bien marché ;)
en tout cas, je vais suivre tes ecrits avec bcp d impatience, j aurais aimé faire autant de voyages (à 37 ans, je n ai pas l impression d avoir assez voyagé et le monde du travail prend tellement le pas sur notre temps précieux)
Djézubé ? merci en birman | | | À: Thevert7 · 19 mars 2011 à 21:56 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 55 de 260 · Page 3 de 13 · 2 445 affichages · Partager tu ne connais pas le nom de famille des ces personnes rencontrées au hasard des routes ?
peut être que la magie va opérer et quelqu un sur vf se signalera.... | | | À: Thevert7 · 19 mars 2011 à 22:25 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 56 de 260 · Page 3 de 13 · 2 444 affichages · Partager Ah! Mon amie Parvat!  L' Inde et le Népal, quel pied! 
Un pseudo? Peut-être, mais pas question de passer à la télé alors, hein? Surtout que j'ai une fâcheuse tendance à ne pas aimer tout le monde, aïe aïe aïe! Tout le monde a ses défauts! 
Je comprends très bien qu'on puisse se morfondre dans une ville ou dans un petit bled au fin fond de la France. Et quand tu me parles du monde du travail, crois-moi, j'en connais quelque chose moi aussi! Mais il faut relativiser. J'ai vu tant d'expatriés vivre des vies tout à fait banales, voire médiocres, dans des pays géniaux. D'un autre côté, j'ai aussi connu pas mal de gens qui avaient des vies enrichissantes en Europe. Personnellement, et je n'engage que moi, le bouddhisme m'a énormément apporté, et le peu que j'ai pu en garder (car je suis un éternel pécheur!) me reste où que je sois.
Tu me demandais aussi pourquoi je n'avais pas les noms de toutes ces personnes que j'ai rencontrées dans le passé. C'est que les gens souvent ne disaient pas qu'ils s'appelaient "Jeannot Dubidon", que ce n'est souvent que plus tard qu'on se dit "eh mxxxx, on aurait dû échanger nos adresses", que quand on l'a fait ça ne suit pas forcément. La vie est bizarre et elle "avale" les gens, on se perd de vue. C'est plus facile maintenant qu'on peut s'écrire par courriel, les contacts restent et on peut toujours les ressusciter! | | | À: GeorgesOZ · 20 mars 2011 à 11:59 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 57 de 260 · Page 3 de 13 · 2 413 affichages · Partager Je te suis aussi avec attention et plaisir, j'ai tellement lu de récits de voyage de cet itinéraire pour l' Inde...Maintenant c'est vrai que les moyens de communication modernes aident à garder le contact plus facilement avec les gens rencontrés mais le pep de l'aventure n'a pas entièrement disparu. Le voyage restera ce que l'on en fait... Moi aussi je suis amoureuse du Népal...j'aime l' Inde. Le Bouddhisme c'est une grande partie de ma vie...
J'ai suivi aussi Parvat et j'ai beaucoup aimé ses pérégrinations...
Merci encore | | | À: GeorgesOZ · 20 mars 2011 à 12:14 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 58 de 260 · Page 3 de 13 · 2 406 affichages · Partager Considère que tu as un lecteur enthousiaste de plus. Avant même de te lire, je pensais à l'Afghanistan pour cet été deux mil onze ; tes écrits ne m'y incitent que davantage. | | | À: Namdreul · 20 mars 2011 à 13:14 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 59 de 260 · Page 3 de 13 · 2 400 affichages · Partager Bonjour!
Je vois bien par ton pseudonyme vers où tes pensées se portent!  Connais-tu cette musique super belle "Om mani padme hum" (d'un CD "Musica Tibetana"), que j'ai entendue du matin au soir à Swayambunath il y a 2 ans, j'en avais l'impression de flotter dans l'air?
Mais c'est vrai, des récits sur cette route, il y en a des tonnes. | | | À: Ilivic · 20 mars 2011 à 13:15 Re: Vers l'Orient dans les années 1970 Message 60 de 260 · Page 3 de 13 · 2 397 affichages · Partager Bonjour Louis et bienvenue! Je te souhaite beaucoup de plaisir dans ton voyage. Mais ça doit être difficile d'y aller de nos jours, non? | Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 4 730 visiteurs en ligne depuis une heure! |