Le 4 janvier dernier, le vol AF 652 se trouve à trois heures de son atterrissage à Pointe-à-Pitre. À bord, 472 passagers. Notre confrère
France-
Antilles raconte : “L’avion fait demi-tour et le commandant de bord s’adresse aux passagers : “Mesdames, Messieurs, l’ordinateur de bord nous indique une anomalie au niveau d’un réacteur. Par précaution, nous faisons demi-tour pour nous poser sur l’aéroport Santa Maria de Tercera aux
Açores, que nous atteindrons dans environ deux heures. Il n’y a aucune raison de vous inquiéter, nous maîtrisons la situation...”. Tous les témoignages que nous avons recueillis soulignent le professionnalisme de l’équipage. Les passagers sont repartis le lendemain sur un autre Boeing 777-300 ER. Le périple entre
Paris et Fort-de-
France aura duré plus de trente heures. Les plus longues de leur vie.” Pour ajouter à la confusion, l’équipage oublie de commuter le sélecteur de sa radio et en cabine, déjà pas très rassurés, les passagers ont la surprise d’entendre : “Mayday, mayday Santa Maria, Santa Maria...”. Interloqués, ils ont l’impression que le pilote invoque la Sainte Vierge. En fait, il informe l’aéroport des
Açores de la situation d’urgence dans laquelle se trouve son avion. Depuis juin 2007, c’est le septième incident grave ayant affecté les réacteurs des B.777 300 ER. Ceci fait une moyenne d’une panne grave pour chacun des B.777 300 ER, acquis spécialement pour la desserte des Caraïbes et de l’océan Indien et densifié avec 472 sièges, en moins de deux ans. En juin 2007, un Boeing 777 300 ER d’Air France fait demi-tour deux heures après avoir décollé de Pointe-à-Pitre. En octobre de la même année, trois heures après avoir quitté Gillot vers
Paris, un Boeing 777 300 ER se déroute sur Mahé aux
Seychelles. Le 25 novembre, un B.777 300 ER effectue un atterrissage d’urgence à
Saint-Pétersbourg au nord-ouest de la
Russie. Le 12 décembre 2007, le B.777 300 ER à destination de La
Réunion se déroute sur
Rome. Le 25 janvier 2008, le vol AF 680 à destination de Gillot atterrit en urgence à
Milan. En avril 2008 l’appareil qui assure un vol
Paris - Pointe-à-Pitre doit faire un atterrissage d’urgence aux
Açores. À chaque fois, comme lors de l’incident du 4 janvier dernier, une défaillance d’un réacteur est en cause. En février 2008, répondant à une question du député Jean-Claude Fruteau, Guy Tardieu, directeur de cabinet de Jean-Cyril Spinetta expliquait : “Les deux premiers incidents ont une cause identique, la rupture d’une ailette. Comme le prévoit la réglementation, un programme d’inspection de tous les moteurs de ce type en service a été lancé puis accéléré après le second incident. Nos services de maintenance ont alors remplacé quatre moteurs sur notre flotte de 24 Boeing 777 300 ER. Après une inspection générale de tous les B 777 300 ER, Air France, en collaboration avec le constructeur, et en raison d’un problème d’alliage va procéder au changement de toutes les ailettes des réacteurs pour les remplacer par des nouvelles ailettes”. Dans l’édition du 9 mai 2008 de notre confrère Air & Cosmos, Olivier Ternisien, responsable de la flotte 777 d’Air France, témoignait de la difficulté rencontrée à identifier les raisons de la panne. “Pendant trois ans et demi, nous n’avons pas eu la moindre défaillance. Au début, il n’a pas été facile d’identifier le problème car les incidents affectaient aussi bien des réacteurs ayant accumulé 3 500 heures de vol que d’autres affichant 14 000 heures au compteur. L’autre difficulté, et c’est paradoxal, est qu’il faut plusieurs incidents pour pouvoir analyser les causes, d’autant que celles-ci se sont révélées différentes. La conception d’une pièce est à améliorer. En attendant qu’elle soit refaite et installée sur tous les réacteurs aux frais du constructeur, nous menons des inspections régulières conformément à ce qui a été demandé par le motoriste et les services de l’Aviation Civile.” Neuf mois plus tard, les réacteurs sont toujours le point faible des Boeing 777 300 ER d’Air France en service sur les Caraïbes et l’océan Indien.
(article du JIR du 20/01/09)