Bonsoir Madame,
les textes imprimés sur les pochettes des cds sont souvent à mille lieues d'une orthographe à peu près acceptable, pour le formuler très très modestement. Le plus souvent, ils sont écrits de façon qui provoque du frémissement de fièvre, du fièvre jaune, de la diarrhée et la malaria tropica, ou disons, ils sont écrits – ne soyez pas fâchée contre moi ! – de façon "Anitié" : sans connaître les règles orthographiques les plus simples, et toute la salade mélangée avec l'orthographe française... Donc,
siyalé ou
siyallé peut dire n'importe quoi, les possibilités en sont sans limites... C'est un puzzle qui sert à gaspiller le temps ! Il serait du moins secourable si vous nous présentez la phrase en bloc dans laquelle figure ce mot, non... ?!
Parmi les x possibilités, je vous présente une seule :
siya le
En manding (bambara, jula, maninka,...),
siya est un mot dérivé (nom) se composant de
si "espèce, sorte" et le suffixe nominal
–ya, c.à.d. un suffixe se rattachant à une base nominale, qui sert à l'abstraction de cette base ou dont le dérivé exprime une qualité (p.ex.
doma "sorcier" >
domaya "sorcellerie",
mògò "homme, humain" >
mògòya "humanité, nature humaine",
muso "femme" >
musoya "féminité",
teri "ami" >
teriya "amitié"). Le terme
siya veut dire "ethnie, tribu, nation", selon le contexte.
Ce
le du jula correspond à
de en bambara, qui sert à focaliser un segment nominal de l'énoncé (ex.1 en bas) ou même toute la prédication (ex.2) pour attirer son attention. Donc, ce
le est, comme disent les linguistes, une particule de mise en relief, une particule de focalisation ou un focalisateur (comme vous voulez)... Exemples en bambara :
(1)
Liluba ka kan ka tobili kè bi nka baara nege t'a la. "L. doit faire la cuisine aujourd'hui mais elle n'a pas envie de travailler".
Liluba de ka kan ka tobili kè bi nka baara nege t'a la. "
C'est L.
qui doit faire la cuisine aujourd'hui mais elle n'a pas envie de travailler."
Vous voyez, la particule
de entraîne à exprimer que ce n'est pas n'importe qui qui doit faire la cuisine mais Liluba exclusivement. Le
le du jula a la même fonction.
(2)
I ma muso fila ye ? "Tu n'as pas vu les deux femmes ?"
I ma muso fila ye de ? "Tu n'as
vraiment pas vu les deux femmes ?"
Dans ex.2, toute l'action exprimée dans cet énoncé, c.à.d. toute la prédication, est focalisée...
Pour vous donner un exemple jula, voici...
Isa ka fali kò doni. "Issa a chargé le dos de l'âne."
Isa le ka fali kò doni. "
C'est Issa
qui a chargé le dos de l'âne."
En bambara, on écrit
Isa bè fali kò doni et
Isa de bè fali kò doni.
.............................
Par ailleurs, il y a un bon nombre de morphèmes
si en manding-bambara (noms, verbes,...) :
si "vie"
si "âge"
si "descendance"
si "poil, cheveu, plume"
si "espèce, sorte"
si "grain, graine, semence"
si "sens"
si "karité"
si "aucun" :
Mògò si tè yen. "Personne n'est là-bas."
si "passer la nuit" :
I sira hèrè la wa ? ou
Hèrè sira ? "As-tu passé la nuit en paix ? = Bien dormi ?"
si "moudre, écraser"
De plus, p.ex. en maninka,
siya correspond à
sira du bambara (par contre, un lexème
siya n'existe pas en bambara mais ce dérivé seulement... autant que je sache !) qui veut dire "chemin, route, piste", donc peut-être aussi en jula, je ne le sais pas... Il est aussi possible que le
lé (de votre
siyalé/siyallé) soit un suffixe, un auxiliaire ou je ne sais quoi d'autre...
Madame, une conjonction coordinative ("et", "ou", "comme") sert entre autre à mettre en relation deux segments dans un énoncé. C'est comme ça en français et aussi en bambara ou en jula, et ni en français ni en bambara ou en jula, les deux segments ne sont collés à la conjonction (
les langues mandé respectent de façon générale la morphologie !!!). Je suppose, d'autant plus que votre français est excellent (en donnez-moi un peu, svp !), que vous aussi écrivez "homme et femme" mais jamais "hommeetfemme", vous écrivez "chien ou chat" mais jamais "chienouchat", vous écrivez "il hurle comme un lion" mais jamais "il hurlecommeunlion", non ?! Et croyez-moi, en bambara et en jula, c'est la même chose : on écrit
cè ni muso "homme et femme" mais jamais
cènimuso, on écrit
wulu walima jakuma "chien ou chat" mais jamais
wuluwalimajakuma (et surtout pas
woulou, horrifiant !), on écrit
a kulola iko waraba "il hurle comme un lion" mais jamais
a kulolaikowaraba... Bref, on écrit
A ni ce ("vous et le travail" = "Salut !")* mais jamais
Anice, et jamais jamais jamais
Anitié (sauf les Français/es !). Sans rancune, bien sûr...
Vive les langues mandé (surtout le bambara et le bozo) ! Vive les Bambara au Mali !
Ka su hèrè, hgb
*
ce : déformation du verbe
kè "faire, produire" (qui inclut l'idée de travailler), mot emblématique du monde bambara ! Je suppose que vous connaissez le monde mandé, donc vous savez bien – permettez-moi de me référer au bambara du Mali – qu'un Bambara ne mange pas mais fait, "travaille" l'action de manger (
a bè dumuni kè), qu'il ne cuisine pas mais fait, "travaille" le cuisinage (
a bè tobili kè), qu'il n'apprend ni lit pas mais fait l'action d'apprendre et l'action de lire (
a bè kalanni kè), qu'il ne chasse pas mais fait l'action de chasser (
a bè donsoya kè), qu'il ne travaille pas mais fait, "travaille" le travail (
a bè baara kè), ou qu'il ne danse pas mais fait la danse (
a bè dòn kè). Donc, il n'est pas surprenant qu'il souhaite toujours "
I ni ce" et "
A ni ce", "
I ni baara" et "
A ni baara"...
Voir aussi l'entrée "
ce" ici :
dlir.aiys.org/...ra_005-Danyegafe.pdf
(page 29, à gauche/en haut, 4e entrée).