Je ne vais pas vous raconter la genèse de mon envie de voyager, nous étions voyageurs, dans la famille, et née en
Egypte, il était de bon ton à l'époque d'aller passer les trois mois de vacances d'été, au
Liban ou en
France. On s'y rendait en bateau,
Alexandrie-
Marseille se faisait en 5 jours : la mer scintillant à l'infini, le temps qui s'étire, le passage du canal de Corinthe entre deux vertigineuses parois verticales, le bateau toutes machines arrêtées, tracté par une vedette de l'Amirauté grecque, le Vésuve, etc...
Depuis j'ai pas mal bourlingué. Mais voilà que dernièrement un livre me donne la nostalgie d'une forme de voyage qui je le crains n'est plus possible dans notre monde uniformisé, formaté : l'Eté Grec, de Jacques Lacarrière. A 22 ans, étudiant passionné de théâtre, il va avec sa troupe d'étudiants de la Sorbonne, jouer Sophocle à Epidaure. On est dans les années 50 du siècle dernier et les sites comme Epidaure sont encore la proie des herbes folles, fréquentés seulement par les bergers et quelques chèvres. Jacques Lacarrière tombe amoureux de ce pays et revient désormais chaque année seul pour sillonner les pays à pied. Ayant étudié le Grec ancien, il se met vite au moderne et peut facilement entrer en contact avec les villageois, les moines du mont Athos, les marins ou les pêcheurs qu'il rencontre. Il est fasciné par la continuité de la culture chez ce peuple depuis l'Antiquité. Son livre est une sorte de carnet de voyage où s'exprime une vision très personnelle, authentique et sans affectation, des lieux, des gens, de l'Histoire.
Personnellement je suis tombée amoureuse de l'auteur, ou du moins j'aurais aimé le rencontrer. Le livre est tellement vrai que c'est comme une présence intense, et en même temps ce n'est pas de lui-même qu'il parle ou très peu. On aimerait l'avoir comme compagnon de voyage, pour respecter son silence et partager son regard. En tout cas ce que ce livre m'a rappelé, c'est ceci :
Voyager seul et à pied, n'est-ce pas la plus belle façon de voyager?