Quant au voyage conçu comme un quête, donc orienté, pourquoi pas...mais je le ressens surtout et de plus en plus comme une errance.
Anecdote:
J’ai séjourné à
Istanbul en avril 199... Il faisait froid comme jamais depuis trente ans à cette époque de l’année. Un matin je regardais le Bosphore depuis la fenêtre de ma chambre. Au beau milieu, étaient ancrées trois frégates de nationalités différentes. Le matin, leur proue pointait vers la Mer Noire, le soir c’était leur poupe avec leur pavillon déployé. Comme quoi il existe bien un effet de marée entre la Mer de Marmara et la Mer Noire.
J’avais déjà pas mal voyagé, mais ce matin-là, à cet instant même, j’ai ressenti, comme une évidence, que j’étais rendu au bout de ma quête, que tout autre voyage serait superflu, inutile, « en trop ».
Pourquoi ?
Mon grand-père avait été basé, comme marin d’une canonnière, à Constantinople au début des années 20. Il avait participé à plusieurs actions contre la côte, contre les insurgés kémalistes. Au cours de l’une d’elles, il avait été laissé à bord d’un navire turc en « infraction », seul, avec pour mission de le ramener à Constantinople. Il raconte, dans un journal aux mots simples, son angoisse, sa solitude, l’impossibilité de communiquer, le revolver qu’il garde près de lui la nuit alors qu’allongé sur sa couchette il ne trouve pas le sommeil, son étonnement d’être encore en vie au petit matin...
Au retour et avec bien sûr plusieurs jours de retard, il apprend la naissance de son premier enfant : mon père, le « fils du Bosphore ».
Et quelques quatre-vingt années plus tard, j’étais là à mon tour : la boucle était bouclée...