J-20 (une semaine après mon test sur trois jours pour tester le dénivelé de 7100m/j)
Une espèce de fièvre angoissée m'a légèrement saisi après mes trois jours orageux autour du grand ballon vert coiffé de son observatoire comme une parabole sur un bloc de la cité de la Croix de
Metz (classée ZEP par le ministère de l'éducation nationale avant que ne se multiplient les fermetures de classes). J'avais beau retourner le problème en tout sens; mon truc n'était pas réalisable avec mes petites gambettes.
J'ai alors décidé de prendre mon taureau par les cornes avant de lui flatter la croupe comme Jacquot le fit en son temps à la foire agricole.
La bête m'a fixé de son œil glauque, vitreux et inexpressif. J'ai compris que ça ne changerait rien de rester là à lui rendre son regard avant de me coucher tous les soirs en rêvant de ma bête noire.
"Jean-Luc, mon vieux cochon" que je me suis dit, "toréador de mon cul! si tu prétends l'être donne toi au moins les moyens au lieu rêvasser connement à la jouissance de te faire embrocher!!!!"
Alors j'ai été revoir le cardiologue: on a épluché les résultats du test et il m'a dit qu'un mec qui prétendait faire de l'ultra distance devrait avoir honte de décrocher aussi rapidement vers l'anaérobie tout en développant une telle puissance maximale qui ne lui servirait à rien et qu'il allait falloir retravailler ça.
Ensuite ce fût le tour de la marchande bio, cueillie au réveil devant la porte de son magasin pour étudier avec elle les différentes compositions de ses barres énergétiques, leurs volume et leur poids: Bonne tactique; je suis repartis avec son numéro de téléphone personnel.
C'est elle qui m'a rappelé le surlendemain et j'ai commandé 105 barres énergétiques à la pâtes d'amandes et à l'ananas.
Les dés étaient jetés. Je m'explique.
Si je me met à stocker mon énergie avant le départ, il me faut soit la transporter (300kg de calories concentrées) soit la distribuer sur chacune de mes étapes. Si je dois la distribuer sur chacune de mes étapes il me faut naturellement réserver ces étapes. Et si je dois réserver ces étapes je m'engage carrément à effectuer la totalité de ces étapes.
Mon coup de fil à Agnès, la petite marchande de pâte à l'ananas aura été une sorte de passage à l'acte quasi psychopathique, sympathique et pathétique, arithmétique et dogmatique, trop théorique... Bref, c'est toc, et zou!!
Réservations d'hôtel: cinq heures internautiques à surfer sur la toile, la Master Card sur le foie et les yeux larmoyants. Jouer avec mon argent m'a toujours indisposé. Je suis radin de nature et j'aime pas perdre, surtout mon fric. Alors j'aime autant vous dire que la grosse vache qui posait son museau fumant sur mon épaule pendant que je jouait la symphonie des Alpes sur les touches de mon clavier, je n'allais pas lui donner le bonheur de repartir folâtrer dans sa verte prairie sans moi. Je suis retourné sur mon vélo avec la rage que l'on sait pour me faire deux cent bornes à trente à l'heure par monts et par veaux, euh! par vaux; Et même pas mal! merdalors!!
Pis au boulot j'ai balancé mon sac à dos et son attache en carbone de mes deux. J'avais pas besoin de breloque. Me fallait du solide, du sérieux: moulage de l'adaptation du guidon de mes dix milles bornes. coulée du plâtre, modification des formes, étude ergonomique pour l'emplacement des mains et libérer le canal carpien. (Ceux qui savent pas ce qu'est un canal carpien n'ont qu'à aller voir chez Wikipédia; je vais quand même pas toujours tout expliquer) Etude de la fixation pour soulager la machine du poids des vis pour libérer le guidon et me permettre des prises en main supplémentaires. Confection d'un carbone pré-imprégné, stratification d'un couvercle, thermomoulage d'un lecteur de carte aussi étanche que transparent. ça vous la coupe! hein??
C'est pas fini. J'ai été revoir mon vélociste. Commandé 17 pack d'Overstim's Endurance pour bouffer liquide à même le bidon. Des barres énergétique hyper protéinées, deux cartouches de CO2 pour regonfler mes boyaux en un éclair si crevaison. Acheter une autre selle et le compteur cardio altimètre censé témoigner de l'authenticité de mon exploit.
Toujours pas fini: commandé 105 autres barres énergétiques aux noix dans le Dauphiné: une espèce de pâte que tu pousse au fond de ton estomac quand tu es perdu au milieu du grand nord et que même les ours t'ont abandonné parce que t'es même plus bon à bouffer tellement t'as pu de graisse. Un concentré de calories lipidiques affichant 512 Kal pour quarante centimètres cubes: je peux en foutre trente cinq rien que dans ma petite sacoche de cadre.
Je suis dedans jusqu'au cou. Je ne sort plus en ville sans balader mon taureau. Ca le fait bien rigoler. Ce con là ne se doute pas de ce qui l'attends...
Jean luc Clémençon