Salut !
Intéressant ton sujet :-)
Pour ma part, je vais te parler du pays que je connais le mieux : l’
Indonésie.
D’après ce que j’ai compris, on a considéré pendant de longues années les très nombreux transgenres (les « waria », acronyme de « wanita » et « pria », soit, littéralement, les « hommes-femmes ») comme des femmes ayant eu la malchance de naître dans un corps d’homme. De ce fait, ils ont longtemps bénéficié d’une relative bienveillance. Pas de passages à tabac à leur encontre comme dans certains pays, mais des moqueries, tout de même, voire une sorte d’exploitation sexuelle. Un ami originaire d’une province très conservatrice (Aceh, au nord de
Sumatra), m’expliquait en l’an 2000 que certains hommes aimaient les séduire et leur faire croire qu’ils les aimaient pour obtenir de leur part des faveurs sexuelles que leur refuseraient leurs prudes épouses... Bien pire, l’ex-nourrice de Barak Obama, qui était elle-même un homme devenu femme, a raconté comment les forces de l’ordre ont abusé d’elle à plusieurs reprises et comment ce type de viols étaient, selon elle, monnaie courante...
Aujourd’hui encore, beaucoup de waria n’ont d’autre choix que la marginalité : ils se prostituent, vivent de la mendicité ou travaillent dans des salons de coiffure. Les plus pauvres sont assez atroces à voir : défigurés par des charlatans de la chirurgie esthétique et vêtus de fringues horribles...
La majorité sont juste des garçons maquillés et vaguement habillés / coiffés comme des femmes. Ils ne suivent aucun traitement et font parfois honte à leurs parents, qui les auraient voulus militaires ! Cela dépend vraiment des familles... Certains s’en fichent, d’autres pas du tout. Un jour, j’avais été invité dans une famille dans une région très traditionnelle (sultanat de Sambas). Tout le monde était là pour m’accueillir, les parents, les frères et les soeurs et le petit waria de la famille qui me faisait des avances ultra lourdingues au vu et au su de tous (« Tu n’aimes pas fumer Mister ? Tu préfères peut-être que je te fume ta grosse cigarette ? » etc)... ce qui faisait hurler de rire même les anciens !
Quelques-uns s’en sortent mieux et possèdent des restaurants ou des magasins (à
Yogyakarta, c’est un transgenre qui gère le fameux magasin de souvenirs de la rue Malioboro et le resto Raminten) ou passent à la télé ! La beauté des plus riches n’a parfois rien à envier à celle, spectaculaire, de leurs homologues du Royaume de Siam, mais c’est encore assez rare.
Je n’ai jamais vraiment discuté avec des waria car c’est assez difficile de le faire longtemps sans se faire très lourdement draguer ! Ceux de la rue sont souvent tapageurs, vulgaires, agressifs et ridicules... Est-ce un rôle qu’ils jouent ?
Tout ce que je sais, c’est à force de les avoir observé, à force de regarder des documentaires à leur sujet ou de lire des articles. Mon épouse aussi m’en a beaucoup parlé, car nombre de ses proches (oncles, cousins...) et amis sont ou ont été waria... « ont été » car certains sont morts : overdoses, meurtres sordides, sida... Aucun n’était un waria de luxe !
Ce qui est drôle c’est que certains sont des hommes très virils le jour : dockers, ouvriers, mais la nuit, ils sortent le rouge à lèvres et les jolies robes et se laissent complètement aller ! Encore une fois, selon les familles, c’est accepté ou non...
De nos jours, cette tolérance toute relative est en passe de s’effriter. D’un côté, on voit de plus en plus de transgenres à la télé. Leurs propos sont parfois d’une vulgarité stupéfiante ! De l’autre, les islamistes progressent et répandent leur poison. On a pu assister, dans certaines régions (Aceh toujours, mais aussi
Java), à des arrestations impensables il y a seulement quelques années. Certains flics ont enfermé des waria plusieurs jours durant pour les forcer à parler avec des voix viriles (!) et à marcher comme des mâles, c’est à dire sans tortiller des fesses ! Aucune sanction n’a été prise à l’encontre de ces cow-boys, lesquels, au contraire, ont promis de recommencer, avec une part grandissante de la population qui désormais les soutient. Pourtant, au regard de la loi indonésienne, l’homosexualité n’est – pour le moment ! - ni un délit ni un crime. Ces arrestations sont donc illégales.
Pour les homos des deux sexes, la règle est simple : vivons heureux, vivons cachés ! Ils sont nombreux pourtant... Mais ceux qui voudraient les voir en taule le sont encore plus ! Là encore, on a assisté, ces dernières années, à des manifestations anti LGBT soutenues par les islamistes... A
Java, de nombreux évènements culturels (projections, discussions...) ont été attaqués par des bandes d’excités.
Les auteurs de ces raids ? Toujours les mêmes : les fachos à barbichette !
Certaines salles de musculation et autres salons de beauté sont des lieux de rencontre bien connus... jusqu’à ce que cette notoriété leur joue des tours et provoque arrestations et répression !
Beaucoup d’Indonésiens n’ont pas conscience de l’existence des homosexuels : ils pensent qu’il y a des waria et que c’est tout. L’idée que certains homos puissent être virils ou que des femmes puissent préférer se donner du plaisir entre elles les dépasse... Quant à imaginer les pratiques sexuelles d’un couple d’hommes, impensable !
Si le sujet t’intéresse, tu trouveras sur youtube de nombreux documentaires... bye !! :-)